I. Kératinisation des cellules
La transformation cornée ou kératinisation des cellules est un fait normal dans la peau, les ongles, les poils et les cornes. La matière cornée est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. En la traitant par les acides étendus et la pepsine, on obtient la kératine, substance qui ne forme pas un corps chimique défini, mais qui appartient aux substances azotées et qui contient du soufre, des matières minérales, du fer et de l’acide salicylique. L’analyse quantitative de la kératine donne, pour 100 : C = 50, H = 7, Az = 17, O == 22, S = 4.
La kératinisation est quelquefois précédée de la formation dans les J cellules épidermiques de granules d’éiéidine (Ranvier). L’éléidine i possède la propriété de se colorer fortement en rouge par le picroearmin, et en violet par l’hématoxyline. Ses granulations ou goutte-
lette s apparaissent d’abord dans les cellules du stratum granulosum et s’accumulent autour du noyau. Le stratum lucidum est infiltré de la même substance, qui paraît y être liquide et homogène. Les cellules superficielles de l’épiderme corné en sont infiltrées (Ran. vier) et leur noyau s’atrophie avant leur mue physiologique. Waldeyer a désigné cette substance sous le nom de kérato-hyaline.
La production pathologique d’éléidine se montre dans les épithéliomes de la peau, qui s’accompagnent de la formation de globes épidermiques au milieu des lobules épithéliomateux. L’évolution cornée de ces lobules se fait de la même manière que dans l’épiderme normal, de la périphérie au centre des lobules. Les cellules périphériques représentent le corps muqueux, et les globes cornés du centre, l’épiderme superficiel. On trouve aussi de l’éléidine dans le molluscum contagiosum ou acné varioliforme, dans le revêtement épidermique des kystes dermoïdes de l’ovaire, dans l’ichtyose cutanée et dans les cornes pathologiques.
J. Dégénérescence graisseuse.
Cette lésion des cellules consiste dans la formation de granules de graisse dans le protoplasma des cellules; elle est accompagnée de modifications du noyau, parfois de fragmentation du protoplasma ou de perte du noyau, et elle se termine souvent par la mortification de la cellule.
Les matières grasses se rencontrent dans l’organisme sous deux états. Elles sont combinées intimement avec d’autres substances, et elles ne peuvent être alors décelées que par l’analyse chimique : telle est la graisse de composition des éléments. D’autres fois elles apparaissent au microscope sous forme de granulations et de gouttelettes. Les causes qui font apparaître la graisse de constitution ou graisse larvée (Ranvier) ne nous sont pas encore bien connues. Cependant, pour certaines cellules, nous avons pu constater qu’il suffit de la mort des éléments pour rendre la graisse apparente. Nous trouverons plus bas un exemple de l’apparition de la graisse dans les viscères des fœtus ayant macéré dans l’utérus maternel.
Les granulations graisseuses se reconnaissent facilement au microscope parleurs caractères optiques et par les réactifs micro-chimiques. Elles sont brillantes, transparentes et réfringentes, très régulièrement sphériques à bords foncés. Lorsqu’on rapproche la lentille par un mouvement lent de la vis micrométrique, elles apparaissent d’abord
DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
comme un point brillant, puis comme une série de cercles à plus grand diamètre, se terminant à la limite, extérieure de la granulation par une bordure ombrée (voir, pour plus amples détails, le traité technique d’histologie de Ranvier). Les fines gouttelettes, en s’unissant, forment des gouttelettes plus grosses qui remplissent et distendent la cellule. L’éther et le chloroforme employés après l’action de l’alcool absolu les dissolvent. L’acide osmique les colore en noir. Lorsque des fragments de pièce ont été convenablement durcis dans cet acide, toute granulation ou gouttelette graisseuse, vue sur des coupes minces, est colorée en noir. C’est leur plus précieux réactif. La glycérine les pâlit en raison de l’indice de réfraction plus élevé qu’elle communique par infiltration aux éléments anatomiques. La gFâisse se saponifie à chaud en présence de la soude et de la potasse. La racine d’alcanna colore les granules graisseux en rouge; le bleu de quinoléine, en bleu (Ranvier).
Lorsque la graisse séjourne dans l’organisme et qu’elle n’est plus soumise aux échanges nu¬
tritifs ayant pour organes les cellules, elle se décompose et donne des acides gras et de la cholestérine. L’acide stéarique
Fig. 36. — Cristaux de cholestérine et d’acide stéarique. — Les lames dessinées à gauche sont des cristaux de cholestérine ; l’acide stéarique est en forme d’aiguilles à droite du dessin.
(voir fig. 36) cristallise en aiguilles rhomboïdales isolées ou rayonnant
à partir d’un point central de manière à figurer le fruit du châtai¬
gnier. Les cristaux de cholestérine se présentent sous forme de lames rhomboïdales extrêmement minces, dont un ou plusieurs angles
sont souvent coupés par une échancrure à bords parallèles aux bords
correspondants du cristal. Ces derniers cristaux se colorent en
rouge sous l’influence de l’acide sulfurique concentré, et en bleu si, avant été préalablement colorés en brun par l’iode, ils sont traités par l’acide sulfurique.
La graisse peut se montrer à l’état physiologique et pathologique dans deux catégories de faits. Tantôt les éléments envahis par la i graisse se détruisent : c’est la dégénérescence ou nécrobiose graisseuse. Il est probable que les éléments anatomiques subissent en même temps d’autres modifications de nutrition qui rendent leur vie lmP°ssible. Tantôt elle remplit des éléments sans que ceux-ci
78 GÉNËHALLÏfiS SüR L'.HISTOLOGtli PATHOLOGIQUE
aient cessé de vivre : ainsi se produit Y adiposité ou surcharge graisseuse.
Les dégénérescences graisseuses physiologiques sont nombreuses ■ on les rencontre d’abord dans les glandes où la graisse entre comme produit de sécrétion, par exemple dans les glandes sébacées, sudoripares, eérumineuses et mammaires. Dans les glandes olocrines (Ranvier),au moins dans les glandes sébacées, la graisse élaborée sous forme de granulations dans l’intérieur des cellules est mise bientôt en liberté par la destruction de ces cellules elles-mêmes. La transformation graisseuse des cellules musculaires hypertrophiées de l’utérus après l’accouchement, celle des cellules du follicule de de Graaf dans les corps jaunes, sont aussi des phénomènes physiologiques.
La sénilité nous présente à considérer des transformations graisseuses très nombreuses. Tels sont les athéromes simples des tuniques interne et moyenne des artères et, la dégénérescence graisseuse de quelques faisceaux primitifs des mqscles des membres et du cœur; tel est encore Yarcus senilis de la cornée.
Les dégénérescences graisseuses pathologiques affectent surtout les organes et tissus qui contiennent de la graisse à l’état normal. Nous citerons surtout entre eux le foie, le rein et les muscles, dont les cellules sont aussi le plus ordinairement compromises par la dégénérescence graisseuse dans les maladies. C’est ce qu’on observe dans les fièvres graves, dans la fièvre typhoïde, le typhus, dans toutes les maladies infectieuses générales, la fièvre puerpérale, l’atrophie aiguë du foie, les empoisonnements aigus ou chroniques par le phosphore, l’arsenic, l’alcool, etc., dans les maladies infectieuses subaiguës et chroniques comme la tuberculose et la syphilis. Parmi les dégénérescences graisseuses, ce sont celles du foie, des reins et des muscles qui sont les plus communes.
La teneur en graisse de ces organes augmente alors dans des proportions très manifestes. Ainsi, le foie humain renferme à l’état normal, d’après Péris (1), en moyenne :
Eau- Parties solides exemptes Graisse,
de graisse.
77,2 pour 100 20 pour 100 2,5 pour 100
Dans la dégénéresce graisseuse, la quantité d’eau restant la même, les parties solides variant faiblement en plus ou en moins, la quantité de la graisse arrive à 4 et 5 pour 100.
(1) Lehrbuch der allgemeinen Pathologie, 1836.
DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
D’après Hôsslin, le poids de la graisse du foie arrive, dans la phtisie pulmonaire, à 8,90 pour 100, et dans certains empoisonnements aigus par le phosphore ou dans l’atrophie aiguë du foie à 12 pour 100- Neyl et Apt ont même trouvé des cas où la proportion de la graisse était supérieure à 13 pour 100, de telle sorte qu’elle atteint de cinq à six fois son poids normal dans cet organe après un état pathologique de cinq à huit jours.
Dans ces faits de dégénérescence graisseuse très intense des organes précités, d’où provient la graisse qui remplit les cellules? On remarquera que dans ces maladies l’alimentation est nulle. La graisse provient-elle d’une transformation des matières albuminoïdes contenues dans les cellules?
C’est là une question très importante qui se lie à la question plus générale de la formation de la graisse aux dépens des matériaux azotés alimentaires chez les animaux sains. Chez ces derniers, la graisse contenue dans les tissus entre et se renouvelle par l’alimentation. Sa source est triple : 1° la graisse contenue en nature dans les aliments; 2° les aliments hydrocarbonés, composées de trois éléments : oxygène, hydrogène et carbone, et 3° les aliments azotés, qui en outre des trois corps précédents contiennent de l’azote.
On doit admettre que la graisse peut être utilisée en nature par nos tissus et que les hydrocarbures peuvent se transformer facilement en graisse, mais il est plus difficile d’admettre la genèse de la graisse par des composés quaternaires qui doivent perdre d’abord leur azote avant de devenir des hydrocarbures.
Cependant il est des faits qui démontrent la formation des graisses aux dépens des substances albuminoïdes alimentaires chez des animaux sains.
Ainsi, Hoffmann (1) a évalué la teneur en graisse d’un lot d’œufs de Muscida vomitoria. Un lot d’œufs du même âge et du même poids a été placé sur du sang où les œufs, devenus larves, se sont nourris un certain temps et se sont développés. La quantité de graisse contenue dans ces larves a ensuite été déterminée par l’analyse. Il s’est trouvé qu’elles renfermaient une quantité de graisse très supérieure à celle contenue dans le lot d’œufs témoins, après défalcation de la graisse et du sucre qu’elles pouvaient avoir pris au sang. D’où cette conclusion qu elles avaient transformé de l’albumine du sang en substance adipeuse.
(H Fr. Hoffmann, Der Uebergang von Nahrungsfett in die Zellen der Thierkôrper ■ Zeitschrift f. Biologie, 1872, Bd. VIII, p. 153.
De même, les femelles des mammifères qui allaitent fournissent plus de lait et de graisse lorsqu’on les nourrit exclusivement de viande. Le foie de ces animaux en lactation emmagasine beaucoup de graisse et est adipeux, mais non dégénéré.
Il n’existe pas jusqu’ici de doctrine chimique ni d’observations suivies à ce point de vue qui rendent compte de cette transformation de l’albumine en graisse. Mais le phénomène lui-même semble bien prouvé.
Les faits tirés de la pathologie ne nous donnent pas davantage l’explication chimique de la mutation de l’albumine en graisse, bien que la constatation puisse en être faite avec une certaine évidence.
Nous citerons d’abord les expériences de Chauveau (1) sur le bistournage : au lieu de faire la castration chez le cheval, l’opération du bistournage consiste à enrouler le cordon, les enveloppes du testicule restant intactes, de façon à arrêter la circulation sanguine dans les vaisseaux spermatiques et à produire une mortification du testicule. Ce dernier se nécrose sans putréfaction au milieu de ses enveloppes vivantes et ses cellules subissent une dégénérescence graisseuse.. Faut-il en conclure que l’albumine de ces cellules se transforme en graisse ? C’est un point à revoir, car il y a une cause d’erreur. Les cellules vivantes contiennent, en effet, de la graisse incorporée à leur protoplasma et invisible quand ces éléments sont vivants. Elle se sépare et les gouttelettes deviennent apparentes lorsque la cellule meurt. Nous y reviendrons à propos de la mortification des cellules.
Les expériences sur l’empoisonnement par le phosphore sont plus démonstratives au point de vue de la transformation de l’albumine des cellules en graisse.
Bauer (2) s’est servi dans ce but de chiens soumis à un jeûne prolongé. A la suite de cette privation d’aliments, la graisse accumulée dans le péritoine et sous la peau a disparu.
Dans ces conditions, cet auteur a déterminé la quantité d’azote et d acide carbonique exécrétés et la quantité d’oxygène absorbé. Il a soumis ensuite ces chiens à l’empoisonnement par de l’huile phosphorée. Il a constaté pendant la durée de cet empoisonnement que la quantité de l’azote sécrété augmente du double, que l’excrétion de 1 acide carbonique diminue de moitié, et que l’absorption de l’oxygène
DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
est diminuée de moitié. Cela veut dire qu’avec la dégénérescence graisseuse très intense des organes (foie, rein, muscles) coïncide une perte d’azote deux fois plus considérable, une perte d’acide carbonique moindre, une combustion deux fois moindre. D’où il résulterait que les matières albuminoïdes sont décomposées et abandonnent de l’azote pour devenir des hydrocarbures et que ces derniers sont moins comburés par l’oxygène, toutes conditions favorables à l’augmentation des corps gras.
L’autopsie des chiens qui complète ces expériences a montré dans les muscles desséchés 40 pour 100 de graisse et dans le foie également déshydraté 30 pour 100.
L’arsenic, qui possède aussi le pouvoir stéalogène, produit chez les animaux empoisonnés une excrétion d’urée proportionnelle aux doses employées.
On peut se demander quelle part prennent les cellules à la dégénérescence graisseuse. Dans ces éléments, les granules et gouttelettes graisseux s’observent généralement en même temps que beaucoup de granules albuminoïdes, surtout au début du processus de dégénérescence et dans celui qui est lié à l’inflammation. C’est ce qu’on observe dans les inflammations parenchymateuses avec infiltration albumineuse des cellules qui accompagnent les fièvres infectieuses. De là est venue l’hypothèse que la graisse se formait dans les cellules aux dépens des granulations albuminoïdes. Cette opinion est appuyée aussi sur le fait suivant constaté par Altmann (1) dans son étude des glandes sébacées du pli inguinal du lapin. Il a vu que les granules et gouttelettes observés dans le protoplasma des cellules des culs-desac glandulaires en dégénérescence graisseuse, présentaient à leur périphérie une bordure colorée en noir par l’acide osmique, tandis que leur centre était incolore. Il y avait donc une dégénérescence graisseuse périphérique aux granulations albuminoïdes, probablement due à la transformation de l’albumine. On peut supposer, d’après ces observations, que l’albumine se transforme en graisse à l’intérieur des cellules et que cette mutation est due surtout à une élaboration cellulaire..
Les noyaux des cellules présentent aussi des modifications dans la
/)’ ^J.Altmann! Oie Structur des Zellkernes. Archiv von Dubois-Reymond, 1889. Je. h lementaror g anismen und ihre Beziehungen zu den Zellen, 1890. Sludien Uber die ZeUe, I Heft. 1886. r .
Voyez aussi les Éléments de pathologie cellulaire générale de S.-M. Lukjanow, trapar Fabre Domergue et A. Pettit. Paris, A. Carré, 1895.
connu. ET KAN VIER. — I. 6
dégénérescence graisseuse soit physiologique, soit pathologique. Dan la sécrétion lactée, Nissen(l) a observé des altérations nucléaires dans les cellules de la glande mammaire et des phénomènes de division du noyau, l’un des noyaux provenant de la division pouvant être éliminé avec une partie du protoplasma en dégénérescence graisseuse pour former le lait, tandis que l’autre noyau reste dans la cellule dont il entretient la vie.
La dégénérescence graisseuse pathologique a été bien étudiée dans l’empoisonnement par le phosphore chez l’homme et les animaux d’expérience. Les cellules du foie et du rein sont tuméfiées avec de nombreuses granulations albuminoïdes et quelques granulations graisseuses six heures après l’intoxication chez le cobaye. Le noyau est lui aussi tuméfié et altéré dès le début. Stolnikow (2), dans des expériences d’empoisonnement chronique, a constaté dans le protoplasma des cellules hépatiques des vésicules et des karvosomes sous forme de corpuscules dérivant du noyau. Klebs, Ziegler et Obolonski (3) ont décrit une fragmentation de la nucléine dans cet empoisonnement phosphoré et l’existence de granulations de nucléine répandues dans le protoplâsma cellulaire. Comme la nucléine et la lécithine contiennent normalement une certaine quantité de phosphore, il est naturel de penser que l’absorption de cette substance augmente la teneur en nucléine des cellules hépatiques. On sait que les cellules en multiplication indirecte montrent aussi un accroissement de la nucléine dans leurs noyaux. Mais dans l’empoisonnement phosphoré, l’accroissement de la nucléine et sa fragmentation sont en rapport avec la mort delacellule. Bientôt, en effet, la cellule se remplit de granulations graisseuses, son noyau n’est plus colorable par les réactifs colorants habituels et le protoplasma lui-même se fragmente en débris cellulaires contenant des granulations graisseuses. Ce processus de l’intoxication par le phosphore aboutit donc à une dégénérescence graisseuse complète et à la mortification des cellules. Il en est de même dans l’atrophie jaune aiguë du foie. Les éléments épithéliaux du rein sont altérés de la même façon. La dégénérescence graisseuse des faisceaux musculaires prb mitifs des muscles striés présente une disposition des granulations
(1) Nissen, Uebev das Verhalten der Kerne in den Milchdrûsemellen bei der Abrunderung. Archiv f. mikrost. Anatomie, 1888, Bd. XXVI, p. 337.
(2) Stolnikow, Vorgànge in den Leberzellen, insbesondere bei der Phosphoi’vergiftung. Archiv von Dubois-Reymond, 1887.
(3) Experimentelle Untersuchungen über die Wirkunq des Arsenichs und des ïidTpT Ecü dei Leber Und die Nieren- zie2ler’s und Nauwerck’s Beitrâge, 18*8’
DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
graisseuses en séries transversales parallèles suivant le sens des stries.
Il existe aussi des granules graisseux dans le protoplasma des cellules du sarcolemme.
Nous citerons aussi, comme un exemple de dégénérescence graisseuse manifeste, ce qui se passe dans les cellules superficielles de la muqueuse utérine de la chienne après l’expulsion du fœtus et du placenta. Ces cellules, très volumineuses, sphériques ou allongées, ne sont autres que les cellules cylindriques de la surface de la muqueuse remplies de granulations graisseuses de moyen volume en nombre tel qu’avec l’acide osmique, ces éléments paraissent tout noirs. Sur les préparations traitées par l’alcool absolu et l’éther et colorées par la thionine, on voit ces grosses cellules avec un protoplasma réticulé percé de petits trous sphériques. Le noyau placé au centre de la cellule, est déformé par la pression des grains qui impriment sur lui leur empreinte ; il se présente avec des prolongements radiés, et il se colore bien malgré cette forme insolite. Ces eellules sont destinées à disparaître par mortification.
Les dégénérescences cellulaires précédentes s’appliquent à des faits indépendants de toute inflammation.
Mais beaucoup de dégénérescences graisseuses sont la suite d’inflammations accompagnées d’une altération nutritive ou de l’un des modes de mortification des cellules. Il est peu d’inflammations aiguës ou chroniques qui ne présentent, à un moment donné, une dégénérescence de cet ordre dans les cellules fixes des tissus ou dans les cellules lymphatiques. Les foyers inflammatoires de la tuberculose sont toujours: remplis de cellules en dégénérescence graisseuse. Lorsque ces dernières sont en même temps mortifiées, elles revêtent un aspect hyalin ou un peu opaque avec de fines granulations ; les noyaux ne sont plus colorables ni visibles. On dit alors qu’elles ont subi la dégénérescence caséeuse.
Parmi les inflammations pures, accompagnées de dégénérescence graisseuse, nous pouvons citer celles qu’on peut déterminer artificiellement sur les cornes utérines des chiennes. Là, que l’inflammation accompagnée de tuméfaction de la muqueuse soit puriforme ou simplement catarrhale, les fragments de la muqueuse fixée par l’acide osmique montrent, dans les cryptes ou glandes superficielles, comme dans les glandes profondes dilatées et remplies de mucus, des cellules épithéliales cylindriques dont le protoplasma est infiltré de très nombreuses granulations colorées en noir par l’osmium. Ces cellules n’en sécrètent pas moins une grande quantité de mucus.
Dans les tumeurs à évolution rapide comme les cancers ou les sarcomes, cette dégénérescence envahit toujours un grand nombre de cellules dont la nutrition est gênée par les voisines, ce qui s’observe surtout dans les parties les plus anciennes du néoplasme. •
En résumé, la dégénérescence graisseuse des cellules est caractérisée par l’élaboration, dans leur protoplasma, de granules graisseux dus probablement à la transformation des granules albuminoïdes. Elle aboutit souvent à des altérations du noyau, à leur mortification et à la fragmentation du protoplasma. Ce processus est très rapide, puisqu’il peut se montrer cinq ou six heures après une intoxication; il peut aussi être lent. A côté des cellules mortifiées, on en trouve généralement d’autres en voie de développement.
K. Adiposité. — Surcharge ou infiltration graisseuse.
On distingue cet état des cellules de la dégénérescence parce qu’elle n’aboutit nullement à la mort des éléments. Elle consiste dans le dépôt de graisse, dans la réplétion plus ou moins considérable des cellules qui n’en continuent pas moins à vivre et à fonctionner et dont le noyau est bien conservé, bien que gêné et comprimé si la graisse y est en grande quantité.
Le tissu cellulaire adipeux sous-cutané, le grand ^épiploon, les appendices épiploïques, sont, les parties du corps où s’emmagasinent d’énormes quantités de graisse chez les obèses. Ces derniers ne sont pas des malades; leur embonpoint peut cependant les rendre plus sensibles aux maladies, plus vulnérables que les individus maigres. De même, la surcharge adipeuse du cœur, consistant dans une assez grande quantité de tissu cellulo-adipeux sous le péricarde, ne compromet ni le muscle cardiaque ni les fonctions du cœur, mais elle peut être une gêne lorsque survient une maladie des poumons ou du cœur.
Les cellules du tissu conjonctif, dans les lésions qu’elles subissent pour passer de l’état normal à celui de cellule adipeuse, présentent le type le plus démonstratif de la surcharge graisseuse.
Chez les femmes qui allaitent, aussi bien que chez toutes les femelles d’animaux pendant la lactation, les cellules hépatiques du centre des îlots sont surchargées de graisse, de telle sorte que le foie paraît être le magasin destiné à la glande mammaire pour la sécrétion du lait.
Les villosités intestinales sont aussi chargées de granulations graisseuses très fines pendant la digestion.