PIGMENTATION DES CELLULES ET DES TISSUS
sang et constaté que la teneur en glycogène des larves avait augmenté dans une grande proportion. Il en est de même des mammifères. Le foie d’un chien bien nourri contient du glycogène 5 si cet animal est affamé, on n’en trouve plus. Qu’on le nourrisse uniquement avec une substance albuminoïde, le glycogène reparaît dans le foie.
Dans les tumeurs de l’homme, de même que dans tous les tissus en voie de développement rapide, on trouve des quantités énormes de glycogène. Brault a constaté qu’il y en avait une accumulation réellement considérable, non seulement dans les sarcomes, mais aussi dans les épithéliomes, et que les parties périphériques de ces tumeurs, les nodules en voie de formation active en renfermaient beaucoup plus que les points centraux anciennement développés. Le glycogène accumulé dans les cellules est un aliment d’épargne et de prévoyance pour la genèse de cellules nouvelles qui pourront se développer aux dépens des cellules préexistantes sans être obligées d’emprunter au sang tous leurs matériaux de nutrition (voir le chapitre Tumeurs ).
C’est là une confirmation des idées générales de Cl. Bernard sur la glycogénie et son rôle dans la nutrition des tissus en voie de développement.
M. Pigmentation des cellules et des tis/sus.
Sous le nom de pigmentation des éléments et des tissus, on comprend des altérations extrêmement variées qui consistent dans la production de granulations colorées en rouge, en brun, en jaune, en noir, dans les cellules et les tissus. Ces granulations colorées peuvent venir toutes formées du dehors, comme on l’a observé pour le charbon végétal ; elles peuvent provenir d’une matière colorante dissoute, infiltrant un^celiule et s’y concrétant comme cela s’observe pour la matière colorante du sang ou de la bile 5 enfin, desgrains colorés peuvent être élaborés par la cellule elle-même.
La pénétration de particules de charbon est bien établie par la pigmentation noire des cellules des crachats, lorsqu’on a respiré l’air chargé de la fumée d’une lampe. Traube a vu dans l’intérieur des cellules épithéliales du poumon des particules de charbon, bien caractérisé parles canaux poreux des cellules végétales. Dans les conditions où nous vivons, tout poumon d’adulte contient plus ou moins de charbon dans ses cellules, dans son tissu conjonctif et dans les ganglions lymphatiques de la racine des bronches.
Les granulations d’argent se déposent dans les tissus humains
go généralités sur l'histologie pathologique
après une médication argentique prolongée telle qu’elle a été mise en usage eontre le tabes et l’épilepsie. La peau devenait très pigmentée et dans diverses parties du corps, notammentau niveau desglomérulesde Malpighi, on voyait à l’œil nu des taches ardoisées. Dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans les glomérules du rein il se fait un dépôt de granulations noires d’argent entre les cellules.
L’ictère est dû à la coloration jaune des tissus par les matières colorantes de la bile qui sont la bilirubine (C16 H18 A32 O3), la bilifuscine, la biliverdine et la biliprasine. Ces trois dernières substances dérivent de la première, qui est la plus importante. Ces matières colorantes sont sécrétées par les cellules hépatiques. Minkowski et Naunga, ayant d’abord, enlevé le foie d’une oie, puis l’ayant empoisonnée par l’acide arsénieux dont l’action toxique détermine de l’ictère, ont constaté qu’il ne se produisait plus d’ictère ni de passage de pigment biliaire dans l’urine. C’est donc bien le foie qui fabrique les matières colorantes de la bile. La coloration ictérique imprègne tout particulièrement les tissus qui sont normalement blancs ou rosés, tels que la sclérotique, la peau, la tunique interne des vaisseaux et de l’endocarde et le tissu conjonctif. Mais c’est surtout la substance fondamentale des tissus, les fibres, par exemple, qui se colorent ainsi. Les cellules vivantes résistent à cette imprégnation. Le dépôt urinaire des ictériques contient des cellules lymphatiques ou des débris de cellules épithéliales du rein qui sont très pigmentées, avec des granulations qui sont certainement antérieures à leur élimination. Les cellules mortifiées ou d’une résistance amoindrie et dégénérées peuvent être teintes par la bile. Telles sont les cellules hépatiques dans l’atrophie jaune aiguë ou ictère grave; telles sont les cellules hépatiques en dégénérescence graisseuse dans la rétention absolue de la bile, dans le cancer hépatique, etc.
Autrefois, lorsqu’on trouvait des corpuscules étrangers dans l’intérieur des cellules, on expliquait leur présence en supposant une formation cellulaire qui enveloppait les particules colorées primitives;, c’est ainsi que Kôlliker expliquait les grandes cellules qui, dans la rate, contiennent des globules rouges du sang. On sait aujourd’hui que les cellules qui sont uniquement formées de protoplasma et qui sont douées de mouvements amiboïdes peuvent englober directement les granulations et les petits fragments qui se trouvent dans leur voisinage.
Fig. 40. — Pigmentation des éléments des crachats.
PIGMENTATION DES CELLULES
La pigmentation physiologique des cellules aux dépens des matières colorantes du sang s’observe dans la rate : on trouve à l’état normal, dans la boue splénique, de grandes cellules contenant des globules rouges, du pigment rouge, jaune ou noir.
Ce qui se passe dans l’ovaire, lors de la formation des corps jaunes après la chute de l’ovule et l’hémorragie dans le follicule de Graaf, est un exemple de la formation du pigment rouge, et même plus tard du pigment noir, lorsque ces corps jaunes apparaissent comme de petites cicatrices ardoisées.
Toutes les fois que du sang esf épanché, les cellules de tissu connectif et les cellules endothéliales des séreuses, et d’une façon générale tous les éléments cellulaires circonvoisins, s’imprègnent de granulations d’hématine résultant de la transformation de l’hémoglobine, granulations ou cristaux d’hémine et même de cristaux d’hématoïdine. Lorsque les muscles sont frappés de mort, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, leur matière colorante se concrète de la même façon.
Ces faits ont été étudiés avec soin pour la première fois par Virchow à propos des hémorragies pulmonaires. Cet auteur a vu que les cellules d’épithélium devenues sphériques, imprégnées d’abord par un liquide coloré, montraient bientôt dans leur intérieur des granulations jaunes, rouges, devenant de plus en plus foncées, et même des cristaux d’hématoïdine. Cette observation a conduit Virchow à cette hypothèse que la matière colorante du sang, abandonnée par les globules, infiltre d’abord les cellules sous forme de liquide coloré; mais il peut se faire aussi que les granulations colorées, formées en dehors %îles cellules, pénètrent ensuite dans leur intérieur.
Les granulations pigmentaires jaunes, rouges et brunes, sont caractérisées surtout par leur coloration. Les cristaux d’hématoïdine sont des rhomboèdres épais, colorés en rouge orangé; quelquefois ils ont des dimensions telles qu’on peut les soupçonner à l’œil nu ; dans d’autres cas> sont tellement petits qu’on doit employer pour les voir les grossissements les plus forts.
Fig. 41. — Cristaux d’hématoïdine • a, globules de sang devenus granuleux et commençant à se décolorer ; 6, cellules de la névroglie dont une partie possède du pigment granuleux et cristallisé ; d, cristaux d’hématoïdine ; f, vaisseau oblitéré dont la cavité est remplie de pigment rouge granuleux ou cristallisé. — Grossissement de 300 diamètres.
Les granulations pigmentaires de couleur ocre, brune ou noire viennent probablement toutes de la matière colorante du sang, mais on ne les distingue pas moins en deux catégories suivant qu’elles contiennent ou non du fer (1). Le pigment contenant du fer a été nommé hémosidérine par Neumann par opposition au pigment ne contenant pas de fer, l’hématoïdine. Mais cette distinction n’est pas absolue. Ainsi
Carnot (2), en étudiant les modifications successives que subit le sang dans le tube digestif de la sangsue, a vu que les masses brunes contenant d’abord du fer pouvaient à un moment donné n’en plus renfermer. Les granules de couleur ocre ou brune contenant du fer et nommées hémosidérine par les auteurs allemands se trouvent en très grande quantité dans le foie et d’autres organes dans la cachexie pigmentaire au sujet de laquelle de nombreuses observations ont été publiées par Kelsch etKiener(3), Letulle(4), Hanot(5)et Gilbert(6), etc.
Ces granulations ocre se décèlent très facilement au microscope par leur couleur propre et par celle qu’elles revêtent par les réactifs. Avec le ferrocyanure de potasssium suivi de l’action de l’acide chlorhydrique, on obtient une coloration bleue. Avec le sulfhydrate d’ammoniaque, une coloration noire (Quincke)(7). La formule chimique de ces granulations est 2 Fe1 2 O3 4 5 6 7, 3 HO d’après l’analyse de Lapique et Auscher (8). La cachexie pigmentaire, qui s’observe avec de la cirrhosè dans le diabète accompagné de coloration bronzée de la peau et dans certaines intoxications alcooliques, se caractérise par des cellules infü-
(1) L’oxy-hémoglobine qui constitue les cristaux du sang possède la /composition suivante :
C = 53,85; H =7,32; Az = 16,17;
S= 0,39; Fe = 0,43; 0=21,84.
En faisant passer un courant d’hydrogène dans l’oxy-hémoglobine, on obtient l’hémoglobine. L’hématine a pour formule :
C68 H70 Az8 * Fe2 O10.
L’hémine possède la même formule + 2 HCl.
(2) Carnot, Thèse de doctorat ès sciences, 1896, Paris.
(3) Kelsch et Kiener, Maladies des pays chauds, 1889.
(4) Letulle, Deux cas de cirrhose pigmentaire du foie dans le diabète sucré (Soc. médic. des .hôpitaux, décembre 1885).
Cirrhose hypertrophique pigmentaire alcoolique (Soc. anat., décembre 1896).
Note sur trois cas de cirrhose hypertrophique pigmentaire non diabétique (Soc. méd. des hôpitaux, fév. 1897).
(5) Hanot et Chauffard, Cirrhose pigmentaire dans le diabète sucré (Revue de médecine, mai 1882), et Schachmann, Sur les cirrhoses pigmentaires dans le diabète sucré (Arch. de physiul., janvier 1886).
(6) Gilbert et Grenet, Cirrhose pigmentaire (Soc. de biologie, décembre 1896).
(7) Quincke, Ueber Siderosis. Archiv f. klin. Med., Bd. 25 u. 27.
(8) Lapique et Auscher, Quelques recherches chimiques sur un cas de diabète piQ'
mentavre (Soc. de biologie, mai 1895).
PIGMENTATION DES CELLULES
trées de pigment ocre dans les travées fibreuses de la cirrhose, dans les cellules hépatiques, dans le péritoine, les ganglions lymphatiques, je pancréas, la glande thyroïde, la glande pituitaire, le rein, le derme cutané, les capsules surrénales, etc.
Le pigment ne contenant pas de fer ou mélanique s’observe, à l’état normal, dans les cellules du tissu conjonctif de la choroïde, de l’iris et de la pie-mère, dans les cellules épithéliales de la rétine et du corps muqueux de Malpighi des races brunes et des nègres ; les fibres musculaires du cœur et les cellules nerveuses contiennent des granulations pigmentaires qui, dès l’origine, sont brunes et se distinguent par cela même de celles qui proviennent directement de la matière colorante du sang. Ces granulations sont petites et le plus souvent arrondies ; presque toujours elles sont répandues uniquement autour des noyaux dans le protoplasma des cellules; mais elles peuvent aussi exister dans le noyau, ainsi q.u’on le voit dans le corps muqueux de la peau des nègres.
Un exemple très intéressant de la formation du pigment dans les cellules du sang nous est fourni par la fièvre intermittente.
Le parasite découvert par Laveran(l), XJiémo plasmodium malariœ, se développe en effet dans le sang, le plus souvent au milieu d’un globule rouge, et l’on voit apparaître à côté de lui un ou plusieurs grains de pigment noir. Les granulations pigmentaires, formées en assez grande quantité, englobées dans les globules blancs, dans les cellules endothéliales vasculaires, après la destruction des globules rouges, et dans les éléments cellulaires voisins, dessinent en noir la paroi des vaisseaux, si bien que sur les coupes du cerveau, dans la cachexie palustre, les capillaires paraissent limités par des lignes noires. Ce pigment s’accumule ainsi dans la rate, dans le foie, etc. Telle est la mélanémie malarique.
Dans la peau du nègre, ce sont les cellules épidermiques et tout particulièrement celles du corps muqueux qui sont infiltrées de granulations mélaniques. On se rend parfaitement compte que ce pigment n est pas apporté par les vaisseaux sanguins, car les papilles qu’il
(1) Laveran, Du paludisme et de son hématozoaire. Paris, 1891. „
GÉNÉRALITÉS SUR L’HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE devrait traverser en retiendraient une partie et elles en sont tout à fait dépourvues. Carnot et M1,e Deflandre ont greffé de l’épiderme du nègre sur une peau blanche et ils ont vu que la greffe s’étendait à sa périphérie, c’est-à-dire que non seulement l’épiderme noir vivait sur une peau blanche, mais qu’il s’y formait de nouvelles cellules épidermiques pigmentées. Cette expérience parle également contre la doctrine qui voudrait faire venir exclusivement le pigment noir du sang. Inversement, la greffe d’un épiderme blanc sur une peau de nègre ne réussit pas aussi bien et, quelques jours après, l’opération l’épiderme blanc disparaît. Cette expérience montre que les cellules pigmentées possèdent une vitalité plus grande que les cellules sans pigment, et que ce ne sont pas les cellules lymphatiques qui sont ies agents du transport du pigment, ainsi que l’avait pensé Karg(l).
Les granules mélaniques, habituellement sphériques, qui sont souvent placés en dehors des cellules, jouissent de mouvements, de déplacements, de tremblotements, de rotations très manifestes et qui se continuent dans l’eau ou les liquides neutres sous le microscope. Cette motilité propre pouvait faire penser qu’il s’agissait de véritables parasites et plusieurs auteurs ont essayé de les cultiver sur des milieux nutritifs ; mais on n’a obtenu aucun résultat. Cependant ce ne sont pas simplement des mouvements browniens, car ils s’arrêtent si l’on traite les granules avec le bichlorure de mercure. Ce ne sont pas non plus des mouvements vitaux, car en chauffant à 120 degrés centigrades lé liquide qui les contient, on n’empêche pas ces mouvements de se produire (Carnot).
Dans l’intérieur des cellules qui en contiennent et qui possèdent un protoplasma contractile, comme les chromatoblastes de la grenouille, les granules mélaniques se déplacent avec le protoplasma cellulaire. Ils jouissent même là de mouvements propres, car ils peuvent s’accumuler, en un point donné de la cellule.
L’affection dans laquelle il se produit la plus grande masse de pigment pathologique, c’esfcHe sarcome et l’épithéliome mélaniques. Ce pigment a été analysé par Nencki (2), qui n’y a pas trouvé de fer et qui
en a donné l’analyse quantitative suivante :
C = 53, H = 8,5, Az == 10,20, S = 10,5 en moyenne. :>
• fl) ^AR»’ SltuAierl über transp. Haut. I. Entwiclcelung uni Bèieutung des Hautpigments. Archiv v. Dubois-Reymond, 1888, p. 369. •
PvnÏÏimEpC^h et Ï“EZ’ Fe!)er die Farhslolf‘ der melanoliscliën Sarkome. Archiv f. expenra. Path. u. Pharmakologie, 1886, Bd. XX, p. 340.
JXlMih1