MORTIFICATION DES CELLULES. — INFARCTUS
rénales, également privées de la circulation sanguine, auraient subi la même mortification. Et cependant il n’en est rien. Lorsqu’on examine les coupes transversales comprenant en même temps la partie isolée, la cicatrice et l’organe normal qui l’entoure, on voit au microscope une cicatrice linéaire, très régulièrement circulaire qui sépare la partie centrale isolée d’avec le tissu normal. Si l’on étudie le bord externe de la cicatrice vingt-quatre ou quarante-huit heures après l’opération, on notera à sa limite, du côté de l’organe sain, un certain nombre de cellules mortifiées, dont les noyaux sont altérés ou impossibles à colorer, ce qui est dû à l’action légèrement dilacérante du trocart.
Dans la zone centrale primitivement détachée, puis remise en place, les cellules, qui devraient toutes être mortifiées de la même façon, sont au contraire très inégalement lésées. Des îlots d’entre elles offrent bien des noyaux peu colorés ou même tout à fait incolores avec l’hématoxyline ou la thionine; leur protoplasma est grenu avec quelques granules graisseux; mais, à côté de ces cellules altérées, il en est qui ont conservé intacte leur faculté de coloration et qui vivent plus longtemps que les autres ou même qui restent vivantes jusqu’au quatrième ou cinquième jour, époque à laquelle la circulation se rétablit dans le cylindre détaché par la pénétration des cellules de tissu conjonctif et des vaisseaux de nouvelle formation venus de la périphérie du tissu vivant à travers la ligne cicatricielle. Dans ces cylindres détachés d’un organe et remis en place, les cellules se trouvent dans de meilleures conditions que les fragments d’organe détachés après la mort et conservés dans des tubes stérilisés; elles sont là, en effet, au milieu d’organes vivants et peuvent au moins recevoir par imbibition endosmotique des liquides qui servent à leur nutrition. La réparation cicatricielle qui se fait très rapidement à la périphérie permet à la plupart d’entre elles de reprendre leurs fonctions et de réparer les lésions de mortification qu’elles avaient commencé à subir.
Les phénomènes observés dans ces expériences où un fragment d’organe est isolé complètement par la section de ses vaisseaux, puis remis en place, sont tout à fait comparables à ce qui se passe dans les infarctus ayant pour cause, dans le rein par exemple, une embolie ou une thrombose artérielle. La pénétration, dans les segments mortifiés, des cellules de tissu conjonctif ou endothéliales et des vaisseaux venus des parties saines voisines, le rétablissement de la vie, la guérison des infarctus, sont de tout point comparables. Mais
généralités sur l’histologie pathologique le processus est plus rapide, plus complet chez les animaux en expé rience que chez l’homme en état de maladie. Nous reviendrons sur la réparation des fragments plus ou moins mortifiés des organes restés en place à propos de l’inflammation.
Au milieu des parties vivantes, des groupes de cellules peuvent être influencés par des poisons et perdre leur vitalité. Tels sont les éléments épithéliaux touchés par les microbes et les toxines de la. diphtérie ou de la variole dans les exsudats pseudo-membraneux et dont E. Wagner a donné la description (voir p. 72). On peut reproduire ces modifications des cellules en même temps que l’apport des globules blancs et la coagulation de fibrine autour d’eux, en touchant une muqueuse avec de l’ammoniaque.
Weigert a décrit sous le nom générique de nécrose de coagulation un mode spécial de mortification des cellules, au milieu des parties vivantes, sans qu’il y ait de putréfaction, mais cependant lié en général . à l’action de bactéries pathogènes, et s’accompagnant souvent de la coagulation de la fibrine qui transsude dans les exsudats inflammatoires concomitants. Les toxines de certains microbes possèdent la même propriété. Il est commun de voir des cellules mortifiées, granuleuses ou vitreuses dont le noyau ne se colore plus, situées au milieu de cellules vivantes ; telles sont, par exemple, les cellules des tubes urinifères et les cellules hépatiques dans les néphrites et hépatites dues aux maladies infectieuses (fièvre typhoïde), les cellules du corps muqueux de Malpighi dans les pustules varioliques, etc.
Les mortifications cellulaires survienneüt toutes les fois que des cellules sont formées en grande quantité, soit dans un foyer inflammatoire, soit dans une néoplasie, parce qu’elles ne trouvent pas de matériaux en quantité suffisante pour leur nutrition.
Il en est de même lorsque la circulation d’un organe est partiellement suspendue pendant une ou deux heures, comme dans l’expérience où Litten plaçait sur l’artère rénale une ligature temporaire. Les jours suivants on trouvait dans les canalicules urinifères des cellules épithéliales mortifiées dont le noyau n’était plus sensible aux matières colorantes, au milieu de rangées épithéliques normales. Il Y avait aussi des cellules calcifiées (voir p. 97).
Dans la mortification physiologique ou pathologique des cellules préexistantes, on en trouve presque toujours qui sont en karyokinèse à côté des cellules mortifiées. Ces dernières subissent alors assez rapidement, quelques heures, un jour après leur mort, comme