‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 34 sur 148 · NÉCROSE PAR ARRÊT DE LA CIRCULATION · texte numérisé non relu

NÉCROSE PAR ARRÊT DE LA CIRCULATION

on peut s’en assurer par l’expérimentation chez les animaux, des modifications intéressantes de leur noyau. Celui-ci se détruit et la substance nucléaire colorable par la safranine ou l’hématoxyline, la nucléine, apparaît sous forme de grains ou de gouttelettes arrondies qui fixent fortement la matière colorante. Il est probable que cette nucléine, qui devient libre après la destruction du protoplasma, est utilisée complètement par les cellules en régénération dont le noyau présente un accroissement de sa nucléine, les cellules détruites servant à la nutrition et à la reproduction des cellules vivantes voisines.

La nécrose cellulaire est la mort simple des cellules surprises au milieu de leur état normal et de leur fonctionnement régulier. On donne le nom de nécrobiose à la mortification cellulaire consécutive à une des dégénérescences que nous avons étudiées précédemment.

A l’état pathologique, on observe assez souvent des parties d’organes nécrosées soit par une action traumatique, soit par une inflammation antérieure. Les os nécrosés dans les ostéites ont reçu le nom de séquestre, mot qui est employé aussi pour la partie nécrosée du muscle pectoral des gallinacés, à la suite d’injection dans ce muscle d’une culture du choléra des poules.

Les généralités qui précèdent et qui se rapportent surtout à la mort des cellules nous permettent d’étudier maintenant la mortification des tissus et les gangrènes.

Mort des tissus par suite de l’arrêt de la circulation. — Quand il y a arrêt de la circulation dans une partie de l’organisme, celle-ci meurt. Il se produit autour d’elle une inflammation suppurative, ou bien il s’établit une sorte de tolérance. La partie nécrosée (1) se décompose, se résout lentement en corps solubles, qui sont repris peu à peu par la circulation ; on dit alors qu’il y a infarctus et nécrobiose, tandis que, dans le premier cas, on dit qu’il y a escarre et gangrène.

Il est facile de montrer par quelques exemples en quoi diffèrent ces deux processus qui reconnaissent une origine identique, c’est-àdire une oblitération artérielle due à une thrombose ou à une embolie.

(1) Nous employons ici le mot de nécrose, contrairement à l’usage, dans son sens le plus général, qui est celui de mort (vâtpwots ou vsx.po'ç, mort). Le mot de nécrose ainsi compris a un sens plus général que celui de gangrène. Ce dernier, en effet, exprime l’idée de mort, puis de décomposition ordinairement avec l’intervention des micro-organismes de la suppuration et de la putréfaction ; le tout suivi de l’élimination de la partie nécrosée.

Qu’il s’agisse de l’interruption de la circulation dans un lobule du rein ou de la rate, on aura un infarctus dans lequel la mortification ^ terminera par une réparation cicatricielle comparable de tout p0jnt à ce que nous produisons expérimentalement, en séparant à l’emporte pièce des cylindres du foie ou du rein. Qu’il s’agisse d’une branche artérielle cérébrale, la sylvienne, nous aurons une anémie locale du cerveau terminée par un ramollissement de la substance cérébrale comparable à ce qu’on trouve dans le cerveau des fœtus macérés. Dans ces divers cas, les organes atteints ne communiquent ni avec l’air ni avec des conduits muqueux normalement accessibles aux microbes et il n’y a généralement pas alors d’intervention des bactéries de la putréfaction ni de la suppuration.

Au contraire, si la partie mortifiée appartient au poumon qui est en rapport par les bronches avec l’air extérieur, ou à l’extrémité d’un membre à la suite d’une artérite oblitérante, la mortification d’un ou de plusieurs lobules pulmonaires, celle de la peau et des tissus profonds d’un ou de plusieurs orteils ou de tout le pied, seront le siège de lésions accompagnées de putréfaction, de fermentations diverses et d’une odeur insupportable.

La peau mortifiée, qui était d’abord blanche, insensible et froide, montre dès le second jour des ecchymoses, des soulèvements épidermiques et des phlyctènes comme une peau de cadavre, puis elle prend une couleur brune, se dessèche et se ratatine. Telle est la gangrène sèche ou sénile du pied.

Les premiers phénomènes qui suivent la nécrose s’observent dans les parties les plus délicates. Les globules du sang abandonnent leur matière colorante, laissent échapper sous forme de granules leur graisse de composition, et finalement se résolvent en un détritus granuleux. Des granulations colorées, jaunes, brunes ou d’un rouge plus ou moins intense, et même des cristaux rhomboédriques d’un beau rouge orangé (cristaux d’hématoïdine) peuvent se montrer à la longue dans les parties nécrosées. Toutes les fois que le sang échappé des vaisseaux s’épanche dans une cavité naturelle ou artificielle, il subit des modifications analogues.

Les globules blancs présentent une résistance beaucoup plus grande : ils se dessèchent, deviennent granuleux, irréguliers, anguleux; ils montrent des granulations graisseuses et même quelquefois des granulations pigmentaires; leurs noyaux et leur protoplasma se fondent en une masse commune. C’est là ce qu’on appelle un état caséeux (dessiccation et transformation granuleuse). Ces éléments,

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