‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 35 sur 148 · GANGRÈNE SÈCHE ET HUMIDE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE SÈCHE ET HUMIDE

avant subi la métamorphose caséeuse, persistent pendant un temps extrêmement long dans certaines circonstances déterminées que nous indiquerons plus loin.

Le tissu conjonctif, les os, les cartilages, les ligaments, etc., persistent presque indéfiniment dans les parties privées de la circulation, v si la gangrène est sèche. Dans ce cas, la conservation des tissus, même de ceux qui s’altèrent facilement, est due à ce que leur eau de consti-i tution s’évapore, et qu’elle est remplacée par la graisse échappée des ' cellules adipeuses. La graisse imprègne alors les tissus à mesure qu’ils se dessèchent, et les conserve parce qu’elle empêche l’apport de l’oxygène et de l’eau, condition nécessaire à la putréfaction. La graisse infiltrée donne aux parties sèches et gangrenées leur translucidité qui apparaît sur les sections, tandis que leur coloration brune est liée à la présence des granulations colorées qui proviennent de la matière colorante du sang.

Plus tard il s’établit entre les parties mortes et les parties vivantes un sillon inflammatoire ou d’élimination sécrétant des liquides ou du. pus, bourgeonnant, accompagné de clapiers putrides dans tes parties. *v profondes du tissu gangrené. Cette série d’accidents que l’antisepsie ' la plus rigoureuse ne peut arrêter dans la gangrène sénile, détermine une intoxication générale par des ptomaïnes, avec délire et accidents graves terminés par la mort.

La gangrène humide survient lorsque le plasma sanguin continue à arriver au contact des parties mortifiées, ainsi que cela s’observe dans les gangrènes consécutives à l’inflammation et aux oblitérations veineuses. Dans le poumon, la présence de l’air, des microbes des voies aériennes et de la bouche, la pénétration de corps étrangers alimentaires ou contenant des bactéries constituent autant de conditions qui la favorisent. Quand les parties gangrenées sont profondes et ne peuvent se dessécher, la gangrène est aussi forcément humide; la graisse se réduit en granules, mais elle ne peut s’infiltrer dans des tissus dont l’eau n’a pas disparu. Lorsque l’oxygène n’arrive pas dans ces parties, comme cela s’observe dans le ramollissement cérébral et dans les infarctus spléniques, il n’y a pas de putréfaction possible, tandis qu’au contraire elle survient très vite à la surface du corps et dans le poumon.

On doit donc distinguer à la gangrène deux phases, la mortification qui résulte de l’interruption de la circulation, et la putréfaction fiui est fonction des bactéries..

Dans la gangrène sèche, ainsi qu’il résulte de ce que nous avo dit plus haut, les tissus présentent des altérations analogues à celles que nous avons étudiées dans les fœtus macérés; mais, dans laganS grène humide, des modifications ultérieures qui surviennent amènent rapidement la décomposition des tissus qui s’infiltrent de sérosité ou de pus venus des parties voisines. Le tissu fibreux, même le plus dur comme celui des tendons, finit par se dissocier en filaments. Le tissu osseux seul, en tant que charpente, persiste pendant des années sans s’altérer. Nous avons observé un exemple de nécrose de l'humérus datant authentiquement de trente ans, et dans lequel la structure de l’os était conservée comme sur un os macéré, c’est-à-dire avec la disparition des cellules vivantes des corpuscules osseux, mais avec la conservation parfaite des lamelles et des cavités étoilées des ostéoplastes. Cependant, dans ces cas, la surface des os est noire, cé qui est dû à la présence d’un sulfure de fer, le fer venant du sang, le soufre des matières protéiques décomposées.

Les métamorphoses ultérieures de la graisse dans la gangrène humide donnent lieu à des cristaux de margarine, d’acide stéarique et de cholestérine. Les cristaux de leucine et de tyrosine qu’on y trouve presque constamment dérivent probablement des matières protéiques.

Enfin, on y rencontre des granulations anguleuses et des cristaux bruns ou noirs dérivant des globules rouges, et qui sont formés d’hématine ou des matières colorantes qui en dérivent.

Mortification des tissus par altération initiale des cellules. — La mort des tissus peut être due à une altération initiale des cellules. C’est ce qui arrive dans les dégénérescences graisseuses primitives des cellules, telles qu’on les observe dans l’athérome artériel, la carie, etc., et dans les dégénérescences consécutives | une inflammation. Un grand nombre de cellules étant frappées de mort, le tissu qui en dépend meurt aussi. Divers ordres de phénomènes en sont la suite : il peut y avoir une véritable élimination des parties mortifiées par inflammation des tissus périphériques, comme, par exemple, dans la carie. Quelquefois la substance mortifiée persiste à sa place normale en s’infiltrant de sels calcaires, comme cela s’observe dans les plaques athéromateuses de l’aorte. Enfin la partie mortifiée se ramollit, tombe en détritus granuleux, et elle est reprise par la circulation, comme cela a lieu dans les foyers athéromateux.

Page 1