LÉSIONS PAR EXCÈS DE NUTRITION
Q. Lésions causées par un excès de nutrition des cellules et des tissus.
Lorsque, dans les cas d’irritation inflammatoire, les matériaux nutritifs arrivent en plus grande abondance aux éléments et aux tissus, on voit se passer dans les cellules les phénomènes suivants : le noyau, qui, dans certains cas, était atrophié, à peine visible, s’hypertrophie, le nucléole devient apparent; le protoplasma se gonfle et se charge de sucs- la cellule tout entière, qui était allongée, aplatie ou très irrégulière, tend à prendre la forme globuleuse. Cet état diffère de l’infiltration séreuse ou albumineuse des éléments, lésion en quelque sorte passive et dont nous avons déjà parlé, en ce que les phénomènes de nutrition en excès s’accusent par une activité propre exagérée des cellules, bientôt suivie en général de leur multiplication. Les exemples de cette hypernutrition des cellules fourmillent à l’état physiologique pendant la période de développement. C’est ainsi que les cellules de cartilage deviennent très volumineuses au voisinage des points d’ossification; c’est ainsi que les cellules musculaires de l’utérus et les faisceaux musculaires du cœur s’hypertrophient pendant la gestation; c’est ainsi que les cellules épithéliales de la glande mammaire deviennent beaucoup plus volumineuses à la fin de la grossesse.
Les exemples pathologiques les plus saillants de ces hypertrophies des éléments par excès de nutrition sont ceux tirés des faits observés dans le tissu conjonctif de l’adulte. Ce tissu présente, en effet, à l’état normal, des cellules plates extrêmement minces (Ranvier), qui, sous l’influence d’une irritation pathologique, montrent bientôt un noyau volumineux et un protoplasma granuleux et bien développé.
Toute cellule irritée, qu’elle appartienne au cartilage, aux tendons, à l’épithélium, etc., présente des phénomènes analogues. Dans les hypertrophies des muscles par excès de nutrition, telles qu’on les observe après tout travail exagéré, dans les hypertrophies du cœur, par exemple, la majorité des auteurs supposent que les faisceaux musculaires sont augmentés de volume. Cette supposition est très probable; mais cependant nous ferons remarquer que rien n’est difficile comme l’appréciation du diamètre d’un faisceau musculaire, parce que ces faisceaux sont constitués par une substance molle et élastique, et Aue teur contraction ou leur allongement s’accompagnent de modi-
m GÉNÉRALITÉS SUR L’HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE
fications de leurs diamètres. Suivant les méthodes employées p0ur en faire l’exàmen microscopique, on obtient des résultats très différents.
Les hypertrophies des cellules par excès de nutrition conduisent directement à l’étude de leur multiplication pathologique, étude qui fera le sujet du chapitre suivant.