DEFINITION DE L’INFLAMMATION
- ai vivant (épine de Van Helmont), on verra se reproduire, dans le n^ême enchaînement symptomatique que chez l’homme malade dans
maladies dites inflammatoires en clinique, des phénomènes qui «Iront pour nous les types de l’inflammation simple.
De même les inflammations septiques et spécifiques sont liées, suivant toute probabilité, à la présence dans l’organisme de microphytes et de microzoaires qui agissent comme autant d’épines dont la présence seule suffirait à déterminer l’inflammation, mais qui, en raison des substances chimiques ou des toxines qu’ils produisent, sont plus ou moins irritants et possèdent une action spéciale.
La compréhension de l’inflammation, l’étude de ses phénomènes intimes, reposent essentiellement sur l’expérimentation.
Les inflammations expérimentales sont, en effet, celles qui conviennent le mieux pour modifier les conditions de la production des phénomènes, pour les étudier à leurs diverses phases, pour observer chez les animaux pendant la vie et surprendre immédiatement après la mort le mode de développement dés produits de l’inflammation.
Dans les inflammations traumatiques chez l’homme, où les conditions sont aussi bien déterminées que dans une expérience, on ne peut généralement pas étudier complètement toutes les lésions inflammatoires, parce que, au moment de l’examen, les éléments ont déjà subi des modifications cadavériques, à moins qu’il ne s’agisse de l’ablation chirurgicale des parties enflammées.
En nous plaçant à ce point de vue, nous avions, dans les éditions précédentes de ce manuel, défini l’inflammation : la série des phénomènes observés dans les tissus ou dans les organes, analogues à ceux produits artificiellement sur les mêmes parties par faction d'un agent irritant physique, chimique ou parasitaire. La différence d’action des agents dont nous pouvons disposer dans l’expérimentation nous fait pressentir la diversité des modes d’inflammation que nous aurons à étudier dans la pathologie humaine. On a reproché à cette définition de relater simplement les actes inflammatoires et de les comparer à ce qu’on observe chez les animaux en expérience, et de ne pas donner la raison de ces faits.
depuis longtemps, Cruveilhier (1) avait caractérisé l’inflammation eu disant :
<( Considérée sous un point de vue philosophique, l’inflammation est le ^uud, j’ai presque dit le seul moyen de réaction, d’insurrection
^ natomie pathologique générale, t. IV.
des inflammations
organique locale de l’économie vivante contre les causes physiques chimiques ou vitales qui menacent ou qui ont compromis l’intégrité de l’organisation; et, suivant la différence des causes qui la provoquent l’inflammation est tantôt un moyen de restauration, de conservation et de salut, et tantôt un moyen de désorganisation et de mort.
« Ainsi, c’est par l’inflammation que les corps vivants réparent les solutions de continuité, se débarrassent des corps étrangers venus du dehors ou formés au dedans, limitent la gangrène et circonscrivent les lésions par des adhérences salutaires. En outre, les faits de physiologie démontrent de plus en plus que les inflammations par cause interne, qui semblent au premier abord n’avoir d’autre but que la destruction des organes, ont souvent pour cause un hétérogène et pour but son élimination. »
Nous complétèrons notre définition première en disant que l’in- • flammation est le mode de réaction et de délense des cellules en présence des agents irritants physiques, chimiques ou parasitaires.
Nous commencerons cette étude par les inflammations expérimentales les plus simples, :celles des tissus privés de vaisseaux. Nous la poursuivrons dans les tissus vasculaires' et dans ses diverses modalités à l’état aigu ou chronique.
Dans l’étude de l’inflammation expérimentale, il convient de procéder du simple au complexe et de décomposer les phénomènes inflammatoires. Prenons donc l’exemple d’un irritant, de l’épine métaphysique de Van Helmont représentée par quelques microbes doués de chimiotaxie positive ou par leur toxine et introduits dans du tissu cellulaire. Ge tissu réagit tout de suite et le premier phénomène observé consiste dans un appel de leucocytes qui viennent entourer le parasite ou la toxine jouissant de la propriété d’attirer les leucocytes. Ces éléments viennent là pour lutter contre les corps étrangers, presque tous doués de chimiotaxie positive, pour les englober et former autour d’eux comme un rempart protecteur de l’organisme.
1° Multiplication des leucocytes par division directe. — D’où proviennent ces leucocytes? Telle est la première question qui se pose. On sait qu’ils existent et cheminent dans le tissu conjonctif et dans les séreuses et qu’ils sont doués de mouvements amiboïdes. Des leucocytes voisins du parasite peuvent donc se déplacer et arriver autour de lui ; ils se reproduisent aussi eux-mêmes par division directe.
De nouveaux leucocytes peuvent en effet résulter de la multiplication de ceux qui se trouvaient primitivement dans le tissu conjonctif affecté.
MULTIPLICATION des leucocytes par division DIRECTE 121
Ranvier a montré que les leucocytes peuvent se diviser deux fois en heure d’observation sous le microscope à la température de 15 degrés chez la grenouille et plus rapidement encore chez les , etits mammifères à 3ô degrés. Il se servait pour cette expérience chez la grenouille d’une goutte de la sérosité péritonéale déposée au milieu d’une cellule de verre recouverte d’une lamelle et scellée à
la paraffine. Dans une de ces expériences, il a vu six cellules lymphatiques, groupées dans le champ du microscope, après s’être divisées, fournir un ensemble de onze cellules au bout de quarante-, cinq minutes. Nous ne parlons pas ici de leur division indirecte qui s’observe souvent, mais qui ne se produit pas aussi rapidement. Mais ils peuvent aussi reconnaître deux autres provenances : 2° des clasmatocytes; 3° des globules blancs contenus dans les vaisseaux et qui en sortent par le mécanisme de la diapédèse. Examinons successivement ces deux modes de production des leucocytes.
Fig. 45. — Grand épiploon du lapin adulte, enflammé expérimentalement par du nitrate d’argent, et préparé par l’acide osmique et le violet 5 B. Les cellules endothéliales a sont transformées en cellules étrôites, ramifiées et anastomosées. Les clasmatôcÿtes c se transforment en cellules lymphatiques m (figure empruntée à Ranvier).
2° Formation des leucocytes aux dépens des clasmatocytes. — Ranvier a décrit sous le nom de clasmatocytes de longs éléments pouvant atteindre jusqu’à 100 [*, composés d’îlots de granulations reliés les uns aux autres par des filaments et munis d’un noyau ovoïde. Les îlots ou renflements ont un volume variable ; ils sont irréguliers et contiennent des granulations fines, arrondies et pressées les unes contre les
Fig. 46. — Grand épiploon du cochon d’Inde adulte, préparé par l’acide osmique et le violet 5 B. Inflammation produite par injection de trois gouttes d’une solution de nitrate d’argent à 1 pour 300. La guérison de la membrane est presque achevée (7e jour). Les cellules endothéliales montrent très nettement leur protoplasma ramifié. Les clasmatocytes se reconstituent aux dépens des leucocytes (figure empruntée à Ranvier).
autres. Les filaments sont souvent très réduits et visibles seulement à un fort grossissement; ils peuvent même disparaître de telle sorte que des portions du clasmatocyte sont isolées et indépendantes, répandues dans les mailles du tissu conjonctif. Ils së terminent par des bourgeons qui existent aussi dans leurs parties latérales. Les prolongements d’un clasmatocyte ne s’anastomosent pas avec ceux des clasmatocytes voisins. Ils existent en très grand nombre dans le tissu conjonctif et dans les séreuses des urodèles, des batraciens anoures et des petits mammifères ; on peut en compter une centaine par millimètre carré dans ln
formation des leucocytes aux DÉPENS DES CLASMATOCYTES 123
membrane péri-œsophagienne de la grenouille rousse. On les rend très manifestes en les colorant avec une solution faible de violet de méthyle g gur ]es membranes étalées et fixées par l’acide osmique. Leur protoplasma, filaments et îlots de granulations, sont colorés en violet tirant sur le rouge, leurs noyaux présentent une teinte bleuâtre.
Les clasmatocytes ne jouissent pas de mouvements amiboïdes et cependant ils proviennent des cellules lymphatiques qui, après être sorties des vaisseaux sanguins, ont voyagé dans les interstices du tissu conjonctif. Ranvier a vu en effet sur les membranes colorées au violet de méthyle 5 B toutes les formes intermédiaires aux leucocytes et aux clasmatocytes ; mais il a de plus réussi à observer in vitro la transformation des leucocytes en clasmatocytes, dans des cellules de verre où il avait placé une goutte de sérosité péritonéale de grenouille sur une plaque chauffée à 25 degrés sous le microscope. Au bout d’une heure en effet, on voit quelques cellules lymphatiques qui, après avoir émis des prolongements arborisés d’une longueur et d’une complexité plus ou moins grandes, sont devenues immobiles, figées pour ainsi dire dans leur nouvelle forme. Tout à côté se montrent des cellules lymphatiques qui sont encore en pleine activité amiboïde. Enfin il s’en trouve d’autres qui sont munies de longs prolongements arbori'sés et qui présentent encore des mouvements partiels, d’une grande lenteur, et des modifications de forme peu marquées que l’on ne saurait reconnaître sans le secours du dessin. Ces modifications consistent surtout dans l’apparition ou le retrait de petites excroissances ou dans le déplacement de granulations intra-protoplasmiques. Pour compléter cette observation, Ranvier a fixé à l’acide osmique, puis coloré au violet de méthyle 5 B ces clasmatocytes produits artificiellement et apprécié ainsi leurs formes variées, compliquées, souvent étranges.
Les clasmatocytes qui représentent dans leur protoplasma granuleux, fragmenté, la substance de leucocytes immobilisés dans les tissus conjonctifs, peuvent à leur tour, sous l’influence de l’inflammation, redevenir des leucocytes.
Ranvier a démontré ce fait en produisant des inflammations du péritoine et du sac péri-œsophagien de la grenouille. Vingt-quatre heures après une injection intra-péritonéale de nitrate d’argent à 3 pour 1000, il a constaté que les clasmatocytes avaient presque entièrement disparu et qu’ils étaient remplacés par un grand nombre de cellules lymphatiques. Entre les cellules ayant conservé l’apparence de clasmatocytes et les cellules lymphatiques, on observait facilement, sur- °ut dans les points où l’irritation n’avait pas été trop forte, toutes les
DES INFLAMMATIONS
formes intermédiaires. « Les elasmot.ocytes irrités sont redevenus embryonnaires, ils se sont transformés en leucocytes, puis ceux-ci se sont multipliés parle mécanisme de la division directe. »
Ranvier a expérimenté comparativement sur le sac lymphatique périœsophagien de la grenouille, soit avec une cautérisation ponctuée, soit à l’aide d’une injection de nitrate d’argent. Dans le premier cas' il a constaté au bout de vingt-quatre heures que les clasmatocytes avaient disparu en presque totalité dans le voisinage du point cautérisé ; dans le second, que ces éléments étaient remplacés presque partout dans la membrane par des cellules lymphatiques ordinaires.
3° Le mécanisme de la diapédèse est exposé à la page 158.