AGENTS MICROBIENS DE LA SUPPURATION
désintégration de leurs cellules endothéliales consécutive au passage des leucocytes et des globules rouges, et souvent à l’apport des microbes. Les veines sont souvent atteintes de phlébite.
Les micro-organismes suppuratifs les plus habituels sont les staphylocoques et les streptocoques. Les diverses variétés du staphylocoque , le st. doré, le St. blanc, le St. citreus, cereus flavus, le Streptococcus pyoyenes sont le plus habituellement trouvés dans le pus. Les staphylocoques ont été découverts dans le pus du furoncle et l’ostéomyélite par Pasteur. Beaucoup d’autres microbes produisent, soit le plus souvent, soit seulement dans des conditions données, la suppuration. Ainsi le microbe de la blennorrhagie, décrit par Neisser, détermine la suppuration des muqueuses génitales ; le bacille du côlon, de Escherich, qui vit à l’état normal dans l’intestin, peut être le point de départ de collections purulentes dans l’appendice iléo-caecal, le péritoine et le tissu conjonctif. Il en est de même de la bactérie pyogène urinaire décrite par Clado, Albarran et Hallé, qui paraît être une variété du bacille du côlon, comme celui de la dysenterie de Chantemesse et Widal, comme le bacille des fèces de Brieger, les diverses variétés décrites dans l’urine par Doyen, etc.
A côté de ces premières espèces le plus ordinairement pyogènes, il existe toute une catégorie de microbes qui le deviennent quelquefois dans des circonstances données. Ainsi le pneumocoque de Talamon- Frânckel, qui produit surtout les inflammations fibrineuses de la pneumonie franche et de la pleurésie fibrineuse qui l’accompagne, devient suppuratif dans les pleurésies purulentes post-pneumoniques ; le bacille d’Eberth de la fièvre typhoïde qui, dans le cours de cette maladie, détermine seulement la tuméfaction inflammatoire des plaques de Peyer et des ganglions lymphatiques, se trouve quelquefois à l’état de culture pure dans des abcès sous-périostiques ou osseux développés plus ou moins longtemps après une fièvre typhoïde. Le bacille tuberculeux de Koch, qui détermine le plus ordinairement des inflammations nodulaires à tendance caséeuse ou fibreuse, est aussi souvent le point de départ d’abcès dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les ganglions et dans les os (abcès ossifluents) qui donnent un pus séreux grumeleux particulier. Le bacille de la morve donne aussi naissance à de petits foyers souvent purulents.
Ges divers microbes s’accompagnent d’une suppuration qui possède des caractères spéciaux; ainsi le pus déterminé par le staphylocoque doré sera jaunâtre et bien lié; celui du staphylocoque blanc et du streptocoque sera blanc ; celui de la blennorrhagie, verdâtre au début
DÉS INFLAMMATIONS
de cette maladie ; celui du bacille pyocyanique (de Gessardet Charf de couleur bleue, etc. ■ ’
En outre de ces deux catégories de microbes habituellement ou souvent causes de suppuration, il en est un grand nombre qui donnent quelquefois, assez rarement d’ailleurs, des abcès, comme le microbe du choléra des poules et celui de la pneumo-entérite.
La suppuration causée par les 'microbes n’est pas l’expression la plus intense de leur virulence. Tout au contraire, elle est en rapport avec une virulence moindre et même avec une véritable atténuation de leurs propriétés nocives.
Ainsi, on a publié de nombreuses observations de septicémie, c’està-dire d’intoxication aiguë rapidement terminée par la mort, dues au staphylocoque sans qu’il y ait eu de suppuration en aucun point du corps. Nombreux aussi sont les faits de fièvre puerpérale autrefois considérés comme essentiels, où la mort survenue en trois ou quatre jours chez de nouvelles accouchées était causée par une intoxication septicémique aiguë due au streptocoque. Dans ces faits, l’action du parasite et de ses toxines est tellement intense et rapide que l’organisme ne peut réagir contre ces poisons, et que la suppuration, qui est le mode de réaction et de combat des cellules contre les microbes, ne peut pas s’établir.
Le streptocoque est l’agent causal de l’érysipèle, maladie générale septicémique, fébrile, qui se caractérise par un œdème inflammatoire particulier non suppuré le plus souvent, en même temps qu’il est la cause fréquente de suppurations soit très étendues, soit limitées. Il est aussi le point de départ, par sa présence dans le sang, de phlébites non suppuratives, avec organisation du caillot, commecelase voit dans la phlegmatia alba des nouvelles accouchées.
La suppuration est une défense de l’économie représentée par l’armée des leucocytes contre l’attaque des microbes et de leurs toxines ; mais elle ne suffit pas toujours pour la préserver de la mort qui survient dans les grandes suppurations où le microbe est aussi d’une grande virulence. Si les parasites sont très nombreux et très virulents, de grandes parties des tissus sont envahies et détruites,’ comme cela a lieu, par exemple, dans les phlegmons profonds, mais les leucocytes accourus en grand nombre font pour ainsi dire la part du feu, entourent et circonscrivent le foyer dans lequel se trouvent les fragments de tissus mortifiés et les leucocytes en dégénérescence qui devront être éliminés spontanément ou par le chirurgien.
Les microbes accidentellement suppuratifs ne possèdent en général
PYÉMÎE
cette propriété de provoquer la suppuration que s’ils sont déjà atténués Ainsi le pus d’un épanchement pleural post-pneumonique survient après que la pneumonie elle-même touche à sa guérison, et la leurésie purulente est loin d’avoir, dans ce cas, une gravité comparable à la pleurésie purulente d’emblée causée par le streptocoque. Ainsi l’abcès qui survient longtemps après la guérison d’une fièvre typhoïde et qui est dû au parasite de cette maladie, sera sans gravité ni retentissement général.
Des microbes atténués artificiellement et transformés en vaccins pourront donner lieu à des collections purulentes, tandis que le même microbe à l’état de virulence tue les mêmes animaux par septicémie rapide, sans production de pus. Ainsi le microbe du choléra des poules, qui tue rapidement ces oiseaux, lorsqu’il aura été atténué par l’air, inoculé sous la peau du cobaye, donnera lieu à un petit abcès qui guérira spontanément. Ainsi le microbe de la pneumo-entérite des porcs, atténué par la chaleur, donnera des abcès sans gravité au lapin et au cobaye, qui seraient tués par le microbe virulent.
On peut donc dire d’une façon générale que la suppuration atteste soit une virulence du microbe moindre que dans la septicémie sans pyogénie, soit une réaction plus manifeste des cellules de l’économie.
La pyémie ou infection purulente est le plus ordinairement consécutive à des plaies infectées des membres, à des maladies osseuses suppuratives, à des plaies de tête ou à des suppurations d’organes déterminant des phlébites ou une absorption à leur niveau de microbes suppuratifs qui sont transportés au loin par le sang. Telles sont, par exemple, certaines métrites puerpérales et les endocardites ulcéreuses. Depuis les précautions antiseptiques prises dans les grandes opérations chirurgicales et dans la pratique des accouchements, la pyémie a été réduite à des cas exceptionnels, tandis qu’elle taisait autrefois d’effrayants ravages.
La pyémie est caractérisée par des collections purulentes ou abcès miliaires développés dans divers organes, le plus souvent dans le poumon, plus rarement dans le foie, la rate et les reins. Le foie est Plus spécialement atteint lorsque la suppuration primitive siège dans les organes situés sur les branches afférentes de la veine porte.
Lorsque la doctrine de l’embolie capillaire était en grand honneur, °n cherchait avec soin, sans les trouver d’ailleurs, les oblitérations des Petites artères et des capillaires de ces collections purulentes. Aujourd’hui on sait que, dans les abcès miliaires, les capillaires et le
DES INFLAMMATIONS
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sang charrient soit des microbes avec leurs toxines, soit des global blancs porteurs de bactéries et que telle est la cause de la suppuratif de ces petits foyers.
Leur nombre est très variable ; il peut être considérable dans le poumon et dans le foie. Ils débutent habituellement par une petite ecchymose, par un épanchement sanguin limité, sphérique, au centre duquel on voit bientôt apparaître une gouttelette de pus. Le f0ver s’agrandit et devient gros comme un grain de chènevis, comme un petit pois ou davantage. Plusieurs foyers peuvent s’unir pour former un ou plusieurs abcès volumineux.
Lorsque ces abcès miliaires sont nombreux, le sang étant infecté par les microbes et leurs toxines, la vie est toujours compromise et l’infection purulente se termine par la mort.
Abcès*^-- Lorsqu’une suppuration siégeant dans le tissu cellulaire sous-cutané ou profond, ou dans les os, sous le périoste ou dans une cavité médullaire, ou dans tout autre organe ou tissu, a déterminé des nécroses de ces tissus et organes, les petits foyers de suppuration voisins se réunissent après la destruction des parties qui les séparent, et il se fait un ou plusieurs abcès d’un certain volume. Le pus s’y collecte à l’état liquide avec les caractères que nous avons exposés plus haut, et il continue à se former par l’appel de nouveaux leucocytes jusqu’à ce que la collection puriforme, plus ou moins considérable, se fraye spontanément un passage par une destruction progressive des parties qui s’opposent à son élimination. C’est ainsi qu’un abcès situé dans le tissu conjonctif sous-cutané proéminera du côté de la surface de la peau, en. infiltrant, et en détruisant devant lui le derme et l’épiderme pour s’évacuer au dehors. C’est ainsi qu’un abcès profond fusera le long des gaines musculaires ou en suivant les plans aponévrotiques en se rapprochant de la peau jusqu’à ce qu’il vienne s’y ouvrir. Par un procédé analogue, un abcès voisin d’une cavité muqueuse (bouche, intestin, etc.) se déversera par un trajet fistuleux parfois assez long dans ces cavités. Le plus souvent ces abcès devront être ouverts par le chirurgien, sans attendre les délabrements qui résultent de la migration du pus.
Lorsque l’abcès dure déjà depuis plusieurs jours, qu’il soit ouvert ou non, il se fait à sa périphérie, aux dépens du 'tissu vivant et bien vascularisé qui entoure la perte de substance occupée par le pus, une réparation, une reconstitution du tissu normal. Une inflammuüon réparatrice s’y manifeste avec des cellules de tissu conjonctif hy£er'*
ABCÈS. — MEMBRANE PYOGÉNIQUE
biées et anastomosées, avec des capillaires de nouvelle formation, Hintes migratrices situées au pourtour des éléments constitutifs ^^Ï^Tainsi modifié. C’est pour ainsi dire un mur de défense, une barrière qui sépare le pus du tissu périphérique et qui protège ce dernier. Telle est la membrane pyogénique qui laisse passer des leucocvtes dans le foyer, mais qui a surtout pour rôle essentiel d’isoler le tissu sain et de préparer les éléments d’une cicatrisation, d’une oblitération réparatrice de la perte de substance, lorsque le pus aura été évacué. ..
La structure de la membrane pyogénique est variable suivant les microbes qui ont déterminé la suppuration. Elle présente toujours des gbfes et des cellules de tissu conjonctif, des vaisseaux et des leucocytes migrateurs en plus ou moins grande quantité. C’est une memhrane fibrofccellulaire vascularisée ; mais elle offre des particularités en rapport avec la nature de l’abcès. Ainsi elle aura de la tendance à bourgeonner, à se couvrir de bourgeons charnus de bonne nature dans les abcès chauds ; elle se couvrira de bourgeons gris et caséeux et elle sera farcie profondément de granulations tuberculeuses avec des cellules géantes et des bacilles dans les abcès froids de nature tuberculeuse.
La membrane pyogénique peut être le réceptacle de microbes d’espèces différentes.
La terminaison des abcès est variable. Lorsqu’ils sont petits, comme cela a lieu dans les furoncles dus au staphylocoque, et à plus forte raison dans les éruptions pustuleuses, non seulement il ne s’y forme pas de membrane pyogénique, mais la guérison peut se faire sans évacuation du pus, par résorption. Si le pus est éliminé, des cellules de nouvelle formation, ou tissu cicatriciel, remplacent le vide qui en résulte pendant que l’épiderme se reforme à la surface (voir la formation des cicatrices).
Dans certains abcès, ouverts ou non, situés profondément, comme dans l’ostéite chronique, le pus pourra devenir séreux, la cavité de 1 abcès se réduire à une faible dimension, mais persister avec une membrane pyogénique mince et un contenu séreux. Dans une poche de ce genre oubliée depuis des années dans le cours d’une ostéomyélite chronique, Tuffier a trouvé des staphylocoques encore vivants.
^n abcès, une inflammation suppurative, peuvent se terminer par a formation d’un tissu cicatriciel induré. Enfin le pus peut s’épais- Slr, devenir granulo-graisseux, jaune, desséché comme du mastic, Pendant que la membrane qui l’enserre se rétracte peu à peu. Tel est
cORN’IL ET RANVIER. — I. 12
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l’abcès devenu caséeux. La paroi de la poche s’infiltrera de sels cal • comme cela a lieu dans certains abcès tuberculeux des ganglions y^ phatiques et dans des épanchements purulents enkystés des plèvre-' Il L’inflammation purulente du tissu conjonctif, le \\ étudiée avec les lésions du tissu conjonctif.
La transformation caséeuse , des globules de pus (voir p. pj.p s’observe aussi lorsque le pus a séjourné longtemps dans un abcès ou dans une cavité naturelle. La partie séreuse du liquide se résorbe. les éléments cellulaires -se ratatinent, deviennent anguleux, atrophiques montrent quelques granulations graisseuses très fines et ne sont plus sensiblement modifiés ni par l’eau ni par l’acide acétique. Ils forment alors, par leur agglomération, une masse caséeuse, plus ou moins desséchée, blanche ou jaunâtre. Telle est l’une des origines de la foiv mation des corpuscules anguleux que Lebert regardait comme caractéristiques du tubercule.
L ’ infiltration pigmentaire survient dans les. globules de pus toutes les fois qu’une transsudation notable de globules rouges du sang accompagne la suppuration.
La transformation calcaire se produit dans les foyers purulents fort anciens. m
Chez les goutteux, des abcès qui se forment au- voisinage des petites articulations contiennent, souvent des cristaux d’urate de soude en aiguillés.
La transformation aqueuse et acide du pus s’observe dans les abcès ossifluents. Le pus contient alors, en effet, de l’acide lactique sous l’influence duquel les cellules de pus se gonflent, leur protoplasma se dissout et leurs noyaux deviennent libres. C’est cette apparence séreuse bien connue . des chirurgiens qui leur fait reconnaître à première vue un abcès chronique ossifluent.
La même dissolution, du pus se fait à la longue lorsqu’il contient une forte proportion d’eau, :
B. Néoformation de vaisseaux dans l’inflammation. — IToutesj^. fois nue Tinflamimation survient dans un tissu vasculaire, les vaisseaux sont altérés et les modifications qu’ils éprouvent conduisent souvent à la formation de rameaux vasculaires nouveaux. Ces néoformations inflammatoires des vaisseaux sont analogues à celles qui ont lieu dan» les tumeurs, et sont d’autant plus intéressantes à connaître que Jeu!mode de production. est plus général'.