‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 56 sur 148 · CICATRICES DE LA PEAU ET DES TISSUS PROFONDS · texte numérisé non relu

CICATRICES DE LA PEAU ET DES TISSUS PROFONDS

rès l’opération, alors que la cicatrisation est parfaite et déjà solide, l’épiderme reconstitué à la surface de la peau, si l’on examine sur des coupes l’avancement histologique de la réparation, on trouve soit dans le tissu cellulo-adipeux, soit entre les muscles, un tissu inflammatoire plus ou moins étendu, avec des cellules hypertrophiées, ramifiées et anastomosées de tissu conjonctif, des vaisseaux de nouvelle formation dont la paroi est formée d’une seule couche de cellules endothéliales, des leucocytes disséminés entre les cellules, des ecchymoses et infiltrations sanguines par places, de la fibrine et très peu de fibres de tissu conjonctif de nouvelle formation. C’est là un tissu inflammatoire, tissu de granulation constitué sur le même modèle que les bourgeons charnus. Cependant, dans ces cas, la cicatrice s’organise bientôt complètement, les fibrilles de tissu conjonctif se formant en plus grande abondance, les leucocytes migrateurs et la fibrine disparaissent, le tissu cicatriciel diminue d’étendue et se constitue définitivement en tissu adulte au bout d’une quinzaine dë jours.

La cicatrice cutanée ancienne est recouverte par un épiderme qui est d’abord moins épais que l’épiderme normal voisin. La couche superficielle du derme répondant aux papilles est parfois irrégulière, si l’affrontement, le parallélisme des deux bords de la section n’ont pas été parfaits. Quelquefois il existe alors des irrégularités. Mais, le plus souvent, la surface cutanée de la cicatrice est plane et, sur les coupes qui sont perpendiculaires au plan de section, on constate que les papilles dermiques ne se sont pas reformées régulièrement et qu’il existe des plateaux plus ou moins étendus formés d’une couche d’épiderme et d’un réseau papillaire ne possédant pas de papilles distinctes. L’absence du résèau papillaire est très manifeste dans les cicatrices déprimées de la variole, de la syphilis, etc., et on la constate souvent par places dans les cicatrices obtenues chez les animaux d’expérience.

Quelquefois, surtout chez les enfants et les jeunes sujets, la cicatrice cutanée a de la tendance à donner lieu à des productions exubérantes de tissu fibreux vascularisé connues sous le nom de chéloïdes (voir ce mot dans les tumeurs).

D’après ce qui précède, on voit que la cicatrisation s’opère par un mécanisme identique dans tous ces faits, que la réunion soit plus ou moins rapide, lorsque la plaie est aseptique. On dit que la plaie se reunit dans ces cas par première ou par seconde intention, en supposant que l’accolement est complet, immédiat et parfait dans la réunion

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DES INFLAMMATIONS

par première intention, et en se basant pour le croire' sur le rés de l’examen à l’œil nu. Mais, lorsqu’on analyse au microscope ce • se passe, on voit qu’il n’y a jamais, en réalité, de réunion par premier* intention, la fibrine épanchée à la suite de l’hémorragie et de la section des capillaires servant de matrice aux cellules de tissu conjonctif qui s’y organisent. On trouve toujours entre les deux lèvres de la plaie un tissu cicatriciel de nouvelle formation, quelque mince qu’il soit.

Cicatrisation des plaies faites à la paroi des cavités et conduits muqueux. — Les plaies des conduits muqueux se réparent facilement •chez les animaux d’expérience lorsque leur surface ne renferme pas, à l’état normal, de microbes qui puissent infecter la plaie ou lorsque ces microbes ne sont pas d’une grande virulence, A plus forte raison la plaie pénétrante d’une de ces muqueuses sera-t-elle inoffensive et suivie d’une réparation rapide, si le mucus ne contient aucun micro-organisme. L’intestin du chien, bien qu’il renferme des bacilles du côlon, peut être perforé par une balle de revolver, après quoi l’anse intestinale étant remise dans le ventre sans aucune ligature, la double plaie résultant du passage de la balle peut guérir spontanément et sans accident (Ghaput).

Nous avons incisé (Corail et Carnot), suivant une longueur de 1 à 2 centimètres, l’uretère d’un chien, après avoir lié ce conduit nu-dessus de notre incision. Nous avions, sur le même animal, lié la vessie en son milieu et pratiqué dans la partie supérieure de ce réservoir une incision de 4 à 5 centimètres de longueur comprenant comme celle de l’uretère la paroi fibro-musculaire et la muqueuse. A l’autopsie de ce chien, pratiquée dix jours après, le grand épiploon était venu s’accoler sur les plaies extérieures de l’uretère et de la vessie et constituait à leur surface péritonéale un tissu d’adhérences inflammatoires qui fermait complètement ces plaies. Les coupes transversales de l’uretère au niveau de la section, et par conséquent perpendiculaires à cette dernière, examinées au microscope, ont montré que toute la paroi fibro-musculaire était enflammée avec des cellules de tissu conjonctif hypertrophiées et quelques cellules migratrices; mais, en n’examinant que cette paroi, on ne découvrait la cicatrice elle-même qu’à une épaisseur un peu plus grande de la paroi au niveau de la partie lésée. En ce point, il y avait aussi des plis plus accentués de la muqueuse qui donnaient sur les coupes l’apparence de petites végétations. Lès couches de l’épithélium pavimenteux

6. — Réunion complète et ancienne de l’estomac et de l’intestin dans une gastro-entérectomie chez le chien : a, point précis où se fait l’adhérence de la muqueuse de l’estomac, qui est à gauche, avec l’intestin grêle, qui est à droite. Là glande m appartient à l’estomac comme celles comprises entre m et g. La glande n appartient à l’intestin grêle, comme toutes celles étendues de » à g'-, p, p', villosités de l’intestin grêle. — Grossissement de 40 diamètres.

Les réunions muco-muqueuses faites artificiellement entre deux muqueuses analogues ou de nature différente ne réussissent pas moins. Telle est par exemple la soudure obtenue entre deux anses intestinales unies bout à bout après la résection de la partie intermédiaire de l’intestin ou entéro-anastomose ; telle est l’union de l’estomac avec l’intestin ou gastro-entéro-anastomose. Nous avons souvent examiné au microscope le résultat de ces opérations faites sur le chien par M. Cha- Put, le plus ordinairement à l’aide de ligatures. Si l’affrontement des muqueuses n’est pas complet, le tissu conjonctif delà paroi fibro-museulaire d’une anse intestinale étant en rapport de contiguïté avec celle

CICATRICES MUCO-MUQUECSES

• t Dartout les mêmes sur toute la circonférence de la cavité urété- 6 f aussi bien sur la partie de la muqueuse plissée et bourgeonnante que sur le reste de son étendue.

Les coupes microscopiques de la vessie comprenant toute sa paroi ctionnée transversalement et présentant par conséquent deux points coupés par notre opération primitive montraient aussi un épithélium de revêtement identique sur toute la circonférence de la muqueuse.

DES INFLAMMATIONS

de l’autre anse, la réunion cicatricielle, .se fait là tout d’abord par l!i termédiaire delà fibrine et des ceflules de tissu conjonctif, puis par des vaisseaux comme dans toutes les cicatrices. H en résulte une union cellulo-vasculaire qui sur une coupe perpendiculaire à la cicatrice se montre sous la forme d’un éperon saiUant du côté de la cavité du conduit muqueux, éperon bordé de chaque côté par la muqueuse des deux segments de l’intestin. Ces deux muqueuses ne viennent au contact et ne se soudent que consécutivement. Au niveau de la section il existe toujours un peu plus de tissu conjonctif, plus de cellules et de fibres de ce tissu que dans les points voisins. Les faisceaux musculaires de l’un et de l’autre segment sont toujours interrompus et unis par un pont plus ou moins étroit de tissu conjonctif sans fibres musculaires lisses.

Nous avons examiné au microscope des coupes de gastro-entéroanastomose de chien datant de deux mois sur lesquelles la muqueuse de l’estomac se continuait sans ligne de démarcation autre qu’une ligne de tissu fibreux à peine reconnaissable au microscope. D’un côté de cette limite, les glandes de la muqueuse gastrique étaient bien reconnaissables à leurs cellules ; de l’autre, les villosités intestinales caractérisaient la muqueuse de l’intestin (voir fig. 86).

Cette facilité de la cicatrisation des cavités muqueuses nous a conduit à chercher ce qui se passe lorsqu’on retourne un conduit muqueux après l’avoir largement ouvert de façon que sa surface interne, de concave, soit rendue et maintenue convexe. Dans ce but nous avons ouvert avec les ciseaux, suivant le raphé médian antérieur, dans une étendue de 4 à 5 centimètres, les cornes utérines des chiennes. Chacune des deux lèvres de la plaie a été renversée en dehors et maintenue dans cette situation par un fil à ligature unissant ces deux lèvres et passant entre la corne utérine et son méso-péritonéal. Au milieu de cette ouverture losangique de la corne utérine, sa muqueuse était convexe au lieu d’être concave et elle se trouvait directement en rapport avec la cavité du péritoine. Mais bientôt un feuillet du grand épiploon venait la recouvrir et s’attacher par une cicatrice aux deux bords de la plaie dans toute leur longueur. La muqueuse ainsi mise à nu subissait une dégénérescence de son revêtement épithélial, mais non de ses glandes. Dans les conditions normales de l’utérus, c’est-àdire pendant que la chienne n’était ni dans la période du rut ni dans celle de gravidité, la cavité de la corne utérine était conservée; elle était vraisemblablement garantie par la sécrétion de mucus qui se continuait à la surface de la muqueuse et empêchait le grand épipl°011

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