‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 71 sur 148 · TUMEURS EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

TUMEURS EN PARTICULIER

Sarcomes.

L’expression de sarcome n’a pas, en réalité, de signification précise. Elle est la traduction littérale de capxwp.a (de <?ap£, chair). D’après cette étymologie, les sarcomes seraient donc simplement des tumeurs charnues, ce qui ne veut rien dire aujourd’hui. Tandis, en effet, que’ l’on comprend tout de suite le sens des termes myxome, fibrome, endothéliome, épithéliome, usités dans toutes les classifications, le terme de sarcome, dont l’énoncé ne rappelle aucun tissu normal, est le seul dont le sens échappe.

Nous le conserverons néanmoins parce qu’il est passé dans l’usage et que par habitude on oppose les sarcomes aux tumeurs d’origine épithéliale.

C’est le sens exact de cette expression jusqu’ici confuse qu’il faut dégager. Si le terme de sarcome devait, malgré tout, entretenir une équivoque, il vaudrait mieux le remplacer par celui de conjonctivome , de connectivome ou d ’endothéliome, suivant les cas. Par suite, on devrait dire angio-conjonctivome au lieu de sarcome angioplastique, etc.

Il faut, actuellement, réserver la désignation de sarcomes à la série des néoplasmes développés aux dépens des formes les plus simples des tissus conjonctifs et vasculo-conjoncti fs.

L’organisation de ces tumeurs est beaucoup moins régulière que celle des fibromes et des lipomes.

CÜRSIL ET RA-NVIEK.—

DES TUMEURS

Elle se rapproche davantage de celle des myxomes; leurs cellules fondamentales proviennent, ainsi que les cellules du tissu muqueux, des éléments normaux du tissu conjonctif, cellules plates, obrondes ou polyédriques, cellules fusiformes, cellules à plusieurs prolongements, cellules multinucléées. Tous ces éléments se retrouvent dans les organes normaux. Assez difficiles à mettre en évidence dans les tissus en état d'équilibre physiologique, on peut les étudier au contraire presque complètement isolés lorsque les tissus conjonctifs et les membranes fibreuses de soutènement présentent un certain degré de congestion ou d’infiltration œdémateuse.

Dans ces conditions, sur des coupes colorées à la thionine, on constate l’existence, dans les parties profondes du derme, du chorion, des muqueuses, des interstices des glandes, de la plupart des formes cellulaires dont nous venons de parler. Leurs dimensions, dans les tumeurs, peuvent varier de 5 p. à 6 p. jusqu’à 50 et plus. Le nombre des noyaux peut dépasser soixante, même cent.

. Les sarcomes proviennent donc dé cellules adultes (fig. 139) et non dé cellules embryonnaires déposées dans nos organes à l’état & inclusions. Mais, comme dans la plupart des tumeurs, l’agencement des cellules n’est pas orienté en vue de l’édification de tissus définitifs et complets, il aboutit au contraire à la formation de tissus se reproduisant sans cesse sous la même forme élémentaire, et vivant indépendants des parties qui les entourent.

Certains sarcomes se rapprochent des tissus conjonctifs dbservés

SARCOMES

chez l’embryon, alors que, dans les masses cellulaires, la différenciation n’est pas encore achevée et que les deux éléments qui dominent sont les cellules fusiformes et les vaisseaux jeunes. On n’y distingue pas encore de tractus fibreux bien nets, ni de vaisseaux adultes. Dans d’autres catégories de sarcomes, le tissu conjonctif apparaît (fîbro-sarcomes). En fait, les sarcomes représentent des tumeurs aussi nettement individualisées que les épithéliomas ; comme dans ceux-ci, les variétés cellulaires sont assez nombreuses, mais il est deux caractères leur appartenant en propre : 1° les cellules qui entrent dans leur constitution se retrouvent dans les différentes variétés des tissus connectifs adultes ou embryonnaires ; 2° ces tumeurs, édifient les vaisseaux destinés à leur nutrition et conservent toujours avec eux les connexions les plus intimes. Aussi pourrait-on définir les sarcomes : des tumeurs formées par l’agglomération de cellules connectives toujours régulièrement ordonnées par rapport aux axes vasculaires qui les traversent.

Cette relation nous paraît établie depuis longtemps.- Elle a été également défendue par Pilliet, qui voit dans tout sarcome un tissu angioplastique. Les sarcomes sont en effet des tumeurs vasculaires,, c’est une particularité qui les distingue de certains épithéliomas où la forme des cellules est à peu près la même. Toute cellule conjonctive est par tendance angioplastique, il est pour ainsi dire impossible de séparer en histologie les deux termes : tissu conjonctif et tissu vasculaire. Cette opinion est largement confirmée par l’étude de î’inflàmmâtion dans les séreuses et celle de la formation des néo-vaisseaux dans les artérites oblitérantes et les thromboses.

Ainsi, dans notre pensée,. la conception du sarcome est entièrement différente de celle donnée par la plupart des histologistes, qui, sans insister sur le rôle des vaisseaux dans le développement de la tumeur, assimilent les sarcomes à de simples tissus embryonnaires ('Virchow, Ziegler, Bard) ou à des tissus conjonctivo-vasculaires incomplètement développés (Rindfleisch).

Le qualificatif de tumeurs embryonnaires attribué aux sarcomes par les précédents auteurs nous paraît de tous ceux qui conviennent à les définir un des moins caractéristiques. Car les sarcomes quelquefois observés chez le fœtus et chez l’enfant sont plus fréquents encore dans la seconde moitié de la vie, et se développent dans des tissus adultes^ n’ayant rien conservé de leur origine embryonnaire. La disposition des cellules entre elles autorise ce rapprochement, mais il ne faut pas le poursuivre jusqu’à conclure à l’identité.

DES TUMEURS

On comprend moins que l’on ait insisté sur les analogies qui existeraient entre les sarcomes et les bourgeons charnus, à plus forte raison entre les sarcomes et les lésions provoquées par la tuberculose la syphilis ou l’actinomycose. Si cela était, le groupe des sarcomes n’aurait plus de raison d’être, le tissu banal qui les constitue ne pouvant être distingué des hyperplasies inflammatoires dont il vient d’être question;

Mais les bourgeons charnus diffèrent notablement des sarcomes. Lorsqu’ils sont récents, ils contiennent quelques capillaires et des agglomérations de cellules lymphatiques disposées sans ordre, pouvant subir par places et. très rapidement la désintégration purulente ou la nécrose. Si le processus d’irritation prend une forme traînante ou subchronique, la constitution du bourgeon charnu ou du nodule inflammatoire est toute différente. Il peut encore contenir des amas de cellules lymphatiques disséminées avec plus ou moins de régularité*' des néo-capillaires, des édifications fibreuses circonscrites. En outredes cellules lymphatiques, on y rencontre des cellules plates et ", polygonales, d’autres à deux ou trois prolongements. Mais elles n’af-. fectentpas avec les vaisseaux les rapports intimes qu’elles présentent dans les sarcomes. Les cellules sont souvent indépendantes,, situées à une grande distance des vaisseaux, si bien que dans un même champ microscopique on trouvera juxtaposés des amas de cellules' lympha- ' tiques, des cellules connectives de plusieurs variétés, des plaques fibreuses récentes, des vaisseaux adultes à parois complètes, des capillaires néoformés à contours indistincts. ,

Dans les premières phases des néoplasies inflammatoires, les cel-„i-v, Iules lymphatiques tiennent le premier rang, plus tard les vaisseaux s’édifient, plus tard encore les cellules lymphatiques disparaissent, laissant les cellules plates, fusiformes et à prolongements'^m'uhipl.es • s’organiser pour former des tissus plus résistants. Enfm__§Lla cause irritante suspend son action, la tendance à l’induration fibreuse"' s’ aç^ ;,centue, et le tissu cicatriciel est constitué par une proportion considé- , rable de lamelles fibreuses et un petit-nombre de cellules fixes.

Cette description résume en quelques mots l’histoire des bourgeons charnus et des granulomes dont la lésion initiale de la syphilis et le tubercule élémentaire nous offrent des types parfaitement caractérisés. Il s’agit, en toutes ces circonstances, d’une réaction plus ou moins vive et prolongée des tissus conjonctivo-vasculaires, dans lesquels les divers éléments normaux, y compris les cellules à noyaux multiples, jouent un rôle variable, mais: dont le dernier terme est marqué par l’induration fibreuse.'

SARCOMES

On peut retrouver cette disposition générale dans toute la série des inflammations subaiguës nodulaires et dans la plupart des lésions parasitaires chroniques observées chez l’homme ou les animaux.

C’est par un véritable abus de langage qu’en présence d’altérations semblables on s’est servi des expressions de tubercules sarcomateux myxomateux, lymphomateux, fibreux, suivant que tel ou tel élément du tissu conjonctif prédominait dans les néoplasies ainsi provoquées. Ces termes ont bientôt produit une réelle confusion, faisant supposer à ceux qui les employaient que les bactéries ou les parasites pouvaient indistinctement provoquer le développement du sarcome, du myxome, du lymphome,

, du fibrome.

• En réalité, les réactions inflammatoires auxquellesles divers éléments du tissu conjonctif participent sont limitées ; elles sont toujours constituées par des lésions où l’agencement des parties les unes vis-à-vis des autres est assez complexe.

Tout autre est la disposition du sarcome.

Les nappes cellulaires qui e constituent sontcomposées dans un grand nombre de cas de cellules d’une seule variété. Elles sont juxtaposées ou restent unies les unes aux autres par l’intrication de leurs prolongements fibrillaires. Laissant ce détail, on remarquera que la plus grande régularité subsiste dans l’ordonnance générale'de ces tumeurs, le tissu en est homogène, c’est un véritable systèmeanatomique dont toutes les parties sont comparables entre elles. Darts la masse des cellules, on distingue des fentes vasculaires sur lesquelles les éléments sont directement appuyés. Quand les tumeurs sont absolument pures, on ne distingue que les groupements caractéristiques des cellules disposées régulièrement autour des vaisseaux. Sur les pièces fraîches, l’apparence des vaisseaux offre la plus grande analogie avec ceux de la pulpe cérébrale lorsqu’elle est enflammée; on peut suivre à la loupe leurs fines arborisations (fig. 140).

Fig. 140. — Injection du réseau vasculaire d’un sarcome

des os (d’après Billroth).

Il est souvent très facile de distinguer les fines arborisations vasculaires d’un sarcome au moyen de la loupe. Cette constatation permet, dans la grande majorité des cas, de ne pas confondre un sarcome avec un épithélioma.

UES TUMEURS

Car il s’agit bien ici de vaisseaux et non pas, comme certains auteurs le disent, de lacunes ménagées dans la masse cellulaire. De simples lacunes n’auraient pas cette régularité et ne contiendraient pas de sang.

Dans les faits les plus simples, les cellules sarcomateuses paraissent former l’endothélium vasculaire, elles sont en contact direct avec lès globules sanguins. Souvent aussi les vaisseaux qui traversent la tumeur ont des parois propres, soit homogènes et translucides sans structure apparente, soit nettement fibreuses, formées de lamelles juxtaposées. Dans tous les cas, il existe en dedans de ces parois un endothélium très visible.

Les cellules immédiatement en contact avec le sang, sont-elles identiques aux cellules- endothéliales, autrement dit, les sarcomes peuvent-ils être assimilés à des endothéliomes prenant naissance au niveau du revêtement interne des vaisseaux et des capillaires? Cette hypothèse est plausible, mais difficile à établir pour les motifs que nous avons indiqués plus haut. C’est qu’autant il est facile de suivre les modifications d’une muqueuse ou d’un revêtement épithélial de surface, autant il est difficile de mettre en évidence les modifications initiales des capillaires en plein tissu conjonctif. .

Que. le point de départ des sarcomes soit au niveau des endothéliums ou des cellules propres du tissu conjonctif, il n’en est pas moins démontré qu’ils édifient fréquemment des vaisseaux à parois distinctes, comme on l’observe dans le développement des tissus connectifs normaux.

Variétés du sarcome. *— Le genre sarcome est caractérisé, ainsi qu’il vient d’être dit, par la disposition spéciale des vaisseaux au sein des masses cellulaires; les variétés dépendent de la forme des cellules, les vaisseaux conservant avec les éléments des différentes tumeurs le même rapport. Ainsi on est arrivé à distinguer d’abord quatre, variétés principales :

1° Sarcomes à cellules rondes, çbrondes ou polygonales ;

2° Sarcomes à petites cellules fusiformes ;

3° Sarcomes à grandes cellules fusiformes;

•4° Sarcomes où les.cellules géantes (myéloplaxes) prédominent.

Ces variétés ne sont pas les seules, car dans certains organes la physionomie change; en particulier au niveau du périoste, de la moelle des os, de la névroglie, des enveloppes, cérébrales, d’où lés dénominations de :

5° Sarcomes ostéoïdes (ostéosarcomes);

SARCOMES

6° Sarcomes médullaires (myéloïdes);

7° Sarcomes névrogliques;

8° Sarcomes angiolithiques.

On peut encore ajouter à cette liste les deux formes suivantes :

9° Sarcomes mélaniques ;

10° Sarcomes angioplastiques.

Les derniers, où l’on trouve en abondance des cellules angioplastiques, des réseaux vaso-formatifs et des globules sanguins ; les autres, où les cellules contiennent une grande quantité du pigment mélanique analogue à celui que l’on trouve dans les cellules de la choroïde, etc.

Enfin, les sarcomes peuvent être associés à d’autres groupements cellulaires appartenant aux tissus connectifs ou à des tissus d’un genre tout différent, comme les épithéliomas.

. 11° Sarcomes à tissus multiples. - '

Nous devons dire quelques mots de ces différentes variétés. '

1° Sarcomes a cellules rondes. — Ils seraient tout aussi exactement dénommés sarcomes à cellules polygonales. Les cellules ne sont jamais pour ainsi dire exactement rondes (tumeurs embryoplastiques de Robin). Cette dénomination n’aurait aucun inconvénient si elle ne prêtait pas à confusion et n’identifiait pas les cellules de cette variété de sarcome aux cellules lymphatiques. En réalité, la distinction n’a pas, au point de vue pathologique général, non plus qu’au point de vue clinique, une grande importance, car les sarcomes et les lvmphadénomes appartiennent tous deux aux tumeurs de la série connective et présentent d’assez grandes analogies à l’œil nu; mais, si l’on tient à l’exactitude des descriptions, il est préférable de les séparer.

Or, dans presque tous les cas, sinon dans tous, ceux que nous avons eu à examiner, nous avons pu attribuer aux cellules des sarcomes globo-cellulaires les caractères suivants. Ce sont des éléments à gros noyau ovoïde très clair à l’état statique, et remplissant une grande partie du protoplasma (fig. 141). Celui-ci forme autour du noyau une zone assez étroite, dont les contours ne sont jamais nettement circulaires, mais formés de plusieurs pans coupés se rejoignant par des angles à extrémités mousses, ce qui fait que les cellules ressemblent à des cellules pavimenteuses à bords peu accusés. Par suite, elles n’ont avec les cellules lymphatiques que de lointaines analogies. Celles-ci, toujours beaucoup plus petites, ont une forme régulièrement

DES TUMEURS

fÂFJSiAfJSKl-

jlobo-cellulaire). Région

arrondie et, qu’elles soient polynucléaires ou mononucléaires, présentent des noyaux beaucoup plus ramassés et chargés de chromatine.

Le protoplasma des cellules sarcomateuses est presque toujours très clair. Le picro-carminate n’y décèle qu’un petit nombre de granulations; il contient en revanche de grosses gouttes de glycogène dans les tumeurs en activité. Le glycogène se présente sous l’aspect de

Fig. 141. — Sarcome à cellules ovoïdes et polyédriques (Brault) (sarcc cervicale.

Les cellules irrégulières de contour présentent un, deux ou trois noyaux avec des nucléoles très apparents. Elles ne sont pas unies les unes aux autres, mais juxtaposées et maintenues dans une substance intercellulaire demi-molle. Les masses cellulaires sont groupées autour des vaisseaux et des lacunes vasculaires v, v, tj, v, v, dont quelques-unes contiennent du sang. L’endothélium des vaisseaux paraît formé par les cellules mêmes de la tumeur s’aplatissant au niveau des lacunes.

masses réfringentes lorsque les coupes sont examinées directement dans l’alcool sans adjonction d’aucun réactif. Ces mêmes masses se colorent rapidement par l’iode en brun foncé.

Elles disparaissent au contraire rapidement, si les coupes sont plongées dans l’eau, colorées au picro-carminate et montées dans la glycérine. Le protoplasma devient alors d’une transparence complète.

Au niveau des fentes vasculaires, les cellules semblent former dans

SARCOMES

certainesrégions la paroi même du vaisseau, elles sont donc en contact avec les globules sanguins. Dans d’autres points de la tumeur elles sont séparées du sang par une paroi hyaline homogène d’aspect, quelquefois doublée à l’extérieur d’un peu de tissu conjonctif et à l’intérieur d’un endothélium vasculaire.

Entre les cellules s’interposent quelquefois des filaments très déliés de tissu fibreux, pouvant offrir une disposition analogue à celle du tissu réticulé, d’où la confusion possible avec les lymphadénomes.

Mais, d’après ce que nous avons dit antérieurement, les cellules des sarcomes globo-cellulaires ressemblent davantage à des cellules épithéliales, d’où le terme de sarcomes à cellules épithélioïdes qui leur a été assigné. Le nombre des cellules étant considérable, le stroma à peine indiqué, ces' tumeurs correspondent aux formes décrites autrefois sous le nom de sarcome encéphaloïde. Elles sont en effet molles, pulpeuses, blanchâtres d’aspect, avec un reflet grisâtre et par places un e'fêtnte hortensia très délicate lorsque les vaisseaux sont plus abondants. Les vaisseaux peuvent se rompre en dilacérant la tumeur, disposition qui permet presque toujours au premier coup d’œil de reconnaître un sarcome d?un cancer.

Les tumeurs sont parfois tellement molles qu’elles sont difficiles à sectionner, elles ressemblent plutôt à de la substance cérébrale ramollie. Cela ne veut pas dire que les éléments soient en dégénérescence, les réactifs micro-chimiques démontrent le contraire, les cellules contiennent d’ailleurs des dépôts très abondants de glycogène. On met en évidence dans ces tumeurs toutes les phases de la division directe ou indirecte des noyaux, on reconnaît au premier examen un grand nombre de plaques équatoriales et d’étoiles filles. Les colorations les meilleures sont toujours fournies par la safranine et la thionine.

J Les sarcomes à cellules plates et obrondes se rencontrent dans un / grand nombre d’organes avec le même aspect sans qu’il soit possible de dire par l’analyse histologique d’où ils proviennent. La cellule plate appartient, en effet, à la plupart des tissus connectifs de l’économie. Ainsi nous avons étudié des tumeurs de ce genre provenant du tissu conjonctif des parties latérales du cou, du tissu cellulaire du dos, des parois abdominales, des membres. Nous les avons retrouvées de même dans le testicule où elles sont très fréquentes, dans l’ovaire et les replis mésentériques.

La forme des cellules peut, suivant les circonstances, se modifier légèrement, tout en conservant à peu près la même physionomie; on voit le protoplasma pousser un ou deux prolongements, si bien que la

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cellule prend la forme d’une raquette, d’un trapèze irrégulier ou d’un fuseau à extrémités arrondies. Il existe beaucoup d’autres petites déformations de détail qui ne modifient en rien le type de ces tumeurs.

2° Sarcomes a petites cellules fusiformes. — Les sarcomes à cellules fusiformes diffèrent des précédents par la forme de leurs cellules et aussi par leur consistance en général plus ferme. Ces sarcomes, appelés aussi fusd-cellulaires ou fibro-plastiques (Lebert), comprennent la plupart des tumeurs connues autrefois sous le terme àe sarcomes fascicules (fig. 142).

Les cellules sont souvent en effet disposëes en faisceaux que les coupes montrent coupés tantôt en long, tantôt en travers. Sur les faisceaux sectionnés longitudinalement, les cellules apparaissent entières avec leurs prolongements en pointe; sur les sections transversales, elles ne montrent qu’un petit cercle, à l’intérieur duquel se voit généralement le noyau (fig. 143).

Les sarcomes à petites cellules fusiformes ne sont pas nécessairement fasciculés, toutes les cellules peuvent être orientées dans le même sens. Plus fréquemment que les sarcomes à cellules polygonales, ceux-ci donnent lieu à l’édification d’un tissu conjonctif plus ou moins abondant, les vaisseaux ont plus souvent aussi une paroi propre. Les cellules

Fig. 143. — Coupe d’un sarcome fascicule (figure SOïlt Cl ailleurs très exactement empruntée à Rindfleiscb). — Grossissement de

juxtaposées et chevauchent les “K, ce, Mes fusiformes directement

unes sur les autres. Il en résulte appuyées sur les fentes vasculaires ménagées * en blanc sur la figure.

une adhérence plus complète

entre toutes les parties, aussi les sarcomes à. cellules fusiformes

Fig. 142. — Sarcome fascieulé du périoste.

SARCOMÈS

constituent en général des tumeurs d’une consistance assez ferme et ne se modifient pas après ablation. Les sarcomes globo-cellulaires ayant fréquemment l’aspect et la consistance du cerveau, les sarcomes à cellules fusiformes ont surtout l’aspect du lard, avec une teinte légèrement gris rosé.

Fto. 144. — Envahissement des os du crâne par un sarcome (Brault). — Grossissement de 80 diamètres.

Il s’agit d’un sarcome à grandes cellules fusiformes dont les éléments sont représentés figure 146.

Il n’existe entre la tumeur et l’os aucune zone inflammatoire, les cellules du sarcome sont directement au contact des lamelles osseuses en voie de résorption.

L’os est détruit d’une façon très irrégulière, ainsi que l’indique la ligne festonnée qui le sépare du sarcome. Les systèmes de Havers, H, ainsi que les lamelles osseuses concentriques t, o, sont très nettement reconnaissables.

La tumeur T est constituée par des cellules fusiformes soutenues dans une substance amorphe assez molle.

De nombreux vaisseaux, v, v, la traversent en tous sens.

Presque toutes les cellules ont la même dimension; elles sont parfois tellement serrées que, pour en apprécier la forme, il faut obtenir des coupes extrêmement fines, ou les examiner après dissociation.

Les noyaux sont ovoïdes, comme dans les variétés précédentes, mais ordinairement jnpms^^grjos. Leur forme permet de les distinguer des noyaux des fibres musculaires lisses, dont l’aspect est celui d’un bâtonnet ou d’un grain de blé très allongé à extrémités pointues.

DES TUMEURS

Les figures karyokinétiques s’y rencontrent assez habituellement la glycogénèse n’est pas toujours aussi largement répartie que dans les sarcomes à cellules rondes; elle occupe les cellules par îlots, par districts et un peu au hasard, soit au voisinage dés vaisseaux, soit dans des régions assez distantes des axes vasculaires. Ces différences s’expliquent par l’évolution généralement moins rapide des sarcomes fasciculés.

Les sarcomes fuso-cellulaires forment des tumeurs d’un seul bloc il y a peu de noyaux satellites, les cellules de la périphérie conservant d’étroites connexions avec les cellules plus anciennes de la tumeur.

Fig. 445. — Sarcome du rein à grandes cellules fusiformes (Brault).'

Dissociation après action de l’alcool au tiers pendant vingt-quatre heures

Le néoplasme prend ainsi de l’extension sans rencontrer d’obstacle à sa marche envahissante. Aucun des tissus de l’organisme, même les plus résistants, n’est apte à s’opposer à la prolifération de pareilles tumeurs (fig. 144). Les cellules sarcomateuses arrivent ainsi à se presser contre l’os lui-même, qui se laisse éroder, ronger, détruire, sans que les phases de cette destruction soient, expliquées par une inflammation antérieure. Les cellules du sarcome récemment formées touchent l’os sans interposition d’autres cellules; l’os, au fur et à mesure, disparaît entièrement.

3° Sarcomes a grandes cellules fusiformes. — Les sarcomes à grandes cellules fusiformes sont représentés par des éléments sem-

SARCOMES

blables en tous points à ceux que nous venons de décrire. Ils ne s’en distinguent que parles dimensions parfois énormes des cellules ayant en moyenne 30 p. de longueur, mais pouvant atteindre 100 p.. Elles peuvent contenir plusieurs noyaux à l’état statique, noyaux simples ou noyaux bourgeonnants. Les figures karyokinétiques y peuvent être suivies avec une grande évidence. Le corps des cellules, au lieu d’être régulièrement fusiforme, est parfois bosselé (fig. 145). Les sarcomes

Fig. 146.-— Sarcome à grandes cellules fusiformes (Brault). — Grossissement de 200 diamètres Détail de la tumeur représentée figuré 141.

En haut et à gauche, capillaire dont la paroi semble formée par les cellules mêmes de tumeur.

Les cellules sont très régulièrement fusiformes à un, deux ou plusieurs noyaux.

Les prolongements cellulaires sont accolés les uns aux autres dans un agencement inextricable.

La coupe étant très mince, les cellules se sont écartées dans les diverses manipulations en limitant des lacunes irrégulières.

Une substance amorphe légèrement grenue réunit encore les cellule» les unes aux autres.

formés uniquement de grandes cellules sont assez rares 5 souvent, dans la même tumeur, des faisceaux de cellules de dimensions moyennes alternent avec d’autres faisceaux ou des parties de faisceau où les dimensions se modifient tout d’un coup, en passant du simple au double ou au triple.

Enfin, quelques éléments ont des dimensions démesurées.

DES TUMEURS

Cette variété, comme la précédente, contient dés sarcomes fasciculés.

Les sarcomes fasciculés à grandes ou à petites cellules sont quelquefois associés à la variété globo-cellulaire de telle façon que les faisceaux ménagent dans leurs écartements des espaces plus pu moins larges qui sont occupés par les cellules polygonales ou obrondes,

G. 1 47. — Sarcomes ji myéloplaxes (Brault). Tumeur secondaire développée dans le poumon. Grossissement de 250 diamètres.

Figure destinée à montrer les rapports des cellules à noyaux multiples avec les vaisseaux. , Les cellules les plus petites, c', sont polygonales et contiennent un seul noyau ; d’autres, e, deux ou trois noyaux; les plus volumineuses m en renferment un beaucoup plus grand nombre Deux vaisseaux sont dessinés en V, V.

Celui de la partie inférieure est entouré par des cellules multinucléées qui semblent prendre ap iui sur sa paroi. Elles sont tout au plus séparées de la lumière du vaisseau par la mince épaisseur des cellules endothéliales dont on remarque les noyaux allongés.

Cette région de la tumeur, ayant été choisie au voisinage d’une partie enflammée, est infiltrée par quelques cellules lymphatiques. .

décrites précédemment. Comme les cellules polygonales sont à peu près indépendantes, elles donnent l’aspect d’éléments contenus dans des cavités, d’où le nom de sarcome alvéolaire consacré pour décrire cette variété.

Enfin, les sarcomes à cellules fusiformes contiennent aussi parfois un grand nombre de cellules à noyaux multiples, cellules tout à fait prédominantes dans les tumeurs dont la description suit.

SARCOMES

4° Sarcomes a myéloplaxes ou a cellules géantes. — On peut les rencontrer ailleurs que dans la moelle des os le périoste, c’està-dire en plein tissu conjonctif.

Dans ce dernier cas, l’ensemble de la tumeur est constitué par des cellules de formes variables, soit en fuseau, soit en raquette, auxquelles se mélangent des cellules polygonales ou épithélioïdes, de toutes dimensions. Celles-ci contiennent de deux ou trois à dix ou douze noyauxj(fig. 147).

Les cellules géantes en renferment un plus grand nombre encore, disséminés dans toute la masse, à l’encontre de ce que l’on voit dans les plaques analogues de la tuberculose j où les noyaux occupent généralement; en demi-cercle, un des bords de la cellule.

Les myéloplaxes diffèrent aussi quelquefois des cellules géantes du tubercule par la largeur et la grande étendue de leurs prolongements.

Ordinairement elles ne présentent pas de cavités et se distinguent

aussi des cellules multinucléées des sarcomes angioplastiques.

Les variétés de sarcomes à cellules fusiformes et même les sarcomes à myéloplaxes peuvent se rencontrer à peu près dans toutes les régions de l’économie. Ces derniers s’observent même dans le cerveau comme tumeurs primitives.

Les sarcomes fuso-cellulaires prennent naissance aussi bien dans les interstices conjonctifs des glandes que dans le tissu cellulaire souscutané et le ehorion des muqueuses. Aussi les observe-t-on dans la mamelle, l’ovaire, l’utérus, plus rarement la langue, mais d’une façon certaine dans ce dernier organe» L’examen attentif de toutes ces régions

montre qu’il existe normalement des cellules fusiformes, beaucoup plus

apparentes lorsqu’elles sont le siège d’une stase veineuse ou lymphatique.

Les sarcomes à myéloplaxes sont plus particulièrement des tumeurs d’origine périostique, osseuse ou médullaire, ainsi que le démontre la composition épulis observées à la mttChoire supérieure ou inférieure et au niveau des

Fig. 149. — Sarcome, myéloïde du

pruntée à la Thèse de Nélaton) : a, b, c, première, deuxième et troisième molaires ; d, muqueuse gingivale ; e, coque osseuse de la tumeur vue par sa face et recouverte dè périoste; f, f, fortes cloisons osseuses intérieures constituées par du tissu compact; g, g, nerf dentaire; h, h, i, cloisonnement irrégulier du tissu morbide par des fragments de tissu osseux spongieux; k, tissu morbide d’un rouge brun très prononcé et. presque exclusivement composé de myéloplaxes ; m, n, parties d’une teinte plus claire tirant sur le grisâtre et renfermant, outre les myéloplaxes, une proportion notable d’éléments fîbro-élastiques.

est remarquable aussi, ce qui tient à ossiformes.

A l’œil nu, ces tumeurs léjà reconnaissables.

Sur une section elles présentent une teinte chamois plus ou moins foncé, tandis que les sarcomes ordinaires sont gris rosé ou blancs. Leur consistance la présence de formations

cornes ossifiants.

Ces tumeurs, recouvertes par la muqueuse buccale, présentent au milieu de leur masse, ou à leur périphérie, des trabécules osseuses plus ou moins complètes sous forme de rayons s’éloignant de leur base d’implantation, ou irréguliè-

Fig. 150. — Section à travers la partie ossifiée d’une épulis décalcifiée • dans l’acide chromique . A, myéloplaxes; B, couche de cellules connectives rangées et pressées contre les trabécules osseuses

nouvelles; C, corpuscules osseux. — Grossissement de 200 diamètres.

Les épulis sont tantôt des sarcomes myéloïdes, tantôt des sar-

SARCOMES

Enfin, des travées osseuses en voie de formation qui sont toujours implantées sur l’os ancien, se dégagent des fibres rigides. Ces fibres, fibres arciformes de l’encoche d’ossification, fibres de Sharpey quand elles sont comprises dans l’épaisseur de l’os, sont parfois en si grand nombre dans les épulis, qu’elles forment alors la plus grande partie de ces petites tumeurs.

On pourrait se demander si les épulis sont des ostéomes ou des sarcomes. Elles tiennent de l’ostéome par la propriété qu’elles ont d’engendrer de l’os. Mais il n’y a jamais de transformation osseuse complète dans ces tumeurs; elles offrent simplement une ébauche d’ossification. C’est en raison de ces caractères qu'il faut les ranger dans les sarcomes.

COrOilL ET RANYIEh — I. 22

rement disposées. Ces trabécules sont entourées de toutes parts d’un tissu conjonctif à cellules fusiformes plus ou moins riche en myéloplaxes ; elles offrent dans leur intérieur de véritables corpuscules osseux à prolongements anastomotiques bien nets, mais moins nombreux, plus larges d’habitude que ceux du tissu gsseux physiologique. A la périphérie de ces trabécules osseuses, il n’est pas rare- de voir de jeunes cellules situées à moitié dans le tissu médullaire et englobées par moitié dans l’os dont on surprend ainsi le développement.

Fig. 151. — Coupe d’une exostose sous-unguéale du gros orteil. — Grossissement de 25 diamètres, o, ongle; e, épiderme et corps muqueux de Malpighi; p, papilles hypertrophiées du derme; n, n, trabécules osseuses; s, tissu conjonctif récent.

Les petites tumeurs appelées ' exostoses sous-unguéales ont une structure analogue à celle des épulis. Cependant elles contiennent habituellement des îlots cartilagineux aux dépens desquels se produisent, en partie du moins, les travées osseuses de nouvelle formation. CeTrlïïmëïirs qui récidivent quelquefois, ne i constituent jamais un os parfait elles présentent seulement une tendance à l’ossification.

5° Sarcomes ostéoides. — A côté des formes précédentes, les plus communes, on doit en décrire quelques-unes dont les traits distinctifs sont plus

Fig. 152. — Partie ossifiée de la tumeur représentée n/*' i i

en n dans la figure précédente: 1, trabécules 3-CCU.~éS. Déjà, 1 6X6ïïipl6 des osseuses et corpuscules osseux ; “2, cellules dispo- épuÜS nOUS montre des Saisees le long des trabécules osseuses : on voit r

plusieurs de ces cellules en train de devenir des COIÏieS Contenant des parties cellules osseuses; 3, 4, éléments connectifs. . , , ,

non signalées dans les premières variétés et qui permettent au premier abord d’en ^déterminer l’origine.

Tels sont les sarcomes ostéoides ou ostéo-sarcomes. Ils doivent être ainsi dénommés, et non sarcomes ossifiants, parce qu’ils n’édifient pas d’os véritable, mais des plaques ossiformes. Dans les exemples les plus nets, on reconnaît à l’œil nu, disséminés dans un tissu sarcomateux à cellules fusiformes de volume moyen, pouvant ou non contenir des cellules à noyaux multiples, des grains calcaires plus ou moins serrés.

Lorsque ces grains sont cohérents, la tumeur présente la consistance de l’os vrai.

Sur des coupes après décalcification, on assiste pour ainsi dire à la transformation progressive des cellules du sarcome. En suivant avec attention le travail d’enclavement au niveau d’une plaque ossiforme, on voit qu’elle s’accroît par l’adjonction de cellules sarcomateuses se laissant englober par une matière amorphe bientôt infiltrée de sels calcaires. La cellule passe ainsi par les phases d’ostéoblaste et d’ostéoplaste. Suivant leurs dimensions, les blocs ossiformes contiennent un nombre variable de cellules disposées d’ailleurs sans

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grande régularité. Elles sont tantôt très' rapprochées, tantôt très distantes les unes des autres. Mais les blocs ossiformes ne contiennent jamais de cavités centrales ou excentriques analogues aux canaux de Havers. Et, par suite, les cellules osseuses ne sont pas contenues dans des systèmes lamellaires disposés régulièrement autour de vaisseaux.

Fig. 153. — Sarcome ostéoïde ou ossifiant (Brault). — Grossissement de 200 diamètres.

Le sarcome est représenté par des cellules fusiformes de petites dimensions, très régulièrement agencées autour des vaisseaux dont les plus apparents sont dessinés en®, v, v.

Les travées ostéoïdes, t, o, t, o, contiennent un grand nombre d’ostéoplastes assez irrégulièrement distribués.

Les cellules osseuses se colorent très vivement par les réactifs : on ne rencontre jamais dans ces productions ossiformes de systèmes de Havers, de vaisseaux sanguins, ni de lamelles osseuses concentriques.

En suivant le contour des plaques ostéoïdes, on aperçoit de place en place des cellules connectives englobées par la substance calcaire se transformant peu à peu en ostéoplastes-.. Les plaques augmentent ainsi d’épaisseur par apposition de cellules nouvelles.

Sauf ces différences et à ne considérer. que les cellules en ellesmêmes, elles ont tout à fait les caractères de cellules osseuses.

Il ne faut pas confondre les travées osseuses des sarcomes ostéoïdes avec des parties simplement calcifiées, bien qu’on ne puisse pas constamment les différencier à l’œil nu. Mais, après avoir isolé par dissociation les blocs ossiformes que l’on rencontre dans certains sarcomes encéphaloïdes ou fasciculés, on reconnaît, au microscope, qu’ils sont formés d’une substance imprégnée de granulations calcaires et creusés de petites cavités ovoïdes ou sphériques, sans pro-

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3 iO

longements. Ces petites cavités, que l’on ne peut identifier aux corpuscules osseux, car elles ne possèdent pas de canaux anastomotiques servent de loges aux cellules du sarcome.

Quant au tissu sarcomateux qui sépare et soutient les blocs ostéoïdes, il offre le même aspect que dans les sarcomes à cellules fusiformes, c’est-à-dire qu’il contient des vaisseaux propres parfaitement perméables au sang.

Ces tumeurs rappellent donc la formation du tissu osseux aux dépens du tissu conjonctif et pourraient être appelées indifféremment périoslomes ostéoïdes ou sarcomes ostéoïdes d’origine périostique, s’il n’était démontré, d’autre part, qu’elles peuvent se développer aussi à l’intérieur des os spongieux (gros orteil, doigts, mâchoire, os longs dans leurs extrémités épiphysaires) et dans le tissu de la moelle des os. Toutefois, les sarcomes myéloïdes ont souvent une tout autre physionomie.

Il arrive fréquemment que les plaques ostéoïdes ont, dans l’étendue d’une préparation, des dimensions sensiblement égales. Elles ne paraissent donc pas en mesure de s’accroître indéfiniment. Le travail d’édification osseuse s’arrête au centre de la tumeur, pour se poursuivre dans d’autres régions, en reproduisant à peu près les mêmes dispositions histologiques.

6° Sarcomes myéloïdes ( myeloid tumors de Paget, tumeurs à médullocelles et à myéloplaxes de Robin). — Les sarcomes myéloïdes sont des tumeurs molles dont les cellules sont au contact sans l’interposition de substance intercellulaire ou, tout au moins, au milieu d’une substance fondamentale peu abondante.

On décrivait autrefois les cellules comme petites et sphériques, elles étaient comparées aux éléments de la moelle embryonnaire (médullocelles de Robin). Mais ces cellules, arrondies, sont souvent d’un volume bien supérieur à celui des cellules lymphatiques et présentent de gros noyaux ovoïdes.

D’autres formes cellulaires se rencontrent fréquemment. On voit, en effet, des cellules polygonales dont la silhouette est identique à celle des éléments de la première variété (sarcomes globo-cellulaires). Ces cellules peuvent constituer la tumeur entière, ainsi quenous l’avons constaté sur un sarcome né dans la cavité médullaire du radius.

Leurs connexions avec les vaisseaux sont également les mêmes. Dans d’autres circonstances, à côté de ces cellules aplaties, irrégulières, à gros noyau et à protoplasma pâle, on en trouve d’autres plus larges,

SARCOMES

contenant deux ou trois noyaux. Celles-ci conduisent à des cellules dont les dimensions augmentent déplus en plus, jusqu’à constituer les grandes cellules multinucléées (myéloplaxes).

Nous avons déjà fait remarquer que les cellules à noyaux multiples, très fréquemment observées dans les sarcomes myéloïdes, pouvaient

Fig. 154. — Cellules mères, cellules rondes et fusiformes provenant d’un sarcome myéloïde des os (Ordonez).

aussi se rencontrer dans les sarcomes de divers organes, dans le sein et le testicule, par exemple.

Enfin, certaines cellules des sarcomes myéloïdes ressemblent aux éléments anguleux par pression réciproque, nommés ostéoblastes par Gegenbauer (Bouveret).

Les sarcomes myéloïdes siègent toujours dans les os. Ils sont habituellement limités à un seul os, mais ils peuvent le détruire complète-

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ment, le transformer en une bouillie rougeâtre et ne s’arrêter que devant la couche profonde du cartilage articulaire souvent calcifiée.

Il est souvent facile de déterminer le point de départ de ces sarcomes dans le centre de l’os. Dans l’observation à laquelle il est fait plus haut allusion, le canal médullaire du radius était infiltré dans toute son étendue jusqu’à ses deux extrémités. A la partie moyenne, l’os était renflé en fuseau, mais la paroi osseuse de la diaphyse n’était pas complètement rompue. Par places, elle avait cédé et la tumeur s’était propagée aux muscles voisins. Les cellules de ce sarcome étaient remplies d’une quantité énorme de glycogène. Comme dispositions générales des cellules, la tumeur présentait les plus grandes analogies avec l’endothéliome du cubitus décrit par Driessen.

Les tumeurs appelées autrefois anévrysmes des os se rapportent souvent à des sarcomes myéloïdes dont les vaisseaux ont subi des dilatations ou des ruptures, de telle sorte que le sang y circule dans un vrai système caverneux (Corail et Ranvier). Nous croyons, pour notre part, qu’un certain nombre de ces tumeurs correspondent à la variété de sarcome actuellement connue sous le terme de sarcome angioplastique. Nous avons en effet examiné une tumeur de l’humérus dont la nature avait été méconnue et que l’on croyait d’origine tuberculeuse. On avait pensé à l’existence d’une ostéite ancienne suivie de fracture spontanée et d’hémorragie consécutive. Les deux extrémités de l’os brisé étaient en effet plongées dans une sorte de lac sanguin où flottaient des lambeaux d’un tissu dont il était impossible à première vue de déterminer la nature.

La tumeur était purement sarcomateuse et contenait un grand nombre de cellules angioplastiques, souvent cavitaires, renfermant des globules rouges en grand nombre.

7° Sarcome névrogliqüe. — Virchow appelait ces tumeurs gliomes, à cause de leur consistance analogue, à celle de la glu, et, comme il trouva leur tissu semblable à celui de la névroglie, il les sépara des sarcomes. Cepèndant il reconnut implicitement leurs analogies avec ces derniers lorsqu’il créa les variétés de glio-sarcome et de sarcogliome.

Les auteurs sont encore partagés sur la question de savoir dans quelle classe doivent être rangés les gliomes de Virchow. Nous croyons qu’ils doivent être rapprochés des sarcomes et appelés sarcomes névrogliques.

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D’après notre définition, en effet, les sarcomes comprennent l’ensemble des tumeurs envahissantes dont l’origine se trouve dans les différentes variétés du tissu conjonctif; or la névroglie remplit vis-àvis du système nerveux le rôle d’un tissu de soutènement.

L’objection faite par certains auteurs à cette manière de voir n’a pas grande valeur ; qu’importe, en effet, que la cellule araignée ait la même origine que la cellule nerveuse, c’est-à-dire qu’elle provienne d’une même cellule embryonnaire dite neuroblaste (myélocyte de Robin), si, une fois formée et différenciée, elle en reste à tout jamais distincte.

Et dans les divers processus pathologiques attaquant le système nerveux, n’a-t-on pas à chaque instant la démonstration du rôle spécial de la cellule névroglique? Dans la plupart des inflammations chroniques et des scléroses, les cellules nerveuses et le tissu nerveux disparaissent, tandis que la névroglie persiste ou s’accroît, comblant les vides ou remplissant les interstices, comme le font les tissus de soutènement dans les autres organes. Il n’a jamais été démontré que la régénération des éléments nerveux se fît en aucun cas par les éléments de la névroglie ainsi modifiés.

On remarquera de même que les cellules épithéliales des organes génito-urinaires, issues du feuillet moyen, ne présentent, dans leurs modifications pathologiques, aucune réaction rappelant leur origine première.

Ainsi, les néoplasmes formés par la névroglie sont du genre des tumeurs d’origine connective et doivent être, à moins de compliquer les classifications, placées dans la classe des sarcomes. Si l’on voulait décrire à part les tumeurs liées dans les centres nerveux, on serait obligé, en effet, de réserver une place distincte aux hyperproductions d’origine conjonctive, et de décrire successivement des sarcomes à eellules rondes, à cellules fusiformes, enfin à cellules névrogliques.

Il est certain, d’autre part, que les cellules de la névroglie sont très différentes morphologiquement de la plupart des éléments connectifs. Mais on range dans la classe des épithéliomas des tumeurs dont les cellules originelles sont tout autrement variées. De là l’obligation, pour simplifier et préciser l’étude des tumeurs, de considérer les cellules à l’état adulte et différencié aussi bien dans leurs formes que dans leurs fonctions, et de ne pas remonter aux époques lointaines du développement embryogénique où les éléments semblent se confondre en des analogies peut-être plus apparentes que réelles. Si le microscope ne permet pas à cette période de discerner les caractères diffé-

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rentiels, il n’en est pas de même dans les tissus adultes, où les cellules semblent conserver jusqu’à la mort leur type définitif sans jamais subir aucune variation.

Les sarcomes névrogliques sont composés de cellules ayant de 6 \l à 12 [/., formées d’un noyau et d’un protoplasma très peu considérable. Autour de ces cellules, on distingue des filaments fins unis entre eux de manière à figurer un réticulum. Sur les dissociations fraîches, sans addition d’aucun réactif, le réticulum s’aperçoit à peine ; l’apparence de la substance périnucléaire est celle d’une matière amorphe finement grenue, vaguement fibrillaire. Sur les coupes, l’aspect réticulé s’observe ou disparaît, suivant les méthodes de fixation et de conservation des pièces. iWais le réticulum correspond à une disposition normale, puisque, sur les dissociations obtenues au moyen de l’alcool au tiers, les cellules araignées apparaissent avec toute leur netteté. Les durcissements dans l’alcool et l’acide chromique, les bichromates, l’acide osmique conservent la disposition réticulée; l’acide picrique l’atténuerait ou la ferait disparaître (Cornil et Ranvier).

Les coupes montées dans la glycérine, après fixation par le formol, puis l’acide osmique et durcissement par l’alcool, sont les plus favorables à cet examen (Brault).

Comme ces filaments sont d’une délicatesse extrême, ils deviennent à peu près invisibles, même sur les coupes vivement colorées, lorsqu’elles sont éclaircies par l’essence de girofle et montées dans le baume. Il est donc utile, lorsqu’on examine des tumeurs de ce genre, de multiplier les méthodes d’examen.

Par ces différents procédés, les cellules de la névroglie se distinguent aisément des autres cellules connectives, car dans aucune tumeur, on peut le dire, on ne rencontre un réticulum comparable à celui que l’on constate dans les sarcomes névrogliques.

Les éléments de ces tumeurs sont rarement au contact, comme les cellules des sarcomes globo-cellulaires et fuso-cellulaires, mais ils n’en constituent pas moins des amas orientés autour de cavités vasculaires largement béantes. Lorsque le réticulum n’est pas trop serré, on remarque, dans les mailles du réseau, des cellules polyédriques sans prolongement, semblables à celles des sarcomes ordinaires. Il est rare, d’ailleurs, fait déjà signalé par Cornil. et Ranvier, que les sarcomes névrogliques soient constitués dans toute leur masse par du tissu réticulé ; le plus souvent on y observe des îlots ayant la constitution du sarcome mou ou du sarcome fasciculé. Partant de là, Cornil

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et Ranvier en concluaient que les gliomes n’étaient que des sarcomes dont le tissu tend à s’organiser dans le sens de la névroglie.

Il est permis aujourd’hui de considérer ces légères modifications dans le plan général de la tumeur comme le résultat de la participation de plusieurs tissus conjonctifs au processus morbide.

Le centre de ces tumeurs, quand elles ont acquis un certain volume, est généralement en dégénérescence graisseuse, en sorte qu’on pourrait, au premier abord, hésiter entre des tubercules cérébraux volumineux et un sarcome. Mais, dans ces derniers, la dégénérescence graisseuse n’amène pas une atrophie et une sécheresse comparables à celles du tubercule; dans le sarcome, les granulations graisseuses siègent dans les corps granuleux, et les vaisseaux ne sont généralement pas oblitérés, tandis que cela arrive constamment dans le tubercule (Cornil et Ranvier).

Il est un autre caractère distinctif d’une grande importance. Les gros tubercules cérébraux représentent en quelque point qu’ils siègent des masses assez consistantes et très régulièrement arrondies. La masse cérébrale qui lés entoure s’en distingue nettement. Il en résulte que les tubercules sont des tumeurs facilement énucléables et que l’on peut isoler complètement dans le cerveau, le cervelet ou le bulbe. Au microscope, la transition est également brusque entre le tubercule et la substance nerveuse périphérique, le processus d’irritation se trouve limité à une zone assez étroite.

Les gliomes envoient au contraire des prolongements, non dans toutes les directions, sans doute, mais dans quelques-unes en dissociant la substance cérébrale. Par suite, la tumeur n’affecte pas la disposition régulièrement globuleuse des tubercules cérébraux, on voit que l’infiltration néoplasique se poursuit bien au delà de la limite qu’on lui avait fixée à l’œil nu. Comme tous les sarcomes d’ailleurs, les sarcomes névrogliques présentent une dégénérescence muqueuse, et des infiltrations œdémateuses ou sanguines qui peuvent dilacérer le tissu de la tumeur et donner lieu secondairement à la formation de pseudo-kystes. Ces caractères, de même que la consistance habituelle et la transparence de la tumeur, ne se rencontrent jamais ni dans les tubercules ni dans les gommes cérébrales.

Les sàrcomes névrogliques siègent indifféremment dans la substance grise ou la substance blanche du cerveau et de la moelle. On les trouve encore le long des nerfs crâniens et dans la rétine ; ils font saillie dans les cavités de l’épendyme cérébral et médullaire. On sait d’ailleurs que c’est le même tissu que l’on constate dans la syrin-

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gomyélie, ce qui n’implique nullement que dans cette affection il s’agisse d’une véritable tumeur.

Les gliomes sont susceptibles d’extension. C’est ainsi qu’on a vu des tumeurs de la rétine se prolonger du côté du crâne et du cerveau ou bien encore du côté des fosses nasales, du sinus maxillaire et jusque dans les fosses temporales (Panas). Ordinairement les ganglions lymphatiques restent indemnes, la généralisation a été principalement observée dans le système osseux, et en particulier dans les os du crâne et de la face(Quénu). Virchow rapporte un fait de gliome observé par lui dans la substance corticale du rein.

Les sarcomes névrogliques contiennent-ils de véritables cellules nerveuses? Il faut en excepter bien entendu les malformations congénitales, les encéphalocèles. Sur ce point on connaît peu d’observations, presque toutes discutables. On y aurait observé, en même temps que des cellules névrogliques nettement caractérisées et formant la plus grande partie de la tumeur, des cellules nerveuses en assez grand nombre. Elles se présentent tantôt avec un ou plusieurs prolongements rappelant les cellules pyramidales (Bard), parfois d’un prolongement de Deiters (Renaut, Lesage et Legrand). Mais l’observation de Lesage et Legrand ne concerne peut-être pas une véritable tumeur. L’énorme saillie fronto-nasâle dont ils ont donné la description et qui semblait n’avoir aucune connexion avec l’encéphale ou les nerfs du voisinage, ne peut-elle être considérée comme le résultat d’une malformation? Les observations de Lancereaux ne sont pas concluantes. Restent les faits cités par Hayem, Lancereaux et quelques autres cités par Lesage et Legrand dans leur mémoire et qui constituent des faits d’attente.

8° Sarcomes àngiolithiqües. — Cette espèce très curieuse, qui diffère par la forme de ses cellules de toutes celles qui ont été étudiées jusqu’ici, ne s’observe que dans la boîte crânienne et dans le canal médullaire, dans l’arachnoïde pariétale et viscérale, dans la pie-mère et dans la dure-mère. Ces tumeurs contiennent du sable cérébral dont le type se rencontre dans les plexus choroïdes.

A l’état physiologique, les vaisseaux des plexus choroïdes présentent sur leurs parois des bourgeons ou dilatations ampullaifes recouverts par l’épithélium pavimenteux de l’épendyme. Ces bourgeons, constitués par des cellules aplaties, s’incrustent de sels calcaires chez l’adulte et forment de véritables phlébolithes. C’est la présence, sur les vaisseaux de ces tumeurs, de bourgeons et de concrétions analogues

SARCOMES

qui justifie le nom de sarcomes angiolithiques que Cornil et Ranvier ont proposé pour le désigner.

Ces sarcomes, lorsqu’ils sont en voie de développement, sont mous, faciles à écraser, bien qu’ils ne contiennent pas de suc. Leur couleur est grise; ils sont plus ou moins opaques, et ils sont souvent entourés, surtout lorsqu’ils siègent dans la dure-mère, par une coque fibreuse.

Les cellules qui les constituent sont aplaties, minces, de très • grandes dimensions et de forme irrégulière. La lamelle qui les compose ressemble à un voile et se laisse habituellement plisserou relever par un coin (fig. 155, A) ; lorsqu’elles sont vues de face, leur bord est tellement mince qu’il est difficile à suivre ; leur centre est occupé par un noyau lenticulaire.:

Quand elles se montrent de profil, on pourrait les prendre pour une fibre ou pour une cellule fusiforme extrêmement longue dont le centre serait occupé par le noyau. Ces cellules ressemblent aux cellules endothéliales' des veinés, et elles ont fait considérer par Robin la tumeur dans sa toMlité comme un épithélioma ;

Fig. 155. — Sarcome angiolithique. — A, cellules isolées vues de face en m, de profil en n. — Grossissement de 400 diamètres. — B, bourgeon vasculaire contenant un globe calcaire o; C, vaisseau infiltré de sels calcaires qui présente, en o, un bourgeon latéral infiltré de sels calcaires. — Grossissement^! e 150 diamètres.

mais, comme elles ne sont pas sondées les unes aux autres, elles manquent du caractère essentiel qui définit lés épithéliums de revêtement. Ces néoplasmes se distinguent encore bien nettement de toute tumeur épithéliale parce que leurs vaisseaux sont directement en rapport avec les cellules, ce qui n’existe jamais pour les éléments épithéliaux, pas plus à l’état pathologique qu’à l’état physiologique.

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Les vaisseaux sanguins sont nombreux dans ces tumeurs et se laissent facilement isoler par dissociation. Leur paroi, quelle qUe soit du reste son épaisseur, est entièrement composée de cellules semblables à celles qui forment la masse morbide tout entière. Pour constituer.ces vaisseaux, les cellules, faiblement unies les unes aux autres, se laissent facilement refouler par le sang. Aussi y observet-on constamment des bourgeons creux qui communiquent avec la lumière vasculaire. Ces bourgeons, en s’accroissant, se pédiculisent. Les éléments cellulaires, aplatis et superposés en couches concentriques qui forment la paroi du bourgeon, s’incrustent de sels calcaires. Le processus de celte infiltration calcaire est de tout point semblable à celui qui se montre dans les plexus choroïdes. Lorsque les bourgeons calcifiés ont conservé leurs rapports avec les vaisseaux d’où iis émanent, leur pédicule et une partie de la branche vasculaire avec laquelle ils sont en connexion sont souvent incrustés de sels calcaires et forment une seule masse (fig. 155, C). Mais, lorsque le pédicule a été brisé accidentellement ou lorsqu’il n’est pas infiltré de sels calcaires, il peut passer inaperçu, et la petite masse arrondie du bourgeon ressemble alors à un globe épidermique. Virchow, qui n’a pas vu le pédicule et qui n’a pas observé le processus décrit par Cornil et Ranvier, considère la petite masse arrondie comme un simple peloton de cellules comparable aux globes épidermiques, au centre duquel il se produirait une infiltration calcaire, d’où le nom de psammomes. Nous croyons aussi que les blocs calcaires ne sont pas toujours en rapport avec les vaisseaux. D’ailleurs les pelotons cellulaires ne sont pas nécessairement calcifiés, bien qu’ils aient une forte tendance à subir l’infiltration calcaire ; cette propriété suffit à elle seule à les distinguer parmi les tumeurs d’origine endothéliale.

Dans d’autres parties du corps et en particulier dans le thymus, on rencontre très fréquemment des globes à couches concentriques calcifiés ou non, qui dépendent aussi de parois vasculaires et qui reconnaissent, d’après Cornil et Ranvier, la même origine.

En résumé, bien que les sarcomes an giolithiques diffèrent des espèces que nous connaissons déjà par la forme de leurs cellules et par la modification spéciale de leurs vaisseaux, nous croyons pouvoir en faire une variété du sarcome, parce qu’elles présentent la même disposition générale de leurs éléments.

9° Sarcomes mélaniques. — Les sarcomes mélaniques ont leur point

SARCOMES

de départ habituel dans les membranes pigmentées de l’œil et dans le tissu cellulaire sous-cutané. Il n’est pas probable qu’ils puissent se former primitivement dans les ganglions lymphatiques. J, ^

Les cellules qui les composent . sont arrondies, polygonales ou fusiformes, c’est-à-dire qu’elles correspondent aux variétés précédemment décrites des sarcomes élémentaires.

Leur disposition et celle de la substance intermédiaire sont variables : \

mais par leurs formes et leurs grou-

r 0 Fig. 156. — Cellules et tissu d’un sarcome

pements elles rappellent celles du • mélanique, -a, cellules fusiformes; 6, cel-

„ . i ■ /n -, .t, Iule arrondie et très fortement pigmentée.

sarcome fascicule (Cornil et Ran- p 3

vier). C’est un point sur lequel il convient d’arrêter l’attention. En effet, lorsqu’on examine les sarcomes mélaniques à de faibles grossissements, l’abondance du pigment est telle, en général, que les rapports entre les différentes parties sont difficiles à apprécier. Mais en se portant à la périphérie de la tumeur on trouve des zones de formation récente non pigmentées encore. En ces points, la disposition des cellules est exactement celle que l’on observe dans les sarcomes

Fig. 157. — Diverses formes des cellules du sarcome mélanique.

ordinaires.

Supposons que le type du sarcome soit à cellules fusiformes, on trouvera ces éléments en amas cohérents, au contact les uns des autres et orientés suivant les axes vasculaires qui sillonnent les nappes de cellules.

A mesure que les cellules se pigmentent, leur forme s’altère. On les voit devenir ellipsoïdes, ovoïdes, globuleuses, irrégulières ; le type cellulaire primitif peut ainsi disparaître complètement dans

les parties centrales de la tumeur. Il n’en est pas toujours ainsi, les cellules pouvant conserver leur cachet d’origine dans les divers noyaux de généralisation.

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Voici par exemple un sarcome dont le point de départ est le gi0be de l’œil. On y trouve à l’état normal des cellules globuleuses et des cellules fusiformes. Celles-ci présentent un noyau ovoïde et un protoplasma qui, au lieu de se terminer en pointe aiguë, se contourne en extrémité mousse et prend de chaque côté du noyau l’aspect d’une mince banderole. Le même type cellulaire se rencontrera dans les

Fig. 158. — Sarcome mélanique (Brault).

Cellules obtenues par raclage sur des tumeurs du foie consécutives à un sarcome mélanique de la choroïde (alcool au tiers pendant vingt-quatre heures, montage direct dans la glycérine sans coloration).

Toutes ces cellules sont régulièrement fusiformes à deux, trois ou quatre prolongements, très variables de longueur.

Les granulations mélaniques sont d’un noir intense, aussi bien dans le corps de la cellule que sur les prolongements. Les cellules n’ayant été soumises à aucun réactif, les noyaux resten incolores.

tumeurs secondaires du foie. Pour le bien constater, on devra toujours préférer pour l’étude les dissociations aux coupes (fig. 158). Ce dernier procédé d’examen est en effet défectueux lorsqu’on veut examiner des cellules extrêmement allongées, que les sections les mieux faites permettent rarement de voir dans toute leur étendue.

Sur les dissociations faites directement sur la pièce fraîche ou après l’action de l’alcool au tiers, on constate ainsi les formes variables des cellules constituantes des sarcomes mélaniques. Dans les tumeuis prenant leur origine dans la peau, on met en évidence plusieurs types

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cellulaires : 1° des cellules fusiformes à extrémité pointue; 2° des cellules ovoïdes ou polyédriques ; 3° des cellules à plusieurs prolongements; 4° des cellules à noyaux multiples (myéloplaxes). Tous ces éléments sont pigmentés ou non.

Quand on examine avec soin les éléments libres qui résultent de ces dissociations, on voit en effet que toutes les cellules ne sont pas imprégnées de pigment et surtout qu’elles ne le sont pas au même degré. Ceci résulte de l’observation déjà faite au moyen de faibles grossissements qui montrent dans toute tumeur mélanique des zones de colorations variées, blanches, grises, souvent semi-transparentes dans les parties jeunes, noires dans les parties les plus anciennes, de couleur sépia ou ardoisée dans les points intermédiaires. Telle est du moins la règle, car il existe des sarcomes de cette espèce qui sont complètement noirs dès le début et dans toute leur masse.

En somme, n’était le pigment, les sarcomes dont nous nous occupons ne pourraient se différencier de la grande majorité des sarcomes ordinaires, aussi peut- on dire que ce qui constitue le caractère spécifique de ces tumeurs, c’est la présence de granules noirs dans l’intérieur des cellules. Ces granules ne sont jamais ni jaunes ni rougeâtres au moment où ils apparaissent, ce qui établit une distinction fondamentale entre le pigment noir mélanique et le pigment noir qui succède aux épanchements sanguins.

Ainsi, lorsque du sang s’épanche dans le tissu cellulaire, ou que la matière colorante de ce liquide infiltre les cellules épithéliales du poumon, elle se dépose d’abord sous forme de pigment jaune rougeâtre, puis rouge, puis noir, et l’on peut suivre toute la série de ces modifications, ainsi que Virchow l’a bien établi. Mais, dans le sarcome mélanique, les granulations sont incolores, grises ou noires dès l’origine, le plus souvent arrondies et réfringentes. On pourrait au premier abord les confondre avec des granulations graisseuses très fines. Quand elles sont anguleuses, elles sont encore plus faciles à différencier. Ces grains pigmentaires se réunissent souvent en petits blocs arrondis, entourés par une zone claire qui correspond à un dépôt de substance albuminoïde (Corail et Ranvier).

Lorsqu’on examine le suc noirâtre obtenu par raclage d’une pareille tumeur, on voit dans le liquide un grand nombre de ces granules libres affectés du mouvement browmien. Les grains mélaniques se déposent dans le protoplasma, d’abord autour du noyau, puis dans toute la cellule. Alors que les granulations sont encore très fines et Peu nombreuses, elles sont difficiles à constater ; mais le dépôt prend

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une certaine cohésion et toutes les phases de l’infiltration cellulaire jusqu’à la disparition complète du noyau peuvent être suivies sans difficulté. Les noyaux eux-mêmes peuvent être masqués par la mélanine. Par l’addition d’acide acétique, ils se contractent et deviennent alors beaucoup plus foncés, presque noirs. Mais, en général, ils conservent la propriété de se colorer d’une façon intense alors même que le protoplasma est complètement rempli de granules mélaniques. .

Les sarcomes mélaniques constituent une espèce morbide bien tranchée, très distincte des autres formes de sarcome par la tendance de leurs éléments à devenir complètement noirs et par la même tendance de leurs productions secondaires nées loin de la tumeur primitive. Ces sarcomes mélaniques se généralisent en effet avec la plus grande rapidité, sous forme de masses noires qu’on retrouve dans tous les organes et dans tous les tissus de l’économie.

Origine du pigment. — Pour nous, l’origine du pigment ne saurait faire de doute, il est le produit d’une élaboration spéciale de cellules dont on rencontre les types habituels dans la choroïde et le tissu cellulaire sous-cutané. Ces cellules sont de véritables chromoblastes. Certains auteurs ont cependant soutenu que le pigment était le résultat d’une transformation banale de la matière colorante du sang, abandonnée dans les sarcomes télangiectasiques et autres par les hémorragies qui s’y produisent.

Des arguments multiples permettent de réfuter cette assertion : 1° dans les sarcomes télangiectasiques, la pigmentation des cellules peut manquer, même lorsqu’il s’y produit des hémorragies. Il faut effectivement un certain temps pour que les globules rouges épanchés subissent les modifications nécessaires à la mise en liberté de leur substance colorante; 2° les sarcomes mélaniques dont la coloration est très accusée, ceux dont il est difficile, étant donnée l’intensité de l’infiltration mélanique, de discerner les contours cellulaires, renferment des vaisseaux peu développés et ne contiennent pas de foyers hémorragiques. La pigmentation peut apparaître dans les cellules à peine formées.

3° Parmi les produits de la destruction des globules rouges trouvés dans les foyers hémorragiques et les maladies hématolytiques, on rencontre habituellement le pigment ocre dont les propriétés chimiques sont tout à fait différentes de celles du pigment noir appelé mélanine ; 4° en effet, le pigment ocre soumis à l’action successive du ferrocyanure de potassium et de l’acide chlorhydrique dilué, prend

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une coloration bleu de Prusse intense ; soumis à l’action du sulfhydrate d’ammoniaque, il devient absolument noir.

Ces deux réactions font défaut en présence du pigment des sarcomes mélaniques. Pour la seconde (action du sulfhydrate d’ammoniaque), on pourrait objecter qu’elle ne peut être appréciable sur une substance déjà noire par elle-même; mais il convient de remarquer que la mélanine n’est pas toujours d’un noir absolu, elle peut avoir des reflets jaunâtres ou fauves, parfois même elle est presque incolore ; sur ces granules d’aspect très différent, la réaction fait défaut.

Les modifications du pigment ocre en présence du ferrocyanure de potassium et du sulfhydrate d’ammoniaque indiquent une certaine richesse de cette substance en fer. L’analyse chimique directe permet d’isoler le fer et de le doser intégralement (procédé de Lapieque et Auscher). La même recherche est infructueuse sur le pigment mélanique, qui n’en contient qu’exceptionnellement des traces

5° Si l’on vient à soumettre des fragments de tissus chargés de pigment ocre à l’action prolongée d’une solution concentrée de potasse ou d’ammoniaque, on dissout la substance organique ; quant! au pigment mis en liberté par cette méthode, on le trouve intact à la partie inférieure du tube à expérience à l’état de granulations formant des amas pulvérulents.

Les fragments de sarcome mélanique sont au contraire dissous en totalité, cellules et matière colorante, si bien que le liquide se trouve uniformément coloré en noir. Toutes les granulations mélaniques ont disparu, la matière colorante reste mélangée au liquide à l’état de solution parfaite.

De ces recherches, il résulte que, contrairement à ce que l’on aurait pu supposer d’après leurs caractères histologiques, les granules du pigment noir sont beaucoup moins résistants que ceux du pigment ocre, ce qui tient sans doute à ce que celui-ci résulte d’une destruction déjà très avancée de la substance organique réduite à des éléments chimiques réfractaires, tandis que le pigment noir présente encore les propriétés d’une substance albuminoïde et se montre beaucoup plus fragile par conséquent.

On peut se demander pourquoi certains auteurs considèrent ce pigment comme une substance absolument étrangère à l’organisme ef sur quelles raisons ils s’appuient pour admettre le rôle parasitaire des grains de mélanine. L’étude minutieuse de la mélanine montre au contraire qu’il, y a identité entre les granulations contenues dans . les

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