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TUMEURS FORMÉES PAR DES TISSUS DÉFINIS (HISTIOIDES

4° Tumeurs formées par du tissu muqueux. — Myxomes.

Définition. — Les myxomes sont les tumeurs formées par du tissu muqueux. Leur définition est donnée par celle du tissu muqueux lui-même. Celui-ci forme le cordon ombilical ; il persiste seulement chez l’adulte dans le corps vitré, mais on le retrouve chez l’embryon dans diverses parties du corps.

Les myxomes, séparés par Virchow des autres tumeurs, faisaient partie du groupe complexe des tumeurs colloïdes à une époque ou l’on donnait volontiers aux tumeurs un nom fondé fsur leur apparence la plus grossière.

Le tissu muqueux s’observe dans une . des premières phases de développement du tissu connectif et du tissu adipeux. Les tumeurs qui en sont constituées ont, par conséquent, leur place marquée entre les sarcomes formés par le tissu connectif analogue à celui que l’on trouve chez l’embryon et les tumeurs constituées par le tissu conjonctif parfait.

A l’état physiologique, le tissu muqueux se présente sous les deux formes : 1° de cellules rondes isolées au milieu d’une substance fondamentale muqueuse; 2° de cellules étoilées et anastomosées disposées au milieu de la même substance.

Il est rare que les myxomes présentent l’une ou l’autre seulement de. ces formes, et nous n’avons jamais observé la première à l’état isolé dans les tumeurs.

MYXOMES

Description- des myxomes. — Les myxomes sont des tumeurs gélatiniformes, tremblotantes, parcourues par des vaisseaux faciles à voir et à isoler. Quand on les racle, on obtient un liquide semblable à une solution de gomme arabique; ils ne contiennent jamais de suc laiteux. Dans le liquide ainsi obtenu, on trouve des globules rouges, car on a exprimé le contenu d’un certain nombre de vaisseaux sectionnés, et des cellules variées de forme, rondes, anguleuses, allongées en fuseau, munies quelquefois de prolongements, possédant un ou plusieurs noyaux, toutes pâles et à contours mal indiqués, parce qu’elles sont vues dans une substance presque aussi réfringente qu’elles-mêmes. C’est ce qui a fait dire jadis que les tumeurs colloïdes n’avaient pas d’éléments cellulaires.

Le tissu peut en être étudié sur les pièces fraîches : après une première section de la tumeur, la surface sectionnée se gonfle en dos d’âne; on l’aplanit par une seconde section, et la partie enlevée, bien qu’épaisse à son centre, est assez mince sur les bords pour être soumise à l’examen microscopique.

On y voit d’abord un réseau de vaisseaux capillaires à larges mailles, contenant des globules rouges, sur la paroi desquels les noyaux, et même les cellules endothéliales de leur face interne, peuvent être bien appréciés. Dans les mailles vasculaires le tissu muqueux présente de grandes cellules pâles, fusiformes ou anastomosées par de nombreux prolongements. Il y a toujours, outre ce réseau cellulaire, des cellules rondes et petites, sans aucune connexion avec leurs voisines, situées au milieu du liquide muqueux. Le réseau des cellules est rendu très apparent par l’addition d’une solution d’iode ou de picro-carminate d’ammoniaque. En outre de ces éléments, on rencontre très souvent dans la masse morbide des fibres élastiques et des cellules adipeuses.

Tels sont les caractères généraux des tumeurs de ce genre.

Fig. 161. — Cdupe d’un myxome contenant des fibres élastiques : a, cellules étoilées et anastamosées ; b, fibres élastiques. — Grossissement de 250 diamètres.

DES TUMEURS

Espèces et variétés du myxome; — Les espèces qu’on p-ept y établir sont :

Première espèce : le myxome pur. — Il est composé de cellules arrondies ou stellaires plus ou moins grandes -et de vaisseaux situés dans une substance muqueuse.

Deuxième espèce : le myxome contenant une quantité considérable de fibres élastiques {fi ig. 161).'

Troisième espèce: le myxome lipomateux. — Les cellules adipeuses, isolées ou disposées en groupes au milieu du tissu muqueux, sont sou-; vent si abondantes, qu’on sera parfois embarrassé pour savoir si l’on a affaire à un myxome ou à un lipome. Cette distinction est, du reste, presque inutile, car le lipome myxomateux et le lipome pur sont très voisins au point de vue de leur constitution histologique et ils. présentent la même bénignité, (fig. 162);

Outre ces trois espèces, qui se:

définissent d’elles-mêmes, et dont la description n’exige pas dé détails plus circonstanciés, les myxomes; subissent parfois des modifications nutritives qui sont les suivantes

a. Les ^vaisseaux, .mal soutenus par un tissu presque liquide,} peuvent se laisser distendre etmême se rompre ^accident qui, dureste, est moins fréquent dans ces tumeurs que dans les sarcomes, parce que la paroi de leurs capillaires est plus solide. Ces accidents caractérisent le myxome télangiectasique et hémorragique.

b. Les éléments cellulaires du myxome subissent parfois une transformation muqueuse ou colloïde, ce qui paraît étonnant au premier abord, puisque ces tumeurs sont toujours essentiellement muqueuses.

Mais il ne faut pas oublier que, dans les myxomes vrais, la substance intercellulaire seule est muqueuse et que les cellules placées dans son sein sont des cellules connectives ordinaires. Elles ne sont pas aplaties, parce que, étant plongées dans une masse liquide, elles sont également comprimées dans tous les sens. Elles sont formées par une masse de protoplasma active, elles contiennent un ou

Fig. 462. — Coupe d’un myxome lipomateux. Les cellules de tissu muqueux se remplissent de graisse : a , cellule normale ; b, une cellule avec une gouttelette graisseuse ; c, cellule complètement remplie. — Grossissement de 250 diamètres.

MYXOMES

plusieurs noyaux, et sont sujettes à la dégénérescence muqueuse ou 3 colloïde comme tant d’autres éléments cellulaires. Lorsqu’elles ont • subi cette dégénérescence, elles se désagrègent, forment un détritus, et à leur place il n’existe plus qu’une masse muqueuse contenue dans un pseudo-kyste. Il survient alors fréquemment des ruptures vascu-’ laires, et il s’ajoute, à la substance contenue dans les kystes, une quantité plus ou moins considérable de sang qui subit les régressions habituelles en pareil cas. La dégénérescence colloïde des cellules du myxome est le plus souvent accompagnée d’une dégénérescence graisseuse qui concourt pour une forte part à déterminer la mort des éléments cellulaires. Lorsque, dans un myxome, il s’est formé des pseudo-kystes sous l’influence des dégénérescences et des hémorragies, la couleur et la consistance de la masse morbide sont extrêmement variées, si bien qu’on ne peut en faire le diagnostic qu’à l’aide du microscope. On désignera cette variété de myxome sous le nom de myxome kystique.

c. Les myxomes des muqueuses sont souvent papillaires, pédicules et sous forme de polypes. Tels sont les myxomes des fosses nasales connus sous le nom de polypes muqueux. Ces polypes, développés dans le tissu cellulaire de la muqueuse pituitaire, sont recouverts de cellules cylindriques à cils vibratiles comme lamuqueusee-lle-même. Lorsqu’ils font saillie au dehors, ils présentent souvent, de distance en distance, des tubes glandulairesplus ou moinshvpertrophiés. Le tissu muqueux dés polypes des fosses nasales est très sujet à la dégénérescence graisseuse et à des hémorragies interstitielles.

Une variété de tumeurs des plus singulières, confondue autrefois avec les myxomes vrais, est fournie par les môles hydatiques ou myxomes hydatiformes du placenta. Ces môles sont formées par dèsmasses de tissu muqueux (fîg. 163), arrondies oupiriformes, de volume très variable et reliées en grand nombre les unes aux autres par des portions de villosités placentaires qui n’ont pas subi la transformation myxomateuse. Elles sont revêtues par deux couches de cellules : 1° la couche de Langhans; 2° le syncitium. La première couche est uniqueou multiple, formée de petites cellules cuboïdes ; la seconde comprend des lames protoplasmiques à noyaux multiples formant, au-dessus, des cellules de Langhans, un revêtement discontinu.

Les môles hydatiformes paraissent constituer une forme relativement bénigne de tumeurs; néanmoins elles peuvent se comporter: comme des tuméurs malignes, en infiltrant la paroi utérine et l’amin-

DES TUMEURS

cissant. Un assez grand nombre de ces tumeurs sont glycogénées (Brault, R. Marie, Ouvry).

Les éléments du syncitium sont doués d’une faculté de prolifération peu commune ; ils peuvent donner lieu à l’exclusion des autres éléments, à des tumeurs1 qui détruisent le muscle utérin, pénètrent les vaisseaux et peuvent occasionner des métastases.

Tous ces éléments dérivent des villosités choriales, c’està-dire du fœtus. Les tumeurs syncitiales ont reçu le nom très impropre de déciduomes malins, comme si elles provenaient de la caduque et du tissu maternel. Elles sont plus connues aujourd’hui, suivant la doctrine adoptée, soit sous le nom de sarcome chorio-cellulaire, soit sous celui d’épithélioma ecto-placentaire (Durante).

On voit, d’après cette description, que les môles hydatif'ormes ne peuvent être assimilées aux myxomes véritables. Ce sont des tumeurs complexes. Les masses arrondies de ces môles subissent habituellement , lorsqu’elles atteignent un certain vo-

Fig. 163. — Myxome hydatiforme du placenta, (figure lu me, la dégénérescence empruntée à la Pathologie des tumeurs de Virchow . , . ,

et dessinée de grandeur naturelle). grâlSSeUSe et deviennent alOr

opaques. On y observe aussi quelquefois des hémorragies interstitielles.

d. Les myxomes, lorsqu’ils sont situés superficiellement, surtout lorsqu’ils se présentent sous forme de polypes, peuvent s’enflammer et s’ulcérer. Il s’y produit alors une grande quantité de cellules lymphatiques et de globules de pus, de la même façon que dans tout tissu enflammé.

e. Notons encore qu’ils peuvent se gangrener en totalité ou en partie.

MYXOMES

Le siège des myxomes est variable.

On vient de voir qu’ils se développent quelquefois dans le placenta pour constituer des tumeurs complexes à charpente myxomateuse. Chez les embryons et les enfants nouveau-nés, on rencontre aussi quelquefois sur la cicatrice ombilicale (0. Weber), sur le cordon ombilical qui, lui-même, est constitué, comme on le sait, par du tissu muqueux, de petites productions myxomateuses mal limitées et formant à la surface du cordon une petite saillie ; mais c’est à peine si le nom de myxome peut leur être appliqué.

On doit néanmoins les désigner ainsi, car on en trouve qui ont le volume d’un œuf de pigeon ; entre ces extrêmes on observe tous les intermédiaires.

Les myxomes sont assez fréquents dans le tissu cellulaire sous -cutané, au niveau du cou, de la cuisse et même du tronc.

On les rencontre aussi dans les aponévroses et les muscles, où ils se développent aux dépens du tissu conjonctif compris entre les faisceaux musculaires. Ces derniers, séparés les uns des autres par les prolongements de la tumeur, subissent une atrophie lente, qu’on peut observer, du reste, dans la plupart des néoplasmes qui ont envahi les muscles striés. Les faisceaux primitifs présentent une multiplication de leurs noyaux et subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Ils s’amincissent de distance en distance et peuvent même être morcelés en petits blocs fusiformes effilés à leurs deux extrémités (A, B, flg. 164). Ces petits blocs sont parfois complètement isolés, ou bien ils sont réunis par des filaments minces qui représentent les tubes sarcolemmiques vides et revenus sur eüx-mêmes.

Fig. 164 — Faisceaux musculaires très atrophiés obtenus par la dissociation d’un myxome développé dans le masséter : A, A, faisceaux primitifs contenant des noyaux N ; B, l’un de ces faisceaux arrivé au dernier terme de l’atrophie. — Grossissement de 500 diamètres.

Dans les nerfs , les myxomes sont fréquents.

On désigne habituellement du nom de névromes les myxomes des nerfs, par suite d’une confusion qu’il importe d’éviter, car, pour être logique, il faut réserver le nom de névrome aux tumeurs constituées

DES TUMEURS

par du tissu nerveux de nouvelle formation. Cette confusion est d’autant plus extraordinaire que personne n’a songé à appeler myomes les myxomes des muscles. Le nom de myome n’a jamais désigné, en effet, d’autres tumeurs que celles qui sont formées par des éléments musculaires de nouvelle formation.

Généralement, dans les myxomes des nerfs, les faisceaux nerveux

Fig. 165. — Myxome des nerfs.

sont dissociés de façon à s’étaler à la surface de la tumeur (B, fig. 165) qui occupe alors le centre du nerf ; mais il n’en est pas toujours ainsi, et les tubes nerveux peuvent se trouver au centre de la masse morbide. Il est remarquable de voir la force de résistance des tubes nerveux à l’action compressive ou envahissante de ces myxomes. Ils ne subissent généralement aucune modification nutritive appréciable. Cette particularité est, du reste, èn rapport avec ce que l’on sait de la résistance des nerfs à tous les néoplasmes.

MYXOMES

Dans le cerveau, les myxomes forment des tumeurs verdâtres (collonéma de J. Millier).

Les glandes peuvent aussi en être le siège. On les a observés dans les pyramides et la substance tubuleuse du rein, ainsi que dans le testicule. Dans la glande mammaire, le myxome est assez commun. Comme le sarcome de la mamelle, il se présente sous différentes formes, sous celle, par exemple, d’une masse plus ou moins limitée, au sein de laquelle on trouve habituellement un nombre assez important de culs-de-sac glandulaires dont les cellules épithéliales sont hypertrophiées et proliférées. Le myxome revêt aussi comme le sarcome la forme papillaire et bourgeonnante. Le tissu myxomateux fait alors saillie dans l’intérieur des canaux galactophores et des culs-de-sac glandulaires et s’v développe en bourgeonnant. Les bourgeons sont en nombre variable ; parfois ils acquièrent un volume considérable et, distendant la cavité glandulaire qui les contient, ils la transformént en une cavité lacunaire à contour festonné dont l’étendue peut être considérable. Ces cavités lacunaires sont tapissées d’un épitHéliunr pavimenteux ou cylindrique. .

Il faut bien se garder de prendre une semblable tumeur du sein pour un adénome/G’est une erreur. d’autant plus facile à commettre que la prolifération des cellules épithéliales des conduits glandulaires et les différentes transformations précédemment indiquées des papilles et bourgeons pourraient au premier abord faire croire à un adénome kystique. Le diagnostic anatomique repose sur la constitution du tissu compris entre les éléments glandulaires.

En effet, Corail et Ranvier ont été plusieurs fois témoins d’une confusion absolue en ce qui concerne les myxomes papillaires et kystiques de la mamelle. Des végétations nombreuses et compliquées, faisant saillie dans les conduits glandulaires, ont été prises assez fréquemment pour des culs-de-sac glandulaires. Il suffit cependant d’une observation même superficielle pour reconnaître que les cellules épithéliales sont disposées à la surface des végétations. C’est en vertu de cette fausse interprétation que des sarcomes et des myxomes papillaires de la mamelle ont été regardés comme des adénomes.

Les myxomes peuvent aussi siéger sous le périoste, où ils forment des tumeurs lobulées. Ils se rencontrent également dans les os, surtout dans les os courts. Us y sont généralement bien limités et ils partent du périoste. Cependant on les a vus se développer dans l’intérieur du tissu spongieux et dans la moelle osseuse (Virchow, Lücke).

Dans la peau, le myxome prend souvent la forme papillaire.

DES TUMEURS

Diagnostic anatomique du myxome. — Le diagnostic anatomique différentiel ne peut prêter sérieusement à confusion que lorsqu’il s’agit de déterminer si une tumeur est un sarcome avec transformation muqueuse ou un myxome avec des îlots de tissu conjonctif jeune Mais on évitera cette cause d’erreur en considérant que, dans les points du sarcome en dégénérescence muqueuse, les cellules sont détruites tandis que le reste de la tumeur sarcomateuse montre la structure propre du sarcome. La présence de fibres élastiques ou de véritables cellules adipeuses fera penser à un myxome.

Pronostic du myxome. — Les myxomes ne présentent pas habituellement beaucoup de gravité. Enlevés complètement, ils ne récidivent presque jamais. Lorsqu’ils sont extirpés incomplètement, comme cela arrive en particulier pour les polypes mous, situés très haut dans les fosses nasales, ils se développent avec une vigueur nouvelle, comme toute tumeur irritée par une action traumatique chirurgicale qui ne l’a pas supprimée dans son entier.

Le développement continu des myxomes se fait, soit aux dépens du tissu muqueux voisin, soit aux dépens de leur propre masse.

Ziegler parle de métamorphose muqueuse des tumeurs cartilagineuses. Il donne au produit le nom de chondro-myxome. Ces tumeurs sont, d’après lui, considérées comme bénignes et ne se généralisent que rarement. On les rencontre le plus souvent dans la parotide, où elles forment des tumeurs bosselées.

A notre avis, c’est plutôt l’inverse qui a lieu dans les néoplasmes parotidiens. Souvent, le stroma est nettement muqueux, les cellules offrant plusieurs prolongements, mais la substance fondamentale a déjà la consistance et la réfringence de la substance cartilagineuse et même quelques-unes de ses réactions microchimiques (coloration jaune par la safranine diluée en coloration lente).

Peu de ces cellules sont encapsulées; mais, dans certaines régions, il semble qu’on ait tous les degrés de passage entre les cellules du tissu muqueux normal et les cellules cartilagineuses nettement encapsulées, comme on a toute la série des métamorphoses des cellules conjonctives en ostéoplastes dans certains cas.

Virchow a vu plusieurs de ces tumeurs se généraliser. Il est probable qu’elles sont d’autant plus graves qu’elles contiennent plus de tissu conjonctif jeune, et d’autant plus bénignes qu’elles renferment du tissu élastique ou du tissu adipeux.

FIBROMES

Les formes les plus pures du myxome aussi que bien que les myxomes associés dans les tumeurs complexes à d’autres espèces histologiques peuvent évoluer vers la généralisation. Plusieurs observations démontrent que des myxomes de la mamelle et des troncs nerveux ont présenté une allure aussi redoutable que les sarcomes développés dans les mêmes organes (H.-T. Butlin).

Nous avons de notre côté conservé la relation d’un myxome du nerf médian qui récidiva trois fois avant de se généraliser, et d’une tumeur de même nature siégeant à la cuisse dont la marche fut extrêmement rapide.

D’ailleurs, une des observations de Virchow concerne un myxome du genou qui fut bientôt suivi de l’apparition de noyaux secondaires dans le sternum et le poumon. Dans le fait de G. Simon, une tumeur de la grande lèvre fut bientôt transportée aux ganglions de l’aine et, de là, au foie, au sternum et à la clavicule.

La thèse de Rafin contient un nombre assez considérable de myxomes diffus des membres où la rédicive fut la règle. Dans un de ces faits (Poncet), un malade porteur d’un myxome du bras subit la désarticulation de l’épaule après avoir été opéré nombre de fois. Il mourut trois ans après avec des signes de généralisation.

D’ailleurs le myxome et le sarcome sont fréquemment unis.

2° Tumeurs formées -par du tissu fibreux. — Fibromes.

Synonymie. — Ces tumeurs ont aussi reçu les noms de fibroïdesf desmoïdes. Lorsque la tumeur était très dure, J. Müller l’appelait stéatome, d’un nom très vague appliqué à beaucoup d’espèces différentes. On les a désignées aussi sous le nom de corps fibreux, mais cette expression .s’applique surtout, comme on l’a su depuis, à des tumeurs j formées de fibres musculaires lisses qui dès lors sont des myomes. | Verneuil proposa lé nom de fibrome qui est généralement employé et qui définit le tissu, bien que peut-être le mot à’inome, employé par Paget, et formé avec un radical grec (de tvoç, fibre), fût préférable au point de vue étymologique.

Définition. — La définition des fibromes nous est donnée par celle du tissu fibreux, formé, comme on le sait, par des faisceaux de j hssu conjonctif séparés par des cellules connectives aplaties, ramifiées j et anastomosées les unes avec les autres.

DES TUMEURS

Nous savons aussi qu’une forme de tissu conjonctive spéciale constituée par des lames fibrillaires, entre lesquelles il existe des cellules •connectives plates, se rencontre dans la tunique interne des grosses artères et dans la cornée.

Ces deux variétés du tissu conjonctif peuvent se rencontrer dans les fibromes.

Pour qu’une tumeur soit dite fibrome, il ne suffit pas qu’elle contienne du tissu conjonctif; il faut de plus qu’elle ne renferme jnucun autre tissu.1 Presque toutes les tumeurs, en effet, possèdent , une trame fibreusej Certains épithéliomas, par exemple, offrent à considérer un stroma fibreux, parfois très dense, qui peut même, dans des parties plus ou moins considérables de la masse morbide, exister à l’état de pureté. Mais ce stroma circonscrit toujours dans le plus grand nombre des points de la tumeur des interstices occupés par fies cellules. Les tumeurs formées de tissu cellulo-adipeux renferment aussi parfois beaucoup de tissu fibreux, qui entoure les îlots de cellules adipeuses. Dans la plupart des sarcomes et des myxomes, il reste, au voisinage de la tumeur et quelquefois dans son intérieur, des tractus fibreux qui généralement accompagnent les gros vaisseaux. Mais, dans ces divers genres de tumeurs, le tissu .fibreux constitue seule ment la trame, qui loge les parties les plus caractéristiques du néoplasme. Les fibromes, au contraire, sont formés uniquement fie tissu conjonctif.

Description des fibromes. — Les fibromes sont des tumeurs sèches, résistantes, nacrées, rosées ou blanchâtres. Lorsque,, après les avoir divisées, on racle la surface de section avec un rasoir, on n’en obtient pas de suc; on enlève seulement quelques fragments qui, examinés dans l’eau, paraissent formés, entièrement de faisceaux connectifs rectilignes ou onduleux. Lorsqu’on ajoute de ; l’acide acétique, ils se transforment en une masse homogène au milieu de laquelle apparaissent des noyaux. Les cellules qui correspondent à ces noyaux sont assez difficiles à isoler. Ce sont des cellules du tissu connectif qui diffèrent peu de celles du myxome. Les fibres du tissu conjonctif pouvant se rencontrer dans toutes les tumeurs, ,1a dissociation ne saurait suffire pour se prononcer sur la nature d’une de ces tumeurs. En ce qui regarde particulièrement le diagnostic différentiel fiu carcinome et du fibrome, la dissociation peut conduire à une erreur, parce que certaines portions des carcinomes durs ou squirrhes sont constituées seulement par du tissu fibreux.

FIBROMES

Aussi, pour faire le diagnostic anatomique de ces tumeurs, faut-il pratiquer des sections de la masse morbide après l’avoir fait durcir au moyen de l’alcool, en y pratiquant des coupes à main levée. Par l’examen rapide de ces préparations il sera facile de reconnaître si, au milieu du tissu fibreux, il y a des alvéoles de carcinome, des îlots épithéliaux, des fibres musculaires lisses, etc. On rencontre, en effet, nous le répétons, des épithéliomas et des myomes où le tissu fibreux est assez développé pour qu’on puisse les confondre avec des fibromes, si l’on se contente d’en faire l’étude sur les préparations obtenues par dissociation.

Sur une coupe mince d’une tumeur fibreuse, on voit des faisceaux de fibres qui s’entre-croisent dans diverses directions, comme dans le derme : les uns se montrent suivant leur longueur, les autres suivant leur section transversale. La disposition de ces- faisceaux se reconnaît très bien lorsque les préparations sont examinées dans l’eau, moins bien lorsqu’on les a conservées dans la glycérine, et ne se montre presque plus lorsqu’on a ajouté de l’acide acétique. Ce dernier réactif fait apparaître les noyaux avec une coloration rouge lorsqu’on a eu le soin de colorer d’abord la coupe avec le carmin. On voit alors nettement les noyaux et les corps cellulaires qui les entourent disposés autour de faisceaux connectifs dont la direction est longitudinale et transversale (voir flg. 166). Il n’y a généralement pas de fibres élastiques dans ce tissu, qui' semble reproduire le tissu fibreux le plus pur. C’est là un point important.

Les vaisseaux y sont' peu abondants; ils manquent même dans l’espèce que Cornil et Ranvier appelaient fibromes lamelleux, et qui doit être considérée aujourd’hui comme une hypertrophie' fibreuse d’origine inflammatoire.

On les observe sur les membranes séreuses comme la plèvre, le péricarde et le péritoine, mais spécialement sur le feuillet péritonéal qui recouvre le foie et surtout la rate, sous forme de plaques dures, de villosités ou de petites masses globuleuses.’ Ces productions appartiennent à l’histoire de la périhépatite et de la périsplénite chroniques'.

Fig. 166. — Coupe d’un fibrome colorée au carmin et traitée par l’acide acétique : a, faisceaux de fibres coupées en travers; b, cellules connectives anastomosées. — Grossissement de '200 diamètres.

Elles sont plus ou moins épaisses, tantôt aplaties sur la surface convexe d’un organe, de telle sorte qu’après avoir été sectionnées perpendiculairement, elles se présentent sous l’aspect d’un croissantd’autres fois, plus saillantes, elles sont formées d’un ou de plusieurs lobules unis les uns aux autres par du tissu conjonctif fasciculé.

Vues à un examen superficiel, elles ont une analogie grossière avec le cartilage. Elles sont translucides, un peu jaunâtres; elles sont dures et difficiles à couper, résistantes sous le scalpel; mais elles ne font pas entendre le cri que produit le couteau dans le cartilage. Il est facile de voir à l’œil nu la disposition des lames concentriques et à couches parallèles dont elles sont formées. Cette disposition en lamelles aplaties explique que la pression perpendiculaire à leur surface donne la sensation d’une grande dureté, tandis qu’en les pressant latéralement on les trouve relativement molles.

Elles sont assez dures pour qu’on puisse en faire des coupes minces à l’état frais. Celles-ci,

Fig. 167. — Coupeà travers un fibrome lamelleux. examinées dâHS l’eâU

sans le secours d’aucun autre réactif, montrent des lames parallèles séparées par des fentes, en sorte qu’on dirait avoir sous les yeux les couches de fibrine qui doublent les sacs anévrysmaux. Mais si, après les avoir traitées par le carmin, on les soumet à l’action d’un mélange de glycérine et d’acide formique, on reconnaît dans ces espaces des cellules bien nettes munies de noyaux aplatis, et unies les unes aux autres par des prolongements ramifiés (fig. 167).

Ces préparations ressemblent beaucoup aux coupes de la cornée perpendiculaires à sa surface et colorées de la même façon. C’est la raison pour laquelle Rindfleiscïï appelle ces tumeurs des fibromes cornéens.

Mais elles ne contiennent pas de vaisseaux et, par suite, n’ont pas, d’après nous, les caractères principaux des diverses tumeurs d’origine conjonctive que nous avons distinguées dans la classification.

Elles sont très fréquemment le siège d’une infiltration calcaire. Des granulations calcaires fines se déposent dans la substance fondamentale, où elles sont isolées d’abord, puis réunies en groupes. Le tissu

FIBROMES

devient alors opaque, jaune et solide. Ces granulations grossissent, se soudent les unes aux autres et forment une véritable pétrification. Il se produit ainsi des plaques dures et transparentes, qui sont plus ou moins grandes; toute la plaque fibreuse peut être ainsi transformée,' mais le plus souvent on y distingue plusieurs lames calcaires superposées, séparées l’une de l’autre par du tissu fibreux non calcifié, et l’on rencontre presque constamment à la périphérie de la plaque indurée des granulations calcaires distinctes. Telles sont les parties indurées que l’on trouve désignées dans les anciens auteurs d’anatomie pathologique -sous le nom de plaques osseuses de la plèvre, du péritoine, etc. Lorsque les masses fibreuses, lobulées, s’incrustent isolément de sels calcaires, c’est presque toujours par le centre de chaque lobule que commence cette dégénérescence.

Fibromes proprement dits. —

Fibromes fascicules. — Ces fibromes ont à l’œil nu un aspect caractéristique : ils sont formés par une agglomération de lobules constitués isolément par un pelotonnement de fibres. Sur une section de ces tumeurs, on voit le centre de chacun des lobules faire une saillie. Plusieurs lobes semblables sont réunis les uns aux autres par du tissu conjonctif lâche, parcouru par des vaisseaux qui pénètrent parfois, mais non toujours, dans l’intérieur des petits lobules.

Ces fibromes sont formés par des faisceaux de tissu conjonctif entre-croisés dans tous les sens, laissant entre eux des espaces dans lesquels se montrent des cellules semblables à celles du tissu conjonctif jeune ou adulte (voir fig. 166).

Les variétés des fibromes fasçiculés, dont la plupart sont liés à des modifications de nutrition, sont les suivantes :

a. Dans les uns, il s’est produit une infiltration de sérosité, comme dans l’œdème; les faisceaux connectifs sont parfaitement nets, mais ils sont imbibés par un liquide séreux : le fibrome est dit alors molluscoïde ( molluscum simplex).(Rg. 168).

b. Dans d’autres cas, une transformation muqueuse des faisceaux et des cellules peut amener une destruction partielle de la tumeur et; la formation d’un pseudo-kyste. C’est le fibrome muqueux.

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