TUMEURS AYANT LEUR TYPE DANS LE TISSU ÉPITHÉLIAL ËPITHÉLIOMES
Il a déjà été question, à propos de l’histologie normale, des généralités des plus essentielles à connaître relativement au tissu épithélial physiologique. Nous savons qu’il est composé de cellules soudées les unes aux autres par une substance mal définie encore qui leur sert de ciment, et qu’il s’étale en couches de revêtement ne contenant pas de vaisseaux.
- L’existence; d’une substance unissant les cellules, l’absence de vaisseaux et la disposition des cellules en couches de revêtement, tels sont les trois termes qui caractérisent les tissus épithéliaux.
Les épithéliums sont tantôt formés par une simple couche de celu es, tantôt par une série de couches cellulaires superposées, on dit dans ce dernier cas qu’ils sont stratifiés. Les épithéliums stratifiés sont les plus importants à étudier au point de vue spécial des épithéliomes; on y. suit, en effet, une évolution des cellules qui se rencontrent également dans les tumeurs épithéliales.
• A Ja ®urface de la Peau> Par exemple, on trouve, depuis les papilles J squ à 1 épiderme .superficiel, une série de couches dans lesquelles la forme des cellules varie suivant leur évolution et suivant la pression supportée par chaque couche.
D.r^^ell"IeS implantées sur les papilles sont cylindriques, disposées volumin: "e™ant 1 '* Surface d'implantation. Leur noyau est
lolt ôndé’e,0™: protoplasma est peu considérable. Elles
intimement a leurs voisines et sont munies à leur
ÉPITHÉLIOMES
extrémité, implantée sur la membrane basale du derme, de prolongements protoplasmiques divergeant à la manière de racines. Par cette disposition elles sont solidement fixées sur le tissu conjonctif sousjacent. Elles présentent en outre sur leurs surfaces des dentelures moins faciles à voir que dans les cellules placées au-dessus. Ces dernières, plus volumineuses que les précédentes, sont polyédriques ; des filaments bien accusés les unissent et laissent entre eux des espaces clairs dans lesquels se trouve une substance moins réfringente que les filaments eux-mêmes. Les cellules polyédriques forment une couche dont l’épaisseur varie suivant les régions.
La couche qui leur succède est formée de cellules légèrement aplaties dans le sens de la surface, chargées de granulations plus ou moins grosses, de dimensions inégales et qui se colorent avec une intensité extrême par le carmin. Les noyaux de ces cellules présentent déjà les caractères de l’atrophie. Cette couche de cellules granuleuses est. désignée sous le nom de stratum granulosum.
Immédiatement au-dessus, du côté de l’épiderme, se rencontre le stratum lucidum, constitué par des cellules très aplaties, homogènes, dont les limites sont peu distinctes et dont les noyaux ont subi une atrophie plus ou moins complète.
Le stratum lucidum lui-même est surmonté par la couche cornée dans laquelle les cellules, réduites en simples lamelles desséchées, forment un ensemble feuilleté.
Ce sont les cellules profondes du corps muqueux de Malpighi qui, par une évolution graduelle, deviennent progressivement les cellules polyédriques du corps muqueux, les cellules du stratum granulosum, les cellules du stratum lucidum et les écailles épidermiques de la couche cornée.
Les métamorphoses que subissent les cellules d’épithélium cylindrique sont moins nombreuses, elles peuvent cependant être assez accusées pour les rendre méconnaissables. La plupart d’entre elles sont en effet soumises à des modificationss incessantes et sécrètent du mucus, elles peuvent donc présenter des renflements plus ou moins évasés qui en altèrent le profil. Ces mêmes cellules, à peine détachées de la paroi et suspendues dans le liquide de sécrétion, ressemblent à de véritables outres remplies de liquide ou bien deviennent complètement sphéroïdales. Il est impossible alors de reconnaître leur parenté avec les cellules cylindriques de revêtement. Presque tou-
DES TUMEURS
jours elles ont subi en même temps des altérations plus profondes y compris le défaut de colorabilité du noyau. Ces modifications comparables à celles que présentent les cellules du corps muqueux de Malpighi, pour se transformer en cellules épidermiques, montrent que l’évolution de la cellule est terminée, qu’elle est hors d’usage.
Il est non moins utile de connaître les modifications que présentent à l’état physiologique et à l’état pathologique les cellules de la partie profonde des glandes en tube, des glandes en grappe, des glandes construites sur un plan plus compliqué, comme le pancréas, le foie, le rein. Ces notions sont indispensables à qui veut suivre le développement des tumeurs, car chaque variété d’épithélium peut être le point d’origine d’un épithéliome à physionomie particulière. Or, dans la grande majorité des cas, les cellules de ces épithéliomes rappellent par quelques-uns de leurs traits morphologiques ou par la manière dont elles se groupent, les propriétés correspondantes des cellules originelles.
Les tumeurs formées par les épithéliums peuvent se reconnaître à cette particularité qu’à l’exemple des mêmes parties, considérées à l’état physiologique, elles sont complètement dépourvues de vaisseaux.
En outre, les masses épithéliales ne présentent jamais la forme d’organes définis, tels que les glandes ou les papilles ; elles ne contiennent une certaine quantité de tissu conjonctif que dans des circonstances très bien déterminées actuellement. Par suite on- ne doit pas ranger dans le genre épithéliome toute une série de tumeurs correspondant à des agencements plus compliqués, tels que :
1° Les papillomes; 2° les adénomes; 3° les kystes, où le développement des épithéliums marche de pair avec celui des axes conjonctifs sous-jacents. La description de ces dernières tumeurs trouvera sa place naturelle dans un autre chapitre.
Épithéliomes.
Définition et classification des épithéliomes. — Les épithé- • liomes sont aussi désignés sous les noms de cancroïdes , de cancers épithéliaux et même de carcinomes épithéliaux , par les auteurs allemands; ce dernier mot établit, du reste, une confusion regrettable. Les polyadénomes et les tumeurs hétéradéniques de plusieurs auteurs français ne sont autre chose que certaines variétés d’épithéliomes.
ÉPITHÉLIOMES
Tantôt les cellules de l’épithéliome sont disposées en couches stratifiées, comme cela a lieu dans la muqueuse buccale et la peau; tantôt elles sont cylindriques, généralement elles ne forment alors qu’une seule couche ; tantôt elles rappellent plus exactement la disposition des acinis ou des trabécules des glandes les plus différenciées. Dans le premier cas, on a affaire à Yépithéliome pavimenteux, dans le second, à Yépithéliome à cellules cylindriques ,’ dans le troisième, à la nombreuse série des épithéliomes glandulaires.
A. — L’épithéliome pavimenteux présente lui-même à considérer plusieurs espèces :
1° Les masses épithéliales forment des lobules irréguliers dans lesquels, de la périphérie au. centre, on reconnaît dans les couches stratifiées de l’épithélium une évolution semblable à celle de l’épithélium cutané, c’est-à-dire que les cellules, cylindriques et petites au bord des lobules, deviennent pavimenteuses, puis cornées ou colloïdes, à mesure qu’elles s’avancent vers le centre : c’est Y épithéliome lobulé.
2° L’évolution épidermique ne se reconnaît plus nettement, et toutes les cellules du lobule sont devenues cornées : tel est Yépithéliome perlé.
3° Le tissu fibreux qui forme le stroma de la tumeur est sillonné par des cavités en forme de tubes remplies de cellules pavimenteuses ne montrant pas d’évolution épidermiqué : c’est Yépithéliome tubulé.
B. — L’épithéliome à cellules cylindriques ne présente qu’une seule espèce.
C. — Les épithéliomes glandulaires comprennent un très grand nombre d’espèces, puisque la physionomie des tumeurs varie avec chaque organe. C’est ce qui ressortira de l’étude particulière des épithéliomes du pancréas, du foie, de la parotide, du rein. Dans l’exposé général que nous en présentons actuellement, la dénomination un peu vague d’épithéliomes glandulaires suffit néanmoins à les différencier des épithéliomes de revêtement, qu’ils soient pavimenteux ou plus simplement cylindriques. Cette dénomination rappelle que les épithéliomes considérés proviennent des culs-de-sac ou des trabécules glandulaires, de même que l’expression d’épithéliome pavimenteux et d’épithéliome cylindrique indique le point de départ de la tumeur .au niveau de la peau, des dermo-muqueuses ou des tubes glandulaires tapissés par une seule rangée de cellules.
DES TUMEURS
A. ÉPITHELIOMES PAVIMENTEUX
1° Épithéliome pavimenteux lobule.
Cet’te espèce a servi de type à la description classique des cancroïdes. On l’observe ordinairement sur la peau et sur les muqueuses à épithélium pavimenteux. Elle offre à l’œil nu un aspect granulé. Sa surface de section présente un tissu gris ou rosé, sur lequel tranchent des points opaques ou translucides et des tractus fibreux. La tumeur est de consistance très inégale, très friable dans certains points, plus f dense dans d’autres. En général, elle se laisse fragmenter assez faci- \ lement, ce qui lui a fait donner par Gruveilhier le nom de cancer fragile.
En raclant une surface de section de ces épithéliomes avec le tranchant d’un scalpel, on obtient des grumeaux opaques qui ne se mélangent pas à l’eau, tandis que le suc des épithéliomes mous est miscible à l’eau qu’il trouble uniformément. Dans les parties obtenues par le raclage, on trouve des cellules de forme variée, les unes ressemblant aux lamelles épithéliales de la bouche, les autres présentant un ou plusieurs prolongements; elles paraissent fusiformes quand on les voit de profil, plates lorsqu’elles se montrent de face, irrégulièrement cintrées, en forme de coupoles plus ou moins compliquées. Il existe parfois des cellules sphériques distendues par une vésicule colloïde qui se contracte par l’addition d’acide acétique (Fôrster). Rarement on isole par le raclage des cellules dentelées comme celles du corps muqueux, ce qui s’explique facilement par l’adhérence même de ces cellules les unes aux autres.
Très souvent on trouve, dans les grumeaux obtenus par ce procédé, des amas composés de cellules épidermiques disposées en. couches concentriques comme les feuilles d’un oignon (c, b, fig. 205); ce sont des globes épidermiques. Le centre de ces globes présente quelquefois des cellules colloïdes. Il peut y avoir aussi des cellules contenant un nombre plus ou moins considérable de noyaux et révélant par ce fait une grande activité formatrice.
ÉPITHÉLIOMES PAYIMEN'TEÜX
Le raclage ou la simple dissociation avec des aiguilles permettent de reconnaître sans aucune difficulté la nature épithéliale des tumeurs développées au niveau de la peau et des dermo-muqueuses. L’addition de quelques gouttes de picro-carminate d’ammoniaque produit une coloration jaune intense de la partie centrale des globes épider-
Fig. 205. — Éléments d’un épithéliome pavimenteux lobulé de la lèvre : a, cellules isolées montrant une multiplication de leurs noyaux ; b, bourgeon épithélial avec des globes épidermiques ; c, globe épidermique écrasé. — Grossissement de 400 diamètres.
miques, dont les cellules, ayant terminé leur évolution, ne contiennent plus de noyau colorable et présentent la réfringence des tissus cornés. Aucune autre production pathologique ne peut offrir un pareil aspect.
Il faut, pour avoir des renseignements plus précis, étudier le tissu sur des coupes pratiquées dans la tumeur suivant différentes direc-
DES TUMEURS
tions. Si la coupe est faite perpendiculairement à la surface de la tumeur, on voit des lobes formés d’épithélium et réunis les uns aux autres par des traînées épithéliales. Sur des sections parallèles à la surface de la tumeur, on ne voit guère que des coupes de lobules isolés.
Les lobules sont formés par un épithélium semblable à celui de l’épiderme (fig. 206). A leur périphérie, les cellules sont cylindriques et implantées perpendiculairement à la direction des fibres qui les entourent; à mesure que de la périphérie on s’avance vers le centre du lobule, on observe une évolution épidermique semblable à celle du revêtement épithélial de la peau, c’est-à-dire que l’on rencontre tout d’abord une série de couches de cellules polyédriques dentelées, dont les filaments d’union sont beaucoup plus développés qu’à l’état normal; puis des cellules plates, cornées, se transformant d’une façon insensible jusqu’au centre du globe.
Il n’est pas exceptionnel d’observer entre les assises des cellules polygonales et les cellules du centre de la tumeur une ou plusieurs rangées de cellules volumineuses chargées de grains d’éléidine. Ces grains, bien que beaucoup moins abondants, se retrouvent quelquefois jusqu’au centre de la figure.
Lorsque les parties sont ainsi disposées, il existe la plus grande ressemblance entre l’évolution épidermique des globes dans les épithéliomes et celle des différentes couches de la peau considérées à l’état normal.
Il est nécessaire de décrire avec la plus grande minutie l’évolution des cellules dans les épithéliomas d’origine ectodermique et de montrer qu’elles conservent dans la série de leurs transformations, alors même qu’elles sont notablement modifiées, certains caractères qui permettent de les rattacher aux cellules malpighiennes. On y retrouve, en particulier, l’appareil filamenteux que les recherches de Ranvier ont mis en évidence.
Fig. 206. — Coupe d’un lobule d’épitbéliome pavimenteux lobulé. — Grossissement de 250 diamètres.
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Pour obtenir les meilleurs résultats, il est utile d’employer une technique particulière, dont nous pratiquons l’usage depuis plusieurs années. Elle consiste à prélever de très petites parties de la tumeur et à les fixer directement dans une solution d’acide osmiqueà 1 pour 100. On peut aussi faire agir préalablement sur les parties à examiner une solution de formol à 2 ou 3 pour 100, la liqueur de Müller ou le
Fig. 207. — Épithéliome pavimenteux tubùlé et lobule de la langue (Brault). Fixation par l’acide osmique : t.e, t.e, travées épithéliales largement anastomosées, dont quelques-unes présentent des agencements cellulaires semblables aux globes épidermiques. Au niveau de ces globes, et même dans les simples travées épithéliales, on rencontre de nombreuses cellules à protoplasma filamenteux, ainsi en c et en f. La tumeur déjà ancienne est disposée dans un tissu conjonctif épaissi, T, où l’on distingue des cellules graisseuses, g. — Grossissement de 85 diamètres.
bichromate d’ammoniaque à 3 ou 4 pour 100. Après vingt-quatre heures ou quarante-huit heures au maximum, l’action du formol est obtenue; les fragments sont ensuite plongés dans une solution d’acide osmique à 1 pour 100, puis durcis suivant l’habitude. Si l’on emploie les bichromates, il faut attendre au moins huit à dix jours; on laisse dégorger les fragments dans l’eau pendant quelques heures, puis on les fait passer pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures dans une
CORNIL ET RANVIER. — ï. 20
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solution d’acide osmique à 1 pour 100. Nouveau lavage, suivi du durcissement par l’alcool. Les coupes sont montées directement dans la glycérine ou dans l’essence de girofle et le baume. Grâce à la teinte gris foncé qu’elles présentent, elles peuvent être, sans autre coloration, l’objet d’une étude poursuivie. Toutefois, les préparations les obtenues lorsqu’on fait agir sur les coupes
Fig. 208. — Épithéliome pavimenteux tubulé et lobulé de la langue (Brault;. Fixation par l’acide osmique (détail de la figure 207, représentant un fragment de travée épithéliale).
Les cellules de la périphérie sont implantées sur le tissu conjonctif, t, t, comme les cellules profondes du corps muqueux de Malpighi. Sur la partie superficielle du derme, c’est une disposition Constante dans les épithéliomes de ce genre.
a, a, a, cellules centrales présentant de nombreux filaments, f, f, f, allant d’une cellule à l’autre et condensés en forme de bague autour du noyau, n. Cette travée ne présente pas l’évolution épidermique complète. Les cellules du centre ont déjà subi cependant des modifications notables. — Ocul. 2, obj. 8 sec Vérick.
une solution d’bématoxyline capable de colorer les noyaux sans diffuser (hématoxyline à l’alcool méthylique de Delafield ou de Guignard, hématéine, etc.). L’avantage de cette méthode, est de rendre plus nets les différents détails de la cellule et de donner plus de relief aux filaments protoplasmiques.
Les préparations sont montées dans le baume d’une façon persistante.
ÉPITHÉLIOMES PAVIMENTEUX
La figure 207 reproduit très exactement l’apparence d’un épithélioma de la langue, vu à un faible grossissement. On y voit les tubes épithéliaux anastomosés, constitués par des cellules intimement adhérentes les unes aux autres, offrant, dans certains points,
les enroulements qui sont caractéristiques de l’évolution épidermique. Entre les éléments de ces tumeurs, il n’existe pas de vides ; les tubes cellulaires sont pleins ; c’est qu’en effet toutes les cellules ont entre elles une adhérence intime, en rapport avec leurs nombreux filaments d’union.
Si l’on examine plus attentivement les travées qui avoisinent le centre des masses épithéliales, on voit que tous les éléments présentent un noyau très net, entouré d’une sorte de coque d’où rayonnent, du centre à la périphérie, des filaments protoplasmiques (f,f, fig.208et209). L’apparence radiée est souvent plus prononcée à la périphérie qu’au centre, surtout lorsque les cellules affectent la forme ovoïde ou régulièrement arrondie (c, c, fig.
209). Cependant, même dans ce cas, on peut suivre les fibrilles jusqu’au voisinage du noyau, où elles se condensent en formant une coque périnucléaire. Lorsque la coque acquiert une certaine épaisseur, elle peut être prise,
FlG. 209. — Épithéliome pavimenteux tubulé et lôbulé de la langue (Brault). Fixation par l’acide osmique (détail de la figure 207, modification des cellules au -voisinage d’un globe épidermique).
c, e, deux cellules dont la supérieure ovoïde, présente un anneau filamenteux autour du noyau n et des fibrilles assez régulièrement radiées f du centre à la périphérie. Le noyau de la cellule inférieure est entouré d’une coque irrégulière où les filaments se distinguent très nettement. La cuticule externe présente un double contour sur lequel viennent s’insérer les filaments. Des filaments anastomotiques f réunissent le noyau de cette cellule à celui d’une située plus bas. On voit sur la partie droite et inférieure de la figure tout un groupe de cellules dont l’appareil filamenteux est très développé, n' noyau trilobé. — Ocul. 2, obj. 8 sec Vérick.
avec le noyau qu’elle entoure, pour un corps cellulaire distinct, et donner l’illusion d’une cellule incluse dans une cellule de plus grande dimension. L’erreur est facilement évitée si l’on cherche à la périphérie les filaments radiés dont nous venons de signaler l’existence et dont on retrouve l’insertion sur la cuticule externe. Les figures ne reproduisent que les formes les plus simples de ces transformations
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cellulaires. On rencontre, en effet, quelquefois, en dedans de la coque trois ou quatre noyaux; les noyaux peuvent être de dimensions énormes, et l’espace compris entre la coque nucléaire et la cuticule externe beaucoup plus considérable qu’il n’est représenté dans les cellules c, c, de la figure 209. Le corps cellulaire est alors transparent et les filaments assez pâles. Sur les épithéliomas de la lèvre inférieure, du nez, de la joue, tous ces détails sont encore plus apparents que sur les tumeurs développées au niveau des muqueuses (langue, œsophage).
Lorsque les cellules ne sont pas régulièrement arrondies, l’appareil filamenteux devient encore plus apparent. La coque périnucléaire, comparable à un petit anneau ou à une petite bague, se montre plus épaisse en même temps que plus irrégulière. On voit les filaments se détacher de ce centre dans plusieurs directions et affecter les enroulements les plus variés. Le plus habituellement, ils parcourent un grand trajet et vont s’anastomoser avec les filaments de cellules voisines. Dans certaines tumeurs, les filaments, beaucoup plus développés à un des pôles de la cellule, se terminent brusquement en pointe à l’extrémité opposée; aussi les cellules, dans leur ensemble, prennent-elles la configuration d’une raquette ou d’un petit champignon avec son pédicule surmonté d’une partie élargie. Si les filaments protoplasmiques sont serrés les uns contre les autres, la coque périnucléaire semble constituée par une substance homogène. La disposition filamenteuse ne disparaît en réalité complètement que dans la partie centrale des globes épidermiques, lorsque les cellules ont subi la transformation cornée dans toute leur épaisseur. Sur les pièces fixées par l’alcool, a plupart de ees particularités morphologiques sont à peine appréciables, parce que ce réactif coagule et condense trop vivement le protoplasma cellulaire et les filaments qui en dépendent. Au centre des globes épidermiques, les lames cornées s’imbriquent, se recouvrent les unes les autres, et donnent souvent lieu aussi à de fausses apparences de cellules incluses, comme on peut le démontrer, non sur des coupes, mais sur des dissociations faites après l’action de l’alcool au tiers.
D’ailleurs, n’eût-on pas à sa disposition la technique que nous venons d’indiquer, pour fixer certains détails de la structure des cellules malpighiennes, il serait toujours facile, avec les réactifs micro-chimiques actuellement en usage, de différencier les cellules épithéliales des véritables coccidies. Il suffira de rappeler que le picro-carminate d’ammoniaque colore les cellules en jaune d’autant
ÉPITHÉLIOMES PAVIMENTEUX
plus vif que le protoplasma est plus dense et l’appareil filamenteux plus serré. A mesure que l’on se rapproche du centre des globes épidermiques, où la forme des cellules se modifie plus encore, la coloration de toute la masse est d’un jaune éclatant. L’éosine donne aux mêmes parties une coloration rose orangé, bien différente de la teinte rose que prennent les cellules épithéliales non modifiées ; la thionine colore les parties centrales en vert, alors que les autres cellules conservent une teinte bleue pouvant aller jusqu’au violet. Enfin, l’acide osmique communique à ces éléments une teinte qui varie du gris au noir, en allant de la périphérie des blocs épithéliaux vers leur centre. Aucune de ces réactions, prises comme exemples, ne se retrouve avec ces caractères particuliers sur les coccidies, comme on peut le vérifier en étudiant la psorospermose du foie chez le lapin. On sait avec quelle difficulté la membrane des coccidies se laisse pénétrer par les substances colorantes, même après un séjour prolongé dans les réactifs. La coloration des épithéliomas d’origine ectodermique, au moyen du picro-carminate, de l’éosine, de la thionine, se fait, au contraire, avec la plus grande rapidité ; la différenciation des matières colorantes sur la partie périphérique et la portion centrale des tubes épithéliaux est, pour ainsi dire, instantanée.
Les réactions micro-chimiques obtenues sur les épithéliomas que nous envisageons sont identiques à celles que les mêmes substances colorantes déterminent à l’état normal sur les cellules du corps muqueux de Malpighi et aux différents étages de l’épiderme.
Toutes ces considérations amènent à penser que le groupement cellulaire, connu depuis bien des années déjà sous le nom de globe épidermique , correspond à une évolution histologique particulière des cellules du système malpighien, se faisant suivant un ordre assez bien déterminé.
Lorsque l’évolution du globe épidermique est complète, on trouve, de la périphérie au centre, la série des couches normales de la peau, y compris le stratum granulosum et le stratum lucidum. Si l’évolution épidermique est incomplète ou se fait plus rapidement, le stratum granulosum est à peine indiqué sur les coupes ; c’est peut-être la variété la plus fréquente. Les mêmes modifications s’observent dans les ganglions infectés.
Par suite, l’origine ectodermique des épithéliomas développés à la surface de la peau et des muqueuses, en continuité avec elle, est toujours facile à retrouver. Mais l’évolution épidermique qui la caractérise doit être envisagée dans son ensemble ; il convient de ne pas
DES TUMEURS
accorder trop d’importance aux quelques anomalies qu’elle présente quelquefois. A cet égard, les différentes méthodes histologiques, dont l’usage est le plus fréquent, suffisent à montrer que tous les éléments qui entrent dans la composition de ces épithéliomas sont des cellules épithéliales plus ou moins modifiées.
Stroma. — Les globes épidermiques sont plongés dans un tissu conjonctif dont l’aspect varie beaucoup. Il est ordinairement assez épais parce que les épithéliomas de cette espèce se développent presque toujours avec lenteur. Les artères sont en partie oblitérées par irritation de voisinage, les veines résistent plus longtemps, les nerfs peuvent être intacts, mais ils sont souvent sclérosés ou détruits. Les vaisseaux ne pénètrent jamais les masses épithéliales.
Le stroma peut être, au contraire, beaucoup plus délié et formé de fibrilles du tissu conjonctif ordinaire ou contenir parfois, en assez grande proportion, des cellules de tissu muqueux.
Enfin, le tissu dans lequel se développe l’épithélioma lobulé peut être très vasculaire et infiltré d’un nombre considérable de cellules lymphatiques, disposition assez fréquente, on le conçoit, dans des tumeurs exposées, par leur situation même, à des causes continuelles d’irritation.
Le stroma est plus ou moins dense, et l’on observe parfois, dans une même tumeur, tous les intermédiaires entre le tissu d’inflammation récente et le tissu fibreux. Dans les épithéliomes en voie de destruction rapide, le tissu inflammatoire peut végéter à la surface libre de la tumeur sous forme de villosités. On dit alors que l’épithéliome est villeux.
Les variations de l’épithéliome, en rapport avec les modifications nutritives des cellules épithéliales, permettent d’établir les deux variétés colloïde et cornée.
Dans la variété colloïde, les études épithéliales subissent une modification analogue à celle qu’on observe dans l’épiderme, lorsque les cellules épidermiques, au lieu de se dessécher, deviennent col- . loïdes sous l’influence de l’irritation. Au début de l’altération, les cellules dentelées, auxquelles il est fait un apport plus considérable de sues nutritifs, présentent un état vésiculeux de leur nucléole. Le noyau est lui-même ensuite distendu par le nucléole transformé en une vésicule (fig. 210). Cette modification s’observe dans les cellules de l’épithéliome lobulé, aussi bien que dans les couches épidermiques
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de la peau. Bientôt les cellules deviennent elles-mêmes vésiculeuses et se remplissent de matière colloïde. Elles peuvent alors s’ouvrir les unes dans les autres et former un système aréolaire, dont les travées sont formées de cellules épidermiques aplaties. Ces lésions élémentaires qu’on observe dans les vésicules et les pustules de la peau se montrent donc aussi parfois dans les épithéliomes. Mais, dans ces tumeurs, la modification la plus commune consiste dans la production d’une gouttelette colloïde. Celle-ci peut se développer dan-s le noyau et le remplacer, ou se montrer autour du noyau qui en occupe le centre. Souvent elle se développe dans le protoplasma de la cellule, et elle en rejette le noyau à la périphérie.
Les deux transformations colloïde et cornée des cellules de l’épithéliome peuvent se montrer quelquefois réunies dans une même tumeur, mais le plus souvent elles existent complètement isolées. Les épithéliomes sont alors franchement colloïdes ou cornés.
Les épithéliomes lobulés sont sujets à l’ulcération. Cette ulcération est causée par la désagrégation des cellules épithéliales et entretenue par les pro-
Fig. 210. — Cellules dentelées de l’épi— • derme dont les noyaux sont devenus vésiculeux par la dilatation du nucléole : 1, noyau et nucléole normaux ; 2, nucléole dilaté; 3 et 4, la môme altération à un degré plus avancé.
cessus infectieux qui se développent à la surface de la peau dénudée. Dans le premier cas, les cellules constituant les lobules se détachent les unes des autres par le ramollissement de leur substance unissante; elles forment une bouillie que l’on peut faire sourdre de la masse
morbide en la pressant latéralement. En même temps le tissu conjonctif qui sépare les îlots d’épithélium est le siège d’une néoformation cellulaire abondante dans laquelle la diapédèse des globules blancs joue probablement un rôle important.
Cette néoformation est accompagnée, à la surface des épithéliomes, d une végétation du tissu conjonctif qui peut devenir assez intense pour donner naissance à des bourgeons charnus. Ces bourgeons se recouvrent habituellement d’une couche d’épithélium pavimenteux, et la surface de la masse morbide devient papillaire.
Une gangrène partielle ou totale de la tumeur se produit lorsqu une fermentation putride s’infiltre jusque dans les couches profondes, préparant la désintégration et la déliquescence des travées épithéliales avanL leur élimination définitive.
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On sait quelle odeur infecte se dégage des épithéliomas développés au voisinage des cavités naturelles, surtout quand ils sont ulcérés Leur surface est recouverte d’une sanie purulente, grisâtre on noirâtre, d’aspect gangreneux, que les topiques ne peuvent complètement modifier.
C’est aux processus infectieux secondaires que l’on doit attribuer la plus grande part dans la destruction rapide des parties molles et dans la formation de ces clapiers qui font communiquer les cavités nasales et maxillaires avec la bouche ; la vessie avec le vagin et le rectum.
Lorsque l’évolution des épithéliomes est moins rapide, le degré de réaction inflammatoire qu’ils provoquent est toujours beaucoup plus mesuré. Alors les parties sous-jacentes à l’épithéliomevne se laissent pas détruire, elles s’indurent. La tumeur repose ainsi sur un derme ou un chorion muqueux très épaissi, dans lequel on rencontre les traces d’une inflammation ancienne atteignant presque toujours les vaisseaux (oblitération parfois totale des artérioles et des veinules, transformation fibreuse des troncs nerveux). L’endartère seule présente une hyperplasie manifeste ; l’adventice est à peine modifiée. Ces modifications sont, à n’en pas douter, consécutives à l’irritation produite par la présence de l’épitbéliome, de même que l’induration lamellaire du tissu conjonctif et l’énorme hyperproduction du tissu élastique.
Développement de l’épithéliome lobulé. — Le développement des épithéliomes lobulés s’effectue aux dépens du revêtement épithélial pavimenteux de la peau et des muqueuses. Au moment où débutent ces tumeurs, on voit les parties saillantes et interpapillaires du corps muqueux de Malpighi pousser des prolongements dans l’intérieur du derme, détruisant ainsi la membrane basale d’insertion et supprimant, dès leur origine, les rapports que présentent, à l’état normal, les papilles avec l’épithélium qu’elles supportent. C’est là un point SL fondamental dans l’évolution des épithéliomes, car il permet d’affirmer que l’on assiste aux premières phases du développement des tumeurs envahissantes. Quelle que soit la complexité d’un papillome, jamais au contraire on ne peut constater la prédominance de prolifération du revêtement épithélial sur le tissu connectif, ce qui revient à dire que les axes conjonctivo-vasculaires ne se laissent jamais pénétrer par l’épithélium. Il est manifeste que les axes vasculaires des papil"
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lomes, ainsi disposés, constituent les assises sur lesquelles les épithéliums sont très régulièrement étagés.
Ainsi, le mouvement de pénétration des épithéliums en profondeur / peut être saisi prématurément sur les tumeurs à peine visibles que l’on / opère, si l’on a des raisons de les croire de mauvaise nature. Ultérieurement, dans la masse même des bourgeons épithéliaux, on voit s’édifier des globes épidermiques; ceux-ci peuvent se développer aussi sur les bords des travées épithéliales. Enfin, lorsque la tumeur atteint son entière indépendance, les globes épidermiques apparaissent com- X plètement isolés en plein derme.
Sur des préparations examinées avec de faibles grossissements, on voit, en effet, à la partie supérieure, le revêtement épidermique donner • lieu par quelques-uns de ces prolongements à des travées épithéliales où les blocs épidermiques commencent à s’individualiser, puis dans les parties profondes la tumeur est uniquement constituée de globes dont les dimensions sont à peu près les mêmes pour une même tumeur et qui sont parfois rangés les uns à côté des autres avec une régularité parfaite.
Indiquer les variations multiples que présentent les globes épidermiques dans leurs dimensions et leurs métamorphoses serait impossible; il est indispensable, pour s’en rendre compte, d’examiner un grand nombre de tumeurs. Il en est qui contiennent des globes nains presque atrophiés, d’autres, des globes considérables où les cellules atteignent des dimensions énormes. Les rangées voisines du centre contiennent toujours une assez forte proportion d’éléidine.
La présence des cellules lymphatiques au voisinage des travées epithéliales de nouvelle formation est inconstante. Ces cellules peuvent manquer, surtout dans les parties profondes. On les rencontre presque toujours dans les parties superficielles de la tumeur, constamment lorsque celle-ci est ulcérée, disposition provoquée par une infection
accidentelle.
jB A
Fig. 211. — Prolifération des cellules épithéliales des glandes sébacées dans un cas d’épithéliome:
A, cellules épithéliales en voie d’accroissement ;
B, cellules sébacées remplies de graisse; G, tissu conjonctif voisin. — Grossissement de 150 diamètres.
DES TUMEURS
Les masses épithéliales peuvent naître aux dépens des follicules pileux. Les cellules épithéliales de la gaine externe se multiplient le poil lui-même ne tarde pas à tomber, la membrane limitante du follicule disparaît, le tissu dermo-papillaire voisin se laisse pénétrer par des bourgeons épithéliaux, et le reste du processus se passe comme dans le cas précédent.
Dans les glandes sébacées qui ne possèdent à l’état normal qu’une ou deux rangées périphériques de cellules pavimenteuses, le centre
des culs-de-sac étant rempli de
É cellules graisseuses, on voit,
c0r JSBSlk* « au début de l’épithéliome, les
, cellules pavimenteuses de la
nombre et repousser au centre jfbrif les cedldes graisseuses qui ne Ardent pas à être rejetéesb (fig- 211). La membrane limi-
f) J cette façon» les glandes se
’ ! ■' ' transforment en lobules d’épi-
théliome.
FiG. 212. — Prolifération des cellules des glandes D’après fin mil et Ranvier, sudoripares dans l’épithéliome lobulé : a, b, canaux
excréteurs sudoripares coupés en travers ; c, d, tubes des phénomènes analogues Sè sécréteurs remplis de cellules épithéliales. — . . . , , „ A . . j . „
Grossissement de 150 diamètres. produiraient du CÔté des
glandes sudoripares. Ces glandes, enroulées à leur extrémité profonde en forme de glomérule, possèdent à l’intérieur de leur membrane limitante une seule couche de cellules pavimenteuses. Au moment où se développe l’épithéliome, on observe une accumulation de cellules épithéliales dans leur intérieur, au point que leur lumière centrale en est rapidement comblée (fig. 212). L’épithélium néoformé remplit ainsi tout le tube sudoripare primitivement creux. De ces cylindres pleins se détachent bientôt des bourgeons latéraux qui s’insinuent entre les faisceau^ fibreux qui les entourent en restant anastomosés les uns avec les autres. Ils sont tous formés par des cellules pavimenteuses de petites dimensions. C’est par les métamorphoses ultérieures de ces cylindres épithéliaux que vont se produire les îlots de l’épithéliome lobulé. En effet, un certain nombre d’entre eux s’élargissent, les cellules de la périphérie restant petites et implantées sur la paroi ; mais, à mesure que ces cellules se rapprochent du centre du tube élargi, elles de-
’iG. 212. — Prolifération des cellules des glandes sudoripares dans l’épithéliome lobulé : a, b, canaux excréteurs sudoripares coupés en travers ; c, d, tubes sécréteurs remplis de cellules épithéliales. — Grossissement de 150 diamètres.
ÉPITHÉLIOMES PAVIMENTEÜX
viennent plus grosses, et finalement elles éprouvent la transformation cornée ou muqueuse en donnant naissance à des globes. Sur une même tumeur, on peut suivre toutes les phases de cette évolution. Les lobules, enfin, s’isolent comme dans les exemples précédents.
Quelle que soit la manière dont il a débuté, l’épithéliome lobulé continue à s’accroître aux dépens de sa propre masse, les lobules
devenant plus volumineux, ou bien il se forme dans son voisinage de nouveaux îlots d’épithé-
liome semblables à ceux de la tumeur primitive.
Cèux-ci résultent du cheminement de cellules dans les interstices du tissu conjonctif. On peut les observer à toute distance de la tumeur primitive, car aucune disposition anatomique ne peut déterminerd’ avance l’endroit précis où une greffe se produira.
Si, dans le voisinage immédiat d’un épithéliome, il existe des muscles striés, comme cela a lieu dans l’épaisseur des lèvres ou de la
Fig. 213. — Coupe d’un lobule d’épithéliome siégeant au milieu d’un os. Une partie des cellules d’épithélium du lobule est tombée par le fait de la préparation en laissant un espace vide, B. Une autre partie, A, est restée en place ; C, lamelles osseuses. — Grossissement de 20 diamètres.
langue, les fibres musculaires présentent assez souvent des modifications analogues à celles qu’y détermine une inflammation simple. Au lieu d’être en contact les unes avec les autres, elles sont séparées par du tissu conjonctif riche en cellules lymphatiques. Les noyaux du sarcolemme grossissent et se multiplient.
En observant ainsi, sous le sarcolemme, de gros noyaux avec des nucléoles volumineux et brillants, quelques auteurs ont pensé qu’il s’agissait d’une infiltration des muscles par les noyaux mêmes des cellules épithéliales. Mais cette opinion, fondée sur la forme de ces noyaux et de leurs nucléoles regardés à tort comme caractéristiques des tumeurs épithéliales, doit être rejetée.
DES TUMEURS
Les faisceaux musculaires, morcelés par l’inflammation ou comprimés par les lobules d’épithéliome qui se développent à leur voisinage, s’atrophient tout en conservant leur forme cylindrique ou bien en subissant des étranglements qui les rendent moniliformes, comme on
l’observe, du reste, dans d’autres tumeurs des muscles (voir fig. 164). Les faisceaux musculaires compris dans la masse morbide présentent, outre l’atrophie simple, l’infiltration graisseuse ou la dégénérescence vitreuse. L’épithéliome grandit en se substituant à la masse même des muscles et s’étend parfois très loin en les disséquant.
Il arrive souvent que les épithéliomes, dans leur accroissement, atteignent des pièces osseuses situées à quelque distance, telles que les mâchoires, les os du nez, le frontal, le sternum, etc. (fig. 213). Au voisinage du néoplasme, le tissu osseux, souvent inerte, montre quelque-
en A dans la figure précédente ; 0, tissu composé de . . . ,
moelle fibreuse; M, lamelles osseuses coupées irrégu- lois des lésions analOlièrement ; N, corpuscules osseux. gueS à ceUeg que pin
flammation y détermine. Il se produit une vive irritation de la moelle, les lamelles osseuses sont détruites; les cavités médullaires s’élargissent, les bourgeons épithéliaux de la tumeur s’accroissent au sein d’un tissu riche en cellules lymphatiques. Il en résulte qu’un lobule d’épithéliome siégeant au milieu d’une cavité médullaire agrandie est entouré de moelle enflammée, en contact elle-même avec des lamelles osseuses coupées irrégulièrement (voir fig. 213 et 214).
ÉPITHÉLIOMES PAV1ME3STEUX
L’épithéliome se généralise parfois sous forme de nodules qui prennent naissance loin de la tumeur primitive, soit dans les ganglions de l’angle de la mâchoire, comme cela s’observe dans le cancroïde des lèvres, soit dans les organes profonds, le poumon, le foie, les reins et même le cœur, etc. Il faut ajouter, du reste, que les productions secondaires sont toujours facilement diagnostiquées. Leur développement histologique ne diffère pas de celui qui a été indiqué dans les pages précédentes.
On observe en effet dans le cœur et le foie les mêmes globes avec cellules polyédriques engrenées et cellules en transformation épidermique. Dans ces régions éloignées, les cellules originelles ne semblent pas avoir souffert de leur transport et conservent les mêmes propriétés. Cette règle ne souffre d’exception pour aucun organe. Nous avons observé un épithéliome à globes épidermiques qui avait envahi les parois de l’utérus jusqu’à sa partie supérieure, en donnant à l’organe une hypertrophie si régulière en apparence qu’on aurait pu croire à l’existence d’un cancer du corps.
Des globes épidermiques de toute dimension composaient uniquement cette tumeur.
Dans presque toute la hauteur de l’utérus les globes épidermiques, séparés par de minces faisceaux de fibres musculaires, s’étaient ainsi peu à peu substitués à la paroi qui, sauf son épaisseur, avait conservé sa forme.
Si les épithéliomes à globes épidermiques ne se généralisent pas fréquemment, ils n’en donnent pas moins lieu à des complications graves, entraînant presque toujours la mort. 11 en est surtout ainsi pour tous les épithéliomes développés au niveau des orifices naturels ou le long des conduits en communication avec l’extérieur, tels que l’œsophage et le larynx.
La gravité de l’épithéliome lobulé est très différente suivant la structure même de la tumeur et suivant son siège. Les plus graves sont ceux dont la consistance est molle, le reflet transparent et dans lesquels l’examen histologique dénote la présence de nombreuses figures karyokinétiques.
Les parties du corps où le développement de l’épithéliome est le plus rapide sont celles qui contiennent de nombreux vaisseaux lymphatiques, où la circulation sanguine est la plus active et qui sont les plus soumises aux causes d’irritation. Par exemple, les orifices muqueux humides, assujettis à des mouvements ou à des contu-
DES TUMEURS
sions, les lèvres, la langue, les paupières, le col de l’utérus, etc., montrent des épithéliomes dont la marche peut être aussi rapide et aussi promptement funeste que celle des carcinomes les plus malins. Cependant, leur structure est identique à celle d’épithéliomes de la peau du nez et de la joue qui restent pendant dix, quinze et vingt ans sans amener d’accidents graves et peuvent conserver un très petit volume.
Les épithéliomes à marche lente s’étendent au contraire en surface, ils montrent parfois une cicatrice à leur centre, pendant que la tumeur s’accroît à la périphérie. Ils peuvent, du reste, après avoir été longtemps stationnaires, envahir les régions profondes et prendre tout d’un coup une marche des plus rapides. Ce fait montre que la malignité d’une tumeur dépend moins de son type histologique que de certaines circonstances toutes fortuites dont nous ne pouvons encore aujourd’hui soupçonner la nature.
2° Épithéliome pavimenteux perlé.
Les tumeurs de cette espèce ont été désignées sous le nom de cholestéatomes par J. Müller, qui confondait sous le même nom plusieurs tumeurs bien différentes. Elles correspondent à quelques-unes des tumeurs appelées tumeurs perlées par Cruveilhier.
Elles ont avec les épithéliomes lobulés une certaine analogie. Elles sont lobulées et souvent enkystées. Leur surface de section est sèche, opaque, blanchâtre, légèrement miroitante à la manière de la cholestérine. Mais c’est là une analogie grossière et fondée seulement sur l’aspect. On trouve en effet peu de cristaux de cholestérine dans ces tumeurs, pas plus qu’on n’en rencontre dans les points ramollis du cancroïde lobulé, et leur aspect miroitant est dû à des lamelles épidermiques desséchées.
Par le raclage, on obtient de petites perles visibles à l’œil nu, très régulièrement arrondies ou formées de plusieurs lobes réunis par des couches concentriques enveloppantes. A l’examen microscopique, ces petits grains ressemblent beaucoup aux globes de la toile choroïdienne et à ceux des sarcomes angiolithiques ; mais ils ne renferment pas de sels calcaires. Lorsqu’on les colore par le carmin, on voit apparaître dans leur couche extérieure des lamelles épidermiques soudées, montrant des noyaux atrophiés et colorés en rouge. A côté de ces perles épidermiques, on peut observer des cellules cornées isolées. Dans
ÉPITHÉLIOMES PAYIMENTEUX 479
quelques cas. on obtient aussi par le raclage des paillettes de cholestérine.
Sur des coupes minces pratiquées sur la tumeur fraîche ou conservée dans l’acide chromique faible au 2/1000% on obtient un tissu caractérisé par des lobules qui ressemblent à ceux de l’épithéliome lobulé. Mais, lorsqu’on examine attentivement ces lobules, on reconnaît que l’évolution épidermique y est stationnaire. Au lieu des couches de cellules cylindriques et polyédriques qui existent à la périphérie des lobules de l’épithéliome ordinaire, on ne rencontre qu’une seule couche de cellules aplaties dont les noyaux sont atrophiés. Les perles sont tantôt séparées complètement les unes des autres, tantôt réunies par des travées formées elles-mêmes de cellules épidermiques. Entre les lobules ainsi constitués il existe un tissu conjonctif dense, ne contenant pas de vaisseaux (Fôrster).
Ces tumeurs sont assez rares, puisque Corail et Ranvier n’en ont observé que trois cas et qu’il n’en a été signalé qu’un très petit nombre depuis.
Ces tumeurs, qui sont extrêmement bénignes, qui restent momifiées presque à l’état de corps étrangers, n’occasionnent pas d’accidents. Comme elles ont acquis tout leur développement et qu’elles sont depuis longtemps stationnaires au moment de leur ablation, leur développement histologique est impossible à suivre et n’a pas été décrit. Mais leur analogie de siège et de structure avec les épithéliomes lobulés permet de faire l’hypothèse d’un développement analogue. On ne connaît pas davantage la cause de leur bénignité et de leur momification. Cependant, comme il existe des variétés nombreuses d’épithéliomas à globes de petites dimensions, il est permis de consi-, dérer ceux-ci comme des tumeurs arrêtées dans leur développement.
3° Épithéliome pavimenteùx tubulé.
Les épilhéliomes tubulés ont reçu différents noms. Billroth a décrit sous le nom de cylindroma des tumeurs qui paraissent s’y rapporter. Robin a englobé sous le terme générique de tumeurs hétéradéniques les carcinomes, les épithéliomes lobulés et tubulés et plusieurs autres espèces dé tumeurs encore mal définies. Ce sont ces mêmes tumeurs que Broca a désignées sous le nom d q poly adénomes. Les épithéliomes nés aux dépens des glandes sudoripares, bien décrits par Yerneuil, rentrent en partie dans cette espèce.
DES TUMEURS
Fig. 215. — A, coupe d’un épithéliome tubulé. — a, .cylindres pleins formés d’épithélium pavimenteux ; 6, stroma creusé de tubes qui logent les cylindres précédents. — Grossissement de 20 diamètres.
B, cellules épithéliales de cette même tumeur isolées et montrant les dentelures par lesquelles elles sont unies. — Grossissement de 400 diamètres.
dépens des glandes sudoripares (voir fig. 212), lorsque les tubes se sont remplis de cellules pavimenteuses et se sont convertis en cylindres pleins, anastomosés les uns avec les autres, donne exactement la figure que présentent les épithéliomes tubulés à leur état de développement complet. Mais tous les épithéliomes tubulés ne sont pas des cancroïdes ayant débuté par les glandes. Ils peuvent aussi se montrer dans des organes qui n’ont pas de glandes, comme le col de l’utérus, de même que sur toute l’étendue du revêtement cutané et présenter la même disposition dans tous les organes où ils se propagent, y compris les ganglions lymphatiques.
Définition. — Les épithéliomes tubulés peuvent être définis comme des tumeurs composées de traînées ou cylindres pleins d’épithélium pavimenteux ne subissant pas d’évolution épidermique, anastomosés les uns avec les autres et logés au milieu d’un stroma qui est constitué lui-même par du tissu conjonctif jeune, du tissu muqueux ou du tissu fibreux.
Le premier stade de développement de l’épithéliome lobulé aux
ÉPITHÉLIO.MES PAVIMENTEUX
Description. — Ces tumeurs sont régulières, sphériques ou ovoïdes. Sur une surface de section, elles montrent un tissu grisâtre ressemblant à une glande ou à un sarcome, sauf que ce tissu ne contient pas de vaisseaux. Il est souvent impossible d’en faire le diagnostic à simple vue.
Elles ne donnent pas de suc à la pression. Lorsqu’on examine au microscope les parties que l’on en obtient par le raclage, on peut déjà acquérir quelques notions qui conduisent à la connaissance de leur structure. En effet, on trouve ainsi des segments cylindriques composés d’épithélium pavimenteux. Ces cylindres présentent quelquefois des embranchements ; leurs bords sont réguliers, habituellement parallèles, leurs extrémités sont limitées par une surface sinueuse, irrégulière, résultant d’une cassure. Les cellules qui les constituent sont petites, d’égale dimension, limitées, non par un bord net, mais par un bord dentelé, de telle sorte qu’avec un faible grossissement et un objectif imparfait on ne distingue pas bien leur limite, tandis que leurs noyaux bien apparents se montrent au milieu d’une substance granulée. C’est parce que ces cellules sont dentelées et intimement soudées qu’on ne peut les obtenir à l’état d’isolement sur la pièce fraîche. Ces cellules dentelées s’isolent facilement surles tumeurs enlevées déjà depuis vingt-quatre jusqu’à trente-six heures et
qui commencent à subir une désintégration qui contribue à dissocier la substance unissante (voir fig. 215, B). A côté de ces cellules on trouve, par le même procédé d’examen, des cellules fusiformes, des noyaux libres, des cellules ou même des lambeaux de tissu conjonctif.
Mais les divers éléments fournis par le raclage ne sont pas caractéristiques de cette espèce d’épithéliome, et de plus on peut, au début du carcinome dans une glande, rencontrer aussi, par le même procédé d’examen, des fragments d’épithélium, sous forme de cylindres pleins et provenant des conduits glandulaires de la région envahie.
Lorsque, après avoir fait durcir les pièces dans l’alcool ou dans
CORNIL ET RÀNYIER. — I. 3 J
Fig. 216. — Coupe à travers un épitliéliome tubulé. — A, cylindres épithéliaux coupés obliquement; B, stroma fibreux.
DES TUMEURS
l’acide chromique faible au '2/1000®, on y pratique des sections minces, on voit des cylindres composés d’épithélium pavimenteux, anastomosés et disposés au milieu d’un stroma de nature variable (fig. 216). Les cellules épithéliales étant dentelées, leurs bords sont peu nets, à moins que la section ne soit très mince.
Le stroma est habituellement fibreux et très dense (fig. 217); mais
Fig. 217. — Épithéliome pavimenteux tubulé (Brault). — Grossissement de. 65 .diamètres.
Les travées épithéliales sont très fines, fréquemment anastomosées entre elles, ne contenant pas de globes ' épidermiques. Les cellules sont de petites dimensions, réunies par des filaments. Lestroma est formé d’un tissu fibreux assez serré où l’on distingue des vésicules graisseuses.
quelquefois il est muqueux. Dans ce tissu entouré de toutes parts de traînées épithéliales, les cellules du tissu conjonctif sont parfois dégénérées elles-mêmes. Elles peuvent subir une destruction complète; il se forme alors une petite cavité remplie de liquide. On pourrait croire que ces cavités kystiques proviennent d’une dégénérescence .de l’épithélium, alors qu’au contraire elles résultent d’une altération du stroma. Rindfleisch a donné à des tumeurs analogues le nom d’ épithéliome kystique.
ÉP1THÉLI0MES PAVIMENTEUX
Les cellules pavimentéuses des épithéliomes. tubulés peuvent subir la dégénérescence colloïde ; des globes colloïdes ayant de 20 fx à 50 y. se montrent alors, de distance en distance, dans les traînées épithéliales.
Ces tumeurs présentent aussi quelquefois, en certains points, une -évolution épidermique. Il se forme, en pleine travée épithéliale, des -lobules avec cellules cornées à leur centre, disposition qui établit un trait d’union entre les épithéliomes tubulés et les épithéliomes lobulés proprement dits.
Siège et développement. — Lorsque les épithéliomes tabulés siègent dans la peau,' ils se développent, - comme les épithéliomas -lobulés, aux dépens des prolongements interpapillaires du corps muqueux de Malpighi. Les goulots : des glandes sébacées, la gaine externe des poils, tout le Système malpighien- en un mot peuvent leur donner naissance.
Ils ne diffèrent d’ailleurs des épithéliomas lobulés que par certaines particularités de détail, ainsi que cela résulte de la coexistence possible des globes épidermiques, dans de pareilles tumeurs.
Le siège primitif de ces tumeurs dans les couches profondes de la peau fait qu’elles s’ulcèrent plus lentement , que les épithéliomes lobulés. Elles se forment aussi par des modifications du revêtement épithélial du col utérin tel de la muqueuse des sinus maxillaires. Parmi les nombreuses tumeurs de la mamelle décrites autrefois sous ' - le nom de cancer, on . en observe quelques-unes qui répondent exactement et dans toutes leurs parties à la description de l’épithéliome tubulé; elles proviennent aussi de la peau.
Ce qui permet de reconnaître Tépithéliome tubulé du carcinome de la mamelle, c’est que dans le carcinome les cellules ne sont pas soudées intimement les unes aux autres de manière à former des masses ou des cylindres que l’on peut isoler au moyen du raclage. Il faut cependant savoir que dans les cancers du sein on peut obtenir par dissociation des cylindres épithéliaux se développant dans les conduits galactophores de gros et de moyen calibre et résultant de la prolifération èt de l’accumulation des cellules épithéliales dans ces conduits. Ces cylindres épithéliaux peuvent se rencontrer dans toutes les tumeurs de la mamelle, quelle que soit leur nature. Ils résultent de l’irritation secondaire des conduits galactophores déterminée par le développement du néoplasme.
Toutes les tumeurs de la mamelle ont donc la propriété de donner
DES TUMEURS
naissance à certaines formes morbides qui leur sont communes. Un examen histologique approfondi fait non sur simple raclage, mais sur coupes, sera toujours nécessaire pour déterminer la nature d’une tumeur de cet organe.
Beaucoup de tumeurs arrivées à un certain degré de développement restent stationnaires, mais quelquefois elles continuent à s’accroître. Les cylindres épithéliaux se terminent alors en extrémités mousses au milieu d’un tissu d’inflammation, et leur accroissement ultérieur se fait par leur simple extension ou par déplacement de leurs cellules constitutives.
Lorsque les épithéliomes tubulés (acné sébacée partielle ) siègent à la peau, ils ont une gravité moindre que celle des épithéliomes lobulés, fait sur lequel Verneuil a insisté avec raison. Mais cette bénignité ne doit pas se prendre non plus dans un sens absolu, car ces tumeurs récidivent souvent après ablation. Elles se propagent assez souvent aux ganglions lymphatiques dans lesquels il se forme un tissu semblable à celui de la tumeur primitive. Elles se transforment aussi quelquefois en épithéliome lobulé. Cependant, parmi les tumeurs regardées autrefois comme cancéreuses, ce sont celles dont le développement est le plus lent. De plus, lorsque, par suite de leurs progrès, elles ont détruit dans une partie de la peau tous les éléments glandulaires, elles peuvent se cicatriser par places dans leur partie centrale, tandis qu’elles s’étendent encore à leur périphérie. Elles présentent en un mot une marche analogue à celle de certaines ulcérations chancreuses.
Lorsqu’elles siègent au col de l’utérus, leur pronostic est tout aussi grave que celui des autres formes de tumeurs carcinomateuses ou épithéliales nées dans cette région. Il suffira de dire que la plupart des épithéliomas du col sont tubulés. Il existe un très petit nombre d’observations d’épithéliomas à globes épidermiques.
Les épithéliomes tubulés développés primitivement dans le sinus maxillaire, tumeurs qui, du reste, sont assez communes, ont une marche rapide et sont d’un pronostic extrêmement grave.
A côté des épithéliomes tubulés, nous placerons certaines tumeurs décrites par Robin, Fôrster, etc., qui présentent une disposition singulière. Elles sont constituées par des cylindres et des lobules épithéliaux siégeant au sein du tissu fibreux (fig. 278 et 279). Elles montrent à leur centre, de distance en distance, des corps réfringents,
ÉPITHÉLIOMES CYLINDRIQUES
oviformes, unis les uns aux aulres par des prolongements anhistes. Dans l’intérieur de ces corps, on voit parfois des cellules étoilées. Pour Fôrster, ces tumeurs sont des épithéliomes ; Robin les fait rentrer dans ses tumeurs hétéradéniques.
Ces tumeurs, qui sont très rares, sont en réalité des épithéliomes tubulés avec végétation de tissu connectif muqueux au sein de la masse épithéliale. Les corps oviformes correspondent à des bourgeons de tissu conjonctif muqueux et, dans le pédicule qui les réunit au stroma de la tumeur, on trouve parfois des vaisseaux.
Nous décrirons plus loin ces tumeurs sous le nom de cylindromes qui leur a été donné.
B. ÉPITHÉLIOMES A CELLULES CYLINDRIQUES
Découverte par Bidder, cette espèce particulière d’épithéliome a été bien décrite par Fôrster, Virchow, Cornil et Ranvier, et depuis par un grand nombre d’histologistes. Ces tumeurs étaient autrefois confondues avec les carcinomes encéphaloïdes et colloïdes.
Elles sont caractérisées par des cavités en forme de tubes réguliers ou irréguliers, tapissés d’une ou de plusieurs couches de cellules épithéliales cylindriques. Ces cavités siègent au milieu d’un stroma qui peut être fibreux, conjonctif jeune ou muqueux. Les cellules cylindriques qu’elles contiennent sont semblables à celles qui tapissent les cavités muqueuses ou glandulaires d’où elles proviennent, elles sont toujours implantées perpendiculairement à la paroi qu’elles recouvrent.
L’aspect que ces tumeurs présentent à l’œil nu est variable. Elles se montrent, dans l’estomac et l’intestin, comme des saillies nummulaires de diamètre et de nombre variables (fig. 218). Elles sont souvent ulcérées à leur centre. Lorsque, ce qui est fréquent, elles se propagent au foie et à d’autres organes, elles présentent tout à fait la même disposition, la même dissémination, le même aspect à l’œil nu que la plupart des épithéliomas.
Habituellement elles sont très riches en suc laiteux, de telle sorte que ce caractère, joint à leur mollesse, les ferait prendre au premier abord pour des cancers quelconques. Mais il est certain que ces particularités s’observent surtout lorsque leur structure est modifiée par le
DES TUMEURS
ramollissement cadavérique. La destruction organique s’effectuant moins vite en hiver que pendant l’été, les tumeurs de ce genre recueil-
Mmd
Fig. 218. — Épithéliome à cellules cylindriques de l’estomac, d’après une préparation de Parmentier.
Grossissement de 45 diamètres.
La muqueuse stomacale'est représentée dans toute son étendue. A la partie supérieure on distingue encore les “glandes modifiées. Des lambeaux de muqueuse détachés surmontent les glandes. A la partie moyenne la tumeur est nettement constituée. Les tubes épithéliaux présentent des dilatations remplies de 'mucus. La couche musculaire sous-muqueuse, m, m, est largement envahie. La tumeur est représentée dans les couches connectives profondes par des tubes épithéliaux, t, t, en voie de formation.
lies dans la saison' froide donnent beaucoup moins de suc et parfois n’en fournissent pas. Aujourd’hui, où presque toutes les tumeurs provenant des organes internes peuvent être examinées après opération,
ÉPITHÉLIOMES CYLINDRIQUES 487
il n’y a pas lieu d’attacher une grande importance aux caractères distinctifs qui précèdent. Les épithéliomes à cellules cylindriques de l’estomac, de l’intestin grêle, du cœur, de F S iliaque, du rectum, de l’uté-
Fig. 219. — Épithéliome à cellules cylindriques du rectum (Brault).
Grossissement de 35 diamètres.
La tumeur comprend la muqueuse presque entière, sauf la partie supérieure qui n’a pas été représentée : en c, cavité remplie de mucus; en ro, couche musculeuse sous-muqueuse en grande partie infiltrée par l’épithélioma (sur la gauche). À droite, traînée de cellules lymphatiques remplaçant la couche musculaire détruite ; v, v, v, vaisseaux très dilatés ; f, groupe de tubes épithéliaux qui s’enfoncent peu à peu vers les couches musculaires profondes. Les épithéliums conservent leur forme régulièrement cylindrique.
rus, sont souvent représentés par des tumeurs qui ne se désagrègent pas. Le liquide extrait par le raclage contient alors, comme pour les autres épithéliomes, des grumeaux distincts où les cellules restent soudées les unes aux autres.
DES TUMEURS
Les éléments contenus dans le suc sont des cellules cylindriques. Elles présentent assez souvent un plateau à double contour du côté de leur face libre. Certaines se présentent de profil et ressemblent aux éléments fusiformes du sarcome, disposition qu’il importe de connaître. D’autres offrent à leur bord libre une dilatation vésiculeuse ou caliciforme. Elles sont plus ou moins longues et mesurent de 20 à 30 f/. en longueur; elles sont habituellement allongées en bâtonnets. Quelques-
unes d’entre elles sont polygonales possèdent un ou plusieurs noyaux
Fig. 220. — Coupe d’un épithéliome à cellules cylindriques.- — a, tube coupé en travers, tapissé d’épithélium c, et au centre duquel on voit des cellules cylindriques libres et isolées ; b, tube coupé en ïong.
men de la pièce durcie (il est bon d’<
plus ou moins irrégulières. Elles alaires, mesurant de 10[Jtàl5[x en longueur et contenant un ou plusieurs nucléoles brillants. Il y a donc, comme on le voit, une certaine polymorphie dans les principaux types de ces cellules.
On trouve souvent dans le suc plusieurs cellules cylindriques soudées par leurs bords latéraux et présentant leurs bords libres sur une même ligne limitée par un double contour.
Cette figure est a£sez caractéristique par elle-même pour qu’on puisse affirmer dès lors qu’on est en présence d’un épithéliome cylindrique.
La nature histologique de la tumeur sera confirmée par l’exanployer tout de suite l’alcool ab¬
solu si la pièce est déjà molle). On observeraalors, sur les coupes, des
cavités tubulées ou des espaces irréguliers tapissés d’épithélium cylindrique. Ces tubes et ces espaces, qui parfois présentent des papilles à leur surface, paraissent communiquer avec les glandes voisines; celles-ci, hypertrophiées d’habitude, forment souvent une couche bien
nette à la surface de la tumeur (voir fig. 219). Les cellules sont disposées habituellement sur une seule rangée ; elles sont directement implantées sur le stroma sans l’interposition d’aucune membrane glandulaire (voir fig. 220).
En outre des tubes et des cavités irrégulières tapissées d’épithélium cylindrique, la tumeur est souvent surmontée par des papilles recouvertes de ce même épithélium.