‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 80 sur 148 · VAISSEAUX · texte numérisé non relu

VAISSEAUX

pas là d’épithéliomes simples. Ces tumeurs sont déjà des tumeurs composées où plusieurs tissus se développent parallèlement. .

On a confondu également des sarcomes angioplastiques avec des carcinomes hématodes. Il y a peu d’années que les sarcomes sont bien connus et la confusion s’explique; aujourd’hui, elle doit être évitée.

Est-il plus délicat de trancher la question de savoir si les épithéliomes possèdent des lymphatiques? Assurément non. Cette question devait être soulevée au moment où les tumeurs épithéliales étaient rangées parmi les néoformations du tissu conjonctif et noyées dans le groupe des carcinomes. ,

On admit bientôt, en effet, que les carcinomes contenaient des lymphatiques, puisque Schrœder van der Kolk avait cru les injecter et que Rindfleisch pensait qu’ils formaient autour des vaisseaux sanguins des gaines analogues à celles existant autour des capillaires des centres nerveux. Gornil et Ranvier indiquèrent d’autre part que les alvéoles du carcinome sont en pleine communication avec les vaisseaux lymphatiques. Cette communication, d’après eux, peut être mise facilement en évidence au moyen d’injections. En effet, lorsque, avec une seringue de Pravaz munie d’une canule à extrémité tranchante, et contenant une solution de bleu de Prusse, on injecte par piqûres les alvéoles d’un carcinome, onvoitla masse à injection remplir d’abord ces alvéoles en dessinant une région plus ou moins étendue du système caverneux, pénétrer ensuite dans les vaisseaux lymphatiques et sortir au niveau de la surface de section faite par le chirurgien. JPour réussir cette injection, il faut la faire sur une tumeur qui n’ait pas été divisée.

On voit par cette description que l’injection du système lymphatique d’une tumeur se ferait comme celle des lymphatiques normaux dê la peau.

Cette expérience ne démontre pas que les épithéliomes possèdent des lymphatiques propres, mais seulement que les interstices du tissu conjonctif où s’insinuent les cellules épithéliales sont en communication constante avec les lymphatiques. La question se pose donc aujourd’hui autrement. Elle consiste à savoir si les espaces interfasciculaires restent, pendant le développement de*s tumeurs épithéliales, en communication constante avec les réseaux et les troncules lymphatiques.

Or ce dernier point, admis par la majorité des histologistes, a été encore contesté pendant ces dernières années. Regaud et Rarjon, reprenant cette étude et s’appuyant sur de nombreuses imprégnations

DES TUMEURS

argentiques, sont arrivés à conclure que dans les tumeurs malignes il n’y avait jamais de vaisseaux lymphatiques néoformés ; que, bien au contraire, lorsqu’un organe devient le siège d’une néoplasie maligne, les vaisseaux lymphatiques préexistants disparaissent par oblitération graduelle.

Et comme, d’autre part, il est aujourd’hui démontré que les lymphatiques sont terminés par des extrémités closes, il existerait toujours entre eux et les espaces conjonctifs où se propagent les tumeurs épithéliales une barrière constituée par leur endothélium propre.

Aussi, en règle générale, d’après Regaud et Barjon, il n’y a pas de communication entre les alvéoles cancéreux et les vaisseaux lymphatiques ; la pénétration des cellules cancéreuses dans les radicules lymphatiques est accidentelle.

Sur cette question, il convient de faire de grandes réserves ; car, si l’on peut admettre que l’endothélium des troncules lymphatiques oppose une barrière à l’envahissement cancéreux, il faut ajouter que cette barrière est bien peu résistante et souvent franchie, comme le démontre la fréquence des engorgements ganglionnaires consécutifs aux épithéliomes. La destruction et l’oblitération progressive des vaisseaux lymphatiques, à mesure que le néoplasme se développe, n’est pas non plus une garantie suffisante contre l’envahissement des troncs; car les tumeurs, en se propageant, attaquent trop de points à la fois pour ne pas triompher de la résistance de quelques-uns.

Ce qui paraît certain d’autre part, c’est que, dans la continuité des organes, les radicules et les troncules lymphatiques sont assez rarement envahis de proche en proche, car on en rencontre peu d’oblntérés. Ceci revient à dire que, lorsque lés ganglions sont infectés, les cellules ne séjournent pas habituellement dans les troncs et sont transportées directement dans les ganglions lymphatiques.

Cette règle comporte d’assez nombreuses exceptions. Ainsi peut-on voir les lymphangites cancéreuses sillonner la surface des plèvres ; les lymphatiques, distendus par les cellules épithéliales, peuvent être suivis sur tout le trajet des cloisons interlobulaires dans toute la traversée du poumon. La même disposition peut se rencontrer dans le mésentère comme complication des cancers abdominaux, le canal thoracique lui-même peut être oblitéré dans toute sa longueur.

Mais il y a plus : dans l’intimité même des organes, les vaisseaux lymphatiques sont, comme les vaisseaux sanguins, souvent envahis par des bourgeons cancéreux.

BIBLIOGRAPHIE

L’envahissement cancéreux des ganglions se fait presque uniquement par les lymphatiques afférents. Regaud et Barjon ont indiqué, comme tout à fait exceptionnel, l’envahissement par les lymphatiques efférents, c’est-à-dire par voie rétrograde.

Ce mode de propagation s'observe aussi dans les vaisseaux sanguins; le cancer de la mamelle peut envahir les veines du creux axillaire en remontant le cours du sang vers l’extrémité du membre supérieur. Lés épithéliomes et les adénomes du foie oblitèrent les veines portes prélobulaires et peuvent infecter de proche en proche des troncs volumineux jusqu’aux branches principales.

Les faits précédents semblent établir que les tumeurs épithéliales n’ont pas de lymphatiques propres, pas plus d’ailleurs qu’elles n’ont de système sanguin. Cela s’explique de soi, si l’on accepte, en somme, que ces tumeurs n’ont pas, à proprement parler, de stroma. Toutefois, dans les formes lentes des épithéliomes, formes squirrheuses où le tissu conjonctif est très épaissi, il est possible que des capillaires lymphatiques et sanguins prennent plus d’importance.

Quant aux tumeurs composées possédant une charpente vasculoconjonctive, elles contiennent aussi des lymphatiques : ainsi les kystes de l’ovaire (Malassez et de Sinéty), les lipomes (Nepveu), les myomes (Ranvier et Nepveu), quelquefois les fibro-adénomes de la mamelle (Regaud, Barjon).

Il est à peine utile de parler des nerfs des tumeurs. Tous les examens histologiques tendent à prouver que les troncs nerveux subissent, au contact des épithéliomas, une destruction progressive.

L’induration des troncs et des filets nerveux paraît être le terme ultime de la lésion. Par contre, on n’a- jamais observé défibrés nerveuses de nouvelle formation.

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