‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 96 sur 148 · MICROCOQÜES · texte numérisé non relu

MICROCOQÜES

Staphylocoque.

On désigne sous ce nom des microcoques dont les éléments sont groupés en amas ou en grappes.

Parmi ces microcoques, dont le groupe est encore mal défini, existent des espèces pathogènes pour l’homme, les staphylocoques pyogènes. Ces staphylocoques, cultivés sur milieu artificiel solide, se réunissent en colonies qui ont pour caractère principal d’être chromogènes. Selon la nature du pigment secrété par le microbe, on a pu décrire trois variétés principales de staphylocoques : le staphylocoque doré, le staphylocoque blanc, le staphylocoque citrin.

Pour Lannelongue et Achard, ces trois variétés constituent des espèces distinctes; pour Rodet et Courmont, Netter, une espèce unique.

Les variétés albus et aureus sont si voisines qu’elles peuvent être confondues dans une même description.

La variété citreus mérite d’être distinguée des deux autres par la grosseur particulière et l’inégalité de diamètre des grains et la lenteur avec laquelle elle liquéfie la gélatine.

Cultivé pour la première fois par Pasteur (vibrion pyogénique), le staphylocoque a été bien étudié par Rosenbach et Passet.

Morphologie. — Les staphylocoques pyogènes sont constitués par des cocci disposés en amas ou en grappes' ronds ou ovalaires, mesurant

: COBNIL ET RANVIER. — I.

environ 0[>.,5 à 1 p de diamètre. Les grains, très gros dans les cultures faites à haute température et souvent difficiles à colorer, sont très petits dans les cultures anciennes.

Dans le pus, les grains se présentent souvent sous l’aspect de simples diplocoques ou bien sous forme de groupement de trois à quatre éléments.

Fig. 282. — Staphylocoecus pyogenes aureus (culture en bouillon).

Les staphylocoques pyogènes se colorent facilement par les diverses couleurs d’aniline ; ils prennent le Gram.

Cultures. — Microbes anaérobies facultatifs, ils se développent entre -j- 10 degrés et 40 degrés, et même à 44 degrés. La température optima est 37 degrés.

Bouillon. — Le développement du microbe dans le bouillon s’accompagne jd’-uu trouble très accentué de celui-ci et il se forme au fond du tube un dépôt de couleur jaune d’or ou blanchâtre, suivant la variété en question.

Gélose et sérum de bœuf gélifié. — Les colonies développées sur gélose sont arrondies, saillantes, de couleur jaune pâle, jaune d’or ou blanche. Il se fait sur pomme de terre (pomme de terre coupée lors-

STAPHYLOCOQUE

qu’elle est cuite) un développement identique, avec production intense de pigment.

Gélatine. — Le microbe liquéfie en quelques jours la gélatine ensemencée par piqûre ; il se produit à la partie supérieure du tube un cône de liquéfaction au fond duquel s’amassent les colonies microbiennes avec leur pigment caractéristique. La liquéfaction finit bientôt par gagner les bords du tube.

Sur plaques de gélatine, les colonies apparaissent au bout de trente-six heures sous forme de masses arrondies, grisâtres, dont le centre se déprime en godet au fond duquel on voit une masse de couleur jaune ou blanche, entourée d’une zone claire de liquéfaction.

Le staphylocoque coagule le lait en six à huit jours.

"Vitalité. — La vitalité est très longue, d’ordinaire de plusieurs mois ; il n’en est pas de même de la virulence : celle-ci, extrêmement variable sëlôn la source de l’échantillon microbien, varie encore avec le milieu de culture employé; rapidement atténuée dans le bouillon, elle persiste bien plus longtemps sur les milieux solides, en particulier sur la gélatine.

Le pouvoir chromogène des cultures est fragile; la privation d’oxygène, l’addition d’antipyrine au bouillon, l’exposition à la lumière suffisent à le faire disparaître. Rodèt et Courmont ont transformé le staphylocoque doré en staphylocoque blanc ; Netter a opéré une transformation inverse.

Les staphylocoques résistent aux agents antiseptiques, si bien qu’il faut ajouter vingt gouttes d’une solution à 2 1/2 pour 100 d’acide phénique ou cinq gouttes d’une solution à 1 pour 100 de sublimé, dans un tube contenant dix grammes de gélatine, pour tuer la culture. Très résistants à la dessiccation, à la congélation, il faut une température de 80 degrés, prolongée pendant une heure et quart, pour les tuer.

Inoculation aux animaux. — Le lapin est très sensible à l’infection par le staphylocoque : les lésions produites sont variables, selon le point d’inoculation, la virulence de la culture, l’âge de l’animal. Inoculées sous la peau, les cultures déterminent des abcès plus ou moins étendus ; injectées dans le péritoine ou la plèvre, de la péritonite (le péritoine est très résistant) ou de la pleurésie.

L’inoculation dans les veines détermine la mort par septicémie sans formation de pus, si la virulence est très grande ; la mort par infection purulente, si la virulence est plus faible ; on voit alors des abcès

multiples, surtout dans les reins et le myocarde, dans le foie, le poumon et les muscles, enfin des arthrites suppurées généralisées. La virulence est-elle encore plus faible, la suppuration se localise simplement au niveau des cavités articulaires. Chez les jeunes lapins en période de croissance, l’inoculation dans les veines détermine des lésions osseuses juxta-épiphysaires, ayant tous les caractères de l’ostéomyélite.

La souris, le cobaye, le chien sont sensibles au staphylocoque, quoique à un degré moindre que le lapin.

Produits de sécrétion. — Les recherches de Rodet et Courmont ont montré la complexité des produits sécrétés par le staphylocoque. A côté des produits pyogènes (culture stérilisée à 100 degrés ou bien filtrée) existent des produits vaso-dilatateurs et surtout des poisons prédisposants, c’est-à-dire des poisons qui, inoculés à l’animal, le rendent plus sensible à l’infection par des cultures vivantes de staphylocoque peu virulent. M. Courmont admet enfin l’existence de substances vaccinantes.

La destruction des leucocytes dans les suppurations à staphylocoque serait due, d’après Van de Yelde, à l’existence d’un poison spécial, la leucocidine.

Habitat normal du staphylocoque. — Le staphylocoque est très répandu dans l’air, dans les poussières et dans l’eau, c’est un commensal habituel de nos muqueuses et de notre tégument cutané.

Manifestations pathologiques. — Agent constant du furoncle et de l’anthrax, il est la cause la plus habituelle du phlegmon: circonscrit (71 pour 100), de l’ostéomyélite ; une certaine race de staphylocoque a été trouvée (Duclaux, Chantemesse) dans le Bouton de Biskra. Son rôle dans les affections respiratoires (bronchites, broncho-pneumonies, gangrène pulmonaire, pleurésie purulente) est plus restreint. Il détermine enfin des infections générales à type septicémique, avec ou sans endocardite infectieuse, et surtout des infections purulentes généralisées.

Comme microbe d’infection secondaire, il complique la plupart des fièvres éruptives et des affections cutanées; il est le facteur habituel de la purulence des divers éléments éruptifs. C’est un des agents des infections agoniques et cadavériques.

STREPTOCOQUE

Streptocoque.

Le polymorphisme très marqué du streptocoque, l’extrême variété des lésions qu’il détermine, font que les bactériologistes décrivent tantôt une, tantôt plusieurs espèces de streptocoques.

Les premiers expérimentateurs qui étudièrentle streptocoque, découvert dans la sérosité de l’érysipèle par Fehleisen, dans le pus phlegmoneux par Ogston et Rosenbach, crurent qu’à lésion spéciale devait cor-

Fig: 283. — Divers aspects de streptocoques cultivés en bouillon.

respondre microbe spécifique, et cherchèrent à différencier le streptocoque de l’érysipèle de celui de la suppuration. Cet essai de différenciation ne dura pas et, depuis les travaux de Frænkel, Hartmann, Winkel, Doyen et surtout de F. Widal, on identifie le streptocoque de l’érysipèle avec le streptocoque de la suppuration et avec le microcoque de l’infection puerpérale. C’est donc ce streptocoque que nous prendrons comme type de notre description, nous réservant de comparer dans la suite, à cette première variété prise comme étalon, les autres streptocoques, et de voir s’ils peuvent être confondus dans l’espèce streptocoque ou s’ils doivent être classés à part.

Morphologie. — Le streptocoque est un microbe immobile dont les éléments placés bout à bout se groupent en chaînette plus ou moins étendue ; les grains de forme arrondie sont en général également espacés, mais peuvent cependant se grouper deux par deux; le diamètre de chaque grain varie de 0 (/., 3 à 0 g-, 6 ; dans les vieilles cultures, il n’est pas rare de rencontrer, parmi les éléments de la chaînette, des grains plus volumineux, prenant mal les colorants, qui ne sont pas des spores, mais en réalité des formes d’involution. Ce microbe se reproduit seulement par scissiparité.

Facilement colorable par toutes les couleurs basiques d’aniline, le streptocoque reste coloré par la méthode de Gram.

Le polymorphisme du streptocoque est extrême ; dans le pus ou dans la lymphe, il apparaît tantôt sous forme de diplocoques, tantôt sous forme de chaînettes longues ou courtes, à gros ou à petits grains. Dans une même culture, on peut trouver de longues et de courtes chaînettes, des chaînettes à gros ou à petits grains, des chaînettes à grains de volume irrégulier, enfin des chaînettes dont les grains, au lieu d’être arrondis, sont ovoïdes et disposés parallèlement à leur grand axe (F. Widal et F. Bezançon).

La formation en chaînette peut être à peine ébauchée dans certains cas; le streptocoque se dispose en amas de coccus.

Cultures. — Microbe anaérobie facultatif, le streptocoque se cultive bien sur les différents milieux usuels, pourvu que ceux-ci soient alcalins; les cultures anaérobies seraient plus fertiles et auraient une vitalité plus persistante (Achalme).

Ensemencé sur des tubes de gélose, il détermine, au bout de vingt-quatre heures de séjour dans l’étuve à 37 degrés, la formation de petites colonies blanchâtres, comparées à des grains de semoule ; ces grains peuvent confluer si la culture est abondante, et donner une bande translucide à contours polycycliques. L’aspect est le même sur sérum de bœuf coagulé. Cet aspect classique manque souvent et l’on a tantôt de fines colonies, tantôt des colonies volumineuses, qui peuvent même être chromogènes (blanches) (F. Widal et F. Bezançon). Sur gélatine inclinée à 20 degrés, il donne, au bout de quarante-huit heures, de petites colonies plus ou moins translucides ; sur gélatine ensemencée par piqûre, les colonies apparaissent arrondies, légèrement opaques ; la gélatine n’est pas liquéfiée.

11 ne donne pas de culture apparente sut pomme de terre.

Le développement du streptocoque dans le bouillon s’accompagne

STREPTOCOQUE

Fig. 284. — Streptocoque pyogène (culture en bouillon).

Le streptocoque se développe très bien sur la gélatine fondue mise à l’étuve à 37 degrés (Achalme).

Le mélange proposé par Marmorek :

Liquide d’ascite . . 1 partie.

Bouillon . 2 parties.

ou

d’abord d’un léger trouble du milieu ; celui-ci s’éclaircit bientôt et il se fait au fond du tube un dépôt de grumeaux blanchâtres qui, par agitation du tube se dissolvent et troublent à nouveau le bouillon. Le dépôt peut se faire d’emblée, sans trouble préalable; le caractère des grumeaux varie à l’infini : ils sont plus ou moins compacts, prennent l’aspect de flocons de neige, de petites paillettes de métal, de sable fin ou bien de filaments plus ou moins glaireux; le bouillon enfin peut rester trouble.

constitue un excellent milieu de culture. Il en est de même du sérum liquide de lapin.

Le streptocoque coagule le lait en formant un gros caillot rétractile,

Liquide d’ascite, Bouillon .

Sérum humain..

Bouillon .

2 parties.

1 partie.

avec transsudation du sérum. Cette coagulation manque dans la moitié

des cas.

Le streptocoque a une vitalité faible, lorsqu’on le laisse au contact de l’air; cette vitalité est d’ailleurs très variable, de quelques jours à quelques semaines. Conservé en pipettes closes à l’abri de la lumière et surtout dans le liquide de Marmorek, le streptocoque conserve longtemps sa vitalité.

Inoculation aux animaux. — Le lapin est l’animal de choix ; l’inoculation sous la peau de l’oreille d’un streptocoque virulent détermine la formation d’une plaque d’érysipèle, qui se termine soit par la guérison, soit par la mort de l’animal ; celle-ci survient souvent tardivement, sans qu’on puisse retrouver le streptocoque dans les viscères à l’autopsie.

Si le streptocoque est très virulent, il n’y a pas de lésion locale, pas d’érysipèle, et l’animal meurt en vingt-quatre heures à quarantehuit heures de septicémie généralisée.

L’inoculation de streptocoque virulent dans les veines de l’oreille détermine encore plus facilement ce dernier mode de lésion.

Si la virulence est plus faible, l’inoculation ne détermine qu’un petit abcès, sans réaction, à pus blanc, très épais, ou même qu’un simple érythème. On peut encore observer, bien qu’exceptionnellement, de l’endocardite infectieuse à la suite d’inoculation intraveineuse (Dreschfeld, Yaillard et Vincent), et même à la suite d’inoculation sous la peau (F. Widal et F. Bezançon).

Les manifestations médullaires sont fréquentes, elles se traduisent par des paraplégies flasques du train postérieur (Vaillard et Vincent, Bourges). F. Widal et F. Bezançon les ont déterminées sept fois sur cent seize inoculations. On peut observer aussi de l’atrophie musculaire généralisée (Roger).

Les lésions articulaires sont rares (Lœffler, Lannelongue et Àchard). L’ostéomyélite, par contre, se voit assez souvent à la suite d’inoculation intraveineuse chez les jeunes animaux (Courmont et Jaboulay, Lannelongue et Achard).

Le cobaye, très résistant au streptocoque, est un mauvais réactif pour l’étude de ce microbe; il en est de même de la souris qui est en général très sensible.

Les lésions extrêmement variées déterminées par le streptocoque peuvent être reproduites avec le même échantillon selon que la virulence est exaltée ou diminuée.

STREPTOCOQUE

Les causes de la diminution de la virulence sont : le vieillissement des cultures, la dessiccation, le fait même de la culture sur milieu artificiel; cette dernière cause d’atténuation fait défaut en partie si l’on a soin d’ensemencer le produit pathologique contenant le streptocoque dans le milieu de Marmorek.

La méthode des passages successifs par le corps des animaux permet d’exalter la virulence d’un streptocoque affaibli.

L’inoculation simultanée d’un streptocoque atténué et de cultures stérilisées d’un microbe pathogène ( Proteus vulgaris , colibacille) ou de cultures vivantes d’un microbe saprophyte ( Micrococcus prodigiosus) permet de récupérer la virulence perdue.

Toxines du streptocoque. — Les cultures stérilisées du streptocoque sont douées de propriétés pyrétogènes (Chantemesse). Manfredi et Traversa, Achalme déterminent avec ces cultures des accidents nerveux passagers.

Roger, cultivant le streptocoque à 36 degrés dans du bouillon à l’abri de l’air et inoculant aux animaux la culture filtrée, a vu que le filtrat injecté à la dose de 10 à 20 centimètres cubes par kilogramme d’animal tuait celui-ci en deux jours ; à plus faible dose, les cultures sont prédisposantes.

La culture filtrée, chauffée à 104 degrés, est douée de propriétés vaccinales.

Marmorek, après avoir exalté le streptocoque par des passages successifs et l’avoir cultivé sur bouillon-ascite, vit que le liquide filtré, injecté à la dose de 1 centimètre cube à un lapin de 2 kilogrammes, le tuait en trois ou quatre jours.

Unité ou pluralité . d’origine des streptocoques. — Si l’on admet aujourd’hui à peu près unanimement l’identité de la plupart des streptocoques pathogènes trouvés chez l’homme, on discute encore sur la nature de certains streptocoques que l’on rencontre dans la bouche à l’état normal et à l’état pathologique et aussi sur celle des échantillons qui, à titre d’agents d’infection secondaire, envahissent l’organisme des malades atteints de scarlatine ou de variole.

Le streptocoque que Ton rencontre dans la bouche à l’état normal aurait, d’après certains bactériologistes, des caractères particuliers permettant de le distinguer du streptocoque pyogène : brièveté des chaînettes, persistance du trouble du bouillon de culture (Lingelsheim); non-coagulation du lait (d’Espine et Marignac); groupement en

diplo-streptocoque (Barbier) ; formation de colonies blanchâtres apparentes sur la pomme de terre (d’Espine et Marignac, Marot, Veillon); aspect bleuté des colonies sur gélose (Yeillon). Ce streptocoque serait un vulgaire saprophyte (Veillon) qui ne pourrait jamais devenir pathogène et infecter l’organisme.

Pour MM. F. Widal et F. Bezançon, le streptocoque salivaire a les mêmes caractères que le streptocoque de l’érysipèle; dénué de virulence dans la bouche normale, il peut récupérer cette virulence et devenir pathogène. MM. Lemoine et Marmorek arrivent à des conclusions identiques. Pour MM. F. Widal. et F. Bezançon, les- streptocoques de la scarlatine et de la variole ne peuvent pas davantage être différenciés du streptocoque pyogène.

De l’unité d’origine (1) du streptocoque salivaire et des divers streptocoques pathogènes de l’homme, il ne faut pas conclure que tous les microcoques en chaînettes observés chez l’homme ou chez les animaux appartiennent à l’espèce streptocoque. Babès a décrit des streptocoques liquéfiant la gélatine. Kurth et Schottelius ont trouvé dans les vésicules de la fièvre aphteuse des animaux un streptocoque qui semble très différent du streptocoque pyogène. Il en serait peutêtre de même du microcoque décrit par M. Nocard dans la mammite contagieuse.

Sérothérapie. — Le sérum des animaux vsueeinés a, d’après Mironoff, Charrin et Roger, Marmorek, des propriétés préventives et thérapeutiques.

Charrin et Roger immunisent les animaux (mulet) en leur inoculant des doses massives de cultures filtrées et chauffées à 104 degrés.

Marmorek se sert de cultures vivantes diluées. En possession d’un virus fixe, grâce à la culture du microbe sur le mélange bouillon-

(1) La quêstion de l’unité ou de la pluralité des divers échantillons de streptocoque est entrée récemment dans une nouvelle phase. On a cherché à voir comment se comportait un streptocoque donné vis-à-vis d’un animal vacciné au moyen d’un autre échantillon de streptocoque. L’action préventive du sérum des animaux vaccinés contre un streptocoque déterminé, vis-à-vis des autres échantillons de streptocoque, a été aussi étudiée. Des recherches entreprises par Courmont, Mery et Lorrain, de Lignères, il résulte que, d’une façon générale,, le sérum d’un animal vacciné au moyen d’un échantillon de streptocoque ne préserve un autre animal de même espèce que contre ce même échantillon de streptocoque. Ces recherches n’infirment pas la théorie uniciste; car le sérum des animaux vaccinés est un réactif si délicat que, pour les espèces saprophytiques du moins, streptocoque, pneumocoque, colibacille, il sépare non des espèces microbiennes, non pas même des races, mais pour ainsi dire des échantillons microbiens, chaque échantillon ayant acquis, du fait de son séjour dans l’être qui l’héberge, une sorte d’individualité (F. Bezançon et V. Griffon).

STREPTOCOQUE

sérum, il exalte la virulence du streptocoque par la méthode classique des passages successifs par le corps d’animaux. J1 obtient ainsi un streptocoque extraordinairement virulent.

Inoculant à faible dose, sous la peau de grands animaux : mouton, âne, cheval, ce streptocoque vivant, Marmorek leur confère un premier degré d’immunité qu’il renforce, dès que l’animal est rétabli de sa première inoculation, en lui inoculant des doses de plus en plus considérables de virus. Quatre semaines après la disparition de la fièvre qui suit toujours les premières inoculations, on peut recueillir le sérum et l’employer dans un but thérapeutique.

.Le sérum, d’après Marmorek, a des propriétés préventives et curatives contre les divers échantillons de streptocoque.

Habitat normal. — Répandu dans l’air, dans le sol, le streptocoque est avant tout un commensal de nos cavités muqueuses. Saprophyte accidentel de notre surface cutanée (Remlinger l’a isolé huit fois sur cinquante examens de peau saine), il est, pour la cavité bucco-pharyngée, un hôte permanent. Signalé pour la première fois par M. Netter dans la bouche des sujets sains, dans un cas sur vingt environ, le streptocoque a été vu trente-cinq fois sur trente-cinq examens par MM. F. Widal et F. Rezançon, qui considèrent que le streptocoque est aussi répandu dans la cavité bucco-pharyngée que le colibacille dans l’intestin. Le streptocoque peut enfin se retrouver, quoique rarement, dans l’intestin. Von Besser l’a isolé sept fois sur quatrevingt-un examens du mucus nasal ; on le retrouve en petite quantité dans les grosses bronches. Winter signale le streptocoque dans quelques cas, dans le mucus vaginal de femmes saines. M. Widal ne l’a trouvé dans ces conditions que deux fois sur onze examens. Rumm ne l’a jamais rencontré.

Manifestations pathologiques du streptocoque. — Le streptocoque est un des facteurs les plus importants des lésions cutanées, érythème, pustule, phlegmon circonscrit (un quart des cas environ d’après Karlinski), phlegmon diffus. La plaque érysipélateuse relève exclusivement du streptocoque (Achalme, dans quarante-trois cas, n’a pu isoler d’autre micro-organisme). Le streptocoque, contrairement à l’opinion classique, qui attribuait ces lésions au staphylocoque est l’agent de l’ecthyma (Thibierge et F. Bezançon), de l’impétigo (Leroux, Balzer et Griffon). Certaines dermites, chroniques d’emblée (Achalme), et même l’éléphantiasis (Sabouraud) relèvent d’une infection parle streptocoque.

NOTIONS ELEMENTAIRES SUR LES RâCTERIES

Du derme, le streptocoque peut gagner le système lymphatique et déterminer des lymphangites, des adénites; il peut enfin gagner la circulation sanguine et être l’origine soit de septicémie, soit de pyémie.

Le streptocoque est toujours présent à la surface de l’amygdale au cours des infections bucco-pharyngées, primitives ou secondaires, qu’il y ait angine rouge, angine à exsudât pultaçé ou pseudo-membraneux. Il a été considéré, par suite, comme le facteur d’un certain nombre d’angines, angines dites à streptocoque. Le fait qu’on trouve toujours le streptocoque, à l’état normal comme à l’état pathologique, dans la cavité bucco-pharyngée, qu’il y ait angine ou non, rend délicate l’interprétation des constatations bactériologiques et entraîne les plus expresses réserves sur le rôle exclusif qu’on a attribué au streptocoque dans la pathogénie des angines dites à streptocoque (F. Widal et F. Bezançon).

Le, streptocoque est avec le pneumocoque le grand, facteur des infections broncho-pulmonaires primitives ou secondaires ; de l’infection bronchique des jeunes enfants (Hutinel et Claisse) ; des broncho-pneumonies [huit fois sur quarante-deux cas, chez l’enfant, à l’état de pureté ët quinze fois associé à d’autres microbes ; douze fois à l’état de pureté et sept fois associé sur cinquante-trois cas, chez l’adulte (Netter)]; de la bronchite , pseudo-membraneuse non diphtérique (Claisse). Le . streptocoque. est un des microbes le plus souvent rencontrés dans les cavernes des. phtisiques (Koch, Cornet, Pasquale, Corail et Babès). Il joue un rôle considérable dans la production de la fièvre hectique (Corail), soit par lui-même. (Petruschky, Janowsky), soit par ses produits de sécrétion (Chrétien et Mangin).

Le rôle du streptocoque, en pathologie génitale, est considérable: vulvites, endométrites, salpingites (onze cas sur vingt-sept observations de Reymond) ; enfin, infection puerpérale sous ses diverses modalités : péritonite, infection purulente, septicémie, phlegmatia alba dolens (Widal).

Le streptocoque peut encore se localiser sur les diverses séreuses : péritoine, plèvre (il est l’agent le plus ordinaire de la pleurésie purulente de l’adulte, Netter), sur les méninges, les articulations, les os (ostéomyélite à streptocoque, Lannelongue et Aehard);

Pneumocoque (Talamon, Frænkel).

Le pneumocoque ( Streptococcus Pasteuri ), isolé déjà par Pasteur, en 1881, dans la salive d’un enfant mortdela ragé et dans celle de per-

PNEUMOCOQUE

Fig. 285. — Pneumocoque (culture en sérum de lapin).

sonnes saines, a été considéré, pour la première fois, comme le microbe de la pneumonie par M. Talamon. Frænkel (1884) étudie les caractères et le rôle pathogénique du microbe; Sternberg, Gamaleïa et surtout M. Netter complètent son histoire.

Morphologie. — Examiné dans les exsudats des pneumoniques ou dans le sang de l’homme et des animaux infectés, le pneumocoque se présente sous l’aspect d’un coccus ovoïde dont une des extrémités

est arrondie et l’autre effilée (aspect en grain d’orge, en lancette, en fer de lance).

Le coccus est rarement isolé; le plus souvent il est disposé par groupe de deux éléments dont les deux parties effilées se regardent.

Dans les crachats, et surtout dans le pus, les éléments forment souvent de véritables chaînettes.

Dans les exsudats pathologiques et dans le sang, le pneumocoque est entouré d’une capsule.

Le pneumocoque se colore bien par les diverses couleurs d’aniline, il prend le Gram. La capsule est mise en évidence par la technique suivante : colorer, par le violet phéniqué ou le rouge de Ziehl, pendant une minute environ ; décolorer dans l’eau légèrement acidulée avec de

l’acide acétique. On peut encore immerger les préparations pendant quelques minutes dans le bleu phéniqué, laver à l’eau, puis immerger à nouveau quelques instants dans le violet de gentiane; la capsule est alors colorée en bleu, le microbe en violet.

Dans les cultures sur milieux usuels, le pneumocoque perd sa capsule; il apparaît sous forme de diplocoque ou bien sous forme de chaînettes qui ressemblent beaucoup à celles du streptocoque. Cette forme en chaînette fait place àda forme typique, en diplocoque, si l’on cultive le pneumocoque dans le sérum de jeune lapin, dans lequel la capsule se manifeste de même toujours facilement (F. Bezançon et Y. Griffon).

Cultures. — Le pneumocoque est un microbe anaérobie facultatif qui ne se développe bien qu’à la température de 37 degrés.

Les milieux usuels permettent le développement du pneumocoque, mais les cultures sont le plus souvent grêles et peu caractéristiques.

Le bouillon alcalin est légèrement troublé et il se forme un dépôt pulvérulent au fond du tube.

Le lait est coagulé.

Sur gélose, il se développe au bout de vingt-quatre heures un semis de petites colonies de la grosseur d’une tête d’épingle, plates, transparentes, que l’on a comparées à des gouttelettes de rosée.

Sur sérum solidifié, les colonies ont un aspect à peu près identique.

Le pneumocoque ne pousse pas sur gélatine.

Nécessité de milieux spéciaux. — M. Mosny préconise, comme milieu de culture, le sérum de lapin, qu’il considère comme le meilleur pour le pneumocoque. MM. Gilbert et L. Fournier étudient les caractères de culture du pneumocoque dans le sang défibriné, liquide ou coagulé par la chaleur, et concluent que, dans le sang défibriné liquide, la vitalité, la végétabilité et la virulence du pneumocoque se conservent d’une façon remarquable ; sur sang défibriné coagulé, le pneumocoque donne des colonies épaisses d’un brun jaunâtre (Gilbert et Fournier).

MM. F. Bezançon et Y. Griffon, à la suite de recherches sur le mode de développement et la vitalité du pneumocoque dans les divers sérums, sont arrivés aux conclusions suivantes :

Le sérum de lapin et le sang défibriné ne peuvent être indifféremment employés. Il faut avoir à sa disposition deux milieux différents dont l’usage combiné répondra aux exigences de la pratique : l’un,

PNEUMOCOQUE

dans lequel le pneumocoque se développe abondamment et avec des caractères morphologiques typiques : milieu de diagnostic ; l’autre, dans lequel le pneumocoque se conserve longtemps vivant et virulent : milieu de conservation.

Le milieu de diagnostic est le sérum liquide de lapin jeune. Le pneumocoque s’v développe avec une abondance extrême, sous forme de diplocoques, et non en chaînettes; il est toujours nettement encapsulé. Le sérum de lapin adulte, le sérum de chien ou de cobaye sont moins électifs que le précédent. Le pneumocoque ne

vit que quelques jours dans le sérum de -jeune lapin.

Le milieu de conservation est soit 1e sang défibriné de lapin ou de chien additionné de liquide d’ascite à parties égales, soit le sang

Fig. 286. — Pneumocoque (culture

n humain).

/ r LJ

La vitalité du pneumocoque, très faible dans les milieux usuels, est en effet très considérable — (plusieurs mois) dans le sang

défibriné et sur le sang gélosé.

Elle est, en général, en raison inverse de l’abondance du développement du microbe dans le milieu de culture, par conséquent plus marquée dans le sérum des animaux relativement réfractaires au pneumocoque. Cette vitalité est, en général, d’autant plus considérable que le microbe est plus virulent (F. Bezançon et Y. Griffon).

La virulence se conserve bien dans le sang défibriné ou dans le sang gélosé. Pour avoir un pneumocoque virulent, il suffit de repiquer la culture dans le sérum de jeune lapin et d’inoculer cette culture vieille de vingt-quatre heures à la souris (F. Bezançon et Y. Griffon).

Fig. 287. — Pneumocoque, culture en sérum de lapin vacciné ou en sérum de malade atteint d’infection à pneumocoque (petite agglutination).

02 i NOTIONS ÉLÉMENTAIRES SUR LES BACTÉRIES

Si Ton veut exalter la virulence du microbe, il suffit de faire des inoculations en séries au lapin, puis au cobaye et au chien.

Cultivé dans le sérum des lapins vaccinés (fig. 287), le pneumocoque se dispose en longues chaînettes semblables à celles du streptocoque (Metschnikoff, Isaeff, Bezançon et Griffon).

En appliquant aux infections à pneumocoque la séro-réaction de Wid-al, tout en en modifiant la technique, MM. F. Bezançon et V. Griffon ont montré l’existence de la propriété agglutinante dans le sérum des individus atteints d’infections à pneumocoque.

La réaction ne se produit pas si l’on met en présence quelques gouttes de culture de pneumocoque avec le sérum du malade; il est

nécessaire d’ensemencer diqggr . rectement le pneumocoque

dans le sérum susPect et de

'ïjîg porter le tube vingt-quatre **3** °**f**s$§ heures à l’étuve.

* Le pneumocoque alors se

*»» ...» dispose en véritables fausses

membranes, visibles à l’œil nu’ 0U bien en amasœnchevêtrés de longues chaînettes Wt; -,aQ r, ou en chaînettes isolées,

Fig. 288. — Pneumocoque cultive en sérum des 7 .

malades. infectés par le pneumocoque (agglutination visibles Seulement au mici‘0-

forte).

scopes. Cette constatation permet, dans certains cas : angines, pleurésies purulentes, bronchopneumonies, infections indéterminées, etc., le diagnostic de la nature pneumococcique de ces affections (1).

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Fig. 288. — Pneumocoque cultivé en sérum des malades. infectés par le pneumocoque (agglutination forte).

Toxines. — Le pneumocoque ne semble laisser passer dans les milieux de culture qu’une petite quantité de toxine soluble: il faut, par suite, des doses considérables de liquide pour déterminer la mort des animaux (Klemperer, Foa et Carbone). Les exsudais péritonéaux et pleuraux, le sang et les viscères des animaux infectés contiennent des produits toxiques (Isaeff, Mosnv).

En cultivant le pneumocoque dans des sacs de collodion transit) Tous les échantillons de pneumocoque ne se comportent pas de la même façon vis-à-vis d’un même sérum agglutinant. La réaction est, en général, plus intense et quelquefois même seulement perceptible, lorsque l’on se sert pour la rechercher non d’un pneumocoque quelconque, mais du pneumocoque qui a déterminé la lésion ou bien du pneumocoque qui se trouve dans la salive du malade (F. Besancon et V. Griffon).

PNEUMOCOQUE

formés en appareils dialyseurs, MM. Carnot et L. Fournier ont pu extraire du liquide extérieur un produit toxique qui, inoculé au lapin à la dose d’une à deux gouttes, détermine la mort avec des phénomènes hémorragiques et des lésions musculaires et cardiaques comparables à celles que déterminé l’inoculation de pneumocoque virulent.

Les cultures en milieux très favorables au pneumocoque, tels que le sérum de lapin, renferment surtout des substances vaccinales. Il en est de même des corps microbiens tués par la chaleur (F. Bezançonet Y. Griffon).

Inoculation aux animaux. — La souris est extrêmement sensible au pneumocoque ; quelques gouttes de culture, quelques parcelles d’un exsudât pneumonique, inoculées dans le tissu cellulaire sous-cutané, suffisent à la tuer en vingt-quatre heures : il n’y a pas, en général, de lésion locale; le pneumocoque, ne trouvant pas de résistance, infecte tout l’organisme et pullule dans le sang du cœur, dans les viscères, la rate en particulier. Il est toujours nettement encapsulé.

Le lapin, surtout le jeune lapin, est très sensible au pneumocoque; la lésion est variable selon la dose de culture et la virulence de celle-ci. Très virulent, le pneumocoque, inoculé sous la peau, ne donne qu’un peu d’œdème et l’animal meurt d’emblée de septicémie avec des lésions hémorragiques et du véritable purpura; moins virulent, il détermine la formation de grosses faussés membranes, et la mort ne survient qu’au bout de plusieurs jours.

L’inoculation dans le péritoine s’accompagne tantôt de péritonite fibrineuse, tantôt de lésions hémorragiques.

Le cobaye est plus résistant au pneumocoque : l’inoculation, dans le péritoine, de pneumocoque virulent le tue cependant, en vingtquatre heures, de septicémie. Si la virulence est plus faible, le pneumocoque détermine de la péricardite, de la pleurésie ou des abcès.

L’inoculation de pneumocoque, chez les animaux 'incomplètement vaccinés, détermine des abcès localisés et surtout des arthrites pouvant avoir une évolution chronique (F. Bezançon et Y. Griffon).

Le chat, le rat, le mouton, le chien sont plus résistants au pneumocoque ; l’inoculation du microbe dans le poumon peut déterminer de la broncho-pneumonie et même de la pneumonie. L’inoculation de tartre stibié et de pneumocoque dans la trachée du mouton permet de reproduire expérimentalement la pneumonie (Gamaleïa).

Habitat et manifestations pathologiques. — Le pneumocoque vit,

CORNIL ET RANVIER. — I. 40

chez l’homme, à l’élat saprophytique. M. Netter l’a isolé de la salive dans un cinquième des cas chez les individus sains, dans la moitié des cas chez les anciens pneumoniques ; les recherches de MM. F. Bezançon et Y. Griffon ont montré que le pneumocoque était, comme te streptocoque, constant dans le mucus amygdalien: il suffit, pour le démontrer, d’ensemencer ce dernier dans le milieu électif, le sérum de jeune lapin. Le pneumocoque est fréquent dans les fosses nasales (Von Besser).

Le pneumocoque est le microbe de la pneumonie lobaire aiguë; comme l’a bien montré surtout M. Netter, il est un des agents des broncho-pneumonies, des pleurésies purulentes, des méningites, des péricardites, des otites, des péritonites, des arthrites, etc.

Atténué dans sa virulence, il peut produire des suppurations localisées:- exalté, des septicémies généralisées, avec ou sans endocardite infectieuse.

Méningocoque.

Les travaux antérieurs des auteurs étrangers et les constatations bactériologiques de la récente épidémie parisienne de méningite cérébro-spinale, bien étudiée surtout par M. Netter, ont permis de classer, sous le nom de méningocoque, au moins deux espèces microbiennes qui méritent une description différente : le diplococcus intraeellularis meningitidis , de Weichselbaum, et le streptococcus meningitidis de Bonome.

Méningocoque de Weichselbaum. — Découvert par Weichselbaum en 1887, ce microbe n’a été retrouvé chez nous que tout récemment, en juin 1899 (Netter, Griffon). C’est un coccus immobile, groupé très régulièrement en diplocoques, jamais en chaînettes. Dans les milieux de culture appropriés (sérum de lapin) et dans le sang et les organes de la souris, il présente une capsule très nette. Il est décoloré par la réaction de Gram. Dans le diplocoque, chaque élément possède une face plane, en rapport avec une face analogue de l’élément opposé.

Dans le pus recueilli par ponction lombaire ou prélevé àl’autopsie, il est intra- ou extra-cellulaire, régulier, toujours en petit nombre; dans le? cultures, à côté de diplocoques à grains relativement petits, on en voit à grains volumineux, presque géants; les diplocoques sont parfois groupés en tétrades ou en petits amas.

Il cultive difficilement sur les milieux usuels : le bouillon est légèrement troublé ou reste stérile. Sur gélose, au bout de trois à. quatre

MÉNINGOCOQUE

jours, on voit parfois se développer une ou deux grosses colonies qui rappellent celle du bacille typhique.

Le lait n’est pas coagulé. Pas de culture en général sur pomme de terre.

Pas de culture sur gélatine à 22 degrés.

Les meilleurs milieux sont le sérum non coagulé de lapin et surtout le sang gélosé (Bezançon et Griffon).

Il est pathogène pour la souris, mais à condition que l’injection soit poussée dans la plèvre ou le péritoine; l’inoculation sous-cutanée demeure toujours négative.

En somme, ce microbe ressemble surtout au gonocoque, dont il se différencie par la présence d’une capsule nette et par son action pathogène positive pour la souris.

Méningocoque de Bonome. — Le microbe décrit par Bonome en 1889 était le seul que l’on pût isoler dans les premiers temps de l’épidémie parisienne; au milieu de l’épidémie, celui de Weichselbaum et celui de Bonome semblent s’être rencontrés d’une façon sensiblement égale, et enfin, actuellement, c’est le microbe de Weichselbaum seul que l’on isole des cas de méningite cérébro-spinale (Netter).

Le méningocoque de Bonome est constitué par un coccus isolé, réuni en diplocoque ou en courte chaînette, encapsulé dans les milieux favorables ou dans les exsudais, restant coloré après la réaction de Gram.

Sur gélose et en bouillon, il présente les mêmes caractères de culture que le pneumocoque; seulement les chaînettes prédominent. Contrairement au pneumocoque, ce microbe pousse sur gélatine (Chantemesse, Bezançomet GViffon), ce qui le rapproche du streptocoque.

Il pousse dans le lait, avec ou sans coagulation, et ne se développe pas sur pomme de terre.

Le milieu qui permet de le diagnostiquer est le sérum non coagulé de lapin, où il se développe en diplocoques, en chaînettes et en amas (ce qui le distingue du pneumocoque qui pousse toujours en diplocoques), ou le sérum de sang humain, où il pousse spontanément agglutiné (Bezançon et Griffon) ; le milieu de conservation est le sang gélosé (Bezançon et Griffon).

Il est pathogène pour la souris, qu’il tue rapidement après inoculation sous-cutanée, comme le pneumocoque.

PourM. Netter, le méningocoque de Bonome ne serait qu’une espèce atténuée du pneumocoque.

On trouve d’ailleurs aussi, dans le pus de la méningite cérébrospinale, des espèces banales, telles que le pneumocoque, le streptocoque, le staphylocoque.

Gonocoque.

Le gonocoque a ôté décrit pour la première fois par Neisser.

Morphologie. — Sur une préparation colorée par le bleu de Kühne ou le violet phéniqué, le gonocoque apparaît soit libre entre les.

Fig. 289. — Préparation de pus blermorrhagique.

cellules du pus, soit le plus souvent dans l’intérieur même de ces cellules, au voisinage du noyau, ou entre les divers segments du noyau des leucocytes polynucléaires.

Il se présente comme un diplocoque dont chaque élément n’est pas régulièrement arrondi, mais présente un aspect réniforme. Les deux éléments se regardent par leur partie excavée. Le volume des grains est variable de 1 p de long environ à 0 p, 8 de large.

Le diplocoque libre ou contenu dans l’intérieur des cellules est rarement isolé; il est le plus souvent groupé en-amas.

Le gonocoque se reproduit par scissiparité, on ne lui connaît pas de spores.

GONOCOQUE 629

Dans les cultures, le gonocoque a souvent un aspect moins caractéristique, en amas.

Le gonocoque se colore bien par les diverses couleurs d’aniline, il ne prend pas le Gram (G. Roux).

Cultures. — Le gonocoque est un microbe aérobie, il ne se développe bien qu’à une température voisine de 37 degrés.

Les milieux usuels ne permettent qu’exceptionnellement son développement, il est nécessaire d’employer des milieux spéciaux.

Wertheim a montré que le gonocoque se développait bien sur un mélange de sérum humain et de gélose. Pratiquement, on se sert de tubes dans lesquels on ajoute, à deux parties de gélose fondue et maintenue à quarante degrés, une partie de sérum humain ou plus simplement de liquide d’ascite. On mélange et on laisse refroidir les tubes en les, maintenant inclinés : la gélose, en se solidifiant, emprisonne le sérum.

Le gonocoque se développe sous forme de colonies transparentes à centre un peu blanchâtre qui, lorsqu’elles confluent, forment une bande grisâtre.

Le milieu de Pfeiffer, gélose enduite de sang humain, donne également de bons résultats. Il en est de même du sérum de lapin, coagulé par la chaleur, qui, d’après J. de Christmas, permet la culture rapide du gonocoque. F. Bezançon et V. Griffon, M. Sée ont préconisé récemment le sang gélosé.

Le mélange de bouillon (1 partie) et de liquide ascitique (2 parties) permet également son développement.

Vitalité. — La vitalité est faible, le microbe meurt au bout d’une à deux semaines si la culture n’est pas réensemencée. La vitalité est beaucoup plus considérable sur sérum de lapin coagulé et surtout sur '•sang gélosé.

L’inoculation aux animaux a été jusqu’ici négative; par contre, Bockard, Botsaï, Bumm, Wertheim, Menge, Finger ont reproduit la blennorragie, en inoculant à l’homme des cultures du microbe.

Dans le bouillon additionné de sérum, dans [lequel a cultivé le gonocoque, se produirait, d’après de Christmas, un produit toxique ■qui, inoculé dans l’urèthre de l’homme, détermine un écoulement de pus abondant.

Cette toxine, inoculée à faible dose dans la substance cérébrale des animaux, amène rapidement la mort. La gonotoxine serait une toxine

soluble, et non le résultat d’une diffusion de toxine des corps morts des gonocoques; elle ne serait pas dialysable.

Le gonocoque n’est pas un saprophyte de l’urèthre. Il est le microbe de la blennorragie de l’homme (uréthrite, orchite) et de la femme (vaginite, métrite, salpingite et même péritonite).

Le gonocoque. est dans le plus grand nombre des cas (vingt-cinq sur vingt-sept, Yeillon et Hallé) l’agent de la vulvo-vaginite des petites filles; il est la cause de la plupart des cas d’ophtalmie purulente des nouveau-nés.

On l’a rencontré dans un certain nombre de cas d’arthrites blennorragiques (Petrone, Kœmmerer, etc.).

On l’a enfin retrouvé dans un certain nombre de complications viscérales de la blennorragie, pleurésie, endocardite. MM. Rendu et Hallé en ont donné récemment une observation absolument démonstrative.

Micrococcus tetragenes.

Signalé pour la première fois, en 1881, par Koch, dans les crachats des phtisiques, le M. tetragenes fut bien étudié par Gaffky.

Morphologie. — Dans les exsudats pathologiques ou le sang des animaux infectés,, le microbe apparaît tantôt sous forme de coccus, tantôt de diplqcoque, tantôt enfin de tétrade; ces divers éléments, de taille relativement volumineuse, sont entourés d’une capsule de contour assez irrégulier (Teissier). Cette capsule se colore assez facilement, soit par la solution hydro-alcoolique de violet, soit par le violet d’Ehrlich (dans ce dernier cas ii faut faire une légère décoloration par l’huile d’aniline).

Dans les cultures, le M . tetragenes apparaît souvent sous forme de grain isolé de 0 p., 6 à 0 p., 7 ; ou bien de double grain, tantôt par trois ou par tablettes de quatre éléments. Les grains sont fréquemment de volume irrégulier. Souvent la forme en tétrade manque; on peut toujours s’assurer qu’il s’agit d’une forme en tétrade, en cultivant le M. tetragenes dans le sérum liquide de lapin ; ii y apparaît sous forme de tétrade nettement encapsulé (F. Bezançon et V. Griffon).

Cultures. — En cultures aérobies à 37 degrés, le tétragène se développe bien dans les divers milieux usuels.

Le bouillon se trouble légèrement et il se fait un dépôt crémeux.

Sur gélose, la culture se montre sous l’aspect d’un enduit d’abord

MfCROCOCCUS TETRAGENES

opalescent, puis blanchâtre, vernissé, crémeux, très visqueux, s’étirant au fil de platine. Vers le quatrième jour apparaissent, d’après Teissier, sur le fond uniforme, des petits points formant un piqueté blanc.

Sur gélatine en piqûre, il se développe quelques granulations dans la profondeur et à la surface un gros bouton blanc , bombé.

La gélatine n’est pas liquéfiée.

Le lait n’est pas coagulé.

Sur pomme de terre se développe un dépôt blanchâtre.

Fis. 290. — Préparation de pus à micrococcus tetragenes.

La vitalité est considérable, jusqu’à six mois; la virulence s’atténue par les cultures et varie selon les échantillons.

Inoculation aux animaux. — L’inoculation à la souris détermine un peu d’induration locale, et la mort en deux à trois jours par septicémie; on trouve alors d’innombrables tétrades encapsulés dans le sang.

L’inoculation sous la peau du cobaye ou du lapin détermine de gros abcès à évolution froide, d’aspect caséeux (Teissier).

L’inoculation dans le péritoine donne de même une péritonite à pus très. épais, grumeleux.

Le lapin est plus résistant.

Les cultures chauffées à 60 degrés, d’après Teissier, ne sont™, pyogenes, mais favorisantes. ’ ont Pas

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