II.— BACILLES ET VIBRIONS
Bacterium coli commune (colibacille).
Le colibacille a été décrit pour la première fois, en 1884, par Escherich.
Morphologie, v- Le colibacille est un microbe très polymorphe : il se présente le plus souvent sous l’aspect d’unbâtonnet de 2 à 6 p, de long, à extrémités arrondies ; mais on peut, dans la même culture, trouver des formes courtes, coccobacillaires ou de véritables filaments. . „
Le colibacille est mobile : cette mobilité tient à la présence de six à liuit flagella situés aux deux extrémités; elle est en général moindre -que celle du bacille d’Eberlh et peut même manquer.
Le colibacille se colore facilement par les diverses couleurs d’aniline; celles-ci laissent parfois incolore le centre du bacille, qui prend ainsi un aspect en navette. Il ne prend pas le Gram .
Cultures. — Microbe anaérobie facultatif, le colibacille se développe ■sur tous les milieux usuels et à toutes températures.
Il détermine un trouble abondant et rapide du bouillon, à la surface duquel se produit souvent une mince pellicule; très rapidement le bouillon s’éclaircit légèrement et il se produit un dépôt floconneux au fond du tube de culture.
Sur gélose inclinée, il détermine des colonies qui par confluence
forment une bande tantôt opaque, tantôt blanche et opaque au centre, irisée et à bords frangés à la périphérie, tantôt presque entièrement transparente.
Si à la gélose liquide on a ajouté une solution aqueuse saturée de fuchsine, et si à la surface de cette gélose refroidie on ensemence du colibacille, on voit la gélose se décolorer, tandis que la traînée d’ensemencement devient rouge.
Sur gélatine, la culture présente des caractères identiques, le milieu n’est pas liquéfié.
Sur gélatine en plaques, il se forme des colonies qui sont le plus souvent arrondies, de couleur jaune brun et opaques, mais qui peuvent dans certains cas être étalées, transparentes et ressembler aux colonies développées par la culture du bacille d’Eberth.
Ensemencé sur pomme de terre, le colibacille détermine la formation de colonies grisâtres, puis brunes. D’après Peré, sur la pomme de terre nouvelle, le colibacille ne produit qu’une colonie à peine visible.
Le colibacille, ensemencé dans le lait, le coagule en vingt-quatre ou quarante-huit heures; dans certains cas il faut chauffer le tube à 100 degrés pour avoir la coagulation. Cette coagulation tient à la transformation du sucre de lait, du lactose, en acide lactique. La fermentation du lactose est facilement décelée si l’on cultive (Chantemesse et Widal) le colibacille dans du bouillon additionné de -2 pour 100 de lactose et de carbonate de chaux; il se produit, au bout de vingt-quatre heures de séjour à l’étuve, à la surface du tube, une collerette de fines bulles de gaz.
Le colibacille fait aussi fermenter le glycose, le lévulose.
Le colibacille détermine la formation de l’ammoniaque dans les solutions de peptone;. il forme également dans ces conditions de l’indol. Pour déceler la. présence de l’indol, on ajoute à 10 centrmètres cubes de culture .1 centimètre cube d’une solution de nitrite de potasse à 1/5000 et quelques gouttes d’acide sulfurique pur ; le liquide prend alors une coloration rouge ou rose. La réaction de l’indol est inconstante.
Le colibacille pousse sur les milieux de culture sur lesquels on a laissé développer déjà le bacille d’Eberth, si l’on a soin de racler la surface du tube de culture et de la débarrasser des colonies préexistantes (Chantemesse et Widal, Wurtz).
Vitalité. — La vitalité du colibacille est extrême; il supporte pendant plusieurs heures la chaleur sèche de 58 degrés, mais ne
BACTERIOM COLI COMMUNE
résiste pas, en tubes capillaires, plus d’une minute à la température de 80 degrés (Chantemesse et Widal).
Inoculation aux animaux. — Le colibacille présente une virulence très variable : le colibacille de l’intestin normal peut être injecté impunément dans la veine de l’oreille du lapin àla dose de 1 centimètre cube de culture en bouillon ; cette dose de 1 centimètre cube doit toujours être employée pour avoir des résultats comparatifs (Macaigne).
Le lapin est l’animal de choix.
L Inoculation sous-cutanée d’un colibacille virulent s’accompagne d’une infection générale par le microbe. Les lésions sont surtout accentuées au niveau du tube digestif : catarrhe intestinal, gonflement des plaques de Peyer, hémorragies, gonflement de la rate.
L’inoculation dans les veines détermine des lésions identiques;, elle s’accompagne dans certains cas de paraplégie flasque, à type suraigu ou à type subaigu (Gilbert et Lion, Gombault, Thoinot et Masselin).
L’inoculation de dose faible ou de culture moins virulente ne détermine la mort qu’en huit à quinze jours, avec des lésions hépatiques, très intenses, sans qu’on retrouve le microbe dans les viscères.
L’inoculation d’un microbe atténué peut amener la formation: d’abcès.
L’inoculation dans la plèvre s’accompagne de double pleurésie-, séreuse ou séro-purulente avec mort rapide; l’inoculation dans lepéritoine, de péritonite exsudative : dans ces deux cas, le microbe se généralise rapidement dans l’organisme.
Le cobaye et la souris sont très sensibles à l’action du colibacille et présentent des lésions identiques à celles du lapin.
Toxines du colibacille. — L’inoculation de cultures filtrées de colibacille, à la dose de 37 à 94 centimètres cubes, dans l’oreille du lapin détermine, d’après M. Gilbert, des phénomènes d’intoxication caractérisés par trois phases : une première phase d’affaiblissement, musculaire, allant jusqu’à la résolution complète* avec tremblement, fibrillaire, mydriase, anesthésie cutanée et sensorielle, somnolence progressive aboutissant au coma; une deuxième phase de phénomènes convulsifs, de nystagmus, d’hyperexcitabilité réflexe cutanée et sensorielle ; une troisième phase de myosis et de contracture tétanique généralisée qui se poursuit jusqu’à la mort.
. L’inoculation de faible dose de filtrat s’accompagne des phéno-
636 notions élémentaires sur les baciéries
mènes des deux premières périodes, puis, soit de guérison, soit de diarrhée, avec amaigrissement et cachexie progressive.
Les toxines de colibacilles amènent la mort en hypothermie (Boix).
Sérothérapie. — En inoculant, soit des cultures vivantes, soit de petites doses de filtrats de macérations d’organes d’animaux morts d’infections colibacillaires, MM. Albarran et Mosny ont réussi à vacciner des lapins et des chiens. Le sérum de ces animaux a des propriétés préventives et curatives.
Variétés du colibacille.
Il existe un certain nombre de variétés de colibacilles qui diffèrent p’rs ou moins du type normal.
Achard et J. Renault ont décrit cinq types : A, type normal; B, ne donne pas la réaction de l’indol; C, ne donne pas la réaction de l’indol, fait peu fermenter le lactose, coagule tardivement le lait; D, fait de l’indol, fait fermenter le lactose, coagule le lait, mais ne pousse pas sur les cultures de A; E, ne fait pas d’indol, ne fait pas fermenter le lactose, ne coagule pas le lait à froid, mais à chaud.
Gilbert et Lion ont repris cette étude des divers typés, qu’ils désignent sous le nom de paracolibacilles.Aux variétés précédentes, on peut, d’après ces auteurs, ajouter un type, dont le caractère principal est Y immobilité. Il présente d’ailleurs deux sous-variétés : l’une donne des colonies opaques sur gélatine en plaque et de nombreuses bulles de gaz sur la pomme de terre : c’est le bacille lactique de Pasteur, le Bacillus.làctis aerogenes ; l’autre donne des colonies transparentes sur la gélatine; cette dernière a été trouvée dans plusieurs cas d’endocardite infectieuse (Gilbert et Lion, Girode). Le microbe inoculé aux animaux leur donne de l’endocardite, de l’aortite et de la méningite. Le bacille de la diarrhée verte (Clado, Lesage) ne serait qu’une variété chromogène du colibacille.
Le bacille de la psittacose, décrit par M. Nocard et par MM. Gilbert et Fournier, mérite d’être rapproché du colibacille.
Les caractères morphologiques sont les mêmes ; mais sa mobilité est extrême, semblable à celle du bacille d’Eberth; il a dix à douze cils, comme le bacille d’Eberth, mais ceux-ci sont plus fragiles et se détachent plus facilement.
Le bacille de la psittacose pousse sur tous les milieux à la tempé-
VARIÉTÉS DU COLIBACILLE
rature de la chambre; il ne fait pas fermenter le lactose, ne coagule pas le lait et ne donne pas d’indol, ce qui le rapprocherait du bacille d’Eberth ; mais, par contre, il donne des cultures jaunâtres sur pomme de terre, pousse comme le colibacille sur les cultures de bacilles d’Eberth préalablement raclées, se développe dans un même tube de bouillon avec le colibacille, est très pathogène pour la souris, enfin n’est -pas agglutiné par le sérum des typhiques à la manière du bacille
Fig. 291. — Préparation de colibacille (culture).
d’Eberth. Si l’agglutination à un dixième se produit, elle ne persiste pas dans les dilutions au quarantième, contrairement à ce qui se voit pour le bacille d’Eberth (Gilbert et Fournier, Widal et Sicard).
Ce bacille détermine chez les psittacés, perruches, perroquets, des épizooties qui deviendraient la source d’infections humaines, considérées d’abord comme des pneumonies infectieuses. Le bacille de la psittacose a été trouvé par MM. Gilbert et Fournier dans le sang du cœur d’une femme morte de psittacose.
Races par l’agglutination. — Durham a vu que le sérum d’un animal immunisé par un échantillon de colibacille agglutine cet échantillon, mais n’agglutine pas ou n’agglutine que faiblement les autres. M. Achard a fait une constatation analogue dans un cas. MM. Widal et
Nobécourt ont montré, par des mensurations exactes du pouvoir agglutinatif des sérums, que les divers échantillons de colibacilles recueillis .chez un homme sain ou malade, malgré leur aspect de similitude, sont •complètement distincts.
Pour M. Nobécourt, l’agglutination ne. permet pas de caractériser une race spéciale de colibacille particulière aux infections gastrointestinales aiguës d’été des jeunes enfants. Contrairement à l’opinion •de M. Lesage, le sérum de chaque enfant n’agglutine que le colibacille retiré des selles du malade et non le colibacille retiré d’un cas voisin.
.Habitat normal et manifestations pathologiques. — Le eoliibacille apparaît dans le tube digestif dès les premières heures de là vie; fréquent dans la bouche (vingt-cinq fois sur soixante-cinq examens, <Grimbert et Choquet), il devient constant dans l’intestin grêle et surtout dans le gros intestin. Le colibacille qui vit chez l’homme sain n’est pathogène qu’à dose considérable.
Les lésions dues au colibacille sont extrêmement variées : abcès de l’amygdale (associé au streptocoque, Widal), amygdalite pseudo-membraneuse chronique (Lermoyer et Barbier), mais surtout lésions intestinales.
Le colibacille est l’agent très fréquent, mais non exclusif, de la plupart des entérites légères et graves de l’adulte et de l’enfant (Lesage), du choléra nos tras (Ménétrier, Gilbert et Girode, Chantemesse). De l’intestin, le colibacille peut passer dans le péritoine, soit à la suite de perforation de l’intestin, soit à la suite d’étranglement herniaire, d’appendicite; dans le foie, par la circulation veineuse (abcès du foie) ou le plus souvent par les voies biliaires, dans la première partie desquelles il séjourne (cholécystite, angiocholite, abcès du foie, ictères infectieux, ictère grave).
Le colibacille est l’agent le plus ordinaire des infections urinaires. La bactérie septique de la vessie, trouvée par Clado chez les vieux urinaires, la bactérie pyogène de l’infection urinaire de MM. Albarran •et Hallé, a été identifiée d’une façon définitive au colibacille depuis les recherches de MM. Achard et Renault, Krogius, Reblaub. Le colibacille peut déterminer encore des infections génitales : métrites (Gilbert), salpingites (Gilbert et Lion); il a été observé dans certains cas d’infection puerpérale.
Le colibacille peut enfin déterminer des infections générales : septicémie, avec ou sans endocardite (Netter, Gilbert et Lion, Rendu),
BACILLE TYPHIQUE
méningite, méningo-myélite, complications pulmonaires (Sevestre et Lesage), pleurésie purulente (Widal).
C’est le microbe d’infection secondaire le plus habituel au cours de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, à la période réactionnelle du choléra.
Le colibacille est l’agent le plus fréquent des infections agoniques et cadavériques (Wurtz et Hermann, Achard et Phulpin).
Bacille typhique.
La fièvre typhoïde est causée par un bacille isolé par Eberth et décrit par Gaffky, Chantemesse et Widal.
Morphologie. 44- Le bacille d’Eberth est un bacille court, de longueur variable, 2 p environ, quelquefois plus long; sa largeur est de 0 p, 3 à 0 p, 5 ; ses extrémités sont en général arrondies; examiné à l’état vivant sans coloration, il se montre doué de mouvements très actifs, mouvements d’oscillation et de véritable reptation. Coloré par lés diverses couleurs d’aniline, tantôt il se teint uniformément, tantôt il ne fixe la couleur qu’à ses deux extrémités, tandis, que le centre reste clair; l’aspect est alors celui d’une navette. L’espace clair central n’a pas les réactions des spores, on peut le considérer comme une sorte de vacuole. Traité par la méthode de Gram, le bacille se décolore. La mobilité du bacille est due à la présence sur chaque partie latérale de six cils vibratiles.
Cultures. — Le bacille d’Eberth est un microbe anaérobie facultatif ; on l’étudie d’ordinaire en cultures aérobies.
Bouillon: Le bouillon ensemencé et mis à l’étuve à 37 degrés trouble en vingt-quatre heures ; lorsqu’on l’agite, il prend un aspect moiré ; dans certains cas, il se fait un léger voile à la surface du tube et un petit dépôt à la surface ; les bacilles, dans ce cas, peuvent apparaître en amas.
. Eau peptonée à 3 pour 100 : Mêmes caractères.
Gélose : Ensemencé en strie sur gélose, il donne des colonies blanchâtres, dont les bords sont souvent translucides et à reflets bleutés.
Gélatine en piqûre, à 22 degrés : Il se forme le long du trait d’ensemencement des colonies grisâtres; à la surface, ces colonies s’étalent davantage; la gélatine n’est pas liquéfiée.
Gélatine en plaques à 22 degrés : Les colonies n’apparaissent qu’au bout de quarante-huit heures, sous forme de colonies transparentes, réfringentes, à contours irréguliers polycycliques; leur surface présente des sillons et des imbrications et l’ensemble donne l’aspect dit : en montagne de glace.
Milieux de diagnostic. — Les caractères que présente le bacille d’Eberth sur les divers milieux précités ne sont pas suffisants pour qu’on puisse le différencier nettement du colibacille, et il est nécessaire de cultiver le microbe sur des milieux spéciaux.
Pomme de terre, à 37 degrés : Au bout de quarante-huit heures, la surface de la pomme de terre semble recouverte d’une membrane mince et lisse, transparente, adhérente comme un vernis.
Le bacille d’Eberth qui a séjourné longtemps dans les laboratoires, ensemencé sur pomme de terre, donne quelquefois des colonies qui sont de couleur jaunâtre, comme celles que détermine le colibacille. Ce milieu ne peut donc pas servir à lui seul au diagnostic du bacille d’Eberth. On devra toujours, comme l’ont conseillé MM. Chantemesse et Widal, rechercher les réactions suivantes :
1° Le bacille d’Eberth ne coagule pas le lait.
2° Le bacille, ensemencé dans des tubes de bouillon additionné de 2 pour 100 de lactose et d’un peu de craie et mis à l’étuve à 37 degrés* ne donne pas lieu à la production de bulles de gaz; il ne fait pas fermenter le lactose.
3° Le bouillon dans lequel le bacille d’Eberth a poussé ne renferme pas d’indol ; si l’on ajoute à cette culture 1 centimètre cube de solution de nitrite de potasse à 1 pour 5000 et quelques gouttes d’acide sulfurique pur,ilnese produit pas la réaction rose indiquant la présence de l’indol.
4° Le bacille d’Eberth, mis au contact de sérum d’individus, atteints de fièvre typhoïde, dans la proportion d’une goutte de sérurq pour quarante de bouillon, est agglutiné, c’est-à-dire immobilisé et. réuni en amas : réaction de Widal.
Citons encore parmi les autres caractères :
Le bacille d’Eberth ne se développe pas à nouveau sur un tube de-, gélatine sur lequel s’est déjà développée une culture de bacille d’Eberth. La gélatine a été comme vaccinée. Le colibacille s’y développe bien au contraire (Chantemesse et Widal, Wurtz).
Le. bacille d’Eberth ne rougit pas la gélose lactosée, additionnée de quelques gouttes de teinture de tournesol (Wurtz).
Le bacille d’Eberth est détruit lorsqu’il est soumis en tubes capillaires à une chaleur de 60 degrés (Chantemesse et Widal).
BACILLE TYPHIQUE
Séro-diagnostic de la fièvre typhoïde (Widal). — Pour faire le sérodiagnostic, on emploiera la technique suivante : ayant recueilli par piqûre du doigt quelques gouttes de sang, on laisse se produire le caillot et se faire la transsudation du sérum ; on prend alors une goutte de sérum et dix gouttes de culture jeune de bacille d’Eberth en bouillon, on les mélange dans un verre de montre et l’on prend une goutte du mélange que l’on examine au microscope entre lame et lamelle. La réaction est tantôt instantanée, tantôt ne se produit qu’au bout d’une demi-
Fig. 292. — Préparation de bacille d’Eberth (culture en bouillon].
heure environ. On voit alors les bacilles agglutinés, présentant un aspect en îlots d’archipel, avec de grands vides dans l’intervalle. La réaction agglutinante est constante (Widal et Sicard); elle apparaît dès les premiers jours de l’infection et persiste de nombreuses années après celle-ci.
Le sang desséché dissous dans un peu d’eau stérile peut servir à la réaction (Widal et Sicard).
Celle -ci peut encore sé produire si l’on met en contact le sérum typhique et une culture de bacilles tués par le formol; les bacilles tués sont agglutinés (Widal et Sicard).
La réaction observée, il faut faire la mensuration du pouvoir agglutinatif, étudier l’action d’une goutte de sérum sur vingt, quarante, cent gouttes de bouillon de culture.
Pratiquement, on considère qu’un malale est atteint de fièvre
CORNIL ET RANVIER. — I.
typhoïde quand une goutte de son sérum agglutine cinquante gouttes de bacille d’Eberth. Pour cette mensuration, il faut se servir de gouttes de culture et de sérum d’égal volume : le procédé suivant (Widal et Sicard) permet d’accomplir exactement la technique : on prend un tube de verre de 20 centimètres de long, on le bouche à l’ouate aux deux' extrémités; on étire à la flamme la partie moyenne, sans séparer les deux pipettes ainsi obtenues; on casse la partie effilée en son milieu, et l’on a ainsi des pipettes donnant des gouttes d’égal calibre.
Le phénomène de l’agglutination peut encore être vérifié par le procédé suivant (Widal et Sicard) ; ce procédé est plus lent ; il exige l’emploi d’un sérum rigoureusement pur : dans un tube contenant 6 à 10 centimètres cubes de bouillon, on ajoute dix gouttes de sérum et l’on ensemence avec une trace de culture de bacille d’Eberth. On place ensuite le tube à l’étuve à 37 degrés; au bout de dix-huit heures environ, le bouillon apparaît absolument clair, les microbes étant réunis en flocons au fond du tube; cet examen à l’œil nu doit être cpmplété par l’examen au microscope, qui montre que les flocons sont constitués par des amas de bacille d’Eberth.
Toxine typhique. — M. Sanarelli a utilisé, pour la production de la toxine, le virus exalté par injections simultanées à l’animal de bacille d’Eberth et de cultures stérilisées de colibacille. Il cultive ensuite le bacille dans du bouillon glycériné à 20 pour 100 et le maintient à l’étuve à 37 degrés pendant un mois, puis le stérilise par la chaleur et le laisse encore huit mois à macérera 37 degrés; il ferme alors le tube à la lampe et le porte pendant quelques jours à 60 degrés. Cette toxine, injectée sous la peau du lapin, tue l’animal à la dose de 10 centimètres cubes par kilogramme d’animal. Le cobaye est plus sensible encore. Le singe de même.
M. Chantemesse a obtenu une toxine plus active en cultivant le bacille (exalté par la culture dans un sac de eollodion enfoui dans le ‘péritoine d’un cobaye) dans du bouillon fabriqué en faisant digérer delà rate dans un milieu acide, à l’aide de la pepsine d’un estomac de porc. En cinq à six jours, on a une toxine soluble très active, dont les effets se font sentir d’abord sur le système nerveux (moelle, cerveau, centres bulbaires et cardiaques).
Le sérum des animaux ayant reçu, soit des cultures stérilisées par la chaleur (Chantemesse et Widal, Sanarelli), soit des doses progressives de toxine du virus exalté (Chantemesse), prend des propriétés préventives et curUives.
BACILLE TYPHIQUE
Inoculation aux animaux. — Les animaux ne prennent pas spontanément la fièvre typhoïde. Les recherches de E. Frænkel et Simmonds, de A. Frænkel montrent que les cultures de bacille d’Eberth sont nocives pour les animaux, sans reproduire d’ailleurs de lésions comparables à la fièvre typhoïde de l’homme.
Les premières recherches de Ghantemesse et Widal montrent que l’inoculation de doses considérables du virus à la souris et au cobaye déterminent le plus souvent une septicémie généralisée ; le lapin, plus résistant, peut présenter des ulcérations des plaques de Peyer et de la congestion des ganglions. Cygnœus, après inoculation directe dans le duodénum, obtient des résultats identiques.
Exaltant la virulence du bacille d’Eberth par des procédés différents, dans deux mémoires parus en même temps, M. Sanarelli d’une part, MM. Chantemesse et Widal d’autre part, parviennent à réaliser., chez les animaux, une infection mortelle cyclique : M. Sanarelli exalte la virulence du bacille d’Eberth en inoculant à la fois aux animaux des cultures stérilisées de colibacille et des cultures vivantes du bacille d’Eberth; après une série de passages par l’organisme du cobaye, il finit par obtenir un virus fixe qui, inoculé dans le péritoine de l’animal, détermine une légère réaction fébrile, bientôt suivie d’hypothermie : l’intestin, rempli de liquide diarrhéique, présente de petites hémorragies et de la tuméfaction des plaques de Peyer.
MM. Chantemesse et Widal exaltent la virulence du bacille d’Eberth en inoculant d’abord aux animaux, en même temps que le bacille, des cultures stérilisées de streptocoque. Ils obtiennent ainsi, après une série de passages, un virus fixe, qui, inoculé dans le péritoine, est capable à lui seul de déterminer la mort des animaux.
La courbe thermique est toujours la même : fièvre pouvant atteindre 40 degrés, puis hypothermie ; à l’autopsie, péritonite, distension de l’intestin, tuméfaction des plaques de Peyer, généralisation du bacille dans les divers viscères.
L’inoculation sous la peau de virus moins actif détermine la formation de pus ; les animaux meurent cachectiques en huit à quinze jours.
Dans des travaux récents, MM. Chantemesse et Ramond d’une part, M. Remlinger d’autre part, ont serré le problème de plus près et sont parvenus à déterminer une véritable fièvre typhoïde^ Expérimentale. D’après M. Chantemesse, le singe macaque, soumis à l’antisepsie intestinale, qui absorbe pendant trois ou quatre jours une petite quantité de bacille d’Eherth pris sur une culture fraîche et très
virulente, meurt après avoir présenté de la fièvre, de l’anorexie, par* fois de la diarrhée, puis de l’hypothermie. A l’autopsie, congestion, hémorragie, exulcération de la tunique muqueuse de l'intestin grêle dans sa portion terminale, et surtout du cæcum; les ganglions mésentériques sont hypertrophiés, la rate tuméfiée et semée de foyers de bacille d’Eberth en amas.
MM. Ghantemesse et Ramond sont parvenus à un résultat identique chez le lapin, surtout chez les jeunes animaux : ils modifient Fétat de réceptivité de l’animal, en lui faisant subir une sorte « d’humanisation », en lui injectant pendant trois semaines de l’urine humaine ou du sérum humain. L’animal étant ensuite soumis à la diète, on lui inocule dans le péritoine du laudanum et on le soumet pendant trois jours à l’ingestion] répétée, au moyen de la sonde, de culture virulente : l’animal bientôt a de l’anorexie, de la diarrhée et de la fièvre légère ; il maigrit, puis, du huitième au dixième jour, la fièvre s’élève brusquement à 40 degrés et au-dessus, se maintient à ce degré pendant une quinzaine de jours, puis s’abaisse, et la guérison se produit. La séro-réaction de Widal apparaît vers le neuvième jour ; le pouvoir agglutinant du sérum est quelquefois considérable. A l’autopsie des animaux, on trouve de l’hypertrophie delà rate et des ganglions, de la tuméfaction et quelquefois, mais rarement, des ulcérations des plaques de Peyer. Les lésions histologiques de ces organes rappellent celles de la fièvre typhoïde.
M. Remlinger, à la même époque, faisant ingérer à des lapins et au rat blanc des aliments arrosés avec de grandes quantités de cultures fraîches de bacilles d’Eberth pendant cinq à six jours, a pu déterminer des symptômes et des lésions de même nature. MM. Lépine et Lyonnet, chez le chien, après injection de cultures fortes dans une anse intestinale et isolée par le procédé de Théry, ont vu se produire des accidents de même sorte.
Manifestations pathologiques. — Le bacille d’Eberth est constant dans les cadavres des typhiques. Chantemesse et Widal ont pu l’isoler onze fois sur douze autopsies ; Frænkel et Simmonds vingt-cinq fois sur vingt-neuf. Il n’est guère d’organes dans lesquels il n’ait été rencontré.
La présence du colibacille peut gêner la recherche et même, dans quelques cas, masquer la présence du bacille d’Eberth. L’isolement du bacille reste, en effet, très difficile lorsqu’il se trouve associé à d’autres microbes, en particulier au colibacille. L’emploi du milieu d’Efsner a
BACILLE TYPHIQUE
apporté un léger perfectionnement à cette technique difficile (1).
Sur le vivant, le bacille d’Eberth a pu être isolé par ponction de la rate (Philippowicz, Lucatello, Chantemesse et Widal).
11 n’a été retrouvé qu’exceptionnellement dans le sang circulant.
Il se retrouve dans les matières fécales et dans les urines, mais l’isolement en est extrêmement difficile.
Sa persistance dans l’organisme après la période d’infection peut être considérable; Chantemesse et Widal l’ont retrouvé dans le pus d’abcès survenus quinze mois après la lièvre typhoïde.
La fièvre typhoïde n’est pas la seule manifestation de l’infection éberthienne; Vaillard et Vincent ont rapporté une observation de septicémie éberthienne et streptocoecique, sans lésion intestinale. L’association du bacille d’Eberth au bacille de Koch a été aussi signalée (Kiener et Villard, Babès et Kalindero, Porta et Villard).
Le bacille d’Eberth peut vivre à l’état de saprophyte dans le tube digestif de l’homme. Lôsener, Remlinger et Schneider ont signalé sa présence dans les matières fécales de l’homme sain.
Proteus vulgaris (Hauser).
Morphologie. — Le Proteus vulgaris est un microbe polymorphe formé par des bâtonnets de 0p,6 d’épaisseur et de longueur très variée ; parfois on ne trouve que des microbes ronds, ou, au contraire, on a affaire à des filaments allongés ou à des spirilles. Les formes d’involution sont fréquentes. Le Protêts est un microbe mobile. Le Proteus vulgaris se colore par la méthode de Gram, à condition que l’on ne pousse pas très loin la décoloration par l’alcool.
Cultures. — Le Proteus est un microbe anaérobie facultatif : cultivé sur gélose , il donne des colonies grisâtres glaireuses abondantes. Il trouble le bouillon, dans lequel se produit bientôt un précipité abondant. Les cultures sur ce milieu dégagent de l’ammoniaque ou de l’hydrogène sulfuré. Dans les milieux peptonés, il donne naissance à de l’indol.
Sur pomme de terre, il donne une culture d’un blanc sale.
(I) Milieu d’Elsner. — Faire macérer 500 grammes de pommes de terre dans 1 litre d’eau, passer au tamis, décanter, ajouter 150 grammes de gélatine.
A ce milieu très acide ajouter 30 centimètres cubes environ de la solution de soude normale, de façon qu’il reste légèrement acide.
Au moment de se servir de la gélatine, ajouter à chaque flacon de 100 grammes 1 gramme d’iodure de potassium.
m NOTIONS ÉLÉMENTAIRES SUR LES BACTÉRIES
Le lait n'est pas coagulé ; le sucre de lait n’est pas transformé en acide lactique. Pour Bodin, le lait serait coagulé, mais le caillot se redissoudrait rapidement.
Les cultures sur gélatine sont caractéristiques. Le Proteus liquéfie rapidement la gélatine. Sur plaques de culture, autour du point liquéfié, la gélatine offre un bord saillant en escaliers; autour de ce bord, on voit des prolongements en languettes qui envahissent la
Fig. 293.— Préparation de Proteus vulgaris (culture en bouillon).
gélatine, se déplacent et s’avancent, soit en rayonnant, soit en formant des'cercles.
La. gélatine ensemencée en piqûre est de même rapidement liquéfiée.
Inoculation aux animaux. — Le Proteus est pathogène pour le cobaye et le lapin; inoculé sous la peau, il détermine des abcès putrides; inoculé à doses massives, il détermine la mort par une sorte d’intoxication traduite parfois par de la diarrhée, de la dyspnée (Lannelongue et Achard).
Inoculé dans le cholédoque du chien et du lapin, il détermine des angiocholites catarrhales ou suppurées avec hypothermie (Gouget).
Habitat normal et manifestations- pathologiques. — Le Proteus est un microbe de l’intestin normal (Hauser); il pullule dans les
PNEUMOBACILLE
selles des cadavres et tend à y remplacer le Bacterium coli au bout de quelques jours; il est susceptible, par suite, d’envahir les viscères pendant la période agonique ou cadavérique. D’après Feltz, la fréquence du Proteus a été très exagérée et il ne se retrouve pas le plus souvent dans l’intestin normal.
Le Proteus joue un rôle dans la putréfaction de la viande; on l’a trouvé en abondance dans certains cas de diarrhée (Baginskv, Booker, Lesage, Bar et Renon), en particulier dans certains cas de choléra infantile (Macé et Mouginet, Maggiora), dans certaines formes de dysenterie (Bordoni-Uffreduzzi). Certains accidents de botulisme peuvent être rattachés à ce microbe ou à ses produits de' sécrétion.
Le Proteus peut infecter les voies biliaires, déterminer certains ictères infectieux (Banti), même certains cas d’ictères graves (Bar et Rénon) et de la cholécystite suppurée (F. Bezançon).
Le Proteus peut enfin déterminer certaines infections putrides : phlegmons, pleurésie putride (Charrin), méningites putrides et abcès mastoïdiens (Lannelongue et Achard). Il a été trouvé associé au staphylocoque dans certains cas d’infection puerpérale, de gangrène pulmonaire, d’œdème malin, etc. Lion, enfin, a publié une observation d’hémoglobinurie mortelle due au Proteus.
Il existe plusieurs variétés de Proteus : le Proteus vulgaris ; le Proteus mirabilis , très semblable au précédent, qui liquéfie plus lentement la gélatine; le Proteus Zenkeri, qui ne liquéfie pas la gélatine et ne donne pas d’odeur putride dans les cultures, ne doit pas être rangé dans le groupe des Proteus.
Pneumobacille de Friedlænder.
Le pneumobacille de Friedlænder a été décrit, pour la première fois, par Friedlænder, en 1882.
Morphologie. — 1° Dans le sang et les exsudats pathologiques, il est caractérisé par des microbes ronds ou un peu ovoïdes, ou allongés en bâtonnets, mesurant en moyenne 0 p.,5 de large sur 1 pt. de longueur, disposés souvent par paire et plus rarement en chaînettes. Les éléments sont contenus dans une capsule, se colorent par les diverses couleurs d’aniline, mais ne prennent pas le Gram.
2° Dans les cultures, le pneumobacille ne présente pas de capsules; il apparaît sous des aspects variables : bacilles courts et
trapus, bacilles allongés, véritables filaments; ces éléments sont
immobiles.
Par sa forme et ses caractères de culture, il ressemble au Bacte rium coli, auquel on a voulu l’assimiler; il diffère cependant bien de ce dernier microbe, surtout par la présence de la capsule, et sa spécificité mérite d’être conservée. Pour le différencier du coli, il suffit d’inoculer la. culture à la souris, ou plus simplement (Bezançon et
Fig. 294. — Pneumobacille de Friedlænder (culture en sérum de lapin).
Griffon) de le cultiver en sérum liquide de lapin jeune. Sur ce milieu il présente, en effet, de très belles oapsules.
Cultures. — Il se cultive sur tous les milieux nutritifs. Sur la gélatine en tube, inoculée par piqûre, il se développe rapidement, en présentant à la surface de la substance nutritive une excroissance hémisphérique, saillante, tandis qu’au-dessous le canal dé la piqûre offre de petites colonies sphériques blanches; cette culture a donc la forme d’un clou à tête arrondie. La gélatine n’est pas liquéfiée.
Il trouble le bouillon, donne une strie grisâtre, épaisse, comme glaireuse, sur la gélose.
Sur la pomme de terre, on obtient une couche épaisse, jaunâtre, avec production de bulles de gaz. Il coagule le lait. Cette propriété ne