BACILLE DE PFEIFFER
serait pas constante d’après Denys et Martin; elle serait quelquefois tardive, d’après M. Grimbert.
L’injection de cultures pures de ce microbe dans le poumon et la plèvre détermine la production de pneumonies et de pleurésies, avec élévation de température, et souvent la mort chez les souris et les cobayes. Les exsudats et le sang contiennent les microbes capsulés. Le lapin, contrairement à l’opinion de Friedlænder, n’est pas réfractaire (Denys et Martin, Roger).
Habitat normal. et manifestations pathologiques. — Saprophyte banal de la bouche et [du mucus nasal, le pneumobacille a été considéré d’abord par Friedlænder comme le microbe de la pneumonie. Depuis les recherches de Talamon, de Frænkel, de Netter, on sait qu’il ne joue qu’un rôle secondaire dans l’évolution de cette maladie ; il est l’agent de certaines broncho-pneumonies (Weichselbaum), de pleurésies, méningites, otites purulentes (Netter), suppurations circonscrites, surtout périrénales, enfin de septicopyémies (Etienne). Son rôle dans les angines a été mis en évidence tout récemment par MM. Nicolle et Hébert.
C’est ce microbe ou un microbe analogue que Lœvenberg a isolé daiis l’ozène. D’après Lœvenberg,' le bacille de l’ozène doit être distingué -du pneumobacille, bien qu’il présente une .morphologie identique, parce que le coccobacille de l’ozène ne coagule pas le lait, que ses cultures sont odorantes et que les souris immunisées contre ce microbe ne le sont pas contre le pneumobacille. C’est encore lui que MM. Corail et Alvarez, Yon Tresch, Paltauf et Eiselsberg considèrent comme l’agent pathogène du rhinosclérome.
Bacille de Pfeiffer.
Pfeiffer a isolé des sécrétions pulmonaires de malades atteints de grippe et décrit un petit bacille qui semble devoir être considéré, bien qu’avec certaines réserves (1), comme l’agent pathogène de cette
(1) Le bacille de Pfeiffer, en dehors de la grippe, a été retrouvé en effet dans des broncho-pneumonies infantiles (dix cas de Meunier), la pleurésie purulente et l’ostéopériostite (Meunier) ; dans la méningite suppurée (Pfiihl, Walter, Hœdke, Cornil, Meu- ~ nier et Nobéeourt).
Enfin, tout récemment, M. Dujardin-Beaumetz l’a isolé des sécrétions de bronchitiques emphysémateux et tuberculeux; M. Elmassian dans la coqueluche.
Dans ces dernières observations, il s’agit d’un microbe ayant tous les caractères du bacille de Pfeiffer, mais qui est susceptible de se développer sur le milieu de Wertheim (gélose-ascite), alors que, d’après Pfeiffer, le bacille de l’influenza ne pousse que sur les milieux additionnés de sang.
maladie. Ce petit bacille ne se retrouverait pas dans le sang (Pfeiffer). D’autres auteurs (Canon en particulier) disant 1 avoir isolé dans ce •dernier milieu. Le bacille de Pfeiffer serait analogue à la diplobactérie •transparente de Babès et à une diplobactérie isolée par MM. Corail et Chantemesse dans le sang et les crachats des malades atteints de -grippe. \
Dans les crachats, à côté de très nombreux microbes d’infection -secondaire, streptocoque, pneumocoque, staphylocoque, etc., le bacille ■de la grippe apparaît, après coloration par le bleu de Kühne ou le
Fig. 293. — Préparation de bacilles de Pfeiffer dans des crachats.
rouge de Ziehl, sous forme d’un bâtonnet extrêmement fin, parfois groupé en diplobacille, dont les éléments très courts simulent des coccus; il ne se colore pas par la méthode de Gram.
Dans les cultures il peut prendre, outre la forme bacillaire, la forme de filaments.
Pour le cultiver, il faut, selon la méthode de Pfeiffer, ajouter à la gélose ou au bouillon du sang humain ou du sang de pigeon ou de lapin; on peut encore se servir de gélose hémoglobinée (Hüber) ou de sang gélosé (Bezançon et Griffon). Placé dans ces milieux à 37 degrés, il donne, sur la gélose sanglante, des colonies transparentes •assez semblables à celles du pneumocoque : ces colonies, extrême-
BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE
nient fines, ne confluent jamais. Sur bouillon additionné de sang ■défibriné, il détermine un léger trouble du milieu.
Sa vitalité est faible, il a besoin d’être réensemencé au bout d’une à deux semaines ; il est très sensible à la dessiccation. Inoculé par Pfeiffer au singe, il détermine chez cet animal de la dyspnée et de la fièvre.
Bactéridie charbonneuse.
Sous le nom de charbon, charbon bactéridien, on. comprend toutes les manifestations pathologiques déterminées par la bactéridie charbonneuse (Bacillus anthracis de Davaine). Découverte en 1850 par Rayer et Davaine, la bactéridie ne fut considérée comme le facteur de l’affection charbonneuse qu’en 1863, à la suite de nouvelles recherches fie Davaine. Les expériences de Pasteur, Chamberland et Roux, la découverte de la spore charbonneuse par Koch ont permis d’élucider tous. les problèmes de l’étiologie du charbon.
Morphologie. — La bactéridie charbonneuse présente un aspect un peu variable, selon le milieu où elle se développe : dans le sang des animaux charbonneux, on voit des bâtonnets droits, flexibles, transparents, immobiles, formés tantôt d’un segment unique, tantôt de plusieurs articles placés bout à bout et séparés par des cloisons transversales ; leur longueur moyenne est de 5 à 6 p.; leur largeur de 1 p. à 1 p, 5. Les bâtonnets se colorent facilement par les couleurs d’aniline, ils prennent le Gram. Ils semblent entourés d’une gaine hyaline et se reproduisent exclusivement par scissiparité.
Dans les milieux de culture à 37 degrés, la bactéridie se développe rapidement et apparaît sous l’aspect de filaments allongés plus ou moins enchevêtrés ; les filaments sont constitués par une gaine hyaline renfermant dans son intérieur une série de petits bâtonnets de longueur égale ; Ces bâtonnets sont plus courts que les bâtonnets observés dans le sang*
Dans ces filaments apparaissent de place en place des grains ovoïdes réfringents, qui ont toutes les propriétés des spores. Ces spores peuvent se voir en liberté lorsque le filament qui leur a ‘donné naissance s’est désagrégé. Dans les vieilles cultures, la bactéridie prend un aspect en boule, en fuseau, en poire (formes dites dévolution).
La bactéridie charbonneuse présente, dans ses caractères, une grande fixité : celle-ci n’est cependant pas absolue. La faculté de donner
des spores peut manquer. Les spores ne se forment que dans ie$ cultures soumises à une température oscillant entre 16 et 42 degrésau-dessus de 42 degrés, la spore ne se produit pas; mais il suffit de repiquer le microbe dans un milieu de culture soumis à une température de 37 degrés pour voir le microbe reprendre la faculté de se reproduire par spores.
L’adjonction d’un antiseptique, bichromate de potasse à 1 pour 2000 d’acide pbénique, au milieu de culture, empêche également la forma-
Fx&. 296. — Bactéridie charbonneuse dans le sang.
tion de spores; mais la perte de la reproduction par sporulation n’est plus passagère cette fois: la transformation est définitive, héréditaire, puisque les bactéridies successives qui naîtront de cette bactéridie asporogène ne présenteront plus de spores, quel que soit le milieu où on les ait ensemencées (Roux).
Cultures. — Dans le bouillon mis à l’étuve à 37 degrés, l’ensemencement détermine un aspect nuageux du liquide; celui-ci s éclaircit bientôt et il se forme au fond du tube un précipité blanc floconneux, qui se dissocie par agitation.
Sur gélose en strie, il se développe une colonie blanchâtre, gaufrée, au niveau du trait d’ensemencement.
BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE
La gélatine ensemencée en piqûre est liquéfiée en cinq ou six jours; la liquéfaction est précédée de la formation de colonies le long du trait d’ensemencement; de cette colonie principale se détachent perpendiculairement de petites traînées qui font ressembler la culture à une branche recouverte de givre ou bien à un petit écouvillon.
Sur plaques de gélatine, les colonies apparaissent d’un gris brun, rondes, entourées d’une collerette de prolongements qui leur donne au microscope, à un faible grossissement, un aspect de tête de méduse.
Le lait est coagulé.
L’ensemencement sur pomme de terre donne des colonies abondantes, opaques, d’un blanc sale.
Propriétés biologiques du bacille du charbon. — Elles sont différentes pour la bactéridie et pour la spore.
La bactéridie a besoin d’un milieu alcalin, humide ; elle est rigoureusement aérobie; elle résiste mal à la dessiccation qui la détruit en vingt-quatre heures et même plus rapidement.
La spore peut rester en état de vie latente et résister à la dessiccation pendant plus de vingt-cinq ans, comme l’a montré Duclaux.
La bactéridie meurt lorsqu’on l’expose à une température de 50 degrés prolongée pendant dix minutes; les spores supportent mal •l’ébullition : elles sont tuées en moins de cinq minutes ; desséchées, elles ne sont détruites qu’à des températures voisines de 120 à 140 degrés prolongées, pendant trois heures. La bactéridie par contre résiste bien au froid ( — 110 degrés).
La bactéridie semble très sensible à l’action de la lumière du soleil; cette propriété nocive de la lumière ne se manifeste qu’en présence de l’oxygène.
L’acide carbonique sous pression, l’oxygène sous pression, ont une action défavorable sur la bactéridie. Il en est de même des antiseptiques dont l’aetion est très marquée sur la bactéridie, très faible sur la spore.
Réceptivité des diverses espèces animales pour le charbon. — Les rongeurs : souris, cobayes, lapins, sont extrêmement sensibles à l’inoculation sous-cutanée de la bactéridie charbonneuse. Il se développe au bout de quelques heures un œdème au point d’inoculation; la température s’élève légèrement, mais l’animal ne semble pas malade; ce m’est qu’au bout de trente à quarante heures que la fièvre
s’accentue, l’animal devient inquiet, la respiration s’accélère, ies; bactéridies apparaissent dans le sang et l’animal meurt.
A l’autopsie, les ganglions correspondant au point d’inoculation et la rate sont tuméfiés, les autres viscères ne sont que congestionnés.. L’examen microscopique y décèle un nombre prodigieux de bactéridies qui infiltrent tous les capillaires viscéraux. Les épithéliums ou les cellules glandulaires sont par contre peu touchés.
Le rat blanc présente une immunité relative contre le charbon, les. jeunes rats sont cependant très sensibles.
Le mouton [sauf les moutons algériens] (Chauveau), les bœufs sont, très sensibles au charbon ingéré par la voie digestive; le chien, le chat, les oiseaux, les animaux à sang froid sont par contre relativement réfractaires.
Toxine charbonneuse. — L’infection charbonneuse est par excellence le type des maladies septicémiques ; la bactéridie agirait cependant en sécrétant une toxine, mais celle-ci est encore peu connue. M. Marmier a pu extraire une toxine qui n’est pas complètement détruite par le chauffage à 110 degrés et qui tue les animaux sensibles par cachexie.
Variations de virulence du bacille du charbon. — En cultures artificielles, le virus charbonneux est susceptible de grandes variations; la chaleur, la lumière, le vieillissement des cultures atténuent progressivement la virulence.
En soumettant à l’action atténuante de l’air des bactéridies dépourvues de spores par le fait de la culture dans le bouillon à 42°, 5, Pasteur, Ghamberland et Roux ont vu les bactéridies diminuer progressivement de virulence. Ces bactéridies, repiquées à 37 degrés, donnent des spores et le fait de la sporulation fixe exactement la culture nouvelle au degré même de virulence qu’avait la culture mère d’où elleest sortie. On possède donc ainsi une série de bactéridies douées de propriétés virulentes de plus en plus atténuées, depuis la bactéridie qui tue le mouton jusqu’à celle qui est inoffensive même pour la. souris. L’inoculation de ces bactéridies aux animaux leur donne une infection atténuée, et cette légère atteinte suffit à leur conférer lïmmunité.
C’est de cette expérience que dérive le procédé de la vaccination charbonneuse de Pasteur.
L’étude des propriétés du sérum des animaux vaccinés a été récemment entreprise par M. Marchoux. Le sérum aurait une double:
BACILLE DIPHTÉRIQUE
action non seulement préventive, mais encore curative, puisque, à la dose de 7 ou 8 centimètres cubes, il préserve de la mort un lapin inoculé sept heures auparavant.
La bactéridie détermine l’affection connue sous le nom de fièvre charbonneuse chez le cheval et les bovidés, de rang de rate chez Iemouton.
Chez l’homme, la pénétration de la bactéridie au niveau du tégument externe se traduit le plus souvent par une tumeur cutanée, . indice de la résistance de l’homme, la pustule maligne.
Dans quelques cas, il n’y a pas de manifestation extérieure de lamaladie; la porte d’entrée du virus se trouve dans le tube digestif et l’évolution de ce charbon dit intestinal rappelle par plus d’un point le charbon des animaux.
L’appareil respiratoire peut enfin servir de voie d’apport de la bactéridie et les symptômes prédominent du côté du poumon : charbon? pulmonaire.
Bacille diphtérique (Lœffler).
Entrevu par Klebs, le bacille de la diphtérie a été isolé et étudiépar Lœffler. Roux et. Yersin reproduisent expérimentalement les. diverses lésions diphtériques et séparent la toxine sécrétée par le microbe. Behring et Kitasato étudient les procédés de vaccination par la toxine atténuée et découvrent les propriétés préventives et curatives du sérum des animaux vaccinés. Roux et Martin précisent la technique delà sérothérapie antidiphtérique.
Morphologie. — Le bacille diphtérique est un bâtonnet, immobile, de longueur très variable, se colorant par les diverses couleurs d’aniline et résistant à la décoloration par l’alcool dans la méthode dn Gram. La forme du microbe est variable; il se présente tantôt sousl’aspect d’un bâtonnet rectiligne à extrémités arrondies, tantôt sous la forme d’un microbe incurvé ; ses extrémités sont souvent plus grossesque le centre, renflées en massue. Le bacille est rarement isolé, presque toujours groupé -en petits amas, formés de bacilles disposésparallèlement ou bien enchevêtrés en broussailles.
Après coloration, le bacille est tantôt uniformément, tantôt irrégulièrement coloré ; dans ce dernier cas il prend un aspect granuleux. Les extrémités renflées sont souvent plus fortement coloréesque le reste du microbe.
g-g notions élémentaires sur les bactéries
L’aspect du bacille est sensiblement le même dans les fausses membranes et dans les cultures; dans les cultures anciennes cependant, il se décolore facilement par la méthode de Gram et prend des formes irrégulières, en poire, en battant de cloche, dites formes dévolution.
Le bacille de Lœffler est un microbe aérobie qui pousse entre -f 20 degrés et 42 degrés ; sa température favorable est 37 degrés.
Cultures. — Le milieu d’élection du bacille diphtérique est le sérum de bœuf gélifié; c’est sur ce milieu, qu’on doit ensemencer tout
diphtérique quand on veut isoler le microbe qui passerait inaperçu si l’ensemencement était fait sur gélose ou gélatine.
Sur sérum de bœuf porté à l’étuve à 37 degrés et examiné au bout de vingt-quatre heures, la culture se présente sous l’aspect de colonies arrondies, de couleur blanc grisâtre, légèrement saillantes, à centre un peu plus épais que la périphérie. Ces colonies, qui ont de 2 à 3 millimètres^de diamètre, s’étendent un peu les jours suivants, et atteignent, ^lorsqu’elles sont isolées, jusqu’à 4 à 5 millimètres de diamètre.
Sur gélose, le bacille pousse beaucoup plus difficilement; les colonies sont tantôt blanchâtres, opaques, tantôt, surtout au bout de
Fig. 297. — Préparation de bacille de Lœffler (culture en sérum).
BACILLE DIPHTÉRIQUE
vingt-quatre heures, grisâtres, transparentes, semblables à des colonies de streptocoque.
Sur bouillon, le bacille se développe abondamment, le milieu est légèrement trouble et il se fait un dépôt de petits grumeaux adhérents à la paroi du vase.
Le lait ensemencé n’est pas coagulé, le bacille ne se développe pas sur la pomme de terre.
Le microbe ne donne que des colonies très grêles sur gélatine, qu’il ne liquéfie pas.
Propriétés physiques et chimiques. — La vitalité est très grande; conservé à l’abri de la lumière, le bacille vit six mois et davantage, Roux et Yersin ont vu des fausses membranes, desséchées et mises à l’abri de la lumière pendant dix-buit mois, conserver leur virulence. Le bacille est en effet très sensible à l’action des rayons solaires, la lumière diffuse n’a pas le même pouvoir (Ledoux-Lebard).
Entre 20 degrés et 30 degrés, le bacille ne se développe que difficilement; il est détruit en quelques minutes dans les cultures, lorsqu’il est exposé;à une température dé 58 degrés ; desséché, il peut résister à une température de 98 degrés.
Les antiseptiques ont sur lui une action énergique; l’immersion pendant quelques minutes de fils de soie imprégnés de bacilles, dans un mélange à parties égales de glycérine et de camphre contenant 10 pour 100 d’acide phénique, suffit à la stérilisation de ceux-ci; l’eau de chaux, l’acide phénique à 1 pour 100, l’acide borique à 2 pour 100, le sulfate de cuivre et de zinc à 5 pour 100 sont sans action (Chantemesse et Widal). Le sublimé à 1 pour 1000, l’acide salicylique, le jus de citron pur (d’Espine et Marignac) empêchent le développement des cultures. Le phénol sulforiciné à 20 pour 100 a la même action (Barbier).
Inoculation aux animaux. — La souris et le rat sont réfractaires ; le cobaye, le lapin, les pigeons, le chien sont plus ou moins sensibles. L’animal de choix est le cobaye; il est très sensible à l’inoculation du bacille.
L’inoculation de quelques gouttes d’une culture en bouillon, vieille de trois ou quatre jours, pratiquée sous la peau du cobaye, détermine la mort de l’animal en vingt-quatre ou trente-six heures. A l’autopsie, on constate un œdème gélatineux au point d’inoculation, souvent même une véritable fausse membrane; les vaisseaux sont très dilatés,
CORNIL ET HANVIER. — I. 42
les ganglions et les organes abdominaux congestionnés, ainsi que les capsules surrénales, qui sont, non plus jaunes, mais rouges, gorgées de sang, hémorragiques.
Les deux plèvres sont remplies par un épanchement séreux ou sanguinolent, les poumons sont parfois splénisés. On peut aussi xetrouver (Enriquez et Hallion) des ulcérations de la muqueuse gastrique, siégeant au voisinage de la petite courbure.
Le lapin est plus réfractaire; il faut souvent \ centimètre cube de culture pour le tuer, la mort survient au bout de quatre ou cinq jours; il y a peu d’œdème au point d’inoculation, les poumons et les plèvres sont sains, mais le foie est atteint de dégénérescence graisseuse.
Les reins sont très altérés (l’urine contient de l’albumine), congestionnés, souvent hémorragiques; histologiquement, on note la nécrose del’épithélium des tubes contournés, la desquamation épithéliale de la capsule deBowman, avec dilatation et souvent rupture des vaisseaux du glomérule.
Les chiens meurent après avoir souvent présenté un ictère intense.
L’inoculation dans les veines produit le même résultat, mais plus rapidement ; l’inoculation dans le péritoine est moins active que l’inoculation sous-cutanée.
L’inoculation sur les muqueuses du pharynx, de la conjonctive, du vagin donne lieu à la production de fausses membranes, s’il y a excoriation légère ; elle échoue sur les muqueuses saines.
L’inoculation sur le larynx du pigeon ou la trachée du lapin, après trachéotomie, détermine l’apparition de fausses membranes, et entraîne par suite des phénomènes de croup expérimental (Roux et Martin).
L’inoculation sur la peau de l’oreille du lapin, dénudée au préalable par l’application d’un vésicatoire, aboutit à la formation de fausses membranes.
Dans tous ces cas, si la dose inoculée est assez faible pour permettre la survie, on voit survenir des paralysies bien décrites par Roux et Yersin. Chez le lapin, il s’agit d’ordinaire de paraplégie flasque du train postérieur; la paralysie peut quelquefois gagner les pattes de devant ; les pigeons marchent les pattes écartées, ils ne peuvent se remettre debout si on les couche sur le dos. Les paralysies qui surviennent chez le chien peuvent guérir.
A l’autopsie des divers animaux, oh ne retrouve le bacille qu’en petite quantité au point d’inoculation ; le microbe ne se généralise pas dans les viscères ; l’inoculation directe dans les veines s’accompagne
BACILLE DIPHTÉRIQUE
de même d’une rapide destruction du microbe qu’on ne retrouve qu’exceptionnellement à l’autopsie (Roux et Yersin).
Étude de la toxine. — Le développement du bacille diphtérique dans les milieux liquides s’accompagne de la formation d’une substance qui diffuse dans le milieu de culture, la toxine diphtérique. L’existence de c.ette toxine a été mise en évidence par Roux et Yersin. La virulence du microbe, la nature du milieu de culture, l’âge de la culture influent singulièrement sur la qualité de la toxine; les recherches de ces dernières années ont montré de quelle importance était le mode de préparation du bouillon pour le développement de la toxine. Roux et Yersin dans leurs premières recherches se servaient du bouillon de bœuf peptonisé et légèrement alcalinisé : la culture, d’abord alcaline, devient acide, puis à nouveau alcaline; et c’est à ce moment qu’elle renferme le plus de toxine. L’aération continue de la culture rend celle-ci plus rapidement définitivement alcaline.
Spronck cherche à éviter la formation d’acide ; il considère que la présence de glucose dans le bouillon est la cause de l’acidité et cherche à éviter cette acidification en se servant de viande de bœuf légèrement putréfiée.
Park et Williams, Nicolle, Macé alcalinisent assez fortement le milieu.
Martin, tout en admettant que l’aération des cultures active la formation de la toxine, estime que cette aération est inutile si l’on se sert de milieux dans lesquels le bacille ne donne jamais d’acide et cependant pousse assez abondamment. Yoici le procédé qu’il préconise : il prend cinq estomacs de porc (ou panses), les broie et place le hachis dans l’eau acidulée :
Hachis d’estomac de porc . 200 grammes.
Acide chlorhydrique pur . . . 10 —
Eau . . . . . . 1000 —
L’eau doit être maintenue à 50 degrés ; car, à cette température, la pepsine de la muqueuse stomacale digère plus activement les tissus et les transforme en peptone. L’opération dure de douze à vingt-quatre heures. On chauffe le bouillon à 100 degrés, on passe sur une couche de coton hydrophile peu épaisse et peu serrée ; on chauffe le liquide filtré à 80 degrés et on l’alcalinise ; on filtre sur papier; on chauffe à 120 degrés, filtre à nouveau et répartit en vases de culture qu’on stérilise une dernière fois à 115 degrés.
Ce liquide est une véritable solution de peptone. A cette solution de peptone, Martin ajoute une quantité égale de macération de viande (viande de veau, 500 grammes; eau, 1000 grammes), placée vingt heures à l’étuve à 35 degrés ; on exprime et l’on ajoute 5 grammes de sel marin.
On chauffe le tout à 70 degrés, on filtre sur papier, on alcalinise(l) et l’on stérilise par filtration sur bougie Chamberland.
Dans ce milieu ainsi préparé, on ensemence le bacille diphtérique; tous les bacilles diphtériques ne peuvent être employés indifféremment pour la préparation de la toxine : il faut utiliser un bacille reconnu fortement toxigène ; on choisit un bacille qui, cultivé dans le bouillon, à la dose de 1 centimètre cube tue en vingt-quatre à trente-six heures un cobaye de 300 à 400 grammes ; un bacille peut être d’ailleurs virulent et ne pas donner de toxine active, de même qu’un microbe toxigène peut être peu virulent. Le bacille est ensemencé dans un ballon qui est mis à l’étuve à 37 degrés; on voit se développer en vingt-quatre heures une culture abondante et un voile se former à la surface (un microbe qui ne donne pas dévoilé doit être rejeté).
Vers le troisième jour, le voile tombe par lambeaux qui gagnent le fond du vase et, en général, un voile nouveau se forme. Le maximum de toxicité est atteint du cinquième au septième jour ; après ce temps, la toxicité n’augmente plus; le dixième jour, elle diminue.
La toxine à la dose de 0gr,005 peut tuer alors un cobaye de 500 grammes. On ne doit se servir pour l’immunisation des animaux que \de toxine tuant en quarante-huit heures un cobaye de 500 grammes à la dose d’un dixième de centimètre cube. Pour séparer la toxine du bacille, il suffit de filtrer la culture sur la bougie Chamberland ou sur l’appareil de Martin; on conserve le filtrat dans des pipettes closes à l’abri de l’air et de la lumière.
L’injection de toxine diphtérique aux animaux détermine les mêmes lésions que l’inoculation du bacille. L’ingestion de toxine par la voie gastrique est inoffensive. L’inoculation à la surface d’une muqueuse reproduit la fausse membrane diphtérique.
La toxine diphtérique est détruite à 100 degrés; cependant les animaux inoculés avec de fortes doses meurent à la longue, très amaigris; une exposition de douze heures à 58 degrés l’affaiblit singulièrement. L’air et la lumière combinés l’altèrent rapidement; une
(1) Pour alcaliniser, quand le bouillon est déjà neutre au tournesol, on doit ajouter par litre de bouillon 7 centimètres cubes de la solution de soude normale.
BACILLE DIPHTÉRIQUE
exposition de cinq heures à la lumière solaire la détruit ; cet effet n’a pas lieu, si la toxine était à l’abri de l’air.
La toxine diphtérique adhère aux précipités; si l’on ajoute à la culture une solution de chlorure de calcium, il se produit, grâce aux phosphates contenus dans le liquide, un précipité de phosphate de chaux; ce précipité, recueilli sur un filtre et lavé, est toxique; un grain inoculé sous la peau d’un cobaye le tue ; la toxine est très adhérente au précipité, car ce grain, repris après la mort de l’animal et placé sous la peau d’un autre cobaye, le tue également; ce précipité est plus résistant à la chaleur que la toxine seule; il résiste à 70 degrés, sans que sa toxicité soit diminuée. Le poison diphtérique est soluble dans l’eau; il est précipité par l’alcool absolu, mais celui-ci en atténue la toxicité.
Desséché dans le vide à 25 degrés, il reste très actif; 1 centimètre cube de toxine fournit 1 centigramme de résidu sec dont quatre dixièmes de milligramme sont toxiques.
Les agents oxydants, l’eau oxygénée, les hypochlorites alcalips, mais surtout la teinture d’iode, le trichlorure d’iode atténuent la toxine.
Nature de la toxine. — Roux et Yersin la comparent aux diastases ; sa nature est inconnue, elle peut être classée dans la catégorie des toxalbumines : c’est un produit soluble, secrété par le bacille même, et non une modification du milieu de culture résultant du développement du bacille.
Sérothérapie. — L’inoculation de la toxine atténuée permet de vacciner les animaux’; leur sérum prend alors, comme l’ont montré MM. Behring et Kitasato, des propriétés préventives et thérapeutiques.
MM. Roux et Martin ont précisé avec soin la technique et rendu pratique la sérothéraphie antidiphtérique.
L’inoculation de toxine, d’abord additionnée de la solution iodoiodurée de Gram, puis pure, détermine chez le cheval un profond degré d’immunité qu’on renforce, de temps en temps, en inoculant à l’animal des doses considérables de toxine»
Le sérum du cheval ainsi vacciné est non seulement préventif, mais encore curateur; expérimentalement, comme l’ont montré Roux et Martin, l’inoculation de sérum aux animaux porteurs de fausses membranes sur les muqueuses amène la disparition de la fausse membrane et la guérison.
Diphtérie chez l’homme. — Le bacille de Lœffler est le microbe de
là diphtérie de l’homme ; c’est lui qu’on retrouve également dans le plus grand nombre des cas de croup, de coryza, de conjonctivite pseudo-membraneuse. Il n’est pas susceptible de généralisation; récemment cependant M. Barbier a signalé la possibilité de sa pénétration dans le tissu cérébral.
Pour faire le diagnostic bactériologique de la diphtérie, on doit pratiquer, toutes les fois que cela est possible, un examen direct delà fausse membrane, et faire ensuite des cultures sur sérum de bœuf coagulé.
Un simple frottis sur lame ou lamelle, avec coloration par le bleu de Kühne, montrera la présence ou l’absence de bacilles en amas, à forme caractéristique. Ces bacilles seront de longueur variable, courts, moyens, longs ; pour beaucoup d’auteurs, la constatation de bacille court ne suffit pas à entraîner le diagnostic d’affection diphtérique. L’examen doit toujours être complété par la recherche de la réaction de Gram : le bacille diphtérique prend le Gram.
Pour faire les cultures, on peut, soit détacher une fausse membrane avec une pince ou un tampon d’ouate stérilisée, soit attoucher directement la gorge avec une spatule de platine stérilisée. La spatule est ensuite portée à la surface de deux ou trois tubes de sérum coagulé, sans être rechargée. Les tubes sont portés à l’étuve à 37 degrés et examinés au bout de dix-huit à vingt-quatre heures. Le bacille diphtérique est le seul bacille prenant le-Gram qui, dans ces conditions, donne en vingt-quatre heures des cultures apparentes sur sérum.
Le diagnostic bactériologique est rendu cependant singulièrement difficile par suite de la présence dans la bouche normale d’un microbe très voisin du bacille de Lœffler, le bacille pseudo-diphtérique.
Ce bacille, déjà vu par Lœffler, a été signalé par Roux et Yersin, dans la moitié des cas environ, dans la bouche des individus sains.
Ses caractères seraient les suivants : éléments plus courts que ceux du bacille diphtérique, cultures plus abondantes sur le bouillon, développement plus facile à température basse ; l’ensemencement sur sérum de la salive d’individus porteurs de bacille pseudo-diphtérique ne s’accompagne du développement que de quelques colonies. Le bacille pseudo-diphtérique n’est pas pathogène et ne donne qu’un peu d œdème local au cobaye. Ce bacille, d’après Frænkel, ne présente pas de granulations colorées, lorsqu’on a mis la préparation en contact avec : bleu de méthylène acide, une à trois secondes; puis, brun de Bismark, trois à cinq secondes. Pour MM. Roux et Martin, ce serait la forme saprophytique du bacille diphtérique.
BACILLE DIPHTÉRIQUE
Pour MM. Veillon et Hallé, à côté du bacille diphtérique vrai, il existerait plusieurs variétés de bacilles ressemblant au bacille diphtérique, mais devant être considérées comme des espèces tout à fait distinctes :
1° Le bacille pseudo-diphtérique vrai qui est rare et ne se distingue du diphtérique vrai que par son manque de virulence ;
2° Le bacille pseudo-diphtérique commun qui donne sur sérum des colonies semblables au bout de vingt-quatre heures à celles du bacille diphtérique, mais qui plus tard sont aplaties, plus sèches, plus adhérentes, moins opaques. Ce bacille pousse plus rapidement sur bouillon, le trouble, puis forme un dépôt blanc épais, presque glaireux, moins sablonneux que celui formé par le bacille de Lœffler. Ce bacille donne sur pomme de terre un enduit blanchâtre, sur gélatine un enduit blanc épais. Les éléments sont des bacilles courts à bouts arrondis, parfois renflés ; il n’est pas pathogène.
3° Le bacille pseudo-diphtérique en massue de Wechs, qui présente des extrémités renflées en massue, donne sur sérum des colonies semblables au précédent, mais ne donne pas de colonies sur gélatine (ou difficilement) et sur pomme de terre. Il n’est pas pathogène.
Pour M. Spronck, le bacille pseudo-diphtérique est pathogène pour le cobaye; il donne, après inoculation sous la peau, un œdème localisé et quèlques symptômes généraux; ces accidents se développent chez les animaux bien qu’ils aient été traités cinq ou six heures auparavant par l’inoculation de sérum antidiphtérique, tandis que cette inoculation préserve de tout accident les animaux qui reçoivent le bacille diphtérique vrai.
Les conclusions de M. Spronck ne sont pas admises par M. Martinu Choléra.
A la suite de la découverte par Koch, en 1884, du vibrion indien, la pathogénie du choléra sembla élucidée. La découverte de vibrions très voisins du vibrion indien dans des cas où il ne s’agissait pas de choléra, la présence de vibrions dans les selles d’individus sains et dans des eaux non souillées de déjections cholériques, le polymorphisme enfin des vibrions trouvés dans les diverses épidémies cholériques remirent en question pendant quelques années le rôle attribué au vibrion cholérique. Les recherches expérimentales récentes de M. Metchnikoff, la découverte de la toxine cholérique ne permettent plus de douter aujourd’hui de la valeur pathogénique du vibrion cholérique.
Morphologie. — Si l’on prend un grain riziforme, et si, après l’avoir écrasé et coloré par une couleur d’aniline, on l’examine au microscope, on voit, comme l’a montré Koch, au milieu des leucocytes, des cellules épithéliales et de très nombreux filaments de fibrine des bactéries incurvées, souvent disposées à la file, à la manière de poissons suivant le fil du courant. Ges bactéries ont une longueur de 1 5 à
2 [*, 5 de long et 0 [x,5 de large, elles sont légèrement arquées, parfois en S italique, par adjonction de deux bacilles, parfois rectilignes.
Préparation de vibrions cholériques : a, vibrion Indien; b, vibrion de Massaouah.
cultures, le bacille se présente avec un aspect identique; vieilles cultures, il prend souvent un aspect de spirille (1), les d’involution (vibrions arrondis ou irrégulièrement renflés) sont
vibrion est mobile, et sa mobilité tient à l’existence de flagella 1 et Babès, Neuham et Lœffler) ; le vibrion indien ne possède cil placé à une extrémité.
indien ne se colore pas par la méthode de Gram, vibrion indien se reproduit seulement par scissiparité ; l’exis-
spect se voit surtout dans les cultures sur aélatine additionnées de 10 pour (Cornil et Babès).
VIBRION CHOLÉRIQUE
tence d’arthrospores (Hueppe) n’est plus admise aujourd’hui, car ces pseudo-spores ne sont pas plus résistantes que le bacille (Cornil et Babès).
Milieux de culture. — Le vibrion cholérique est un microbe essentiellement aérobie, et c’est en utilisant cette propriété d’aérobiose qu’on peut isoler, comme nous le verrons, le vibrion cholérique des autres microbes qui lui sont associés dans les matières fécales ou dans l’eau.
Le bouillon, ou mieux la solution depeptone à 3 pour 100, constitue un excellent milieu de culture; le liquide se trouble rapidement, et il se forme à la surface du tube un voile mince de couleur blanchâtre. Le vibrion se développe bien dans le lait ; il ne le coagule pas.
Sur gélose, il donne des colonies blanchâtres, souvent un peu transparentes sur les bords, sans caractères distinctifs.
Le mode de développement du microbe sur la gélatine constitue par contre un de ses caractères essentiels : sur la gélatine ensemencée par piqûre, il se1 produit rapidement à la surface une petite cupule de liquéfaction dans laquelle est emprisonnée une bulle d’air ; la liquéfaction s’accentue et forme bientôt un véritable entonnoir dans la partie supérieure duquel se voit toujours la bulle d’air; la liquéfaction n’est complète qu’au bout de huit jours et davantage.
Sur plaques de gélatine, on voit apparaître, au bout de vingt-quatre heures environ, dès colonies transparentes, brillantes, qu’on a comparées à des perles de verre ; au bout de quarante-huit heures, on constate une légère liquéfaction autour de la colonie; puis il se forme de petits entonnoirs de liquéfaction dont le sommet est occupé par la colonie. Examinées au microscope, les colonies apparaissent granuleuses, . à contours sinueux; bientôt on voit autour du centre granuleux deux cercles concentriques, l’un granuleux, l’autre clair et non granuleux.
Le sérum coagulé est liquéfié rapidement.
La pomme de terre se recouvre d’une colonie brun grisâtre.
Le vibrion cholérique est très sensible à la dessiccation, à la chaleur (une température de 60 degrés pendant dix minutes le tue), aux antiseptiques; conservé à l’abri de la lumière, il peut rester vivant plusieurs mois.
Inoculation aux animaux. — Les premières tentatives de reproduction de choléra expérimental, par simple ingestion de culture, ne furent pas suivies de succès ; Nicati et Riestch, pour produire le cho-
léra intestinal, après avoir lié le canal cholédoque, injectent la culture directement dans le duodénum après laparotomie. Koch, avant de faire ingérer la culture à l’animal, neutralise l’acidité du suc gastrique en introduisant dans l’estomac une solution de carbonate de soude à 2 pour 100, en même temps qu’il immobilise l’intestin par inoculation sous la peau ou sous le péritoine de teinture d’opium. Doyen Gornilet Babès, Chantemesse substituent l’alcool à la teinture d’opium.
Dans tous ces cas il se produit des selles diarrhéiques, du collapsus de l’hypothermie; à l’autopsie l’intestin grêle est distendu et contient un liquide renfermant des flocons contenant un grand nombre de vibrions.
En injectant le vibrion cholérique dans le péritoine des cobayes, à la dosede lmgr,5 de culture fraîche sur agar, Hueppe et R. Pfeiffer déterminent une infection aiguë mortelle avec hypothermie.
Les recherches récentes de M. Metchnikoff ont permis de serrer de plus près les conditions de l’infection cholérique et ont permis de réaliser d’une façon plus satisfaisante le choléra expérimental.
D’après M. Metchnikoff, l’immunité des animaux contre le choléra intestinal est due à la présence dans le tube digestif de microbes qui empêchent le développement du bacille virgule. Chez les jeunes lapins nourris exclusivement de lait maternel, la flore intestinale est très pauvre, et l’ingestion de culture fraîche détermine de la diarrhée et la mort en hypothermie au bout de six jours avec, à l’autopsie, des lésions rappelant le choléra.
Certains microbes (sarcine blanche, torula, bacille coliforme) favorisent au contraire le développement du vibrion cholérique, lorsqu’ils lui sont associés dans les Cultures; Pin gestion simultanée de culture de ces microbes saprophytes et de culture du vibrion cholérique détermine chez les jeunes lapins en trente-six à quarante-huit heures les lésions du choléra intestinal.
Chez l’homme, l’ingestion de cultures pures de vibrion indien, même après alcalinisation préalable du tube digestif, n’a pas été suivie d’accidents dans un très grand nombre de cas. M. Metchnikoff a vu, cependant, se déclarer dans ces conditions un véritable cas de choléra, ayant tous les caractères du choléra indien.
Le vibrion cholérique exalté dans sa virulence sécrète une toxine très active, toxine qui diffuse dans les milieux de culture et qu’on peut séparer du bacille par simple filtration. Pour exalter la virulence du vibrion cholérique, MM. Metchnikoff, Roux et Taure lli-Salim béni emploient le procédé suivant : ils préparent des petits sacs de collodionde3 à 4 centimètres cubes de capacité, et y introduisent de l’eau peptonée
VIBRION CHOLÉRIQUE
ensemencée avec le vibrion; ces sacs, une fois fermés, sont introduits dans le péritoine d’un cobaye. On les en retire au bout de quarantehuit heures et on en inocule le contenu dans le péritoine d’un cobaye ; celui-cimeurt et l’exsudât péritonéal est ensemencé dans un nouveau sac; après une série de passages alternatifs, le vibrion prend une virulence telle que 1/160e de centimètre cube inoculé dans la cavité péritonéale tue le cobaye.
Le bacille ainsi exalté est cultivé dans une solution d’eau peptonée, salée et gélatinée, placée à l’étuve pendant quelques heures, puis répartie dans des boîtes de Pétri mises à l’étuve à 37 degrés. La culture obtient son maximum de toxicité le quatrième jour; on la filtre alors sur bougie Chamberland.
La toxine ainsi obtenue diffère de la toxine diphtérique en ce qu’elle n’est pas modifiée par l’ébullition : elle est très sensible à l’air et à la lumière ; à la dose de 1 centimètre cube, elle lue un cobaye de 250 grammes environ ; l’animal meurt en hypothermie (24 degrés) avec de l’hyperémie de l’intestin grêle, qui est distendu par un liquide diarrhéique.
Les animaux peuvent être vaccinés contre le vibrion cholérique, qu’on leur inocule soit une dose non mortelle de vibrion vivant, soit des cultures filtrées ou stérilisées par la chaleur. L’injection intrapéritonéale de produits de culture de microbes différents de celui du choléra (Micrococcus prodigiosus), en stimulant l’activité phagocytaire, rend les cobayes réfractaires à l’inoculation de vibrions dans la cavité péritonéale.
Les animaux (chevaux) s’accoutument très facilement à la toxine cholérique, et acquièrent ainsi l’immunité. Le sérum des animaux ainsi vaccinés est doué de propriété préventives, ses propriétés curatives sont nulles (Behring et Ranson, Metchnikoff, Roux et Taurelli- Salimbeni).
Le sérum des animaux vaccinés additionné, à la dose d’une goutte à dix gouttes, d’une émulsion de vibrions cholériques, agglutine ces vibrions au bout de quelques instants (mieux après un séjour de deux heures à l’étùve à 37 degrés).
Les races de vibrions voisins du vibrion indien sont trop nombreuses pour que nous puissions les décrire ici, nous ne rappellerons que les principales :
Des vibrions, très voisins du vibrion indien, ont été trouvés dans un vieux fromage par Deneke : Vibrio tyrogenes: dans quelques cas de choléra nostras, par Finkler et Prior : vibrio proteus; dans les selles
6t}8 notions élémentaires sur les bactéries
d’individus sains (Metchnikoff) ; dans les eaux des rivières (Metchnikoff, Sanarelli) ; il existe une épizootie du poulet qui est due à un vibrion très voisin du vibrion indienne Vibrio Metchnikowii, décrit par Gamaleïa, etc.
Dans les diverses épidémies de choléra, on a trouvé des vibrions dont les caractères diffèrent plus ou moins du vibrion indien : vibrion de Hambourg, de Shanghaï, de Paris (épidémie de 1884) , de Malte, de Constantinople (Chantemesse), de Massaouah, de Lisbonne, etc., etc.
La question se pose donc de préciser quels sont, parmi les caractères décrits au vibrion indien pris comme type, ceux qui permettent d’affirmer que tel vibrion isolé dans les matières fécales ou dans les eaux est un vibrion cholérigène et non pas un vibrion saprophyte ou inoffensif pour l’homme.
Les aspects morphologiques et les caractères de cultures étant communs à tous ces vibrions et, d’ailleurs, variables et transformables pour une même race de vibrions, ne peuvent suffire à résoudre le problème. Il faut, d’après M. Koch, ajouter, à l’étude des caractères de morphologie et de culture, la recherche de la réaction de l’indol et celle de la virulence du vibrion pour le cobaye.
Réaction de Vindol. — Cultivé dans l’eau peptonée, le vibrion cholérique réduit les nitrates pour donner naissance à des nitrites et produit de l’indol. Il suffit de verser quelques gouttes d’acide sulfurique pur au tube de culture pour voir apparaître une coloration rouge caractéristique, réaction du kolera-roth ou indol nitreux. L’adjonction à la culture de 1 centimètre cube d’une solution àl pour 5000 de nitrate de potasse rend la réaction plus sensible.
Pour la recherche de la virulence, il suffit, d’après Koch, d’inoculer dans le péritoine du cobaye (réaction de Hüppe et R. Pfeiffer) lmms,5 de culture fraîche sur agar; les vrais vibrions déterminent dans ces conditions une péritonite mortelle.
La réaction de l’indol n’a pas, comme l’a montré M. Metchnikoff, la valeur que lui a attribuée Koch : qlle appartient à des vibrions non eholérigènes (vibrion de Finkler et Prior) et peut manquer pour des vibrions pathogènes.
Il en est de même de la réaction de la péritonite cholérique; tandis que le Vibrio Metchnikowii est très pathogène pour le cobaye, certains vibrions eholérigènes sont absolument inoffensifs.
Le critérium de la nature cholérigène des vibrions a été porté, dans ces dernières années, sur un autre terrain.
Pfeiffer et Isaeff ont proposé d’utiliser la propriété immunisante
VIBRION CHOLÉRIQUE
du sérum des animaux vaccinés pour différencier les vibrions cholériques des pseudo-vibrions.
Le sérum d’un cobaye vacciné contre le bacille virgule, injecté à faible dose à des cobayes neufs, ne les protège que contre les vibrions cholérigènes ; si donc l’inoculation d’une culture du microbe suspect, faite le lendemain de l’immunisation, reste sans effet, c’est qu’il s’agit d’un vrai vibrion cholérique; si l’animal meurt, le microbe, malgré toute son apparence cholériforme , devrait être considéré comme non cholérigène.
Cette réaction, comme l’a montré M. Metchnikoff, n’a pas la valeur que lui attribue Pfeiffer ; elle manque vis-à-vis de vibrions isolés de selles cholériques et a pu être vérifiée pour des vibrions saprophytes, tels que le Vibrio Metchnikown.
L’existence de la propriété agglutinante dans le sérum des vaccinés pourrait encore, d’après Pfeiffer, servir au diagnostic de la nature cholérigène d’un vibrion : tout vibrion agglutiné par le sérum d’un animal vacciné contre le vibrion indien devant être considéré comme un véritable vibrion cholérigène.
Malgré tout l’intérêt qui s’attache à la réaction de Pfeiffer, il ne faut pas, comme l’a montré M. Metchnikoff, attacher à cette réaction une valeur absolue ; le vibrion de Massaouah ne donne pas la réaction de Pfeiffer, bien qu’il ait été retiré de l’eau de deux puits de Ghinda, eau dont l’ingestion a donné des cas mortels, 6t bien que l’ingestion de ce vibrion ait déterminé chez l’homme un cas de choléra absolument typique (Fermi). La plupart des vibrions cholériques sont agglutinés cependant par le sérum des animaux vaccinés contre le vibrion indien et la constatation de l’agglutination permet d’affirmer la nature cholérigène d’un vibrion.
La recherche du vibrion du choléra est devenue très facile.
Dans les selles, l’examen direct d’un grain riziforme suffit souvent; il peut cependant ne donner aucun résultat; dans tous les cas, on doit recourir à l’ensemencement des matières fécales. Cet ensemencement se fait dans des tubes de culture contenant 10 centimètres cubes du mélange suivant (Metchnikoff) :
Peptone . 10 grammes.
Sel . 5 —
Gélatine . 20 —
Eau . . : . . 1000 —
Ges tubes sont portés à l’étuve à 37 degrés ; au bout de sept à huit
heures, il se produit à la surface un léger voile, qui présente, en général, de nombreux vibrions. Ceux-ci sont presque toujours associés à d’autres microbes ; une série de passages dans d’autres tubes de même sorte, terminée par une culture sur plaque de gélatine ou de gélose, permettra l’isolement à l’état de pureté.
Pour rechercher le vibrion dans une eau suspecte, il faut prendre 150 centimètres cubes de l’eau suspecte et la verser dans un flacon contenant le mélange suivant :
Peptone . .
Sel marin
Gélatine . .
Eau .
Le tout est porté à l’étuve à 37 degrés ; on examine au bout de sept heures, dès que le voile s’est formé. L’isolement en culture pure du microbe se fera comme dans le cas précédent.
Des vibrions analogues au vibrion cholérique ont été trouvés chez l’homme sain dans le tube digestif. Dans les cas de choléra, le vibrion se retrouve exclusivement dans le liquide et les parois intestinales; le microbe ne se généralise pas.
Fièvre récurrente
L’agent de la fièvre récurrente est un spirille découvert par Obermeier.
Morphologie. — Le spirille se rencontre dans le sang pendant l’accès de fièvre ; dans la rate, dans l’intervalle des accès. On peut le déceler, soit par un examen à l’état frais, soit après coloration. A l’état frais, on voit entre les globules rouges des filaments enroulés en spirale, très mobiles ; la mobilité est due à la présence de quatre cils (deux à chacune des extrémités).
Le spirille se colore facilement par les couleurs d’aniline ; par le bleu de Kühne en particulier, ou par la thionine phéniquée.
Le spirille d’Obermeier n’a pu être cultivé.
Le sang des individus atteints de fièvre récurrente, inoculé aux singes, détermine chez eux une infection comparable à celle de l’homme; chez ces animaux, cependant, la rechute manque d’ordinaire.
Fig. 299. — Spirochæte d’Obermeier.
2 grammes.
50 centimètres cubes.