HÉMORROÏDES
Les hémorroïdes sont les varices des veines de la région anorectale. Celles-ci sont représentées par le plexus hémorroïdal interne et les veines du sphincter ano-rectal externe. Le plexus sous-cutanéomuqueux, tributaire des deux systèmes porte et cave, naît au niveau de la marge de Tanus, des veinules anales qui se réunissent en petits faisceaux et passent dans les colonnes de Morgagni. En ce point et entre les colonnes on trouve des dilatations veineuses, les ampoules ovalaires dont les dimensions varient d’un grain de blé à un petit pois. Duret regarde ces ampoules comme normales; pour lui, elles constituent l’origine des veines rectales sous-muqueuses. Quénu les considère comme de petites varices échelonnées sur le trajet des vaisseaux originels des veines hémorroïdales supérieures.
Quant aux veines du sphincter externe ano-rectal, elles sont constituées parles vaisseaux de la paroi du canal ano-rectal qui traversent le, sphincter, et par les veines propres du sphincter. Celles-ci se rendent 'dans le plexus péri-sphinctérien, tributaire de la veine cave.
Les deux systèmes communiquent entre eux; mais d’après les localisations pathologiques, on décrit encore des hémorroïdes internes et des hémorroïdes externes.
Les hémorroïdes externes forment de petites tumeurs variables comme volume. La paroi veineuse très fragile, en se rompant produit dans le tissu cellulaire des kystes sanguins. Au contact des hémorroïdes turgescentes, les téguments s’hypertrophient, s’indurent, le tissu cellulaire devient lardacé, les parois de la veine augmentent de volume ou s’amincissent, des coagulations se forment; plus tard, dans les cas anciens, les hémorroïdes constituent des condylomes scléreux dans lesquels on peut sentir de véritables phlébolithes.
Quelques auteurs font remarquer que les hémorroïdes internes restent souples : le sang qu’elles contiennent ne se coagule pas, leurs parois ne deviennent jamais ni fibreuses ni calcaires, mais tendent au contraire à s’amincir.
L’histologie fine de ces lésions a été bien étudiée par Corail et Ranvier et par Quénu. Dans leurs grandes lignes, les détails microscopiques ne diffèrent pas sensiblement de ce que l’on observe sur les varices des membres.
Au niveau des veines de la sous-muqueuse, l’épaississement des
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Fig. 208. — Hémorroïdes.
Profondément, au-dessous de la muqueuse ano-reetale, on voit des capillaires dilatés et tortueux; plus bas encore, les veines altérées dont les parois sont réduites à une mince couche de tissu fibreux, forment une sorte de tissu caverneux.
parois n’est pas constamment dû aux mêmes causes. Il résulte tantôt de l’hyperplasie musculaire et tantôt de la prolifération du tissu conjonctif; dans tous les cas, les vasa-vasorum sont dilatés. En d’autres
circonstances, la paroi est réduite à une mince couche de tissu fibreux, isolé dans le tissu ambiant ou faisant corps avec lui. Les veines contiguës fusionnent leurs parois à leur point de contact.
CORNIL ET RAVVIER. — IV. A4
TUBE DIGESTIF
Lorsque cette disposition s’accuse, on voit se former une sorte de tissu caverneux constitué par la transformation scléreuse des veines la fusion de leurs parois, et le bourgeonnement du tissu conjonctif dans les cavités vasculaires agrandies et transformées. Les veines se dilatent ou au contraire se rétrécissent par endophlébite ou encore s’oblitèrent par thrombose.
D’après Quénu, les altérations prédominent dans la zone comprise entre les lignes ano-cutanée et ano-rectale. A ce niveau, dans le chorion muqueux, les capillaires sont altérés, dilatés, tortueux : leur endothélium est tuméfié. Ils s’entourent d’un manchon de cellules rondes. Quelquefois leur paroi s’épaissit et ils rappellent les capillaires des tumeurs érectiles. A un stade plus avancé la muqueuse devient fibreuse et se transforme en tissu caverneux. Les mêmes lésions se rencontrent sur la muqueuse rectale. Il y a donc de la capillarité, comme il y a de l’endophlébite, ces altérations aboutissant à la transformation fibreuse des vaisseaux.
Généralement les glandes restent intactes, la musculaire muqueuse s’atrophie, plus rarement s’hypertrophie, les fibres striées présentent des figures de dégénérescence, les nerfs sont atteints de périnévrite. Quant aux artères, dont de prétendues altérations constitueraient pour Allingham les hémorroïdes artérielles, elles restent absolument intactes ou sont le siège de minimes lésions, amincissement léger des parois, périartérite.
En résumé, les hémorroïdes sont constituées par une altération phlébitique des parois, endophlébite, disparition des éléments élastiques et musculaires, d’où dilatation des veines.
L’infection locale des hémorroïdes est la cause des turgescences et fluxions banalement observées chez les hémorroïdaires. Ces phénomènes résultent d’un réflexe vasculaire consécutif à une thrombose partielle de nature infectieuse. Le germe en cause est généralement le coli-bacille (Hartmann et Quénu), mais on peut y trouver le streptocoque (Bezançon). La varice thrombosée s’isole du reste de la circulation : elle forme un kyste sanguin, son contenu s’organise et s’il s’agit d’une hémorroïde externe, la tumeur variqueuse devient un repli cutané, déformé, auquel on donne le nom de marisque. On n’y trouve plus guère que du tissu fibreux au niveau duquel les vaisseaux subissent la transformation hyaline de leurs parois et tendent à s’oblitérer. D’autres fois, la phlébite suppure; il en résulte des phlébites étendues; des abcès susceptibles de se terminer par la formation d’un trajet fistuleux. Les hémorroïdes internes enflammées peuvent devenir
procidentes, puis thrombosées et irréductibles. Lorsque l’irréductibilité se prolonge, la muqueuse se détruit et est remplacée par un infiltrat sanguin et leucocytaire parsemé de quelques débris glandulaires. La mortification en s’étendant forme une escarre volumineuse dont la chute engendre un ulcère variqueux du rectum. Enfin, au niveau et au-dessus des hémorroïdes, on constate des redites plus ou moins accentuées.
De ces études anatomo-pathologiques, on peut conclure que l’altération de la paroi veineuse est le phénomène primitif et essentiel. L’action mécanique a un rôle certain, mais secondaire, la dilatation étant favorisée par la phlébite préalable, consécutive à de multiples inoculations rectales (Quénu).