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QUATRIÈME SECTION

FOIE

PAR

A. BRAULT et Th. LEGRY

Membre de l’Académie de Médecine, Professeur agrégé à la Faculté de Médecine,

Médecin de l’hôpital Lariboisière. Médecin de l’hôpital de la Charité.

Le foie a des fonctions multiples dont les plus importantes sont la biligénie, la glycogénie, l’uréo génie, la destruction des poisons. Il exerce aussi une action sur les graisses, sur les albuminoïdes et sur le sang, dont il modifie la composition suivant les besoins de l’organisme. A cette diversité fonctionnelle répond une structure assez complexe.,

En effet, si les cellules hépatiques, auxquelles sont dévolus des rôles si variés, présentent déjà par elles-mêmes une constitution très spéciale, leur arrangement réciproque, leur contiguïté immédiate avec les vaisseaux. sanguins, leur s rapports avec les origines des canaux biliaires, enfin le mode de distribution et la topographie des divers conduits, vasculaires ou autres, qui pénètrent dans la glande ou qui en émanent, sont autant de particularités qui méritent de retenir l’attention.

Étudions d’abord les divers éléments constitutifs de l’organe.

Lorsqu’on sectionne un foie, on voit, à l’oeil nu ou avec la loupe, de petits îlots dont le centre présente une coloration plus foncée que la périphérie, ce qui donne à la surface de coupe un aspect granité. Ces îlots sont les lobules hépatiques : leur forme-est polygonale et leur diamètre varie, disent les classiques, de 1 millimètre à 1 millimètre et demi. Brissaud et Dopter ont montré que le volume des lobules n’est pas le même dans toüs les lobes du foie : en . général, le lobe droit est composé de lobules plus volumineux que les autres, et les lobules du lobe gauche sont plus petits que ceux du lobe de Spiegel. D’autre part, d’un foie à un autre, les dimensions des lobules d’un même lobe peuvent être très différentes.

Malgré ces variations, les lobules se rapprochent tellement les uns des autres par leur structure, qu’on peut considérer l’organe tout entier comme suffisamment connu, lorsqu’on a étudié l’un d’entre eux.

A l’examen d’une coupe microscopique du foie, chez l’homme et les verté-

brés, on distingue : 1° au centre du lobule, un orifice veineux ( veine sushépatique); 2° à sa périphérie, des zones de tissu conjonctif ( espaces portes ■ou espaces porto-biliaires), au nombre de quatre à six, contenant une artère, une veine, un canal biliaire ou plusieurs conduits de chacune de ces variétés; 3° dans l’intérieur du lobule, des cellules ( cellules hépatiques), qui semblent au premier abord irrégulièrement distribuées, et des capillaires sanguins qui relient les vaisseaux des espaces portes aux veines sus-hépatiques.

Les veines centrales ou veines sus-hépatiques ( sinus centro-lobulaires de Géraudel), offrent un volume et une forme variables. Les plus petites, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, se présentent sous l’aspect de simples lacunes, circulaires ou anguleuses, limitées par une paroi mince. Ces veines ■sont intimement unies au réseau fibrillaire du lobule. Aussi restent-elles béantes sur une coupe. Leur endothélium est doublé d'une couche de fibres musculaires et conjonctives avec quelques fibrilles élastiques. Gilbert et Villaret ont insisté sur l’épaisseur relative de cette paroi.

Les espaces portes ou espaces porto-bilaires ( appareil conjonctivo-vasculaire de la gaine de Glisson) ont une forme triangulaire ou polygonale. Leurs .-dimensions varient suivant le calibre des canaux qu’ils renferment. On y trouve : a) une ou plusieurs branches de Y artère hépatique (artère de nutrition), reconnaissables à leur petit volume, à leurs parois épaisses, aux éléments musculaires et élastiques qui entrent dans la constitution de leurs tuniques ; b) une ou plusieurs branches de la veine porte (vaisseau fonctionnel), avec leur lumière remplie ou non de globules sanguins, leur contour aplati ou circulaire, et leur paroi composée d’éléments musculaires, mais pauvre en fibres élastiques; c) un ou plusieurs canaux biliaires formés par une mince membrane d’enveloppe à l’intérieur de laquelle se trouve un revêtement complet de cellules épithéliales cylindriques ou cubiques, munies d’un noyau rond ou ovoïde. Au centre de ees canaux, il existe une lumière étroite qui peut*, contenir du pigment biliaire.

Les, cellules hépatiques sont comprises dans les mailles du double réseau des capillaires sanguins et des canalicules biliaires. Ces cellules sont de petits blocs de substance granuleuse molle, mesurant de 18 à 26 y- Elles possèdent un ou deux noyaux de 9 à 12 y. de diamètre, ronds ou ovoïdes, •pourvus d’un ou de deux nucléoles, et constitués par un fin réseau chromatique dont les trabécules ont une largeur moyenne de 1 y. à 1 y., 5. La forme de ces cellules est très facilement modifiable par la pression qu’elles supportent de ia part des vaisseaux capillaires et des cellules voisines. On les -obtient à l’état d’isolement en raelant la surface d’une section de foie, et elles se montrent alors polygonales, à quatre, cinq ou six pans. Examinées en place, sur des coupes très minces de l’organe, les cellules hépatiques se touchent, chacune d’elles se trouvant en contact avec cinq à sept ou davantage de ses voisines et un nombre variable de capillaires sanguins.

La masse protoplasmique granuleuse, demi-liquide, des cellules hépatiques contient souvent de fines granulations jaunes de pigment biliaire. Elle renferme aussi de la matière glycogène sous forme de granulations, de gouttelettes ou de grosses gouttes colorées en brun acajou par la solution iodoiodurée ou le sérum fortement iodé. Habituellement aussi, pendant la digestion, les cellules de la périphérie de l’îlot présentent quelques granulations graisseuses; plus elles contiennent de glycogène et de graisse, plus elles ^ont claires.

Le protoplasma de la eellule hépatique a une structure réticulée, due à la présence d’enclaves habituellement très importantes. L’ergastoplasme, dit Prenant, y est sans doute représenté par des corps de formes diverses.

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électivement colorables, qui ont été décrits par E. Koiransky dans la zone principale des cellules des Batraciens et que cet auteur interprète comme un état préparatoire des produits de sécrétion. Le cytoplasma est creusé d’espaces clairs ou <r canalicules du suc », qui sont isolés ou unis en réseau (Holmgren, Lominski). Les plasmosomes et les granula qui sont les enclaves cellulaires primitives sont, comme ailleurs, le substratum des enclaves définitives : glycogène, graisse, pigment (Arnold, Altmann). On a décrit un état clair et un état sombre ou granuleux des cellules hépatiques. Gilbert et Jomier, L. Bernard et Lœderieh, Fiessinger considèrent le premier aspect , comme étant seul normal. Rathery pense que ces deux états sont en rapport avec le degré de fixation du parenchyme, lorsqu’on emploie par exemple le liquide J, de Laguesse, l’aspect sombre ou granuleux représentant l’état normal avec une bonne fixation, tandis que l’aspect clair correspondrait soit à un état spécial de l’élément, soit à une modification due aux fixateurs.

Les cellules hépatiques ne possèdent pas de membrane. Pourtant leur contour est nettement indiqué -par une lame protoplasmique plus dense5 (ectoplasma de Flemming), surtout au niveau des canalicules biliaires. L’adhérence des cellules entre elles serait due à un ciment qui précipite en noir le nitrate d’argent (Ranvier). Des réserves s’imposent au sujet de l’existence de ce ciment intercellulaire. Gilbert et Villaret ont attiré l’attention sur la rétraclilité et l’élasticité de la cellule hépatique,' propriétés importantes au point de vue de la circulation sanguine, et aussi, disent ces auteurs* dans une série d’états morbides.

11 va sans dire que l’aspect et la constitution des cellules hépatiques varient considérablement suivant le moment auquel on les examine, à l’état de repos; à jeun, ou pendant les divers stades de la digestion (Langley, Baum). La plupart des caractères morphologiques qui viennent d’être indiqués concernent l’état d’activité de la cellule hépatique.

Considérées dans leurs rapports réciproques au sein du. lobule, les cellules hépatiques avaient déjà paru à Eberth former des séries oü trabécules radiées du centre à la périphérie et anastomosées transversalement. Il compara ces réseaux, trabécules ou travées de cellules hépatiques, à des tubes contenant des cellules hépatiques, comme cela se voit dans certaines espèces animales (poissons, reptiles). Nous verrons plus loin la part de vérité que contenait cette interprétation; en réalité, ces apparences de trabécules sont dues à la configuration générale du réseau capillaire, ainsi que Hering et Kôlliker l’ont démontré. 11 n’y a ni chez l’homme, ni chez les mammifères voisins, de membrane comparable à un sâc glandulaire qui enfermerait les cellules hépatiques et les séparerait des capillaires. Chez le lapin en particulier (Hering), les cellules hépatiques adhèrent aux capillaires et même ne s’en séparent pas lorsqu’on a placé un fragment de foie dans l’alcool ou l’acide chromique, réactifs qui font rétracter les éléments, tandis que, chezle chien et chez l’homme, l’action durcissante de ces liquides sépare les cellules de la paroi des vaisseaux.

On doit donc considérer le lobule hépatique comme une masse continue de cellules creusée par le réseau sanguin, les cellules prenant une disposition et des formes en rapport avec- celles des mailles vasculaires.

Les capillaires dessinent un riche réseau à mailles allongées convergeant vers la veine sus-hépatique. Dans les mailles de ce réseau sont contenues les cellules hépatiques, au nombre de deux à trois dans chaque mailler sauf chez le lapin où l’on n’en trouve qu’une seule. Le volume de ces vaisseaux varie, dans les limites extrêmes, de 9 à 20 j*. Les mailles du réseau, de-

forme triangulaire ou quadrangulaire, mesurent en moyenne de “20 à 40 a. La paroi des capillaire^ est uniquement constituée (Ranvier) par une lame granuleuse continue, très mince, qui montre de distance en distance des noyaux allongés suivant l’axe du vaisseau et faisant une saillie très notable dans sa lumière.

D’après Kupffer, la paroi des capillaires serait formée par les cellules fusiformes, polygonales, triangulaires et principalement étoilées, qu’il avait primitivement décrites au contact des capillaires. Elles existent dans la proportion d’une pour deux à trois cellules hépatiques. Leur cytoplasma est en rapport avec le capillaire; les prolongements s’insinueraient entre les cellules hépatiques. Elles renferment un ou deux noyaux.

: Ces cellules se colorent en rouge ou rouge violacé par la chlorure d’or et se chargent de granulations graisseuses dans certains cas ; elles sont en outre douées d’une fonction phagocytaire très active. Rappelons que les cellules étoilées de Kupffer ont été successivement considérées comme des cellules nerveuses, des plasmazellen, des mastzellen, des cellules conjonctives granuleuses spéciales, analogues aux chromobfastes si abondants dans le foie des batraciens. Nathan, par son procédé des injections intra-musculaires de eollargol, a montré que ces éléments appartiennent au revêtement endothélial des capillaires. 11 a pu suivre leur développement et a vu que l’endothélium des capillaires, représenté uniquement chez l’embryon par une lame svncitiale indivise, se répartit, pendant la vie embryonnaire, en cellules plus ou moins bien délimitées, s’anastomosant en réseau pour former les capillaires globxilo- formateur s, et que finalement, peu après la naissance, ce revêtement reprend son état primitif de lame syncitiale. Il confirme ainsi l’opinion de Ranvier.

Les vaisseaux biliaires naissent dans le lobule par un réseau de fins canalicules formant des mailles étroites, en contact avec toutes les cellules hépatiques. Ce x’éseau aboutit aux canaux biliaires interlobulaires qui acdom- ' pagnent les branches de la veine porte (Büdge, Andréjevie, Mac-Gillavry, Eberth, Ivôlliker, etc.)'.

Le diamètre des canalicules, appelés aussi capillaires ou capïllicules biliaires, est de 1,5 p. chez le lapin, et les mailles du réseau ont de 14 à 17 p On sait aujourd’hui, contrairement à l’opinion de Legros qui leur décrivait une paroi propre et un épithélium pavimenteux, que ces capillaires sont formés par la simple juxtaposition de demi-gouttières creusées sur les facettes de deux cellules hépatiques contiguës : ce sont donc les trabécules hépatiques elles-mêmes qui constituent les canalicules biliaires, chacun d’eux pouvant être envisagé comme une cavité glandulaire, au même titre que la lumière des acini pancréatiques ou des glandes de Brünner (Ranvier). Ces canalicules, difficiles à distinguer sur les coupes, ont pu être mis en évidence, grâce à des méthodes spéciales d injections et d imprégnations. Par la méthode de Golgi-Cajal (chromate d’argent), Hanot et Lévi ont pu nettement montrer l’existence, chez l’homme, de ce réseau de capillaires biliaires sous forme de figures polygonales à côtés rectilignes ou faiblement sinueux. Les mailles en sont un peu allongées dans le même sens que celles du réseau capillaire, les anastomoses des deux systèmes se croisant sans jamais se rencontrer D’après le schéma de Hering, les canalicules courent au milieu des faces de deux cellules hépatiques qui se touchent, tandis que les capillaires sanguins correspondent aux angles de ces cellules.

Contre ees données, généralement admises, des contestations se sont élevées. G. Retzius, Stôhr" s’appuyant sur des faits d’anatomie comparée et d’embrvologie, croient que les canalicules biliaires ne s’unissent pas en

réseau. Leurs objections sont sans valeur, car, s’il n’est pas douteux qUe quelques canalicules se terminent en cæcum, particularité qui avait été du reste signalée par Eberth, Hering, Kôlliker, il reste établi que, sur les préparations bien traitées, la disposition en réseau apparaît de façon manifeste et constante.

D’autre part, Peszke a conclu de ses recherches qu’on trouve les canalicules biliaires aussi souvent au niveau des arêtes cellulaires que sur les faces et qu’en général les points nodaux du réseau siègent aux angles des cellules! Ses affirmations sont exactes dans leur ensemble, et, sur ce point, la doctrine classique ne peut être maintenue dans son intégralité. Le schéma que Hering avait dressé à la suite de ses premières recherches sur le foie du lapin, doit donc être révisé. Au surplus, Hering lui-même, dans un second travail, avait parfaitement remarqué que, chez certains mammifères (chien, homme), les canalicules biliaires peuvent occuper les arêtes des cellules. Et, de fait, on ne voit pas comment, le réseau intercellulaire étant continu, un canalicule pourrait cheminer sans croiser ou suivre nécessairement, à un moment donné, l’arête d’une cellule.

La meilleure méthode pour mettre en évidence les capillicules biliaires consiste, après fixation formolée seule ou suivie de chromisation prolongée (Regaud), à employer l’hématoxyline ferrique d’Heidenhain après long mordançage dans l’alun de fer ammoniacal, la différenciation étant ensuite rapidement effectuée dans la solution d’alun. On voit ainsi nettement les axes canalieulaires avec leurs diverticules intereimentaires et leurs dilatations aux carrefours anastomotiques. Ils restent sur tout leur trajet, en dehors de .ces derniers points, rigoureusement cylindriques. Les bords des cellules hépatiques fortement colorés délimitent les parois des canalicules qui apparaissent en clair (Letulle et Nattan-Larrier, Fiessinger).

Les canalicules biliaires auraient, d’après Pflüger, Kupffer, Browicz, leur origine à l’intérieur même de la cellule hépatique. Ce dernier auteur a minutieusement décrit, chez le chien et chez l’homme, un réseau intracellulaire de canalicules extrêmement ténus, en rapport d’une part avec le noyau et d’autre part avee le réseau extràeellulaire. Ces constatations demandent à être vérifiées. En taut cas, on peut voir nettement, après injection ou imprégnation par le chromate d’argent, des vacuoles intracellulaires, ovoïdes ou sphériques, qui sont appendues par un pédicule très fin aux canalicules voisins, et qui semblent bien être le résultat de l’accumulation des éléments constituants de la bile.

A la périphérie de l’îlot hépatique, les capillaires biliaires viennent s’ouvrir dans les canaux biliaires périlobulaires. Leur mode d’abouchement a été bien déerit par Hering, puis par Renaut. Il est difficile à observer, carie eanalieule biliaire décrit presque toujours un coude avant de se jeter dans le canal excréteur, en sorte que la zone de passage (passage de Hering ) se trouve sur un plan autre que celui des deux canaux. Mais sur les coupes favorables, on peut voir les faits suivants : aux deux cellules hépatiques qui limitent le canalicule succèdent deux cellules épithéliales qui représentent le revêtement interne du conduit périlobulaire. 11 résulte de cette juxtaposition de eellules de hauteur si différente que le calibre des deux canaux se faisant suite change subitement, sans transition aucune.

Tels sont les éléments qui entrent dans la composition d’un lobule; il nous reste à connaître le tissu conjonctif, les vaisseaux lymphatiques et les nerfs.

Le tissu Conjonctif, émanant de la capsule de Glisson et des faisceaux qui accompagnent les vaisseaux interlobulaires, pénètre dans l’intérieur de

l’îlot sous la .forme de fibrilles très rares. Elles s’accolent à la paroi des capillaires en leur constituant en certains points une sorte de membrane adventice, ou bien, tendues entre les capillaires, elles ont l’aspect d’un tissu réticulé. On peut les isoler et les voir quand. on a, sur des coupes très minces, chassé les cellules hépatiques par le pinceau. Ce sont elles qui forment, aveé les capillaires sanguins, la charpente sur laquelle s’appuient les cellules hépatiques. Ces fibrilles forment quelques tractus plus marqués au voisinage de l’espace porte. D’autres fibrilles, plus volumineuses aussi que le reste du réseau, rayonnent du centre à la périphérie du lobule, et représentent en quelque sorte le système de soutènement de ce qu’on a décrit sous le nom de réseau fibrillaire du lobule.

Le réseau fibrillaire du lobule est ainsi composé de deux ordres de fibres (Oppel) : les fibres radiées dont il vient d’être parlé et qui, nées de la veine centrale, diminuent de volume à mesure qu’elles s’éloignent de leur point d’insertion, et les fibrilles enlaçantes ou périvasculaires, toutes de même dimension qui forment un lacis très délicat.

Le réseau fibrillaire, dont la nature a été diversement interprétée, semble bien constitué par du tissu conjonctif; cependant ses réactions vis-à-vis du chlorure d’or et du chromate d’argent l’ont fait envisager comme une variété spéciale de tissu conjonctif voisine de la névroglie (Peszke). Oppel a donné à ce réticulum le nom de « Gitterfasern, fibres en treillis », qui ne préjuge en rien de sa nature.

Signalons enfin l’opinion de Renaut, Franklin Mail, Gilbert et Carnot, M. Nathan, qui nient l’existence d’une trame conjonctive intra-lobulaire. Pour eux, il n’y a pas un endothélium et un réseau périthélial : le contact serait intime, direct, entre l’endothélium et la travée hépatique.

Nous ne saurions souscrire à. cette assertion, car la réalité du réseau fibrillaire intra-lobulaire nous paraît mise en pleine évidence dans les faits pathologiques les plus variés.

L’existence des vaisseaux lymphatiques dans le lobule a été admise déjà par Mac-Gillavry, qui, en injectant les vaisseaux biliaires, produisait des extravasations autour des capillaires sanguins, entre eux et les cellules hépatiques. Rôlliker a vu la matière à injection cheminer de là dans les vaisseaux lymphatiques périlobulaires qui accompagnent la veine porte. Il est certain que chez le chat, le chien et l’homme, on voit les cellules hépatiques se détacher facilement des capillaires en réservant des espaces périvasculaires que l’on a tout lieu de regarder comme des lacunes lymphatiques. Il est donc admis généralement que les lymphatiques prennent leur origine dans les lobules par des gaines périeapillaires. Leur paroi serait constituée par une substance fondamentale amorphe et des fibrilles en réseau. Ils seraient dépourvus de revêtement endothélial, contrairement à l’opinion de Reinke qui tend à voir dans les cellules étoilées de Ivupffer une variété d’endothélium lymphatique. Les gaines lymphatiques périvasculaires s’aboucheraient dans les troncules lymphatiques de la périphérie du lobule. Géraudel, après une longue discussion des expériences de Franklin F. Mail confirmant la théorie de Mac-Gillavry, nie formellement l’existence d’un réseau lymphatique intraparenchymateux.

Les nerfs sont difficiles à suivre dans le lobule. Il ne faut aecorder aucune espèce de crédit aux observations de Pflüger qui prétend avoir suivi les fibres nerveuses jusque dans le protoplasma des eellules hépatiques, ni à celles de Nestorowsky dont le riche réseau nerveux n’est vraisemblablement pas autre chose que le réseau fibrillaire du lobule. Par contre, les recherches de Korolkow ont établi l’existence, au moins chez le pigeon, d’un plexus

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intra-lobulaire enlaçant les travées hépatiques. Berkley, Wolfî, ont de plus décrit un mode de terminaison des nerfs au contact des cellules sous forme d’extrémités renflées, simples ou bifurquées : ces détails demandent confirmation.

La description qui vient d’être donnée du lobule hépatique admet comme centre d’agencement de l’organe le système sus-hépatique, et, de fait, les lobules semblent appendus aux divisions de la veine sus-hépatique, comme des jobules glandulaires à leurs conduits excréteurs.

Étudions, conformément aux données classiques, le mode de groupement des lobules autour des veines sus-hépatiques comme axes.

On admet que les veines sus-hépatiques naissent de toutes les parties delà glande par des ramifications très ténues, qui s’unissent aux branches voisines pour former des vaisseaux de plus en plus volumineux jusqu’aux gros troncs veineux qui émergent du foie. Notons que, sur lasurface de coupé de l’organe, les veines sus-hépatiques sectionnées restent béantes : elles adhèrent en effet intimement par les fibres radiées du réseau fibrillaire du lobule au tissu hépatique qui les entoure, et ne sont pas entourées d’une gaine conjonctive comme les veines portes, lesquelles s’affaissent et sont assez difficiles à distinguer:

Quand on examine attentivement la face interne des veines sus-hépatiques de moyen calibre par exemple, on voit qu’elle est criblée d’un grand nombre de petits orifices assez régulièrement espacés et séparés les uns des autres par un intervalle d’un millimètre à un millimètre et demi, ce qui correspond à peu près à l’épaisseur d’un lobule. Chacun de ces orifices répond a l’abou- : chement d’une petite veine, veine intra-lobulaire, qui vient du lobule immédiatement contigu. Les lobules, dont les éléments constitutifs sont groupés autour de la veine intra-lobulaire, s’implantent donc directement sur les ramifications sus-hépatiques d’un ordre plus élevé (veines sub-lobulaires) par un très court pédicule qui n’est autre que la veine efférente du lobule.

Il devient dès lors aisé de se rendre compte des divers aspects que peut présenter un lobule.

Si la coupe porte au niveau d’un plan compris entre sa base d’implantation et la moitié environ de sa hauteur, on trouve au centre la veine intralobulaire, à la périphérie les espaces portes avec leur contenu, et, entre les deux, les cellules hépatiques dans l’intervalle desquelles cheminent les capillaires (capillaires radiés).

Mais si la coupe porte plus haut, c’est-à-dire plus près du sommet du lobule, il se peut qu’on n’observe pas de veine centrale, car la veine intra-lobulaire, après avoir parcouru un certain trajet dans l’intérieur du lobule, se résout à son extrémité en un pinceau de capillaires divergents (capillaires pénicillés ).

En résumé, le lobule hépatique est une unité vasculaire, à centre sushépatique, à périphérie porto-biliaire. Chacun d’eux reçoit ses capillaires de quatre à cinq branches de la veine porte et de l’artère hépatique, et déverse la bile dans autant de canaux biliaires.

A cette conception du lobule sanguin, Sabourin a voulu substituer celle du lobule biliaire.

Le lobule biliaire a pour centre l’espace porto-biliaire; sa périphérie est limitée par une série de lignes brisées (zones sus-hépatiques) réunissant, sur la coupe, les quatre ou cinq veines sus-hépatiques voisines. Le lobule est ainsi constitué par le groupement de plusieurs fragments des lobules sanguins adjacents à l’espace porto-biliaire. Chaque fragment de lobule représenterait un acinus biliaire, qu’on peut envisager comme un seul tube biliaire anastomosé et pelotonné, et venant s’aboucher dans le canal bilaire de Tes-

pace porte, d’où cet acinus reçoit une artériole hépatique et une veinule porte.

L’aeinus biliaire serait ainsi comparable à l’acinus pulmonaire, le canal excréteur correspondant à la bronche intra-lobulaire, la veine sus-hépatique aux veines pulmonaires, la veine porte et l’artère hépatique à l’artère pulmonaire, et à l’artère bronchique.

Sabourin a de plus indiqué quelques particularités ayant trait : 1° aux expansions de la gaine de Glisson émanées des espaces porto-biliaires; 2° aux veines sus-hépatiques; 3° à la capsule du foie.

Il décrit : a) des expansions glissonio-sus-hépatiques, qui renferment les artérioles nourricières des veines sus-hépatiques d’un certain calibre ne se nourrissant pas, comme les petites, par simple imbibition; b) des expansions glissonio- capsulaires, qui vont s’insérer à la face profonde de la capsule et contiennent aussi une artère nourricière ; c) des expansions glissonio-glissoniennes dans lesquelles chemine aussi une artériole et qui s’étendent d’un segment de gaine à un segment voisin. Ces expansions émises par la gaine de Glisson auraient une grande importance au point de vue du développement du tissu conjonctif dans les cirrhoses.

Il insiste avec raison sur l’inexistence des veines dites sub-lobulaires. Jamais en elfet on ne rencontre la coupe de veines sus-hépatiques entre les lobules : elles se voient toujours, sur une coupe transversale, au centre des sections lobulaires. C’est là aussi que se trouvent les confluents veineux des canaux sus-hépatiques. Quel que soit leur calibre, et il est parfois énorme, ces canaux sont constamment entourés d’une atmosphère de parenchyme qui forme lobule autour d’eux.

Du système veineux sus-hépatique dépendraient des veines dites veines sus-hépato-glissoniennes, qui, naissant de la gaine de Glisson, au niveau des canaux porto-biliaires d’un certain volume, iraient se jeter dans les veines sus-hépatiques les plus voisines.

Enfin, pour Sabourin, la capsule du foie, dont la gaine glissonienne porto biliaire est habituellement considérée comme une émanation, fait partie, au moins partiellement, du système efférent sus-hépatique. Cette capsule peut en effet être décomposée en deux couches : l’une, séreuse, constituée par du tissu conjonctif lâche, qui est recouverte par les cellules endothéliales du péritoine : l’autre, plus profonde et plus épaisse,- en rapport avec les lobules hépatiques, et constituée par du tissu fibreux. Or, cette dernière renferme un très grand nombre de vaisseaux veineux richement anastomosés et communiquant, sur d’innombrables points, avec le système veineux sus-hépatique par les veines capsulaires semi-perforantes, si bier^ que la capsule présenterait les mêmes réactions pathologiques (dans le foie cardiaque, par exemple) que les veines sus-hépatiques.

Plus récemment, Géraudel a repris l’étude de la structure du foie. Retenons pour le moment ce qu’il avance au sujet : 1° des constatations qui l’amènent à rejeter la formule « d’un foie fait de lobules s ; 2° de la différenciation de la travée hépatique en deux zones.

1° Contrairement à ce qui est décrit dans les traités classiques, il n’y a pas, dit-il, d’anneau veineux fait de veines portes anastomosées et donnant, de toutes parts, naissance à des capillaires qui se dirigent vers le centre du « lobule supposé ». En réalité, les ramuscules terminaux des veines] portes émergeant d’un espace porte, veines précapillaires, se dirigent bien vers les ramuscules semblables nés dans le voisinage, mais ils ne les rejoignent pas, et ces divers ramuscules ne s’unissent que par le réseau des capillaires en lesquels ils se résolvent rapidement. Ces veines préeapillaires sont donc bien terminales, au sens de Cohnheim. Elles s’approchent très près l’une de l’autre, ranvier. — iv. 49

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et bien que toujours séparées par la zone des capillaires interposés, elles s’affrontent, s’opposent l’une à l’autre « à la façon du pouce et de l’index » mais sans s’anastomoser, et ferment en quelque sorte sur elle-même la « formation portale ». Il en résulte que celle-ci, composée des travées glissoniennes et des veines précapillaires, serait comparable à une t sorte d’éponge », limitant dans l’espace une « formation cavitaire, continue,’ réticulée,... centrée elle-même par le système des branches sus-hépatiques ». Le système sus-hépatique serait ainsi assimilable à « une racine qui pousserait ses divisions dans l’éponge porte ».

2° Les capillaires qui irriguent les travées hépatiques sont, dans la première moitié de leur trajet, para-portaux, et, dans la. seconde moitié, para-sus-hépatiques. Les épithéliums qui composent ces travées sont « donc nourris, ceux d’amont par le sang venant immédiatement de l’intestin et de ses annexes, ceux d’aval par du sang qui a subi le contrôlé, l’adultération, les apports et les soustractions de l’épithélium hépatique d’amont ». Le parenchyme hépatique pourrait ainsi. être systématisé en deux territoires, chacun d’eux « engainant d’un manchon correspondant les travées portes ou les racines sus-hépatiques ». Et cette différenciation serait bien mise en relief par : a) l’état des capillaires, relativement vides de sang dans leur moitié portale, sur les foies prélevés à l’autopsie; b) par les affinités tinctoriales distinctes des deux zones, vis-à-vis de l’hématoxyline-éosine; c) par leurs réactions différentes sous l’influence de nombreux processus pathologiques, la zone porte moins facilement lésée étant la zone résistante, la. zone sus-hépatique représentant, pour des raisons inverses, la zone fragile.

Bauer repousse aussi la conception du lobule hépatique. Il considère le foie comme un amas de cellules glandulaires sillonné par deux arbres vasculaires, l’un portai, l’autre sus-hépatique. La veine porte se résout d’une part, en capillaires communiquant avec ceux qui viennent des veines portes voisines, d’autre part, en capillaires qui vont, aux veines sus-hépatiques. Ces dernières sont entourées d’un réseau capillaire très dense. Cet auteur distingue donc trois zones : une zone pérLsus-hépatique et une zone péri-portale qui doivent leur résistance, plus grande pour cette dernière, aux axes conjonctifs qui entourent les canaux correspondants, et enfin une zone intermédiaire faible où s’épuise la résistance des axes précités et qui serait le siège prédominant des lésions de dégénérescence, et de stase.

Que conclure de ce long exposé relatif à l’architecture du lobule hépatique?

Certes, la disposition décrite sous le nom de lobule biliaire est bien mise en évidence, chez l’homme, par certaines lésions et le dessin s’en trouve reproduit dans le foie cardiaque, l’hépatite nodulaire des paludéens, l’évolution nodulaire graisseuse des tuberculeux, par exemple. Mais n’est-ce pas là une apparence, une disposition anormale créée par la maladie plutôt qu’un retour à l’état originel?

11 est vrai que l’embryologie et l’anatomie comparée établissent l’existence d’une glande biliaire tubulée. En effet, chez l’embryon, le parenchyme hépatique et les voies d’excrétion de la bile naissent par deux diverticules d’origine duodénale, dont l’un devient la vésicule biliaire et le canal cystique, et l’autre représente l’ébauche hépatique proprement dite. Ce dernier pousse des ramifications qui forment dés tubes cellulaires avec lumière centrale (cordons de. Remak) : l’organe est alors constitué sur le plan des glandes en tubes ramifiés. Mais, tandis que chez les animaux inférieurs (myxinoïdes, pétromyzontidés, certains reptiles tels que le hatteria), cette disposition tubu-

lée persiste, elle tend à s effacer, au cours du développement, chez les ophidiens et les sauriens, puis surtout chez les téléostéens (anguille, congre, lotte) et chez les batraciens anoures (grenouille, triton), par suite de l’établissement d’anastomoses intertubulaires de plus en plus nombreuses, et elle disparaît finalement chez les animaux supérieurs et chez l’homme, pour faire place à une glande en tubes réticulée. Le lobule biliaire dont l’idée peut être suggérée par les connaissances embryogéniques et par certaines topographies lésionnelles, n’est donc guère en anatomie normale, chez l’homme, qu’une figure purement schématique. Du reste, la question du développement du foie est peut-être à reviser. Géraudel croit que le parenchyme hépatique et les voies biliaires sont deux formations génétiquement indépendantes : il considère la masse mésodermique où s’enfonce le diverticule entodermique (biliaire) comme la matrice même du parenchyme hépatique.

Il est juste de reconnaître d’aütre part que le lobule veineux ne répond pas chez l’homme à une configuration très-précise. Sans doute, son centre est nettement indiqué par la veine sus-hépatique vers laquelle convergent les capillaires radiés; mais ses contours ne sont repérés que de loin en loin par quelques espaces portes, entre lesquels les trabécules hépatiques et les capillaires se côtoient dans une zone où la délimitation lobulaire, indécise, ne peut être faite qu’arbitrairement à l’aide d’une ligne réunissant artificiellement les espaces portes voisins. Ce n’est que chez quelques animaux (porc, chameau), que le lobule est complètement dessiné par du tissu conjonctif, dans lequel cheminent des vaisseaux afférents. Chez l’homme donc, la circulation portosus-hépatique avec son lacis capillaire, continu dans toute l’étendue du parenchyme hépatique, ne comporte pas plus de lobulation veineuse parfaite, que le réseau biliaire, non moins continu dans ce même parenchyme, ne peut cadrer avec la, conception d’un lobule biliaire véritable.

Il y a avantage cependant, croyons-nous, à conserver, pour la description’ des lésions du foie, les réserves explicites qui précèdent une fois admises, la formule classique, indubitablement commode et claire, du lobule veineux.

' Aussi bien eette figuration n’est nullement en désaccord avec les données fournies par l’anatomie, la physiologie et les réactions pathologiques du foie (Gilbert et ’Wèiilj. Les transformations successives de l’organe, montrées par l’étude de son développement, indiquent surabondamment que son rôle physiologique se modifie, se complique à mesure qu’on remonte la série animale. D’abord simple organe de sécrétion et d’excrétion pour la bile, sous forme de cordons glandulaires irrigués à leur périphérie par des vaisseaux, au même titre que toute autre glande, et ayant pour centré de convergence les canaux biliaires excréteurs, il devient, en fin de eompte chez l’homme, par suite de sa pénétration et de son bouleversement par les éléments mésodermiques et par les vaisseaux, un organe mieux adapté à ses fonctions prédominantes de glande vasculaire sanguine (Brault), avec la veine sus-liépatique comme centre de convergence.des capillaires radiés et des trabécules qui les bordent. Cette transformation n’est-elle pas comparable, bien qu’à un moindre degré, à ce que nous connaissons du développement du corps thyroïde qui, né aux dépens de Yaditus anterior, sous forme de ramifications épithéliales, possède à l’origine, mais pour le perdre bientôt, un canal excréteur qui aboutit au foramen cæcum? Ici, en raison de son rôle exclusif de glande vasculaire sanguine, l’organe se trouve définitivement privé de son canal d’excrétion et les produits de sa sécrétion interne sont emportés en totalité par les vaisseaux thyroïdiens, tandis que pour le foie, dont la sécrétion externe est maintenue, les canaux d’excrétion biliaire, s’ils persistent, ne commandent plus l’agencement des différents éléments de la glande, désormais coordonnés

FOIE

surtout en vue de sa fonction interne. Les veines sus-liépatiques représentent ainsi les canaux excréteurs essentiels du lobule, qui siègent au centre de l’organite. Les veines portes amènent à sa périphérie le sang nécessaire aux multiples fonctions des cellules hépatiques, et, dans ces régions, neutres en quelque sorte, dont nous parlions tout à l’heure, où les contours lobulaires restent vagues, c’est bien du sang porte qui circule par de nombreuses anastomoses venues des veines pré-capillaires voisines, et la physiologie confirme ainsi la réalité d’une conception que la disposition histologique n’exprime pas de façon toujours significative.

Cette notion classique entièrement opposée à celle de Géraudel se trouvé encore confirmée par les expériences de Gilbert et Villaret qui, après injec-; tion des vaisseaux du foie, ont toujours vus, ainsi que Ranvier et nous-mêmes, le lobule sanguin très nettement dessiné. Ces auteurs décrivent les grasses veines prélobulaires qui se continuent avec des branches interlobulaires, lesquelles se subdivisent en un grand- nombre de rameaux périlobulaires, situés entre les lobules. Les capillaires lobulaires naissent et au niveau de l’espace porte et principalement dans les fissures portes.

Quant aux réactions du parenchyme hépatique sous l’influence de divers, processus pathologiques, comme certaines variétés de cirrhose, l’infiltration graisseuse des tuberculeux, etc., qui dessinent souvent de façon nette lé lobule sanguin, nous n’en voulons tirer aucun argument décisif, puisque d’autres processus réalisent précisément une disposition inverse et peuvent restituer au foie son aspect embryologique. Ces modalités de systématisation des lésions péri-sus-hépatiques ou péri-portales, n’impliquent nullement en tout cas, suivant nous, l’existence de deux régions de la travée hépatique foncièrement dissemblables. D’abord, il y a des cas où les lésions, disséminées, échappent à toute systématisation, et d’autres où elles sont massives, étendues indistinctement à la totalité du parenchyme. Puis, dans les faits mêmes où cette systématisation s’observe, elle s’explique très suffisamment :

1° lorsqu’elle est péri-sus-hépatique, par la stase sanguine agissant, par un processus mécanique et dystrophique, sur les zones trabéculaires le plus directement influencées par la stagnation prolongée du liquide sanguin plus ou moins chargé de principes nocifs; 2° lorsqu’elle est péri-portale, par l’apport initial en cette région dé ces mêmes principes, adultérant en quelque sorte au maximum les éléments de la travée avec lesquels ils sont d’abord en contact ou y épuisant même leur action histologiquement constatable.

Glénard, Mongour et surtout Sérégé ont soutenu que la circulation des deux lobes du foie est indépendante. Il est certain que si l’on pousse une injection, au niveau du hile, dans une des deux branches de la veiné porte, on constate qu’un des deux lobes est seul manifestement injecté. *j Mais il n’est pas exact de dire qu’il existe des relations anatomiques, fonctionnelles et pathologiques précises, conime l’ont écrit les auteurs précédents, entre la veine grande mésaraïque et le lobe droit d’une part, la veine splénique et le lobe gauche d’autre part. Les expériences de Brissaud et Bauer, celles de Gilbert. et Villaret ont montré que les injections poussées par l’une quelconque des veines qui forment la veine porte, pénètrent la totalité du foie. Du reste, la conception de l’indépendance circulatoire des deux lobes est nettement infirmée par le mode de dissémination au foie des noyaux cancéreux ou des abcès secondaires à des localisations initiales portant sur tel ou tel organe tributaire du système porte.

Conduits excréteurs de la bile. — Les capillaires biliaires, cavités de séerétion de l’îlot hépatique, se jettent, avons-nous dit, au niveau du passage de Bering, dans les canaux interlobulaires (voies d’excrétion). Ces derniers

accompagnent les ramifications de la veine porte, s’anastomosent et s’unissent en constituant des troncs plus volumineux qui suivent les branches principales de cette veine. Les deux principaux troncs s’abouchent, à leur sortie du foie, dans le sillon transverse, pour former le canal hépatique, lequel s’unit avec le canal cystique pour constituer le canal cholédoque. Ce dernier s’ouvre dans le duodénum. à l’ampoule de Vater.

En outre de ces ramifications principales, il existe des rameaux accessoires, qui unissent entre elles les deux branches du canal hépatique, en formant un réseau dans le sillon transverse.

Enfin, on observe des conduits biliaires aberrants ( vasa aberrantia) dans les régions suivantes (Toldt et Zuckerkandl) : face supérieure du foie, ligament triangulaire gauche et jusqu’au diaphragme, partie postérieure du lobe de Spiegel, pourlour de la vésicule biliaire, sillon de la veine ombilicale. Ces conduits représentent, d’après Sappev, les canaux biliaires très développés de parties dans lesquelles le tissu hépatique se serait atrophié. Sabourin les décrit comme des conduits biliaires borgnes. Renaut les considère comme les derniers vestiges de la structure tubulée du foie.

Les canaux biliaires interlobulaires sont composés d’une membrane de tissu conjonctif et d’un revêtement de Cellules épithéliales, cubiques sur les plus petits, cylindriques ou pyramidales sur les plus gros, finement granuleuses et offrant un très mince plateau du côté de la lumière. Sur les plus petits canaux interlobulaires, la membrane conjonctive n’est pas très distincte ' et les cellules sont souvent aplaties ainsi que leurs noyaux. La membrane fibreuse et élastique des canaux mesurant au moins 0 mm. 5 de diamètre, possède des fibres musculaires lisses. Chez l’enfant (Variot) et chez le vieillard (Charcot), ces fibres sont plus rares que chez l’adulte.

Sur les canaux de 0 mm. 02 de diamètre se montrent déjà des glandules d’abord simples (cryptes muqueux de Renaut), puis composées. Leur nombre et leur volume augmentent à mesure qu’on examine des conduits plus gros. Elles sont rares et petites dans la vésieule. Elles deviennent surtout importantes dans le cholédoque où elles présentent de grosses cellules caliciformes bien caractérisées. Dans le voisinage de l’ampoule de Vater, les glandes, en grappes ou en tubes ramifiés, contiennent des granulations analogues à du zymogène.

Le revêtement épithélial des canaux hépatique, cystique, cholédoque, et de la vésicule biliaire, consiste en une seule couche de longues cellules cylindriques à plateau, dont les noyaux sont ovoïdes et allongés dans le même sens que les cellules. Le tissu conjonctif sous-épithélial possède un réseau très mince de capillaires sanguins.

Les éléments musculaires dont nous avons signalé l’apparition déjà dans les canaux- intra-hépatiques, deviennent de plus en plus importants dans les canaux plus volumineux. Dans la vésicule et dans le canal cholédoque, elles se disposent en plans : on décrit des fibres externes longitudinales, des fibres internes circulaires et, entre les deux pians, des fibres obliques. Cette disposition plexiforme donne à la muqueuse de la vésicule une apparence alvéolaire. A l’extrémité duodénale du cholédoque, les fibres circulaires épaissies forment un véritable sphincter (sphincter d’Oddi).

L’artère hépatique, d’après Rattone et Mondini, Géraudel, serait mieux nommée artère biliaire. Sa distribution serait limitée aux voies biliaires extra et intra-hépatiques. Contrairement à l’opinion classique, elle ne fournirait, dans le foie, aucune branche aux rameaux de la veine porte. Des capillaires péribiliaires émanent les veinules, dont les unes se rendent aux veines portes voisines et les autres abordent directement le parenchyme hépatique. D’autre

part, au niveau des passages de Hering, les capillaires « veineux » venus des extrémités des conduits biliaires pénétreraient immédiatement, sans se collecter en veinules, dans le parenchyme hépatique. « G’est cette disposition, dit Géraudel,,qui a donné naissance à l’opinion encore soutenue par quelques auteurs, à savoir que l’artère hépatique alimente par quelques-uns de ces rameaux, le réseau vasculaire hépatique et, dès lors, mérite son nom d’artère hépatique. »

La ligature de l’artère hépatique montre cependant que son rôle nutritif s’étend au foie lui-même.

Les lymphatiques des conduits intra-hépatiques, du canal cystique et du canal hépatique se rendent aux ganglions du hile et dans ceux du voisinage.

Le vésicule biliaire possède de nombreux lymphatiques qui forment un très riche réseau sous-péritonéal.

Les nerfs viennent du plexus solaire : ils suivent ou non le trajet de l’artère hépatique. Ils se terminent dans la tunique musculaire en un plexus, analogue à celui d’Auerbach et dans l’épithélium où se perdraient ses terminaisons sensitives.

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IL — TECHNIQUE

La plupart des méthodes de fixation connues sont applicables à l’étude histo-pathologique du foie et toutes peuvent être utilisées pour l’interprétation de figures assez facilement lisibles. La difficulté ne commence, à vrai dire, qu’à propos de l’histologie fine de la cellule hépatique, presque toujours abordée chez l’homme dans les plus mauvaises conditions.

Avant d’énumérer quelques-unes des méthodes le plus recommandables, il convient de rappeler que certaines recherches assez rapides ou même extemporanées rendent de réels services. On peut, en particulier, avoir recours à de simples raclages ou dissociations après légère fixation par l’alcool au 1/3, les bichromates faibles, ou le sérum iodé dont l’usage a été fixé jadis par Ranvier.

Si cette technique ne donne pas pour les cellules du foie de résultats importants, elle permet tout au moins de diagnostiquer à coup sûr certaines tumeurs, telles que les sarcomes à cellules fusiformes, et les sarcomes mélaniques (voir fig. 271, page 1007). Quelle que soit la méthode de fixation employée, il est impossible d’obtenir sur les coupes des images d’une pareille netteté, les cellules serrées les unes contre les autres n’étant jamais accessibles dans toute leur longueur, pas plus que les cellules des sarcomes angioplastiques dont Malassez nous a fait comprendre l’agencement si spécial. On peut aussi par ces moyens très simples déceler dans le foie des animaux toute une série de parasites.

FOIE

Les recherches histo-chimiques extemporanées faites à l’amphithéâtre sont d’une application pratique plus immédiate encore.

Ainsi, pour la constatation de l’amylose déjà soupçonnée au simple aspect demi-sec et miroitant de la coupe, il suffit de verser sur une section fraîche de l’organe quelques gouttes d’une solution iodo-iodurée forte :

Eau . . 300 gr.

lodure de potassium . 5 à 10 gr.

Iode pur . 3 à 5 gr.

pour obtenir immédiatement une teinte brun foncé virant au noir et dessinant de larges plaques ou un réseau assez dense.

Avec la même solution, on met en évidence le glycogène in situ dans les cas assez rares où il est conservé chez l’homme. Chez l’animal en expérience et récemment sacrifié, la réaction est immédiate, La coloration communiquée à cette substance est un peu différente de celle qui caractérise la dégénérescence amyloïde. Le glycogène apparaît en effet rouge brun acajou dans une gamme de couleur plus éclatante et plus rouge que celle ; présentée par la dégénérescence amyloïde.

Si l’on conserve quelque hésitation, il suffira d’avoir recours à la loupe et l’on observera que les taches correspondant au glycogène sont d’aspect grumeleux ou granité, tandis que la substance amyloïde se révèle par des réseaux ou des placards beaucoup plus homogènes, comme tracés au pinceau.

Il est en tout cas indispensable de savoir que, même sur des fragments de foie prélevés dans le délai légal de vingt-quatre heures, la substance amyloïde n’est pas la seule matière qui soit mise en évidence et que dans un nombre encore assez important d’observations, le glycogène intra-hépatique pèut donner lieu à une réaction analogue qu’il est possible de distinguer avec un peu d’attention.

On sait encore que sur des foies pigmentés nettement reconnaissables à leur couleur rouille, qu’ils soient cirrhosés ou non, l’action successive de ferrocyanure de potassium et de l’acide chlorhydrique faible communique à l’organe une teinte bleu foncé caractéristique de larubigine.

Il est inutile de multiplier ces exemples.

Passons aux fixations.

L’emploi des réactifs en vue d’obtenir des coupes après durcissement est pour ainsi dire illimité, chaque auteur préférant une technique différente.

Déjà, nous l’avons dit, si l’on veut se contenter de notions d’histologie pathologique courante, concernant la topographie des lésions en vue d’un diagnostic d’ensemble, les procédés autrefois employés suffisent (alcool, bichromates, etc.). Sabourin obtenait des préparations très démonstratives avec des alcools dont le titre était sensiblement inférieur à 90° et même 80% tout au moins au début pour préparer le durcissement. Il employait de préférence des alcools ayant déjà servi plusieurs fois au durcissement des pièces.

Recherche du glycogène sur coupes (Brault).

L’alcool, presque complètement abandonné aujourd’hui comme liquide fixateur, est cependant le réactif indispensable pour la meilleure fixation du glycogène. Il doit marquer au moins 90° à 9ü° â l’alcoomètre, mieux encore 95°; certains auteurs emploient toujours l’alcool absolu.

Les fragments de foie, toujours de faible épaisseur, fixés par les alcools

TECHNIQUE

forts sont ensuite passés par l’alcool-éther, le collodion faible, le collodion fort, et durcis par le chloroforme pour assurer l’enrobage. Les fragments sont fixés sur bouchon, débités sur le microtome à charriot, les coupes étant reçues dans un cristallisoir rempli d’alcool à 95° ou d’aleool absolu. Les coupes sont ensuite disposées sur lames, fixées en demi-dessiccation et soumises à la gomme iodée. Si l’on veut obtenir des préparations persistantes, il faut attendre un ou deux jours que la gomme, par évaporation lente, ait acquis la consistance d’une véritable laque. On verse alors à nou veau deux ou trois gouttes de gomme iodée et l’on recouvre d’une lamelle. Dans ces conditions, la préparation peut être conservée sans pâlir pendant plusieurs années. Autrement, si la lamelle était posée directement sur la gomme encore sirupeuse, on verrait au bout de peu de temps la réaction disparaître. Cette technique a l’inconvénient de sacrifier certains détails d’histologie fine, mais cela est de peu d’importance, puisque l’on doit toujours employer plusieurs méthodes de fixation et comparer leurs résultats.

Méthode de Best pour la fixation et la coloration du glycogène. On prépare tout d’abord les solutions suivantes :

Solution A

Carmin n° 40 . .

Chlorhydrate d’ammoniaque .

Carbonate de lithine... . .

Ammoniaque caustique. . .

Eau distillée . . .

On mélange, on laisse en contact 24 heures et on filtre.

Solution B.

Ammoniaque caustique . 1 partie

Alcool absolu . . . . 2 —

Pour colorer on emploie :

Solution A Solution B

Pour obtenir des préparations persistantes avec noyaux visibles, voici -comment on procède. Les pièces fixées par l’alcool sont incluses dans la paraffine ou la celloïdine, puis débitées.

On colore les noyaux avec l’hématoxyline de Delafield; puis lavage à Teau, ensuite coloration avec la solution de carmin pendant 15 à 3Ü minutes, passage dans la solution B pendant 1/4 d’heure, lavage dans l’alcool à 70°, déshydratation, xvlol, baume.

Les noyaux sont bleus, le glycogène rouge.

Méthode de Fiessinger pour la fixation et la coloration du glycogène.

Elle repose sur l’utilisation du tannage bichromaté pour la fixation du glycogène avant coloration.

On fixe les pièces pendant 24 à 48 heures dans l’alcool à 95°, ensuite -elles sont portées directement dans une solution de tannin à 10 0/0 pendant

2 volumes

0 gr. 50 1 gr.

0 gr. 20 10 gr.

FOIE

une demi-heure. Si les fragments sont plus épais, le temps du contact avec la solution tannique est poussé jusqu’à une heure.

Court lavage à l’eau distillée, puis séjour de dix minutes dans une solution de bichromate de potasse à 2 0/0.

Lavage, déshydratation, inclusion comme d’habitude, puis, les coupes obtenues, on les colore à la safranine anilinée pendant une heure. Différenciation forte à l’alcool, montage.

Le glycogène est rouge vif, les noyaux roses ou jaunes, le cytoplasme jaune clair.

L’inconvénient de cette méthode serait, d’après Fiessinger, d’obtenir un tel durcissement de la pièce qu’elle se laisse difficilement couper. D’ailleurs, la pénétration de la solution tannique est toujours incomplète; elle se limite à la superficie du fragment dont une très faible partie est utilisable.

En résumé, la première méthode est pratique et rapide, elle est suffisante et doit toujours être complétée par les autres recherches histo-ehimiques révélant les altérations des noyaux et du cytoplasme.

Autres méthodes générales de fixation et de coloration.

En dehors de celles déjà connues, P. Masson indique la suivante qui nous a donné les meilleurs résultats.

Fixer des fragments de foie d’environ un demi-centimètre d’épaisseur dans le liquide de Bouin :

Solution saturée d’acide pierique dans l’eau . . . 30

Formol 40 0/0.1 . 10

Acide acétique glacial . 2

Et se conformer très exactement à toutes lés opérations suivantes :

Laisser les fragments au moins quarante-huit heures, huit jours au plus,, dans le fixateur.

Déshydrater soigneusement par l’alcool absolu. 11 faut au moins 3 bainsd’alcool et quarante-huit heures pour que la déshydratation soit complète.

3 bains de toluène en vingt-quatre heures.

Inclusion dans la paraffine à 54°. Il est absolument nécessaire d’employer encore 3 bains de paraffine pour. que le toluène soit complètement éliminé..

Ces divers temps pourraient paraître d’une longueur exagérée. Il n’en est. rien. Pour l’épaisseur indiquée ci-dessus (un demi-centimètre), ils sont réduits au strict minimum et devront être légèrement augmentés pour les foies fixés Vivants. (Fragments provenant d’animaux en expérience ou d’opérations.)

Les coupes, collées à l’albumine ou à la gélatine formolée, sont colorées par une des trois méthodes suivantes :

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