POUMON
La technique expérimentale peut réaliser l’inflammation du parenchyme pulmonaire en suivant les mêmes voies que les agents morbifiques, spontanés. Il y a quatre voies d’invasion, comme nous l’avons vu :
d) Pénétration de l’irritant par les voies naturelles ;
6) Pénétration par la voie sous-cutanée ou intraveineuse;
c) Pénétration par traumatisme direct ou effraction transthorâcique;
d) Pénétration par les voies lymphatiques.
Ce dernier mode, rarement réalisé en pathologie, est également difficile à reproduire expérimentalement.
a) Pénétration de l'irritant par les voies naturelles : j insufflation ou injection trachéale. Inhalation.
L’agent irritant peut être insufflé par la bouche, à l’aide d’une canule spéciale qui porte lè produit presque dans le larynx, de la même manière qu’en thérapeutique on introduit les médicaments respiratoires par cette voie. C’est là une technique difficile à réaliser convenablement.
On peut obtenir plus facilement le même résultat, et d’une manière qui se rapproche beaucoup plus des conditions de la vie, en faisant respirer l’animal en expérience dans un milieu chargé de poussières, ou en pulvérisant au-devant du naseau des vapeurs humides chargées du produit expérimenté. Malheureusement, beaucoup des substances
BRONCHES ET POUMONS
ainsi pulvérisées sont dégluties; la voie suivie est donc double. Ces méthodes sont, d’autre part, souvent dangereuses pour l’expérimentateur lui-même, exposé à inhaler les produits de l’expérience ; c’est ainsi que certains ont pu contracter la tuberculose en faisant inhaler à des lapins des poussières de bacilles tuberculeux desséchés.
Les gaz pénètrent spontanément dans les voies respiratoires avec l’air inspiré. Il n’est donc pas besoin d’une technique bien compliquée pour éprouver leur action.
L’injection transtrachéale est un moyen facile et sûr d’expérimentation. Il suffît, sans aucune dénudation préalable, de piquer la trachée au-dessous du cricoïde avec l’aiguille de la seringue de Pravaz, et de pousser le contenu de celle-ci dans la cavité.
b) Pénétration par la voie sops-cutanèe ou veineuse.
En injectant sous la peau des substances toxiques ou des microbes, on peut atteindre indirectement le poumon, par l’intermédiaire des lymphatiques d’abord, et du système veineux ensuite, qui collecte les lymphatiques.
C’est là une voie indirecte, assez souvent réalisée en pathologie, (bronchopneumonies secondaires aux pyodermites), mais qui n’est pas un procédé expérimental sûr, à moins d’utiliser un produit soluble très irritant, comme la cantharide, et non des produits solides, comme des microbes. Le professeur Corail a tiré grand parti de la cantharidine pour de telles expériences. Il s’est servi d’une solution de cette substance dans l’éther acétique. Avec 4 à 6 grammes de la solution concentrée à la température de 20 degrés, c’est-à-dire avec une dose de 5 à 8 milligrammes de cantharidine, on produit chez un lapin des accidents d’empoisonnement aigu et intense qui amènent la mort en quelques heures. On peut mieux doser l’action nocive en utilisant, non pas la cantharidine, mais le canlharid'ate de soude. La dose de 1 milligramme en solution aqueuse suffit pour obtenir des effets irritants très marqués chez un cobaye d’âge moyen.
Les injections intraveineuses permettent d’atteindre le poumon beaucoup plus sûrement que les injections sous-cutanées. Elles méritent donc d’être employées plutôt que les précédentes, bien qu’elles soient un peu plus difficiles à réaliser.
c ) Pénétration par traumatisme direct ou effraction
transthoracique.
Les méthodes précédentes servent indifféremment à l’étude des
PÉNÉTRATION PAR TRAUMATISME DIRECT 2b
conduits aériens et du poumon lui-même. Le poumon peut être directement atteint expérimentalement par la voie transthoracique. Une technique très simple a été préconisée par M. Gornil (1); c’est la suivante : le chien est pris comme animal d’expérimentation. On traumatise le parenchyme pulmonaire, soit en le traversant d’un fil à ligature, soit en le cautérisant au thermo-cautère, soit en injectant des caustiques au sein des alvéoles.
Ligature du poumon à la paroi costale. — On prend une longue aiguille courbe, à l’aide de laquelle on embroche le poumon sur une large étendue, en ayant soin de faire ressortir la pointe de l’aiguille dans le même espace intercostal qui lui a servi d’entrée. Un fil de soie conduit par l’aiguille sert à faire la ligature. Les deux chefs du fil sont fortement serrés et maintenus par un nœud sur la peau. La précaution de ne comprendre dans l’anse du fil que les parties molles d’un espace intercostal et non pas les côtes, comme on serait obligé de le faire si l’on passait la ligature d’un espace intercostal à un autre, permet une ligature plus serrée et une adhérence plus intime des plèvres pariétale et viscérale.
Pour éviter l’infection qui peut se manifester au niveau du passage du fil dans la peau, on peut inciser la peau entre deux côtes, mettre a nu la paroi musculeuse de l’espace intercostal et nouer le fil qui traverse le poumon sur le muscle intercostal. Après cette première opération, on recoud la peau; on évite ainsi la propagation d’une infection superficielle de? trous du fil cutané aux parties profondes (Cornil).
Cautérisation au fer rouge. — On peut cautériser le poumon avec le thermo-cautère, soit directement à travers la peau et la paroi intercostale, soit après avoir mis à nu le muscle intercostal, soit après avoir incisé cet espace, ou même après avoir réséqué un segment de côte, afin de mieux voir la surface du poumon à cautériser (Cornil).
Injection intrapulmonaire. — M. Cornil a également injecté dans le poumon, à l’aide d’une seringue, environ 10 centimètres cubes de liquide provenant de la trituration de poumons atteints de pneumonie franche.
Les animaux, dans ces diverses expériences, sont sacrifiés à des époques variables, aiix deuxième, quatrième, cinquième, dixième, douzième, vingtième jours, de manière à suivre l’évolution des lésions.
(1) Cornil et Marie, Sur la pleurésie et la pneumonie traumatiques et sur la pneumonie aiguë fibrineuse de l’homme ( Arch . de Méd. expérim., 1897, p. 185).
BRONCHES ET POUMONS
Agents a employer. — Ces différentes expériences peuvent être réalisées avec des substances de bien des catégories : corps inertes, substances chimiques, corps organisés.
Parmi les corps inertes, le lycopode est un des plus commodes à utiliser. M. Cornil s’en servit beaucoup autrefois, sans préoccupation de l’état microbien ou aseptique de ce produit; aussi obtenait-il toujours du pus. Il a depuis renouvelé ses expériences sur le chien (cours d’anatomie pathologique de la Faculté, 1902-1903) avec du lycopode stérilisé. On a pu également employer des poussières siliceuses, ferrugineuses, etc., dans le but d’étudier les pneumoconioses.
Les substances chimiques , vapeurs de chlore en inhalation, nitrate d’argent en application locale, cantharidine en injection sous-cutanée, etc:, peuvent être variées à l’infini.
Pour ce qui est des microbes, tous ont pu être expérimentés.
PLÈVRE
Tous les modes expérimentaux employés pour le poumon peuvent également servir à l’étude de la plèvre, car la plèvre est presque toujours touchée quand le poumon lui-même l’est. Une technique spéciale est pourtant nécessaire quand on veut en réaliser le traumatisme directement. Ici le manuel opératoire est un peu plus délicat à réaliser, à cause de la production du pneumothorax à l’ouverture de la cavité pleurale.
On peut réaliser l’inflammation pleurale directe par des procédés multiples, dont voici les plus importants :
1° Ligature à la paroi (Cornil) ;
2° Cautérisation au thermo-cautère (Cornil);
3° Introduction de corps étrangers dans la cavité pleurale : aseptiques (Cornil) ou microbiens.
La ligature à la par oi se fait comme nous l’avons indiqué plus haut pour le poumon.
La cautérisation au thermo-cautère se pratique sans l’intervention du bistouri, en traversant la paroi thoracique, bien aseptisée, au niveau d un espace intercostal, avec la pointe du thermo -cautère, jusqu’au contact du poumon. Il ne faut pas inciser préalablement l’espace, sous peine de voir l’organe fuir dans la profondeur de la cage thoracique, grâce à la production d’un pneumothorax.
Lorsque la cautérisation est faite, on recouvre la plaie d’un panse-
PLÈVRE
ment sec, maintenu avec un appareil plâtré ou une imbrication de diachylon.
L’ introduction de corps étrangers est une opération qui nécessite certaines précautions, car l’ouverture large amène la mort rapide, dans la plupart des cas (Quénu et Longuet).
«c Une portion de la cage thoracique d’un chien est soigneusement rasée et désinfectée et toutes les parties molles d’un espace intercostal sont successivement tranchées au bistouri, sur une longueur très minime, 2 centimètres à peu près ; au moment de l’ouverture de la plèvre, un sifflement caractéristique se produit, et l’extrémité de l’index est placée dans la petite' ouverture qui vient d’être pratiquée; ce doigt sert de tuteur pour l’introduction du corps étranger; la plaie est refermée par un double plan de sutures : un plan profond reliant les deux bords de la plèvre et un plan superficiel; les sutures profondes sont absolument nécessaires ; sans elles, la fibrine est rejetée hors de la cavité et vient se loger sous la suture superficielle, dans l’épaisseur même des parties molles sectionnées » (Vermorel).
L’opération ainsi réalisée est des plus bénignes; la raison de cette bénignité réside dans l’étroitesse de l’ouverture.
Les corps aseptiques introduits doivent être, de préférence, choisis parmi ceux qui sont le plus Susceptibles d’être pénétres par les cellules : fibrine, éponge, moelle de sureau.
Pour se procurer de la fibrine, il suffit de saigner un chien aseptiquement; au moment de l’opération, de recueillir le sang dans un récipient stérile et de le battre avec un fouet, sur lequel se déposent les filaments fibrineux. Cette fibrine est lavée dans de l’eau bouillie, pour la débarrasser, autant que possible, dès hématies.
Les microbes peuvent être introduits dans la cavité pleurale par injection dans la cavité pleurale du contenu d’une seringue de Pravaz chargée d’un bouillon de culture.
Avec ces différentes substances, en en faisant varier la dose ou la virulence, on obtient des effets très variables et l’on peut reproduire toute la gamme des lésions anatomopathologiques, depuis la simple inflammation catarrhale jusqu’à la nécrose et l’ulcération.
Jetons un coup d’œil rapide sur les résultats ainsi obtenus expérimentalement.
§ 2. - ÉTUDE DES LÉSIONS EXPÉRIMENTALES A. Conduits aériens.
a) Inflammation catarrhale.
Injection de lycopode. — On obtient une inflammation catarrhale typiquefen injectant dans les bronches du lycopode aseptique.
Les grains de lycopode s’accumulent le long des parois bronchiques. Injectés en quantité trop grande pour les moyens de défense
Fig. — Bronchiole éclatée à la suite d’introduction expérimentale de. poudre de lycopode aseptique dans la trachée : a, grains de lycopode accumulés dans la bronchiole; b, parois de la bronchiole; c, épithélium; d, point éclaté (Cornil).
habituels des bronches, ils descendent même beaucoup plus bas sous l’influence de la pesanteur, passent dans les bronchioles et atteignent même les alvéoles. Souvent, leur nombre est tellement considérable dans certaines petites bronches, que celles-ci s’oblitèrent et éclatent sous les efforts inspiratoires (fig. 4). Cette action mécanique n’est