XIX. — TUMEURS DU FOIE
angiomes, kystes, cancer, adénome, sarcome, lymphadénome
ANGIOMES
Les angiomes du foie, déjà mentionnés par Dupuytren, et étudiés par Bérard, puis par Virchow, Cornil et Ranvier, Hanot et Gilbert, etc., sont relativement rares, mais sont cependant les plus communs des angiomes caverneux internes (cavernomes du foie). Ils se présentent comme des tumeurs sanguines, souvent multiples, dont la couleur varie du rouge au noirâtre, et lé volume de celui d’une tête d’épingle à celui d’une cerise. On en a vu, très exceptionnellement, occuper jusqu’à la moitié de l’organe; mais ils n’augmentent pas généralement de volume, et restent assez circonscrits. Le plus habituellement, la tumeur apparaît en un point de la surface du foie sous forme d’une petite saillie hémisphérique ou ovalaire. Incisée, elle laisse écouler du sang, s’affaisse et montre ün système caverneux. D’autres fois, elle ne proémine pas, bien que superficielle, mais est encore reconnaissable sous la capsule plus ou moins épaissie. Enfin, elle peut être profonde.
A l’examen histologique, on voit des cavités pleines de sang, séparées les unes des autres par des cloisons minces et communiquan irrégulièrement entre elles (fig. 257). Ces cloisons sont formées de tissu fibreux dense contenant quelquefois des fibres musculaires et élastiques; une couche de cellules endothéliales les tapisse. La tumeur tout entière est entourée quelquefois d’une zone lymphocytique ou d’une véritable capsule fibreuse percée d’ouvertures à travers lesquelles passent les vaisseaux qui vont se rendre aux lacunes. Le tissu hépatique peut être fortement infiltré de' pigment noir : il faut se garder de confondre les angiomes caverneux avec les noyaux ramollis de sarcome mélanique. Lorsqu’il existe une grande cavité centrale, l’angiome peut être pris pour un kyste.
On a vu des angiomes se rompre dans le péritoine et donner lieu à de la péritonite. Ces tumeurs reviennent quelquefois sur elles-mêmes
FOIE
après coagulation et résorption du sang qu’elles contiennent, donnant ainsi naissance à des nodules fibreux.
Quelques auteurs ont contesté la nature angiomateuse de ces tumeurs et les regardent comme de simples angiectasies (Journiac, Chervinsky, Hanot et Gilbert). Il s’agit bien cependant, dans les faits que nous avons ici en vue, de malformations ou de néoformations de
vaisseaux. L’angiome du foie doit être rapporté à un trouble congénital de développement local, l’évolution vasculaire restant au stade des îlots de Wolf. Quand la tumeur est en accroissement, on voit des vaisseaux à parois jeunes subir des dilatations, s’ouvrir les uns dans les autres et former une nouvelle zone de tissu caverneux qui communique avec la première et se confond bientôt avec elle. Les capillaires hépatiques ne s’abouchent pas avec les lacunes vasculaires du cavernome, car
TUMEURS DU FOIE
une injection colorée poussée dans le parenchyme voisin ne les pénètre pas. Celles-ci sont en connexion avec les branches de l’artère hépatique pour les uns, de la veine porte pour les autres. En tout cas, ces tumeurs sont injectables par l’artère hépatique (Gornil et Ranvier).
TRANSFORMATION KYSTIQUE
La transformation kystique du foie existe isolément ou associée à la même transformation des reins, de la mamelle, de l’utérus, dé l’ovaire, des vésicules séminales, du corps thyroïde.
Mais la transformation kystique simultanée du foie et des reins est de beaucoup le cas le plus fréquent. Les premières observations de ce genre sont de Wilks, Tavignot, Bristowe, Frerichs, Lancereaux, Chantreuil, Joffroy, Leboucher. L’explication pathogénique de cette lésion fut tentée par Malassez, Michalowicz, Courbis, Lataste, Chambard, Juhel-Rénoy, Babinski, Sabourin. Lejars a pu réunir 17 faits de cet ordre. Chez le nouveau-né, la même coexistence a été rencontrée par Witzel, Brindeau et Macé, Couvelaire : elle peut être associée à des malformations congénitales.
L’évolution semblé se faire de façon plus lente dans le foie que dans le rein. Dans plusieurs observations, les kystes ne sont signalés que sous la capsule, à la face supérieure, et il n’en existait pas dans l’intérieur du foie. Dans d’autres, il est mentionné que tout l’organe en contient.
Il peut n’y avoir qu’un kyste unique (cas de Durante, chez un nouveau-né : le kyste avait le volume d’un pois; les autres organes étaient indemnes). D’autres fois, il y a un kyste volumineux et les autres sont très petits (cas de Morax, chez un homme de 86 ans ; le grand kyste avait la grosseur d’une noix; les reins ne présentaient qu’en un ou deux points une légère dilatation des tubes urinifères). Dans une observation de Bezançon et Touchard, le foie, provenant d’une femme de 62 ans, était seul lésé et présentait de nombreux kystes ; le lobe gauche était méconnaissable. Dans un fait de Nicolle, le foie était parsemé de nombreux kystes, le rein n’en contenait que quelques-uns. Dans 1 observation de Sabourin, le foie et les reins renfermaient une multitude de kystes. On voit que toutes les modalités sont possibles.
Le foie est souvent augmenté de volume, mais il peut être atrophié. Les dimensions des kystes varient de celles d’une tête d’épingle R celles d’une orange. Leur forme est sphérique. Ceux qui sont super-
ficiels soulèvent la capsule et forment des bosselures. La capsule à leur niveau est plissée ou légèrement épaissie. Le contenu de ces poches est presque toujours transparent et séreux, ou rougeâtre, brunâtre, verdâtre : il offre moins de variabilité de coloration que dans les reins polykystiques.
A l’examen histologique, on voit que la paroi de ces kystes est eonstituée par une couche externe fibreuse, revêtue d un épithélium
Fig. 258. - — Kystes du foie. Début de la formation. (Brault.) — Grossissement de 103 diamètres. • >
Au niveau d’un espace porte dont la veine est très visible V. P., on voit se produire au centre ' des eanalieules biliaires C. 6. une prolifération épithéliale très active avec disposition générale des cellules autour de cavités. L’intensité de coloration des noyaux tranche sur l’aspect présenté par les cellules hépatiques, toutes au repos.
C’est le premier degré de la néoformation épithéliale. Il est difficile de dire à ce moment si elle .. , dort évoluer dans le sens d’une tnmeur ou d’un kyste. Le foie n’était pas cirrhosé, les reins étaient indemnes.
cubique, mais qui est d’autant plus aplati que la cavité est plus grande. Dans les grands kystes, la paroi se montre simplement tapissée d’un épithélium offrant de profil l’aspect d’un fin liseré avec saillies correspondant aux noyaux. La paroi peut présenter des éperons qui sont des débris de cloisons résultant du fusionnement de cavités contiguës. On trouve, dans les diverses poches, un liquide séreux avec quelques cellules cubiques ou plus ou moins aplaties eu petits placards détachés de la paroi, de la fibrine, des hématies déformées, du pigment sanguin, etc. Certains kystes, offrant un contour festonné en rapport avec une végétation papilliforme de leur enveloppe fibreuse, sont remplis
TUMEURS DU FOIE
d’un magma solide et montrent aussi à leur intérieur des prolongements qui en transforment complètement l’aspect. Au contact des kystes, on peut observer des dilatations de vaisseaux appartenant au foie.] La pathogénie de ces kystes est très discutée. Sabourin les fait dériver de néo-canaiicules biliaires apparaissant, conformément au
lancée
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icompagnent la dégénérescence kysqüelqnefois l’aspect papillaire et que te dans les adénomes kystiques de la
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processus d’atrophie trabéculaire classique en pareil cas, dans des nodules fibreux échelonnés sur le trajet des voies biliaires. Dans ces nodules fibro-épithéliaux, d’après lui, certains canalicules se dilatent, subissent une transformation alvéolaire et déterminent ainsi des figures d’angiomes caverneux. Que'lques-uns de ces angiomes caverneux biliaires se développent et deviennent des kystes : les grands kystes résulteraient de la confluence des petits kystes isolés. Sabourin
FOIE
admet aussi le développement possible aux dépens des vasa aberrantia et des glandes annexées aux voies biliaires. Pour Hanot et Gilbert, ces kystes proviennent des canaux biliaires préexistants, surtout dans la forme qui accompagne la transformation kystique du rein (Brault). Pilliet voit uniquement dans ces productions des tissus aberrants anormaux et kystiques.
On ne saurait, en tout cas, considérer cette altération, ainsi que l’ont soutenu certains auteurs à propos du rein, comme le résultat de phénomènes de rétention en amont d’un obstacle, dans un organe préalablement induré. Le foie, dans beaucoup d’observations, n’est nullement atteint, et la sclérose périphérique n’apparaît autour des ; kystes que comme lésion réactionnelle secondaire. Les deux figures que nous donnons (fig. 258 et 259) montrant bien le premier stade de la néoformation, qui se poursuit comme une évolution épithéliale et kystique indépendante de toute cirrhose vraie (1) et prenant son point de départ dans les canaux préexistants, comme dans le rein d’ailleurs.