V. Hanot et A. Gilbert.) — Grossissement de 40 diamètres
Disposition générale du néoplasme dont les travées vivantes s’appuient sur les espaces portes, tandis que le centre des lobules est nécrosé ainsi que les veines centrales revenues sur ellesmêmes.
L’explication que nous donnons de ces figures est basée sur ce fait que les veines des espaces portes sont presque toujours obstruées par des bourgeons cancéreux. Dans certains cas où l’oblitération atteint des veines plus importantes, il peut y avoir nécrose de régions assez étendues du foie.
lement le système porte et pouvant ainsi, par l’obstruction qu’ils déterminent, entraîner la dégénération et la nécrose d’un grand nombre de lobules. De cette alternance de parties tumorales et de régions affaissées, il résulte un aspect particulier de l’organe.
FOIE
2° Plus souvent la disposition trabéculaire a disparu et le cancer se présente sous la forme alvéolaire. Des cloisons fibreuses limitent des espaces que subdivise un réticulum conjonctif- Les lacunes de ce stroma sont remplies de cellules polymorphes, polyédriques, cubiques, cunéennes, allongées, ovoïdes ou de configuration quelconque* Certaines formes cellulaires peuvent être prédominantes ou même exister presque exclusivement. Le protoplasma de ces cellules est assez clair et grenu : elles renferment un ou plusieurs noyaux ayant une grande affinité pour les réactifs et munis eux-mêmes de gros nucléoles réfringents. Les fines bandelettes conjonctives qui correspondent au réticulum cellulo-vasculaire du foie sont parcourues par des vaisseaux capillaires. Dans les cloisons fibreuses se trouvent contenus les espaces portes dont les canaux biliaires et les vaisseaux sanguins ne sont plus très visibles. Gilbert décrit, suivant l’aspect des cellules, plusieurs variétés de l’épithélioma alvéolaire ,: épïthéliomas alvéolaires à cellules polymorphes, à cellules polyédriques, à cellules cylindriques, à cellules gigantesques. Cette dernière variété ressortit vraisemblablement- au sarcome angioplastique.
3° L’épithélioma à cellules cylindriques aurait, d’après quelques auteurs, son origine daus la trabécule même. Pour nous, son point de départ est plus vraisemblablement dans l’épithélium des canaux biliaires interlobulaires, et sa structure est identique à celle du cancer de voies biliaires dont il sera ultérieurement parlé.
4° Enfin l’ailéno-carcinome, qui fait partie des cancers primitifs du foie sera étudié avec ( l’adénome. Cette forme est décrite par Hanot et Gilbert sous le nom d’adéno-cancer avec cirrhose et considérée par eux comme un épithélioma ayant conservé la disposition trabéculaire et coexistant avec une cirrhose. Mais l’adéno-carcinome peut exister à l’état isolé, sans cirrhose concomitante.
Les vaisseaux artériels, veineux, lymphatiques sont fréquemment envahis, d’où les transformations dégénératives des nodosités cancéreuses et les disséminations secondaires plus ou moins nombreuses.
fi- Cancer secondaire. La genèse du cancer secondaire, sauf lés faits de propagation par contiguïté, relève du processus embolique- Les cellules cancéreuses, émanées du foyer primitif, sont arrêtées dans les capillaires du lobule : elles y forment des amas qui, par prolifération cellulaire, augmentent d’une façon progressive, refoulent et atrophient les trabécules voisines, au niveau desquelles apparaît ou non un tissu fibroïde (fig. 262). Ainsi, le cancer secondaire est intracapil-
TUMEURS DU FOIE
Iaire par son origine, tandis que le cancer primitif est extraeapillaire. Géraudel croit plutôt à la généralisation par les voies lymphatiques.
Conformément à la loi qui régit le développement des cancers secondaires, la tumeur reproduit ici la structure du néoplasme primitif. On peut donc trouver, suivant les cas et suivant le siège du néoplasme originel, les diverses formes de l’épithélioma cylindrique
Etc. 262. — Histogénèse du cancer secondaire. (D’après V. llauot et A. Gilbert.)":-- Grossissement de 350 diamètres.
Les travées hépatiques sont remplies de pigment biliaire. Le cancer est très régulièrement embolisé dans les capillaires qui sont simplement distendus et dont les parois sont 'assez régulièrement écartées.
Cette disposition est la suite habituelle de la lésion représentée fig. 263 et 264 où l'on voit les troncs des veines porles obstrués par un thrombus cancéreux.
Dans le cas particulier le cancer primitif était àTestomac et ii y avait rétention biliaire.
(fig. 263), alvéolaire ou tubulé, de l’épi thélioma glandulaire, plus rarement de l’épithélioma pavimenteux. Les noyaux secondaires aux tumeurs d’origine ectodermique sont composés de cellules montrant des filaments d’union : dans ceux qui succèdent à un 'épithélioma d une dermo-muqueuse (fig. 264), de l’oesophage ou de la vessie par exemple, les cellules sont réunies par un ciment non filamenteux.
FOIE
Brault a bien montré que les cancers primitifs ou secondaires, dans toutes leurs variétés histologiques, peuvent contenir du glycogène. Dans plusieurs faits de cancer primitif, les cellules étaient littéralement noyées dans les masses glycogéniques, dont les grains étaient comparativement aussi serrés que les particules charbonneuses dans l’anthracose pulmonaire très avancée, où l’on perçoit à peine la forme
Fig. 263. — Veine porte oblitérée par un bourgeon cancéreux à épithélium cylindrique. (Brault).
Grossissement de 200 diamètres.
Bourgeon secondaire à un épithéliome cylindrique de l’intèstin. Les cellules sont disposées en cercle autour d’une lumière centrale dans la partie inférieure de la veine; à la partie supérieure, les cellules épithéliales sont disjointes. Les travées hépatiques ne présentent aucune lésion. L’ëspaee porte est parsemé de lymphocytes dont le nombre indiquel’existence d’une irritation légère
des divers éléments perdus dans l’atmosphère qui les entoure. Il est digne de remarque que les lobules hépatiques non altérées ne montraient qu’une quantité beaucoup plus faible de substance colorée par l’iode. Dans trois cas de cancer secondaire avec rétention biliaire par obstruction, les masses néoplasiques du foie étaient glycogénées et les trabécules hépatiques ne renfermaient pas de glvcogène. Le glycogène des tumeurs secondaires pouvait être constaté dans la plupart
TDMEÜRS DU FOIE
des veines portes, et dans les capillaires de la périphérie du lobule. Il semble donc que la rétention prolongée de la bile entrave la fonction glycogénique du foie, et que, malgré cette action d’arrêt, les tumeurs intra-hépatiques. continuent de s’accroître, obéissant aux lois d’après lesquelles le développement des tissus coïncide toujours avec une accumulation de glycogène dans les
Fig. 264. — Espace porte dont la yeine principale est obstruée par une masse compacte d’épithélioma pavimenteux. (Brault.) — Grossissement de 85 diamètres.
Les divers éléments de l’espace porte, artériole et canàlicules biliaires, ne présentent aucune modification, non plus que les lobules hépatiques adjacents. Il existe cependant quelques cellules lymphoïdes, surtout au voisinage des canalicules biliaires.
Les travées hépatiques sont normales ainsi que les cellules endothéliales des capillaires intralobulaires.
cellules. Le processus karyokinétiquë. accompagne d’ordinaire la présence du glycogène dans les éléments. On peut observer de très nombreux noyaux en karyokînèse dans les tumeurs secondaires du foie provenant de la vessie, du pancréas, de l’estomac et dans les masses emboliques intra-veineuses.
Les noyaux cancéreux secondaires subissent fréquemment des altérations régressives. Ils peuvent être atteints de dégénérescence" granulo-graisseuse ou colloïde, de nécrobiose ; plus rarement, ils pré sentent la transformation squirreuse ou angiomateuse. Dans ce der-
COKKIL ET RANVIER. — IV. 63
FOIE
nier cas, les capillaires ectasiés et les dilatations anévrysmales qui s’v produisent sont très faciles à reconnaître à l’œil nu comme des lignes sinueuses ou des points rouges isolés : ces capillaires peuvent même se rompre et provoquer d’abondantes hémorragies intra-hépatiques, sous-capsulaires (Rendu), et même intra-péritonéales.
Certains cancers secondaires présentent déjà à l’œil nu des caractères un peu particuliers. Ainsi les noyaux hépatiques secondaires au cancer du pancréas sont en général petits : ils se présentent assez
Fig. 265. — Épithélioma secondaire du fcve. (Brault, Arch. des Se. méd., t. 1, pl. 15.) Grossissement
très faible à la loupe, 4 diamètres.
Épithélioma primitif de la tête du pancréas.
Les lobules hépatiques, très reconnaissables à leur forme l,h, l,h, l,h, sont teintés en vert par la bile. Les régions envahies par l’épitbélioma e, e. contiennent seules du glycogène, les lobules hépatiques en sont dépourvus. Dans les parties infiltrées de bile on trouvait de nombreux calculs biliaires microscopiques.
souvent, à la surface de l’organe, sous l’aspect de taches de bougie. A l’examen histologique, on trouve, dans les espaces portes et à leur voisinage, de petits alvéoles avec deux ou trois cellules cubo-cylindriques ou ovoïdes renfermant une substance muqueuse.
Récemment Géraudel, décrivant des noyaux cancéreux secondaires du foie et du poumon par envahissement lymphatique rétrograde, s’est cru autorisé à indiquer les caractères différentiels des noyaux cancéreux hépatiques secondaires, suivant qu’ils sont d’origine lymphatique ou sanguine. Pour lui les nodules cancéreux blanchâtres,
TUMEURS DU FOIE
fermes , sans nécrose ni ombilication, d’ordinaire peu nombreux, devront suggérer l’idée d’un envahissement lymphatique, tandis que des nodules volumineux , nombreux, mous, nécrosés et ombiliqués, à coloration variée, feront penser plutôt à la propagation par voie sanguine.
ADÉNOME ET ADÉNO-ÉPITHÉLIOME
L’adénome, déjà signalé par Lancereaux, Griesinger, Rindfïeiscïi, est bien connu, au point de vue anatomique, surtout depuis les travaux d’Eberth, de Kelsch et Kiener, de Sabourin.
Cette lésion ;se présente à l’oeil nu sous forme de nodules à contour festonné visibles à la surface et sur une coupe de l’organe, inégaux et variant du volume d’une lentille à celui d’une noisette, et même davantage. Ilssontparfois rares et clairsemés, mais ils peuvent se montrer en grand nombre et farcir presque complètement le foie, dont les dimensions sont en général alors très nettement augmentées.
Ces nodules semblent le plus souvent enkystés au sein d’un tissu scléreux. Pendant les premiers temps de leur évolution, ils sont de couleur blanc jaunâtre et de consistance assez ferme. Plus tard, sous l’influence de transformations dégénératives, ils deviennent mous et friables, de couleur jauned’oretd’apparence caséeuse ou hémorragique.
On peut voir des adénomes géants. Ils sont toujours hémorragiques et en désintégration très avancée. On n’y trouve plus de tissu hépatique reconnaissable.
Certains adénomes ressemblent au cancer massif du foie, en ce sens qu’ils sont constitués en général par une tumeur d’un seul bloc. Contrairement à la plupart des tumeurs hépatiques, primitives ou secondaires, qui sont habituellement blanches ou incolores, si l’on excepte, bien entendu, le sarcome mélanique, ces adénomes se distinguent à première vue par une polychromie des plus nettes. Sur une tumeur du volume du poing ou davantage, on trouve des zones rouge brun sombre, jaunâtres, verdâtres, mastic, etc., qui alternent plus ou moins régulièrement ou sont dissociées par des nappes hémorragiques chargées de fibrine. Cet aspect est si caractéristique qu’il permet, au premier abord pour un œil exercé, de diagnostiquer l’adénome du foie et ■d éliminer toute autre production organique. Les sarcomes angioplastiques, qui offrent l’aspect de cavités remplies de caillots sanguins, ne sont que d’une teinte rouge brunâtre, comme les coagulations des poches anévrysmales.
Les gros troncs de la veine porte et de la veine sus-hépatique~contiennent souvent un coagulum gris rosé, ferme ou ramolli par places, qui peut s’étendre aux plus fines ramifications.
À. — L’adénome consiste essentiellement en une hypertrophie et une hyperplasie cellulaires des trabécules hépatiques. La simple hypertrophie des cellules hépatiques, l’inflexion ou l’enroulement des trabécules peuvent se rencontrer dans beaucoup d’hépatites sans
. KARMANSK!
TUMEURS DU FOIE
énormes, mesurant, d’après Hanot et Gilbert, 40 à 50 Les travées cellulaires sont séparées les unes des autres par un léger espace que parcourent des fibrilles connectives très ténues où les vaisseaux sont fort apparents. Au début, la partie néoformée peut n’occuper que le quart ou le cinquième du lobule hépatique, mais souvent l’adénome
Fig. 267. — Adénome du foie. (D’après une préparation de P. Masson.) — Grossissement
de 180 diamètres.
Travées adénomateuses creusées en leur centre de cavités remplies de détritus protoplasmiques «t de bile diluée.
Dans deux de ces travées situées à la partie supérieure de la figure, la cavité est occupée entièrement par un bloc de pigment biliaire.
On remarquera en plusieurs points le relief du rebord cüticulaire des cellules tourné vers la «ante glandulaire.
grandit au point d’égaler et même de dépasser notablement comme volume celui du lobule aux dépens duquel il s’est formé. Les cylindres trabéculaires s’infléchissent alors, s’enroulent, se pelotonnent pour se loger dans l’espace circonscrit où ils se développent. La portion restante du lobule normal se trouve ainsi refoulée par la partie adéaomateuse sous forme de croissant à concavité tournée du côté de la
FOIE
région la plus saillante de l’adénome, et, à mesure que le nodule grossit, les trabécules qui l’entourent s’aplatissent, s’atrophient et arrivent à former des lamelles imbriquées comme dans un bulbe d’oignon. Le lobule d’adénome s’isole presque toujours et tend à s’encapsuler. A son pourtour, une paroi fibreuse apparaît qui lui sert d’enveloppe. Cet enkystement est considéré par Sabourin comme une sorte de cirrhose secondaire.
Tels sont les caractères de l’adénome à trabécules compactes (fig. 266). Dans d’autres faits, où les trabécules divisées et anastomosées
Fig. 268. — Adénome du foie. (Brault.)
Autre point examiné en pleine masse adénomateuse. .
Nous retrouvons ici la disposition trabéculaire. Les cellules a, a, situées dans ces trabécules sont polygonales, un peu plus grosses et plus compactes que les cellules hépatiques normales.
e, e, espaces sillonnés de fibrilles connectives très ténues. De distance en distance, on observé la coupe de laeunes coupées soit en long, soit en travers, quelquefois même obliquement, v, sh. On. voit immédiatement l’analogie de disposition de ces lacunes avec celle des veines ou des |jnus sushépatiques dans le foie normal.
Tous ces vaisseaux sont de nouvelle formation.
présentent du reste le même agencement général, les cellules ont des dimensions normales ou même, tassées en quelque sorte, elles sont plus petites, et forment par leur juxtaposition une mosaïque plus ou moins régulière. Elles peuvent aussi être cubiques, et les cylindres trabéculaires, au lieu d’être pleins, comme nous venons de le voir, sont canaliculés. Dans ce dernier cas, ils montrent, à leur centre, une lumière transversale, joblique ou longitudinale, suivant le sens dé la coupe, qui leur donne l’apparence de véritables tubes glandulaires; cette lumière contient soit une matière grenue amorphe, soit du mucus, soit par places des calculs biliaires microscopiques. Au contact de ces concrétions, 1 épithélium cubique s’aplatit plus ou moins
TUMEURS DU FOIE
(fig. 267). La présence de ces blocs calculeux peut donner aux cylindres un aspect moniliforme, à renflements nombreux et volumineux.
On peut voir aussi les trabécules orientées par rapport à des axes qui correspondent à des cavités vasculaires coupées en long, en travers ou obliquement, et qui offrent la plus grande analogie avec la disposition des veines sus-hépatiques (fig. 268).
Certains adénomes sont enfin composés de cellules à noyaux multiples, caractère sur lequel s’est fondé Géraudel pour considérer cette production comme une néoformation spéciale.
Ces différents aspects de trabécules compactes, de cellulës cubiques tapissant des cavités, etc., etc., peuvent s’observer et s’observent communément côte à côte dans le même foie et aussi dans un même nodule, s’il est un peu volumineux.
B. — Souvent, l’intervention de divers processus de dégénérescence modifie l’aspect macroscopique et la structure de l’adénome.
Les nodules peuvent être envahis en totalité ou partiellement par l’infiltration graisseuse; les cylindres pleins ou creux se montrent alors absolument jaunes. D’autres fois il s’agit de fonte granuleuse ou granulo-graisseuse, et, lorsque la lésion est très prononcée, les cellules se fragmentent en blocs irréguliers formant un magma caséeux, dans lequel il est difficile de reconnaître les éléments primitifs. Les cellules peuvent aussi subir la transformation colloïde.
Les nodules deviennent parfois tout à fait scléreux par suite de la formation de tissu conjonctif autour des parois des vaisseaux capillaires. Les cylindres épithéliaux s’atrophiant progressivement, une gaine adventice apparaît qui s’épaissit, dissocie les cylindres un à un ou par groupes, et le nodule d’adénome est ainsi transformé en un îlot de sclérose, dans lequel subsistent seulement des fragments trabéculaires et des vaisseaux plus ou moins isolés.
On trouve assez souvent, nous l’avons déjà dit, des adénomes «nvahis par des nappes sanguines ; elles sont la conséquence de la dilatation des vaisseaux et de la friabilité du tissu. Le nodule est dissocié par le sang qui fait irruption dans son intérieur; parfois même il n’existe plus à sa place qu’un caillot sanguin, au milieu duquel nagent des débris de cellules hépatiques ou de cylindres épithéliaux. Dans d’autres cas, on voit le sang infiltrer simplement le nodule, les globules sanguins pénétrant entre les cellules des cylindres épithéliaux, par exemple, sans que la texture générale de l’adénome soit sensiblement modifiée.
C. — • Les tumeurs adénomateuses forment assez souvent, à l’inté>rieur des branches de la veine porte et des veines sus-hépatiques qu’elles envahissent, des bourgeons à extrémités mousses et arrondies n’adhérant pas aux parois. Dans les troncs de gros calibre, ces masses néoformées ont la disposition de battants de cloche.
Quand on examine ces bourgeons intra-veineux, on voit que non seulement ils contiennent des cellules épithéliales groupées suivant la modalité caractéristique de l’adénome, mais aussi du tissu conjonctif et des vaisseaux.
Ce caractère envahissant de certains adénomes a modifié la con-
Fig. 269. — Adénome du foie, vue d’ensemble. (Brault.) — Très faible grossissement.
m, m, m, trois grosses masses adénomateuses. Les cellules qui les constituent ont un protoplasma sombre et granuleux très avide de substances colorantes. Aussi, après coloration, ces masses font-elles sur le tissu du foie f, f, un relief très marqué, les cellules hépatiques normales restant beaucoup plus pâles. Dans le tissu conjonctif qui sépare ces gros blocs adénomateux se trouvent des veines envahies par la néoformation.
ception primitivement admise au sujet de cette variété de production.
Sabourin, Cornil et Ranvier ont d’abord considéré l’adénome comme un élément surajouté, une complication accidentelle au cours des cirrhoses. Mais bien des foies atteints de cirrhose n’en contiennent pas, et il en est de non-cirrhotiques qui présentent parfois des nodules adénomateux nettement développés.
Bnssaud, Hanot et Gilbert, tenant compte surtout de l’allure infectante de l’adénome, en font un processus néoplasique spécifique, et ces deux derniers auteurs le décrivent, avec les cancers, sous les noms d’adéno-cancer avec cirrhose et d’épithélioma trabéculaire.
Ménétrier a cherché à établir que les diverses variétés de cancer du
TUMEURS DU FOIE
foie dérivent de lésions adénomateuses préexistantes spéciales à chacune d’elles, et il expose les faits de la façon suivante. A Y adénome trabéculaire, épiphénomène fréquent dans les cirrhoses, et qui correspond à l’évolution nodulaire de Kelsch et Kiener, succéderait Yépithélioma trabéculaire avec ses travées un peu moins régulières. L'adénome acineux, qu’on rencontre aussi très communément dans les cirrhoses, et qui n’est autre que l’adénome avec cylindres et cavité centrale contenant souvent des blocs biliaires ou des détritus granuleux, aboutirait au cancer hépatique de type acineux. Enfin, Y adénome à petites cellules (polyadénomes biliaires de Kelsch et Kiener, adénome tubuleux de Ménétrier) donnerait lieu, par prolifération extrême de ses cellules cubiques avec noyau fortement coloré, à Yépithélioma hépatique tubulé. Signalons que, dans le. même ordre d’idées, Petit et Germain (d’Alfort) ont décrit, chez les carnivores domestiques, la transformation cancéreuse d’adénomes biliaires. — L’ épithélioma alvéolaire représenterait l’aboutissant de ces différentes variétés transformées et devenues atypiques : car on trouverait par places, dans ces faits, des « formations tubuleuses, acineuses ou même trabéculaires, rappelant par quelques traits les formes typiques vraisemblablement initiales ».*
D. — L’adénome, tel que nous l’avons décrit, emprunte assez souvent les caractères d’infectiosité du cancer. Il perfore les veines, envahit les tissus, et des nodosités secondaires ont été trouvées dans les poumons et sur les feuillets du péritoinei
L’étude des caractères histologiques des adénomes à leurs différentes phases de développement et d’envahissement veineux justifie-t-elle l’assimilation des adénomes au cancer ?
Il est certain qu’ils forment en général au cours des cirrhosès des tumeurs accidentelles qui presque toutes s’enkystent. Leurs cellules se chargent de graisse et ils paraissent s’immobiliser pour plus ou moins longtemps. Mais leur tendance même à l’isolement et à l’encerclement fibreux les sépare, dans le groupe des tumeurs composées, des papillomes et des polypes glandulaires, et démontre d’autre part que les cellules qui entrent dans leur composition sont déjà déviées de leur type normal, puisqu’elles ne conservent plus avec les parties fibreuses et vasculaires qui les entourent leurs connexions habituelles. Les adénomes représentent donc, déjà à celte période, une réaction épithéliale distincte et très spécialisée. Les modifications des qualités bio chimiques de ces épithéliums sont bien attestées par leur façon de
FOIE
se comporter dans certains états morbides. Brault et Letulle ont noté que, dans des foies infiltrés de pigment ocre et présentant en même temps des blocs adénomateux, les cellules de ceux-ci ne contiennent pas de pigment.
Quand la néoformation envahit les veines, l’adéno-épithéliome, dit-on, est constitué. Mais même dans ces faits, on retrouve l’aspect et la structure des adénomes simples. Les prolongements intra-veineux renferment en effet, nous l’avons signalé, outre les cellules épithéliales groupées d’une façon caractéristique, du tissu conjonctif et des capillaires, et ils sont généralement maintenus libres sur toute leur surface dans la lumière du vaisseau par une capsule fibreuse mince et souple analogue à une membrane d’enveloppe. L’adénome et l’adéno-épithéliome ne sont donc pas des tumeurs uniquement épithéliales. La présence du tissu conjonctif et de vaisseaux propres permet ainsi de [distinguer toujours les adéno-epithéliomes des épithéliomes proprement dits, ceux-ci n’ayant de stroma et de vaisseaux que le stroma et les vaisseaux de l’organe dans lequel ils se développent.
Si l’adéno-épithéliome se comporte comme une tumeur maligne, il rappelle davantage morphologiquement la glande d’où il dérive : il envahit plus lentement aussi et donne lieu à des généralisations moins promptes. Mais chacun des éléments de l’adénome est susceptible de proliférer de façon plus active. Ainsi peut se constituer l’épittiélioma proprement dit.
Dans ces adéno-épithéliomes à tendance envahissante, on trouve du glycogène en plus grande quantité que dans les adénomes enkystés, qui, de toutes les tumeurs hépatiques, sont celles qui en contiennént le moins.
Il se dégage de l’exposé qui précède, qu’il n’y a pas de différence histologique réelle entre l’adénome au début et l’adéno-épithéliome. La structure des deux productions est identique. Seules, les qualités biologiques sont différentes dans les deux cas. Dans l’un, la néoplasie semble vivre comme une tumeur assez indolente; mais si, en s’accroissant, elle rencontre une veine et l’envahit, les bourgeons épithéliaux intra-vasculaires peuvent à leur tour être le point de départ de généralisations.
Ce fait qu’une tumeur d’apparence bénigne est capable .de prendre un caractère d’infectiosité, sans que sa structure soit modifiée, est loin d’être unique. Ainsi un chondrome, pour ne choisir que cet exemple, peut, après être resté longtemps limité à la main, pénétrer, en raison d’un développement plus actif, dans une veine ei dès lors se propager
TÜMEDRS DU FOIE
par voie embolique dans le poumon. Or il n’existe aucun moyen de différenciation microscopique entre la production cartilagineuse initiale et les tumeurs de généralisation. Le fait est accepté sans conteste.
Pourquoi ne pas envisager de la même manière la question qui nous occupe, et vouloir assigner à l’adénome et à l’adéno-épithéliome des traits distinctifs que l’histologie ne saurait établir. L’adénome est, suivant nous, une formation très spéciale conservant les mêmes caractères dans les noyaux de propagation intra-vasculaire et les noyaux de dissémination à distance.
E. — C’est au groupe des adénomes qu’appartient Yhépatome, récemment décrit et individualisé par Rénon, Géraudel et Monier-Vinard comme « une tumeur primitive du foie, à foyers originels multiples, constituée par la prolifération exubérante suivant le type embryonnaire des éléments du parenchyme hépatique proprement dit, et à tendance extensive locale, particulièrement intravasculaire »; la lésion n’aurait été observée que dans des foies antérieurement cirrhosés. Ces auteurs se fondent pour isoler ce type anatomique et le séparer de l’adénome, sur les raisons suivantes. Il ne s’agit pas, disent-ils, d’une hyperplasie nodulaire simple avec formation de cellules de type adulte et normal, comme dans l’adénome véritable : les éléments sont ici de type embryonnaire. Le nodule se constitue aux dépens de cellules remarquables par leurs dimensions trois ou quatre fois plus considérables que les éléments trabéculaires normaux. Ces grandes cellules se divisent en plaques protoplasmiques qui renferment plusieurs noyaux communs, et dans l’intervalle desquelles le sang circule : ainsi se trouve réalisée l’image du foie fœtal. A une phase plus avancée, ces plaques plasmodiales se segmentent ellesmêmes, et chaque noyau reste entouré d’une certaine quantité de protoplasma. Les cordons cellulaires qui résultent de cette néoformation « sont limités, tout comme les plaques plasmodiales originelles, par une bordure de cellules plates semblables à celles d’un endothélium vasculaire »; ces cellules ne sécréteraient pas de bile. D’autre part, les bourgeons intra-veineux, de structure identique, ne présentent pas d’adhérences avec les parois vasculaires, et l’on ne trouve, dans- l’épaisseur de celles-ci, aucun point où l’on puisse assister à la pénétration vasculaire par infiltration progressive.
L’envahissement s’effectuerait par le simple accroissement, dans les capillaires veineux, du tissu néoformé dont les bourgeons se pro-
FOIE
pageraient ainsi dans la lumière des vaisseaux, sans altérer nullement leur structure.
L’autonomie de cette formation pathologique serait donc essentiellement basée sur la constatation des figures du foie embryonnaire, auxquelles l’arbre biliaire ne prendrait aucune part, ce qui viendrait à l’appui de la conception, soutenue parGéraudel, de l’indépendance anatomique et embryologique du parenchyme hépatique et du bourgeon biliaire. Nous ne saurions souscrire, ni à l’isolement nosographique de l’hépatome, ni à son interprétation histogénique.
Brault et P. Masson ont décrit en effet dans un cas d’adéno-épithéliomedufoie avec généralisation à l’épiploon et au péritoine, des plasmodes dont l’évolution était facile à suivre, particulièrement au niveau des bourgeons intra-veineux. Dans les travées fort épaisses, constituées par des cellules extrêmement petites, on voyait une. ou deux cellules de type hépatique évident, ayant les mêmes réactions que toutes celles de la tumeur et dont la masse protoplasmique, nettement éosinophile, était augmentée, le noyau et le nucléole s’étant accrus parallèlement. Tous les intermédiaires s’observaient entre ces cellules et les autres éléments trabéculaires. Lorsque les cellules atteignaient certaines dimensions, les noyaux se multipliaient par division directe ou indirecte, restant éparpillés dans le protoplasma. Peu à peu les éléments les plus voisins du plasmode venaient s’incorporer à lui et finalement les travées se montraient formées de masses syneitiales énormes contenant de nombreux noyaux (fig. 270).
Nous avons observé plusieurs faits où cette évolution plasmodiale de la cellule hépatique était manifeste. Cependant, Jonesco-Mihaiesti considère le développement de ces plasmodes comme le résultat de la phagocytose des cellules hépatiques par un ou plusieurs éléments spécialisés de la travée. Toujours est-il que la grande cellule multinucléée ne procède pas de la multiplication des éléments du parenchyme suivant le mode embryonnaire avec segmentation ultérieure en cordons ou en travées. Les différents aspects des travées et des plaques doivent être interprétés en sens inverse. D’autre part, contrairement encore à ce qui a été dit, les parois veineuses sont fréquemment intéressées dans l’adénome : des travées épithéliales s’implantent sur l’endothélium, qu’elles font disparaître, et envahissent le tissu conjonctif sous-jacent. Enfin, dans l’intérieur des plasmodes on voit nettement des canalicules semblables en tous points aux canalicules biliaires intercellulaires (Babès, Brault et Masson).
En somme, les caractères anatomiques invoqués par Rénon,
TUMEURS DU FOIE
Géraudel et Monier-Vinard en faveur de leur thèse, se rencontrent dans la plupart des adénomes que nous avons étudiés, et pour nous, il n’existe aucune différence entre l’hépatome de Géraudel et l’adénoépithéîiome des classiques.
De même, l’observation de tumeur primitive du foie originaire des
Fig. 270. — Adénome du foie à cellules multinucléées (cellules géantes). (Observation de A. Brault et P. Masson.) — Grossissement dé 300 diamètres.
Cette figure représente le point de jonction de deux travées hépatiques, dans lesquelles les cellules sont remarquables par leur polymorphisme.
Sur la droite de la figure on peut suivre de haut en bas la transformation de la cellule hépatique en plasmode, puisque la cellule la plus élevée n’a que deux noyaux et que la plus inférieure en compte sept.
Le type extrême est représenté par la cellule située en haut dé la figure, à peu près sur la ligne médiane contenant de 28 à 30 noyaux.
Autour du noyau delà plupart de ces cellules le protoplasma présente un aspect spongieux et aréolaire.
Au centre de la travée on trouve des cellules hépatiques morcelées et émiettées. Les cellules présentent aussi une sorte de renforcement du bord cüticulaire tourné vers l’axe de la travée.
germes aberrants de la capsule surrénale rapportée par Pepere, donne bien, après lecture des descriptions et examen des figures, l’impression d’uu adéno-épithéliome hépatique.
Nous considérons aussi, comme rentrant dans le cadre des adénomes plus ou moins modifiés, le fait relaté par Dominici et Merle
sous le nom de tumeur composite du foie ( épithéliome et sarcome embryonnaire greffés sur une cirrhose).
SARCOME DU FOIE
A l’œil nu, le sarcome du foie est aisément confondu avec i’épithélioma.
Le sarcome primitif est extrêmement rare. Il s’observe surtout chez l’enfant et se développe, comme l’épithélioma, sous la forme massive ou sous la forme nodulaire. Seul l’examen histologique permet de préciser le diagnostic : on peut trouver la variété de sarcome globo-cellulaire ou la variété fuso-cellulaire. On croit que le tissu néoplasique prend naissance aux dépens de la tunique externe des branches de l’artère hépatique, de la veine porte ou du tissu conjonctif des espaces porto-biliaires.
Le sarcome secondaire, moins rare que le sarcome primitif, est la conséquence d’une localisation sarcomateuse initiale quelconque. Il est beaucoup moins fréquent que l’épithélioma secondaire, les sarcomes étant très peu communs dans les organes d’où partent les radicules de la veine porte. Les embolies sarcomateuses semblent suivre surtout la voie sanguine. Histologiquement, on observe les diverses variétés de sarcomes : sarcome globo-cellulaire, sarcome fuso-cellulaire, glio-sarcome, lympho-sarcome, myxo-sarcome, chondro-sarcome, ostéo-sarcome, léiomyo-sarcome (Hanot et Gilbert), sarcomes angioplastiqùes (Brault), que certains auteurs ont décrit comme des placentomés. Cornil a montré, dans un cas de sarcome secondaire du foie, la coexistence du tissu sarcomateux avec des lésions inflammatoires du tissu conjonctif et avec des néocanalicüles biliaires : l’invasion des cellules sarcomateuses procédait sous forme d’îlots dans le tissu conjonctif lâche qui entourait les travées fibreuses pourvues partout de néocanalicüles.
SARCOME MÉLANIQUE (1)
On désigne sous ce nom des tumeurs du foie dont la coloration noire relève de la présence de grains de pigment formés de mélanine. On a décrit des mélano-sarcomes et des mélano-épithéliomes. Des doutes se sont élevés sur l’existence de)ces derniers.
Les sarcomes mélaniques du foie succèdent à des tumeurs homo-
(1) Voir Sarcome mélanique, t. I, p. 348 et suiv.
TUMEURS DU FOIE
logues siégeant habituellement dans as membranes pigmentées de l’œil ou dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Macroscopiquement, on décrit deux formes. La forme infiltrée en larges nappes peut se présenter sous plusieurs aspects. L’infiltration est généralisée ou partielle. La coloration est uniformément noire ou d’un gris ardoisé, ou bien, les amas pigmentaires noirâtres alternant avec des parties plus claires, la surface de section prend une appa¬
rence granitique spéciale (Hanot et Gilbert). Le foie, dans son ensemble, est augmenté dé volume, lisse et de consistance très ferme.
Dans la forme nodulaire , le foie est aussi hypertrophié. La surface de l’organe est parsemée de nodosités irrégulièrement sphéroïdales, légèrement saillantes, dont la coloration varie du gris au noir d’ébène. Sur une coupe, le foie apparaît comme farci de noyaux qui donnent l’impression de truffes enchâssées dans le parenchyme hépatique. Ces tumeurs, de teinte, de volume, et de nombre variables, de consistance d’abord dure, peuvent se ramollir et former en certains points une bouillie
FOIE
noirâtre. Nous avons observé plusieurs cas de sarcome mélanique du foie chez le cheval. On voyait nettement les tumeurs différemment colorées, les unes blanches, les autres grises, d’autres enfin totalement noires, suivant leur état d’intégrité ou le degré d’envahissement pigmentaire. La périhépatite et l’ascite sont exceptionnelles. Les vaisseaux sanguins et les canaux biliaires de gros calibre sontf habituellement respectés. Les ganglions efférents, au contraire, montrent dans la règle de l’infiltration mélanique.
Au point de vue histologique, le mélano-sarcome appartient aux deux variétés les plus fréquentes de sarcome, le sarcome globo-cellulaire et le sarcome fuso-cellulaire (fig. 271). Parfois, la disposition régulière des cellules sarcomateuses pigmentées dans les capillaires du lobule réalise l’aspect de la variété, décrite par Rindfleisch, de cancér radié pigmenté. Ce qui caractérise essentiellement le mélano-sarcome est la présence de grains de mélanine, substance spéciale élaborée par les cellules et tout à fait distincte des pigments qui succèdent aux épanchements sanguins, pigment ocre, etc.
Dans le cas de mélanome rapporté par Belin comme étant un épithéliome mélanique primitif du foie, l’organe était transformé en une masse à peu près uniformément noire pesant 5 kilogr. 330. Au microscope la tumeur semblait être un épithéliome alvéolaire à cellules polymorphes. Le pigment mélanique infiltrait les cellules néoplasiques, le stroma et les cellules du foie.
SARCOME ANGIOPLAST1QUE
Les sarcomes angioplastiques du foie, productions assez rares, se présentent comme des tumeurs sphériques, ordinairement nombreuses, dont le volume varie de celui d’un pois à celui d’une orange, et ayant la consistance et la couleur de caillots sanguins. De ces tumeurs, les unes sont uniformément jaunes, d’un rouge brique ou d’un rouge brunâtre; d’autres montrent sur une section des marbrures hémorragiques sinueuses siégeant surtout à la périphérie. La transition entre eès nodules et le tissu hépatique voisin est brusque; celui-ci ne paraît présenter aucune altération.
A l’examen histologique, on voit des masses protoplasmiques énormes avec noyaux volumineux et bourgeonnants, offrant toutes les phases de la division directe et indirecte la plus active ; ces plaques multinucléées contiennent des cavités de dimensions variables remplies exclusivement de globules rouges (fig. 272). En outre, des
TUMEURS DU FOIE
cordons protoplasmiques circonscrivent, ainsi que l’avait déjà remarqué Malassez, des canaux pleins de sang(flg. 273). Il existe enfin des amas de cellules polyédriques avec un seul noyau.
On trouve, en somme, des éléments vaso-formatifs et hématopoiétiques. Mais seule la périphérie de la tumeur, comparable à une mince écorce, possède ces parties vivantes, cellules actives et réseaux vaso-formatifs en évolution (fig. 274). Le centre est nécrosé et composé de déchets cellulaires, de globules rouges ou de débris de globules rouges nucléés ou non, de cellules lymphatiques, de fibrine, de
Fig. 272. — Sarcome angioplasliqüe. (Brault.) — Grossissement de 300 diamètres.
M, immense plaque protoplasmique multinueléée, contenant en plus des noyaux n, n, de nombreuses cavités lui donnant un aspect aréolaire. La plupart de ces cavités sont d’égale dimension et assez petites. L’une^ d’elles beaucoup'plus grande va, située sur le côté droit est remplie de globules rouges, les plus petites en Contiennent également. La tumeur était en outre composée d’amas de eellules polyédriques à un seul noyau, sur la gauche de la figure en c.
blocs hyalins d’origine sanguine. Cet état correspond aux modifications régressives des plaques protoplasmiques qui semblent s’être épuisées dans la formation démesurée des noyaux et des globules sanguins, et dans lesquelles la circulation ne s’établit pas. La glycogénèse est limitée à la couche périphérique des néoformations. Le développement de la tumeur est régulièrement excentrique. Les vaisseaux du parenchyme envahi n’ont aucune connexion avec cette édification angioplastique : le sang qui y circule ne pénètre pas les vaisseaux néoformés qui restent exclus comme de véritables parasites.
Ces tumeurs, décrites par Malassez, Ch. Monod, Brault, sous le
CORNIL ET RAKVIER. — IV.
FOIE
nom de sarcomes angioplastiques. et .dont quelques faits ont été rapportés aussi sous la même appellation par Chambard, Carnot et Marie, Schwartz, Dopter, sont considérées par Softlagenhaufer, Steinhert, Wlascoff, Pick, Rigel, Hoche et Briqüel, Chevassu, etc., comme ayant leur point de départ dans l’épithélium chorial embryonnaire, et, de ce fait, dénommées par eux déciduomes , placentomes ou chorio-épithéliomes. Ménétrier range, d’une façon plus générale, ces productions, ces plasmodiomes, avec les embryomes. L’observation de Klippel et
Fig. 273. — Sarcome angioplastique. (Brault.) — Grossissement de 30& diamètres.
Une des cellules plasmodiales m, de dimension moyenne, occupe le côté gauche de la figure. L’autre M, très volumineuse et d’aspect spongieux, n’est probablement pas représentée eu entier. Elle no contient qu'un petit nombre de noyaux.
Les vacuoles dont elle est creusée forment un système de cavités largement ouvertes et communiquant les unes avec les autres. Les globules rouges y sont assez nombreux. — p, prolongement protoplasmique ; I, groupe de cellules polyédriques.
Monier-Yïnard, celle de Launois, Masson et M. Pinard, qui ont trait à des cas de même ordre, sont également interprétées comme des néoplasies métastatiques de nature choriale, provenant, dans l’espèce, d’embryomes testiculaires.
Cette assimilation des faits ne nous paraît pas justifiée. Les caractères des deux variétés de tumeurs sont faciles à opposer.
En effet, dans les placentomes ou chorio-épithéliomes connus, on n'observe pas de zone centrale avec produits de désintégration. Les
TUMEURS DU FOIE
tulL) — Grossis alcool à 95°.
La tumeur s. a dans son développement excentrique se rapproche d’un espace 'interlobulaire espace porte), e.p, reconnaissable à la présence d une artériole A, de canaux biliaires C. B, C. B, lont l’un est dilate. •
Le foie normal, simplement refoulé, f, ne présente pas de lésions cellulaires appréciables: Les loyaux des cellules de Kupffér sont visibles dans toute la préparation.
Les cellules de la tumeur sont à ce niveau des plasmodes à noyaux multiples creusés de nombreuses cavités de tome dimension remplies de sang. Cet aspect aréolaire des cellules ne se retrouve pas dans les placentouies oii chorio-épithéliomes. C’est dans la partie.. périphérique et plasmodiale des sarcomes ângioplastiques que l’on trouve le plus de glycogène. Les parties centrales toujours désintégrées n’en contiennent pas ; il en est tout différemment dans 1rs placentomes.
On peut voir au contraire, en particulier dans l’utérus, des étendues énormes de cellules sans modifications régressives. Le tissu tumoral est disposé en nappes et son développement se fait de façon irrégulière par infiltrations linéaires à toute distance. Enfin on ne trouve jamais dans les cellules svncitiales de cavités avec slobules sanguins.
cellules plasmodiales, au lieu d’être réparties autour de la tumeur pour lui former une sorte d’écorce, sont jetées dans toutes les directions; et, soit isolées, soit agglomérées, elles ne présentent pas d’ilots de dégénérescence comparables à ceux des sarcomes angioplastiques.
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LYMPHADÉNOME DU FOIE
La- description du lymphadénome s’est à la fois compliquée et précisée depuis que se sont multipliés les travaux sur la leucémie et la lymphadénie. (Voir Lymphadénome, tome I, page 430.)
Les lymphadénomes sont, à proprement parler, des néoformations qui correspondent au tissu adénoïde de His ou tissu conjonctif réticulé.
Dans la leucémie lymphogène, les lymphocytes, quand l’envahissement hépatique est peu marqué, se montrent simplement en plus grande quantité que normalement dans les vaisseaux intra-lobulaires,. et déterminent dans les espaces portes des infiltrations ou des amas lymphoïdes avec tissu réticulé, autour des vaisseaux biliaires et sanguins normaux. A un* degré plus avancé, ces éléments émigrés, après déchirure ou non des parois capillaires, se répandent entre lescellules hépatiques. Celles-ci restent longtemps sans offrir le moindre indice de réaction inflammatoire ou de dégénérescence; mais, à la Longue, elles subissent ta transformation granulo-graisseuse ou la résorption simple et ne tardent pas à être détruites. Il se produit ainsi de véritables infarctus de globules blancs. Mais, outre ces foyers apoplectiques, on trouve aussi, dans le foie, de véritables formations de tissu adénoïde réticulé. L’apparition de la trame réticulée est un phénomène secondaire. Ces agglomérations leucocytiques se traduisent par des îlots blanchâtres visibles macroscopiquement.
Mais les lymphadénomes du foie peuvent se présenter sous l’aspect de véritables tumeurs, et prendre le caractère envahissant des noyaux néoplasiques- Ils se présentent comme des masses grisâtres, de volume et de consistance variables, avec des zones d’infiltration sanguine. Ce sont ces formes qui ont été décrites longtemps sous le nom de lymphosarcomes ou lympho- carcinomes, appellations impropres et susceptibles de provoquer des confusions. Ribbert a adopté, pour lesdésigner, le terme plus significatif de lymphocytomes.
Dans ces tumeurs lymphadéniques, on retrouve comme dans les autres localisations de même nature (ganglions, intestin, rate), la. structure typique du tissu réticulé (lymphocyte et réticulum) et le diagnostic histologique s’impose.
Mais les lymphocytes peuvent offrir des irrégularités de forme et être, relativement espacés dans les intervalles du réticulum imbibés de liquide. Ailleurs, le réticulum s’épaissit et devient fi broïde.
TUMEURS DU FOIE
Dans d’autres cas, le stroma réticulé fin n’existe pour ainsi dire plus : des travées fibreuses limitent plus ou moins régulièrement des loges contenant, comme éléments cellulaires, soit uniquement des Lymphocytes, soit, associées aux lymphocytes, d’autres formes lymphatiques irrégulières.
Dans une observation de Legry et Sourdel, où le foie énorme, pesant 6 kilogr. 270, était bourré de noyaux dont quelques-uns avaient le volume de grosses noix, des traetus de tissu conjonctif, assez épais le plus souvent, mais parfois tenus, formaient des mailles larges remplies exclusivement d’une quantité considérable de lymphocytes.
Les travées hépatiques voisines amincies par refoulement subissaient l’atrophie simple. Le reste du parenchyme, extrêmement rare, tant était grande la multiplicité des foyers, n’était pas altéré. Dans un cas de Cailliau, de foie hypertrophié (2 kilogr. 200), lisse, et présentant sur la coupe des taches blanchâtres, montrait, à L’examen histologique, dans un réticulum à mailles très 'fines, Ou sans stroma, suivant les points, Aes accumulations de lymphocytes, les uns à noyau très coloré, d’autres à noyau clair, auxquelles étaient adjointes d’autres formes leucocytaires : cellules multinucléées avec noyaux riches en chromatine, cellules à noyaux bourgeonnants et a protoplasma assez abondant, éléments ovales, granuleux ou clairs, assez volumineux, de nature indéterminée, rares myélocytes et éosinophiles.
'Certaines productions, rangées par quelques auteurs parmi les lymphadénomes, avec les lymphocytomes atypiques ou métatypiques, sont tout à fait distinctes, suivant nous, des néoformations que ndus avons envisagées jusqu’ici. Dans un premier groupe de faits, le tissu néoplasique est uniquement représenté par de petites cellules arrondies tassées les unes contre les autres, sans la moindre ébauche de réticulum : il s’agit alors de sarcome à petites cellules. Dans un autre groupe, on classe ce que les Allemands, surtout Benda, ont décrit sous le nom de granulomatose maligne, variété qui a semblé intermédiaire entre le processus méoplasique dont elle possède le: caractère envahissant, et la réaction inflammatoire, dont elle se rapproche par le polymorphisme des types cellulaires.
Dominici et Pubadeau-Dumas admettent, dans ccs derniers faits, la juxtaposition d’un tissu néoplasique et de lésions inflammatoires, coexistence du reste fréquemment constatée dans toutes les tumeurs. Il nous semble en tout cas toujours possible de distinguer le lymphadénome, même avant sa constitution nette en tissu réticulé, des accumulations lymphocytiques provoquées par les infections.
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Dans le lymphadénome, les lymphocytes, amassés en foyers récents, présentent une très grande netteté de contours. Ils s’insinuent entre les cellules du foie, sans que cés éléments offrent, pendant longtemps du moins, un état dégénératif ou phlegmasique appréciable. 11 paraît y avoir, en résumé, substitution d’un tissu à un autre, conformément à une évolution apparemment régulière qui ne s’observe que dans les tumeurs. Tous les leucocytes, sur de vastes étendues, semblent dans un état d’intégrité complète. Ces détails étaient manifestes dans les deux observations mentionnées plus haut.
Tout autre est la disposition des infiltrats leucocytaires dans les maladies infectieuses. On trouve constamment, soit dans les amas de leucocytes, soit dans les tissus aux confins de la zone inflammatoire, des traces nombreuses de désintégration, de nécrose et d’inflammation.
Nous signalons en terminant, parallèlement à ce que nous avons dit de la leucémie lymphogène et du lymphocytome, la distension vasculaire leucocytique de la leucémie myéloïde et la possibilité de généralisations au foie des néoformations dérivées de la moelle osseuse (myélocytome, chlorome). Il semble exister du reste plusieurs aspects du chlorome (cancer vert) ; certains ont une structure lymphocytique.
A. Brault a observé un lymphadénome congénital du foie d’un volume considérable. Bonnaire et Declo.ux ont publié un cas du même genre.
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