SYPHILIS DES BRONCHES
aux bronches. La lésion bronchique est souvent bilatérale et affecte un siège de prédilection qui est la région initiale des deux grosses bronches. Ainsi, dans l’observation de Favraud (1), une femme de soixante-treize ans, atteinte de syphilis tertiaire du nez et de l’arrièregorge, présentait un cornage très marqué avec tirage sus-sternal et sus-claviculaire. Elle mourut d’asphyxie. A l’autopsie, on trouva un rétrécissement annulaire intéressant les bronches gauche et droite 4 leur point d’origine sur une longueur de 5 à 6 millimètres et transformant le conduit en un cylindre à lumière étroite et à parois fibreuses.
Rolleston et Ogle (2) ont relaté également trois observations de rétrécissement syphilitique des deux bronches. La première se rapporte à une femme de vingt-cinq ans, à l’autopsie de laquelle on trouva de la sclérose des poumons, et les plèvres épaissies; les deux bronches présentaient un rétrécissement au-dessous duquel elles étaient dilatées. Le foie présentait également des lésions syphilitiques.
Le second cas était identique. Il s’agissait d’un jeune homme de vingt-neut ans qui à l’autopsie montra des ulcérations bronchiques et des gommes des testicules.
Le troisième cas était compliqué de perforation du voile du palais.
Dilatation bronchique sans sclérose pulmonaire. — ■ Là encore, les observations sont rares.
La dilatation bronchique d’origine syphilitique sans sclérose intermédiaire du parenchyme pulmonaire est surtout provoquée par les formes Ulcéreuses de la syphilis bronchique. Je n’ai trouvé qu’une observation bien typique de ce genre dans la thèse de Bourdieu (3).
A l’autopsie, on trouvait des adhérences pleuro-costo-diaphrâgmatiques très résistantes faisant un obstacle considérable à extraire les poumons ; mais ces adhérences n’étaient que partielles, « disposées en îlots dans l’intervalle desquels le tissu pulmonaire fait saillie et a conservé sa souplesse normale », Sans nodules gommeux ni dépression stellaire à sa surface. La palpation des masses pulmonaires donnait la sensation d’être traversées par des baguettes rigides entrecroisées en tous sens.
A la coupe, on voyait une lésion généralisée à tout l’arbre bronchique intra-pulmonaire avec prédominance à la partie moyenne des
(1) favraud, Rétrécissement syphilitique des bronches. ( Journ . de méd. de Bordeaux, 31 mai 1891.)
(2) Rolleston et Ogle, Sténose syphilitique des deux bronches. ( Société clinique de Londres, 14 avril 1899; in Presse méd., 15 juillet 1899, p. 19.)
(3) Bourdieu, Contribution à l’étude de la syphilis pulmonaire (dilatation des bronches). (Thèse de Paris, 1896, p. 62.)
BRONCHES ET POUMONS
poumons. Toutes les bronches étaient dilatées d’une façon uniforme, cylindrique, avec quelques irrégularités négligeables. La paroi de chaque bronche était transformée en un tissu grisâtre ferme, résistant, empiétant sur le parenchyme pulmonaire environnant. Dans ce tissu scléreux, existaient de petites gommes jaunâtres, arrondies, lenticulaires, dont le nombre était d’autant plus considérable qu’on se rapprochait plus de la surface épithéliale; elles se rencontraient dans les gommes de moyen calibre, mais pas dans les petites ramifications où il n’y avait que de la sclérose. Il n’y avait aucune gomme dans le tissu pulmonaire environnant.
Un certain nombre de gommes bronchiques étaient calcifiées, renfermant à leurs, centres de petites pierres entourées d’une coque fibreuse, détachables de la paroi en raclant leur surface avec le couteau, et du volume d’une tête d’épingle à un pois. A l’analyse, ces concrétions étaient formées de carbonate et de phosphate de chaux.
La, muqueuse bronchique était irrégulière, déprimée où ulcérée; nulle part, on ne la trouvait normale. Elle était recouverte de liquide séro-purulent.
Le parenchyme pulmonaire intermédiaire était parcouru par des tractus fibreux peu épais; nulle part, on n’y notait cependant l’aspect de la pneumonie interstitielle syphilitique.
L’examen histologique du parenchyme pulmonaire de la paroi des bronches montrait un épaississement énorme du tissu’ conjonctif péri-lobulaire et péri-acineux. C’était- un tissu adulte, formé de grosses travées, sans accumulation par places de cellules embryonnaires: La paroi des alvéoles était épaissie, mais leur calibre n’était pas oblitéré par des masses épithéliales ; on ne voyait que quelques cellules desquamées à noyau bien coloré. La pneumonie était donc très peu prononcée. La paroi des bronches, par contre, ne laissait plus reconnaître aucun élément normal : fibres musculaires, fibres élastiques, glandes, cartilages avaient disparu, pour faire place à un tissu fibreux contenant des amas considérables de cellules embryonnaires, à noyau difficilement colorable. Parfois on rencontrait un débris de cartilage épaissi , dont les cellules avaient proliféré et dont le tissu interstitiel avait perdu sa transparence normale. L’épithélium bronchique n’èxistait plus que par rares endroits, ayant perdu ses cils vibra tiles. La muqueuse était transformée en un tissu embryonnaire parcouru par des vaisseaux à la paroi épaissie. Le tissu scléreux bronchique s’étendait à la périphérie et gagnait les alvéoles qu’il étouffait et déformait.
DILATATION DES BRONCHES
Sclérose pulmonaire avec dilatation des bronches., — La syphilis Bronchique est rarement pure comme dans le cas précédent; elle s’accompagne ordinairement de lésions pulmonaires chroniques, de pneumonie interstitielle. Peut-être même, un certain nombre de cas d’affections pulmonaires désignés sous le nom de sclérose pulmonaire avec dilatation des bronches sans autre épithète relèvent-ils de cette patbogénie.
DILATATION DES BRONCHES
La dilatation des bronches a été créée par Laënnec, étudiée depuis par Andral et Cruveilhier, qui ont fixé l’anatomie pathologique de l’affection, puis par Barth (1856) dans un important mémoire. Elle est presque toujours liée à la sclérose pulmonaire, de sorte que les termes de sclérose pulmonaire avec dilatation des bronches se trouvent constamment associés dans la nomenclature médicale.
Étiologie. — La bronchectasie est liée à une altération des bronches. Les bronchites aiguës guérissent ordinairement sans reliquat, sauf certainés comme les bronchites gangréneuses, les bronchites suppurées de la fièvre typhoïde, les broncho-pneumonies.
En général, ce sont les bronchites .chroniques qui aboutissent à ce résultat : la tuberculose, dans sa forme fibreuse, est un' agent étiologique important (Grancher) (2); la syphilis est également souvent en cause.
Les rétrécissements des bronches par corps étrangers oblitérant la • lumière ou par compression (adénopathies, tumeurs) s’accompagnent de dilatation en amont et en aval.
Enfin, il existe des dilatations congénitales.
Pathogénie. — La dilatation pathogénique des bronches a été expliquée par trois théories différentes : la théorie pleurale (Barth), qui incrimine la symphyse pleurale comme cause de la dilatation en maintenant les bronches béantes ; la théorie pulmonaire (Corrigan), qui fait'jouer ce rôle à la sclérose pulmonaire; la théorie bronchique adoptée par Andral, Cruveilhier, Trojanowski, Cornil et Ranvier, Charcot, Marfan, qui incrimine une lésion bronchique amoindrissant la résistance de la paroi qui dès lors se laisse facilement dilater par le, passage, de l’air à l’inspiration et à l’expiration.
(1) Andral et Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, 1852, t. IT, P- 4-53 et 874.
(2) Grancher, Gaz. méd. de Paris, 1878.
BRONCHES ET POUMONS
Anatomie pathologique macroscopique. — Les poumons atteints de dilatation bronchique ne sont jamais affaissés, à l’ouverture du cadavre, mais toujours fixés à la paroi par des adhérences pleurales épaisses. A la coupe, ils apparaissent gris et durs mais troués d’une multitude de cavités qui les font ressembler à une éponge ou à un fromage de gruyère. Quelquefois, il y existe en outre de grosses cavités qui rappellent les cavernes tuberculeuses.
Lorsqu’on incise les bronches suivant leur longueur avec des ciseaux, en partant du hile, on peut voir que l’aspect général des dilatations répond à l’une des variétés suivantes isolées par Andral et Gruveilhier :
1° Dilatation cylindrique. — a) générale fort rare, le plus souvent unilatérale et frappant un poumon entier, probablement congénitale;
b) partielle portant sur une ou quelques bronches qui augmentent de volume en un point donné, surtout à leur périphérie, de sorte que la cavité est plutôt conique que cylindrique.
La dilatation des extrémités bronchiques ou bronchectasie capillaire de Biermer en est une variété ;
2° Dilatation ampullaire. — Est la forme la plus commune, prise souvent pour une caverne tuberculeuse. Elle se caractérise par la formation d’une dilatation du volume d’un pois à une orange localiséey sur le calibre d’une bronche; elle siège le plus souvent sur les bronches moyennes du lobe inférieur, au niveau des régions superficielles du poumon.
Il en existe trois variétés :
a) circonférentielle, où la dilatation fait le tour complet de la Bronche ;
b) latérale, où la dilatation siège sur un des côtés de la bronche et sur une certaine longueur de celle-ci ;
c) ampullaire, véritable sac appendu à la paroi bronchique ;
3° Dilatation moniliforme ou en chapelet, série de dilatations circonférentielles successives sur une même bronche.
On trouve quelquefois des cavités kystiques plus ou moins-grandes au sommet des poumons; elles sont tapissées d’une membrane muqueuse et contiennent un liquide muqueux. On les considère comme des dilatations bronchiques isolées et fermées après l’oblitération de la petite bronche qui s’y rendait. Ces lacunes existent parfois indépendamment de toute autre dilatation bronchique. Il ne faudrait pas lès confondre avec d’autres lacunes qui se montrent entre la plèvre et des fausses membranes fibreuses dues à une pleurésie chronique. La
DILATATION DES BRONCHES 87
paroi des lacunes pulmonaires est reconnaissable à la disposition des fibres élastiques et à la pigmentation des vaisseaux sanguins qui entrent dans sa constitution.
Macroscopiquement, toutes ces cavités sont remarquables par
‘'■êirm/c-'/:
Fts. 36. — Bronchiole non cartilagineuse atteinte de péribronchite et de dilatation dans un territoire pulmonaire non encore sclérosé. a, artère pulmonaire ; h, hématies ; p, pigment anthracosique ; c, cloisons alvéolaires avec infiltration subaiguë, pas de placards scléreux dans le parenchyme pulmonaire; p, pus (leucocytes détritus cellulaires, hématies) dans la lumière de la bronche; ch, chorion de la muqueuse bronchique dépourvu d’épithélium ; re, musele de Keissessen; ru, région où le muscle de IVeissessen a disparu, détruit par l’inûltrat cellulaire inflammatoire; in, infiltrât cellulaire abondant de la couche fibreuse de la bronche (Milian).
îétat lisse de leur face interne. On les distingue par là des cavernes tuberculeuses, qui sont anfractueuses, irrégulières, chargées de détritus caséeux et traversées de brides fibreuses.
D’autre part, tandis que la dilatation bronchique se continue en pente douce avec la bronche, celle-ci est comme taillée à l’emporte-
BRONCHES ET POUMONS
pièce dans la caverne tuberculeuse. Enfin, la muqueuse qui tapisse les bronches se poursuit, sans solution de continuité, avec celle qui tapisse la surface interne des dilatations bronchiques.
Structure histologique. — Dilatations bronchiques. — Il faut distinguer deux cas : 1° les dilatations au début ; 2° les dilatations anciennes. .
Dilatations au début. — Les dilatations au début doivent être étudiées dans les régions où le poumon n’est pas encore sclérosé (fig. 36). On voit, dès lors, que la lésion prédominante est la péribronchite des petites bronches non cartilagineuses. Sous la couche des muscles de Reissessen (ré), à peu près intacte ou déjà altérée par places (ru), existe un abondant infiltrât de cellules embryonnaires, qui masqué complètement les limites externes de la paroi bronchique. En dedans des muscles de Reissessen, le chorion est beaucoup plus modérément infiltré et l’épithélium a disparu. Cette chute de l’épithélium est très fréquente sur les bronchioles; elle l’est beaucoup moins sur les bronches de calibre. Cela tient vraisemblablement au processus initial broncho-pneumonique, origine de la lésion bronchique et de la dilatation : on voit, en effet, de place en place, dans les territoires non sclérosés, de petits noyaux inflammatoires, comprenant six ou sept alvéoles remplis de leucocytes et qui dépendent d’un mêmeinfundibulum ou acinus. Il est possible, d’ailleurs, qu’une fois le . processus aigu terminé, l’épithélium se régénère grâce aux quelques cellules épargnées par lui et tapisse à nouveau la dilatation une fois formée. Cette régénération expliquerait l’existence presque constante de l’épithélium sur les bronches petites ou grosses dont la dilatation est ancienne.
Dilatations anciennes. — Sur les dilatations anciennes, l’épithélium est le plus souvent conservé, du moins en très grande partie (%• 37, ep), surtout sur les grosses bronches. Il en était ainsi dans trois cas que j’ai eu l’occasion d’observer. Il est probable que les affirmations contraires tiennent à ce que la fixation a été insuffisante, ou à ce que les cellules épithéliales fragiles ont été emportées par les manipulations. On n’observe pas de semblables accidents en fixant au formol fort et en faisant les inclusions à la celloïdine.
Cet épithélium est souvent altéré, d’ailleurs. Les cellules cylindriques sont devenues caliciformes; certaines sont cubiques et ont perdu leurs cils vibratiles; d’autres sont fusiformes, très allongées, terminées à la surface de la muqueuse par un long prolongement.
DILATATION UES BRONCHES 89
, Poulain (1) a trouvé à la face interne d’une dilatation épithélium pavimenteux stratifié. La couche profonde me seule assise de cellules cylindriques; la couche
Fig. 37. — Paroi d’une bronche dilatée dans un territoire pulmonaire infiltré (vue à un fort grossissement).
ep, épithélium conservé ; cil, chorion infiltré d’abondantes cellules embryonnaires partout répandues; in, infiltration nodulaire autour d’un vaisseau; v, vaisseaux dilatés extrêmement nombreu: et gorgés de sang; a, alvéoles pulmonaires affaissés dont l’épithélium tend à reprendre l’éta embryonnaire ; fm, faisceaux de fibres musculaires lisses, reliquats des muscles de Reissesseï presque complètement détruits. Les fibres élastiques ne sont pas figurées ici. Mais sur les préparations colorées à l’oreéine, on constate qu’elles persistent toutes (Milian)* ' '
moyenne comprenait de six à dix assises de cellules polygonales, dont beaucoup présentaient dès figures de karyokinèse : la couche superficielle comprenait deux ou trois assises de cellules analogues aux pré-
(1) Poulain, Epithélium pavimenteux stratifié du type malpighien dans l'intérieur d’une bronchectasie. (Soc. anat., juin 1899, p. 535).
gQ BRONCHES ET POUMONS
cédentes, mais plus aplaties. Il s’agit évidemment là d’une prolifération anormale, sous l’influence de l’inflammation, comparable à ce qu’on observe à la surface de certains polypes du rectum ou du larynx, développés en des points où il existe normalement un épithélium cylindrique.
Poulain fait remarquer que cette lésion est, « d’ailleurs, en parfait accord avec l’origine ectodermique de l’épithélium des muqueuses œsophagienne et trachéo-bronchique, admise par M. Cadiat et les embryologistes de l’école française ».
Entre l’épithélium et la membrane basale, on trouve fréquemment des îlots de leucocytes.
Quant au chorion, il présente de nombreuses lésions, d’abord un infiltrat cellulaire diffus, extrêmement abondant. Cet infiltrât est composé de cellules embryonnaires, et surtout de plasmazellen. Il revêt parfois la forme, nodulaire (in), auquel cas il siège surtout autour des vaisseaux, comme dans la syphilis.
La dilatation des vaisseaux et la congestion constituent une autre lésion fort importante. Le chorion est véritablement gorgé de vaisseaux capillaires dilatés ou néoformés, remplis d’hématies, qui affleurent la membrane basale (fig. 37, v, v, v) et rendent compte des’ hémoptysies, si fréquentes au cours de cette affection.
Souvent, à la surface des bronches dilatées, le tissu conjonctif forme des végétations ou papilles plus ou moins allongées, sessiles ou pédiculées, visibles à l’œilnu, plus souvent au microscope (fig. 38, l). Elles sont constituées par des fibres conjonctives peu abondantes et par un infiltrat de plasmazellen considérable. On y retrouve également un grand nombre de vaisseaux dilatés. Elles sont limitées par la membrane basale et par l’épithélium, qui les coiffe complètement. Elles sont quelquefois groupées les unes à côté des autres et, entre elles, à leur base, s’accumulent des cellules cylindriques pleines de mucus.
Les glandes muqueuses comprises dans les parois de la bronche dilatée sont toujours, elles-mêmes, plus ou moins affectées ; leurs culsde-sac et leurs conduits excréteurs contiennent des cellules lymphatiques et des cellules muqueuses.
Pour étudier ce que deviennent les faisceaux musculaires, il est nécessaire, comme le recommande Cornil, d’examiner successivement les coupes longitudinales et transversales de bronches atteintes de dilatations ampullaifes. Ces coupes doivent être faites de telle façon que les longitudinales comprennent à la fois une ou deux ampoules, séparées par des parties rétrécies. On y voit deux ou trois arcs de
DILATATION DES BRONCHES 91
cercle à concavité interne correspondant aux ampoules et séparées par des arêtes saillantes du côté de la muqueuse bronchique. En général, on ne trouve plus aucun faisceau de fibres musculaires dans les portions dilatées des ampoules, à peu près ce qui arrive dans figure 37, où l’on voit persister quelques rares faisceaux ( fm ), dispar l’infiltrat. En se rapprochant, au contraire, des extrémités de l’arc, il reste quelquesuns de ces faisceaux isolés et coupés en travers. Enfin, aux extrémités mêmes des arcs représentant la coupe des ampoules, au niveau de l’arête saillante que forme la bronche sectionnée dans le point rétréci entre deux ampoules, les faisceaux musculaires sont con- . Or. on sait que dans une bronche normale, les faisceaux musculaires forment une tunique régulière, uniforme, d’égale épaisseur. Les faisceaux musculaires sont donc atrophiés au niveau des dilatations ampullaires des bronches.
Les fibres élastiques de la paroi bronchique n’ont pas subi une altération aussi marquée que les fibres musculaires. Il en persiste toujours un grand nombre, ainsi qu’on
riG. -jü. — Section longitudinale d’une bronche dilatée. La partie excavée de la bronche correspond l à e à une dilatation ampullaire : a, tissu conjonctif; l, l, végétations ou. papilles saillantes à la surface interne de la bronche; e, h, faisceaux musculaires; n, f, enfoncements interpapillaires; m, enfoncement profond limité par des papilles; il, enfoncement de même genre; c, surface de la bronche dilatée; on y voit une membrane basale qui existe partout sur les papilles comme sur les parties déprimées; v, v, vaisseaux remplis de sang; r, une artère atteinte d’ârtérite; 6, une autre section d’artère atteinte d’endartérite ; s, une glande acineuse. — Grossissement de 20 diamètres.
92 BRONCHES ET POUMONS
peut s’en rendre compte sur les préparations faites à Porcéine ou au colorant de Weiegrt.
Les cartilages sont généralement respectés. Il existe quelquefois une légère infiltration leucocvtique périphérique et un peu d’irritation des cellules cartilagineuses. Certains auteurs ont décrit une chondrite atrophiante (Fitz et Leroy). La présence des cartilages n’empêche d’ailleurs nullement la dilatation des conduits de se produire; en effet, le cartilage est disposé en îlots et non en cercles complets. Les noyaux peuvent donc être écartés les uns des autres par distension.
Enfin, il existe dans la paroi bronchique dilatée des formations qui n’ont guère été, je crois, signalées : il s’agit de cavités arrondies, ou allongées, quelquefois coudées en T ou en accent circonflexe (a), doublées d’un épithélium cubique à une seule couche, à noyau rond central très fortement coloré, et qui affleurent jusqu’au voisinage de l’épithélium. Ce sont là, évidemment, des alvéoles isolés, sans communication avec l’air extérieur, comme il en existe plus loin dans le parenchyme sclérosé. La présence de ces alvéoles ne peut s’expliquer, évidemment, que par l’effondrement de la paroi bronchique et par l’empiétement de celle-ci sur les territoires voisins (1).
Dilatations alvéolaires. — Les alvéoles eux-mêmes sont souvent aussi dilatés, mais leur dilatation n’est pas uniforme, ni absolument excentrique. A cause de l’obstacle à la distension dû à la sclérose environnante, ils ne se laissent pas dilater régulièrement et, quoique conservant des dimensions bien plus grandes que les alvéoles normaux, prennent sur les coupes des formes losangiques, rectangulaires (flg. 39), ovalaires ou même fissuraires. Ces dilatations alvéolaires qui s’accompagnent en même temps d’affaissement des parois peuvent être appelées d’un terme qui me paraît répondre convenablement à ce fait : alvéolectasie atélectasique. On l’observe également dans d’autres formes de sclérose pulmonaire. Elle siège généralement sous la plèvre èt au voisinage des cloisons interlobulaires ou interlobaires, là où débute la sclérose.
Les cloisons (cl, flg. 39) alvéolaires sont sclérosées, sans être trèsépaissies; elles sont linéaires au lieu d’être sinueuses et l’on voit sur leurs deux faces les cellules de l’endothélium gonflé prendre une forme globuleuse et revêtir l’apparence d’un épithélium cubique à une seule couche.
Parenchyme pulmonaire intermédiaire. — Le parenchyme pulmo-
(1) Milian, Soc. anat., juin 1905.
DILATATION DES BRONCHES
naire intermédiaire aux dilatations est sclérosé (flg. 38). La sclérose est plus ou moins dure ou plus ou moins molle, plus ou moins riche en fibres, plus ou moins riche en cellules, suivant les cas, suivant
Fi«. 39. — Dilatations [alvéolaires dans la sclérose pulmonaire avec dilatation des bronches. Les alvéoles pulmonaires (a) très augmentés de volume sont néanmoins affaissés (alvéoleclasic atélectasique) j et non plus sphériques ; leurs parois (cl) sont sclérosées et linéaires au lieu d’être . sinueuses; l’endothélium (en) tend à devenir cubique et .à se détacher de la paroi pour devenir globuleux comme dans la pneumonie catarrhale. (Milian.)
sans doute la cause et l’ancienneté de la lésion. On y voit souvent des infiltrations nodulaires circonscrites périvasculaires, analogues à des gommes miliaires. Les cellules géantes y sont par contre exception-
nelles ainsi que les tubercules. On en rencontrerait dans les phtisies fibreuses avec dilatation bronchique.
La sclérose pleurale avec ou sans infiltration calcaire est l’accompagnatrice forcée de l’affection.
On trouve en outre dans le reste du parenchyme, au niveau des régions non sclérosées, de l’emphysème, de la congestion, de l’œdème, des infarctus, de la gangrène, de la pneumonie catarrhale, etc.
L’artérite chronique avec épaississement des parois est quelquefois très accentuée dans certaines autopsies; elle est rare, au contraire, dans d’autres.
Contenu des dilatations bronchiques. — Les dilatations bronchiques peuvent contenir du mucus, du pus, des moules bronchiques fibrino-cruoriques.
Elles contiennent du mucus lorsqu’il s’agit de cavités oblitérées où le produit de sécrétion des cellules caliciformes ne peut être expulsé au dehors; le pus est constant dans les cas ordinaires; il est plus ou moins abondant et plus ou moins fétide suivant la nature des microbes associés qui y pullulent. Sur trois cas, deux fois j’ai observé dans les coupes des moules fibrino-cruoriques dans les bronches dilatées. Cette fréquence n’a rien qui doive surpendre si l’on pense que le processus broncho-pneumonique est habituel dans les dilatations bronchiques et qu’il s’accompagne d’une congestion intense des muqueuses bronchiques. La dilatation bronchique et la parésie qui en est la conséquence favorisent la stagnation des produits exsudés et la production des moules bronchiques
Noïca (1) a trouvé souvent dans les bronches une « matière caséeuse », indépendante de tout processus tuberculeux. Il est bien difficile d’être exactement fixé sur la nature exacte de cette substance caséeuse ou mieux caséiforme, sur laquelle l’auteur donne d’ailleurs dès détails histologiques insuffisants, bien qu’il lui fasse jouer un rôle important dans la genèse des dilatations.
Évolution des lésions bronchiques. — Lorsque la muqueuse de la bronche dilatée est le siège d’un catarrhe intense, elle devient rouge, elle perd son poli, se vascularisé et s’épaissit. C’est surtout dans ce cas qu’elle se couvre d’un grand nombre de petites végétations papillaires.
Lorsque le processus inflammatoire est très intense, l’épithélium tombe et il se produit une ulcération plus ou moins profonde et plus
octobre^»»’ f 777 ^natomo-PathoL°9me de la dilatation des bronches. (Soc. anat.r
DILATATION DES BRONCHES
ou moins étendue. La cavité contient un muco-pus épais, mal lié. La muqueuse n’existe plus, on ne voit plus trace de la structure primitive de la bronche.
La surface de la cavité offre quelquefois une couche grisâtre adhérente, formée de tissu conjonctif en voie de mortification et de globules de pus. C’est là une gangrène superficielle qui donne lieu pendant la vie du malade à la fétidité de l’haleine et qui résulte, non pas de l’oblitération des vaisseaux, comme on le croyait autrefois, mais de l’envahissement de la bronche par des microbes putrides; parmi ceux-eî Noïca (1) faisait jouer un rôle primordial au bactérium coli, mais nous savons depuis les recherches de Veillon, Zuber, Guillemot, etc., que ce mieroorganisme est souvent un envahisseur agonique ou post mortern des cadavres et que la fétidité relève de microbes variés parmi lesquels les anaérobies sont les plus importants.
Enfin, la muqueuse bronchique au lieu de s’uleérer ou de se gangrëner peut tendre à la sclérose superficielle et à la calcification.
La dilatation congénitale des bronches a été réétudiée récemment par Couvelaire (2).
On la rencontre chez le fœtus ou le nouveau-né, et même chez, l’adulte.
Là lésion est généralement limitée, à un lobe ou une partie de lobe, quelquefois sous l’aspect d’une sorte de tumeur ovale pouvant atteindre la dimension d’un œuf de poule et dont ehaque grand axe est recouvert d’une calotte hémisphérique de parenchyme. condensé.
' Quelquefois la tumeur est isolée et pédiculée à la surface du poiimon.
Sur la coupe, apparaissent une multitude de cavités en communication ou non avec les bronches, et qui renferment de l’air ou du mucus.
La paroi des cavités est mince, brillante, possédant souvent des villosités.
Au microscope, on ne trouve généralement aucune réaetion inflammatoire du tissu conjonctif et des vaisseaux. La paroi est formée d’un stroma conjonctif pauvre en vaisseaux, sans trace de cartilage, sur lequel repose une membrane anhiste servant de support à des cellules épithéliales qui ont le caractère des cellules bronchiques.
(1) Dé mètre Noïca, Contribution à l’étude de fat fétidité dans les maladies de l'appareil respiratoire. (Thèse de Paris, 1899.)
(2) Couvelaire, Société d’obstétrique, de gynécologie et de pédiatrie, nov. 1903.
BRONCHES ET POUMONS
GANGRÈNES DES BRONCHES
La gangrène des bronches n’est jamais ou presque jamais une affection primitive. Elle se développe consécutivement à la bronchite chronique ou à la dilatation bronchique.
La gangrène des bronches est différente de la bronchite putride, car la première s’accompagne de mortification du conduit, tandis que la seconde s’accompagne seulement de fétidité. On a confondu longtemps les deux choses auxquelles on a donné des noms multiples et différents : gangrène des extrémités bronchiques dilatées (Briquet); gangrène curable des poumons (Lasègue); bronchite fétide (Traube), etc., etc.
La gangrène des bronches est fonction de microorganismes spéciaux dont l’étude est évidemment à reprendre aujourd’hui depuis les notions que Veillon, Guillemot, etc., ont apportées dans l’étude des processus gangréneux. (Voir plus loin Gangrène pulmonaire). On a incriminé successivement l’oïdium albicans, l’actinomvcose, le leptothrix pulmonalis, le bacterium coli, le bacterium termo, le bacillus putridus splendens, le staphylocoque, etc.
La gangrène des bronches atteint surtout les petites bronches. Les parois gangrénées sont rouge lie de vin ou blanc grisâtre et donnent au raclage une pulpe fétide. Le processus1 sphacélique peut s’étendre jusqu’au tissu pulmonaire péribronchique. Le microscope montre une mortification complète des éléments du tissu et son envahissement par les éléments du pus.
■ Les bronches sont remplies d’une sécrétion fétide ou de bouchons qu’on retrouve dans les crachats ( bouchons de Dittrich), petits grumeaux qui, écrasés sous une lame de verre, montrent un détritus granuleux, des globules de pus, des microbes, parmi lesquels des spirilles et des amas de leptothrix pulmonalis. Il y existe, en outre, des gouttelettes de graisse, des cristaux de margarine, d’acides gras, de leucine et detyrosine.
LITHIASE BRONCHIQUE ET CALCIFICATION
« On donne le nom de lithiase broncho-pulmonaire à l’existence dans les voies respiratoires de concrétions pierreuses, quelle que soit leur origine (bronches, poumons, plèvre, ganglions) et leur nature (cartilagineuse, osseuse ou calcaire). » (Marfan.)
LITHIASE BRONCHIQUE ET CALCIFICATION
Il vaudrait mieux, en réalité, réserver le nom de lithiase aux formations calcaires, c’est-à-dire aux calculs proprement dits, et ne considérer les formations cartilagineuses et osseuses que comme des produits néoplasiques. .
Les formations cartilagineuses peuvent provenir des cartilages trachéaux ou bronchiques ulcérés, de chondromes pulmonaires. Ils sont formés de cartilage véritable que le microscope peut facilement distinguer des lésions macroscopiquement cartilaginiformes, mais histologiquement composées de tissu fibreux.
Les corps étrangers osseux peuvent provenir des cartilages ossifiés, des ossifications de la muqueuse bronchique, des ossifications pleurales ou pulmonaires, tumeurs rares qui s’observent dans les inflammations chroniques tuberculeuses ou scléroses non tuberculeuses. Dans ce cas, la tumeur expectorée présente entièrement la structure de l’os avec ses lamelles concentriques et ses canaux de Havers.
Les calculs vrais ou calcaires sont beaucoup plus fréquents que toutes les autres formations précédentes.
Ils résultent, là comme ailleurs (vessie, rein, etc.), de l’inflammation (Galippe) chronique des tissus, qui s’incrustent de granulations calcaires.
Poulalion (1) a distingué les calcifications en calcifications parenchymateuses et en calcifications in tra-cavitaires.
a) Parmi les calcifications parenchymateuses, il classe les calcifications des cartilages trachéo-bronchiques des vieillards. L’incrustation calcaire et l’ossification vraie des cartilages bronchiques ne sont pas extrêmement rares chez les vieillards qui ont eu des bronchites chroniques; elles se produisent au niveau de la division de la trachée et des premières bronches. Ces tuyaux deviennent alors absolument rigides. Un processus analogue peut avoir lieu dans les petites bronches, mais il ne faudrait pas croire que toutes les aiguilles osseuses, même creuses, qu’on trouve accidentellement dans les poumons, et en particulier dans les sommets indurés par une pneumonie interstitielle, doivent se rattacher à des ossifications des bronches ou de leurs cartilages. Ces productions se développent, ainsique nous le verrons ; lus loin, dans le tissu conjonctif ou embryonnaire qui caractérise la pneumonie interstitielle. Poulalion range également parmi les classifications parenchymateuses, celles des ganglions bronchiques
(1) Poulalion, Les pierres du poumon, de la plèvre et des bronches et la pseudo- PlUisie d'origine calcüteuse. (Thèse de Paris, 1891.)
BRONCHES ET POUMONS
tuberculeux, qu’il ne faut pas confondre avec l’infiltration gypseuse des ouvriers stucateurs (1); les calcifications des poumons sains ou tuberculeux, les calcifications de la plèvre et celles des tumeurs.
Les calcifications sont surtout fréquentes dans la tuberculose (Chevillot) (2). Cependant, Stem (3) a récemment rapporté trois cas de calculs pulmonaires ayant occasionné des hémoptysies sans que la tuberculose paraisse devoir être incriminée. Ces calculs étaient formés de carbonate et de phosphate de chaux et de magnésie.
R. Gaultier (4) a, de même, rapporté l’observation d’un volumineux calcul expectoré au sixième jour d’une pneumonie accompagnée d’épanchement séro-fibrineux. Le calcul mesurait 3 centimètres de longueur sur 1 centimètre et demi de largeur et près d’un demi-centimètre d’épaisseur; il pesait 6 grammes, il était de forme allongée et était creusé en gouttière sur l’une de ses faces. De coloration grisâtre, sauf quelques points noirs ou rouge brique, il avait des bords irréguliers. Sur un point de cassure, il apparaissait constitué par une série de couches concentriques. Il était formé de carbonate et de phosphate de chaux.
b) Parmi les calcifications intra-cavitaires, Poulalion range les concrétions isolées, libres dans des cavités préexistantes : bronches, cavernes tuberculeuses, etc. Elle sont formées par le dépôt de sels calcaires autour de concrétions purulentes ou de corps étrangers (grains de maïs, noyaux de cerise).
TUMEURS DES RRONCHES
On peut observer de nombreuses variétés de tumeurs au niveau des bronches. L’épithélioma et le chondrome sont les plus fréquentes.
Épithélioma. — L’épithélioma secondaire résulte le plus souvent de 1 extension d’une tumeur du médiastin, du poumon, de l’œsophage ou des ganglions bronchiques. Corail a vu plusieurs fois de petites tumeurs semi-transparentes, hémisphériques, du volume d’un grain de mil à une lentille, saillantes à la surface de la muqueuse
(1) A. Robin, Acad, de Méd., 12 janvier 1892.
13 mai^l^8Lp°73 sur un cas ca^cu^s pulmonaires. ( L’année méd. de Caen,
medicinische Wochenschrift, 22 septembre 1904, n°34, p. 1414. (4} R. Gaultier, Volumineux broncholithe expectoré au cours d’une vneumonie
îlZ^Tiï?jettne h0mme de dix-^raL mtZeTsoiZat^P^s,