ANATOMIE MICROSCOPIQUE
I. Le tubercule. — Le tubercule est formé de la confluence de groupements cellulaires caractéristiques qui constituent ce qu’on appelle 1 e follicule tuberculeux.
Le follicule tuberculeux ést constitué, en allant du centre à la périphérie, par trois catégories d’éléments : au centre, une cellule géante ; au pourtour, une couronne de cellules épithélioïdes, et, à la périphérie, des cellules embryonnaires.
a ) La cellule géante. — Les .cellules géantes, encore appelées cellules de Langbans, sont volumineuses comme l’indique leur nom et attirent immédiatement le regard au sein des tubercules, même aux plus faibles grossissements. Elles peuvent mesurer 80 p sur 40, c’est-à-dire qu’elles sont presque visibles à l’œil nu dans les cas très favorables. Il y en a de bien plus petites qui ne mesurent que 30 p sur 20 p. Leurs
BRONCHES Et POUMONS
contours sont nets, généralement ovalaires. Pourtant ils peuvent pousser des prolongements irréguliers qui vont à une assez grande distance. Leur protoplasma prend bien les matières colorantes, l’éosine en particulier, qui les colore en rouge vif.
Leur caractéristique réside dans le nombre considérable de noyaux qu’elles renferment : on en compte, parfois jusqu’à quinze ou vingt. Ils sont accumulés à l’une des extrémités de la cellule, ou bien à la. périphérie de celle-ci, tandis que les microbes sont au centre; d’autres n’en ont guère que cinq à dix. Ces noyaux sont assez variables de forme :, les uns arrondis, les autres allongés, parfois incurvés, piri-
Fig. 69. — Cellule géante d’un tubercule lupique et cellules avoisinantes : pr, protoplasnïa de la cellule; n, noyaux de la cellule géante; à, prolongements sarcodiques de la cellule géante; m, mononucléaire ; ep, cellule épithélioïde avec (ch) son noyau analogue à ceux de la cellule géante, et ses nucléoles nus. Au voisinage de cette cellule épithélioïde, on voit plusieurs autres cellules épithélioïdes à noyau contourné ou en voie de division ou à noyaux multiples. — Fort grossissement, obj. à imra. 1/12 ( Milian).
formes, etc. Ils sont également volumineux et se colorent très bien par tous les réactifs nucléaires. Ils possèdent une membrane enveloppante qui apparaît comme un mince liséré noir par l’hématoxyline. Ils renferment un fin réseau chromatique granuleux très clair ainsi qu’un ou deux nucléoles très nets(fig. 69). Ces noyaux ont une analogie absolue avec ceux des cellules conjonctives hypertrophiées par une inflammation subaiguë.
On se rend particulièrement bien compte de cette analogie dans certains tubercules lupiques (voy. fig. 70). Beaucoup de ceux-ci renferment des cellules épithélioïdes en grande abondance et l’on peut y saisir toutes les transformations possibles entre la cellule- conjonctive normale ( ccn , fig. 70), la cellule conjonctive simplement hypertrophiée (ch, fig. 70) et la véritable cellule épithélioïde (ep, fig. 70), de même qu on voit aussi des cellules épithélioïdes s’hypertrophier et
TUBERCULOSE PULMONAIRE
peut-être multiplier leurs noyaux (cpn,ûg. 70) jusqu’à former des cellules géantes.
On voit souvent des leucocytes ou débris de leucocytes inclus dans
Fig. 70. — Tubercule lupique à la limite des deux zones embryonnaire et épithélioïde : ccn, cellule conjonctive normale; ch, cellule conjonctive hypertrophiée; ep, cellule épithélioïde; cpn, cellule épithélioïde à deux noyaux; l, lymphocytes (Milian).
les cellules géantes. Ils sont facilement reconnaissables à la coloration vive de leur protoplasma ainsi qu’à la coloration foncée complètement opaque de leurs noyaux ou débris de noyaux.
Le diagnostic de cellule géante est facile à poser en général. On pourrait cependant confondre ces éléments avec les pseudo- cellules géantes musculaires et les myéloplaxes.
Strauss (1) a esquissé ce diagnostic : « Dans celle-ci ( myéloplaxe )
(fig. 71), les noyaux sont d’ordinaire uniformément répandus dans le protoplasma de la cellule ou groupés à son centre ; dans les cellules géantes tuberculeuses, les noyaux, ovalaires plutôt que ronds, siègent habituellement à la périphérie, soit sur tout le pourtour de la cellule, soit à un de ses pôles en laissant libre une notable portion de la cellule. » D’autre part, le protoplasma des
Fig. 71. — Myéloplaxes englobant des polynucléaires.
(1) Straüss, La tuberculose et son bacille, p. 267.
m BRONCHES ET POUMONS
cellules géantes a souvent subi un commencement de dégénérescence caséeuse; et enfin les noyaux des myéloplaxes ne sont le plus souvent qu’un seul et même noyau en boudin, échancré de place en place et contourné sur lui-même dans des plans différents (fig. 71).
Les cellules géantes musculaires que nous n’avons d’ailleurs aucune crainte de rencontrer dans le poumon se produisent dans le voisinage des foyers de myosite. Les faisceaux musculaires réagissent en effet au contact du nodule inflammatoire. « Leurs noyaux se multiplient et se'dispo-
É 'f ■ sent irrégulière-
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Fic. 72. — Fausses cellules géantes ou cellules géantes musculaires réguliers. Plus tard, dans un foyer de myosite (Durante.) le SarCOlemne dis-
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Fie. 72. — Fausses cellules géantes ou cellules géantes musculaires réguliers. riUS lara, dans un foyer de myosite. (Durante.) lp carmlpmnp ri î S—
Les. noyaux sont tantôt accumulés en un point, tantôt inégale- Sdl LUieiime uis ment répartis sur le pourtour de la cellule. Leur protoplasma, paraît à SOn tOUr. qui conserve les réactions colorantes du sarcoplasma, permet de
les distinguer des cellules géantes vraies d’origine conjonctive ou Dès lOFS. SUT 16S vasculaire. /. tissu inflammatoire. COUpeS transversa¬
les, les fibres se présentent sons l’aspect de volumineux éléments protoplasmiques chargés de noyaux, véritables cellules géantes musculaires (fig. 72) qui ne diffèrent que par la forme de leurs noyaux et les réactions colorantes du sarcoplasma, des cellules géantes communes » (Durante) (1).
b) Les cellules épithélioïdes. — Disposées autour des cellules géantes, les cellules épithélioïdes sont très variables de forme, tantôt à peu près régulièrement arrondies, quadrilatères ou polygonales, comme un mononucléaire du sang., tantôt allongées comme des cellules fixes du tissu conjonctif.
Elles sont volumineuses deux ou trois fois comme un leucocyte. Leur protoplasma est clair, faiblement coloré (voy. fig. 69 et 70 ep )* Leur noyau est aussi bien plus souvent allongé ou bilobé que rond
(1) Dorante, dans ce traité, t. II, p. 312.
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ou ovalaire. 11 rappelle absolument le noyau des cellules conjonctives : réseau chromatique fin avec points nodaux nombreux, nucléole presque constant, membrane périnucléaire, colorabilité faible. Ces caractères s’observent avec une netteté toute particulière sur les tubercules lupiques, et il me paraît de toute évidence sur de telles coupes que les cellules épithélioïdes sont de nature conjonctiye.
L’abondance et la netteté des cellules épithélioïdes dans le tubercule de la peau sont un argument de plus en faveur de leur origine conjonctive, car au niveau du derme lès cellules conjonctives sont certainement beaucoup plus nombreuses qu’au niveau des parois des alvéoles pulmonaires.
c) Les cellules embryonnaires. — Distribuées en grande abondance à la périphérie du tubercule, elles y dessinent une limite foncée qui contraste absolument avec la zone faiblement colorée des cellules épithélioïdes. Elles ne sont pas autre chose que des lymphocytes (l, fig. *69 et 70), c’est-à-dire des éléments de la dimension d’une hématie, constitués presque entièrement par un noyau rond opaque, violemment colorés par les colorants basiques, car il n’existe autour d’eux qu’un mince filet protoplasmique, souvent à peine visible.
Au milieu de ces éléments divers du tubercule, on reconnaît des cellules fixes ( ccn , fig. 70) très nettes, des cellules fixes en karyokinèse, de rares leucocytes polynucléaires, enfin des éléments en voie de mortification dont la nature n’ést pas toujours facile à déterminer. ‘
Le follicule tuberculeux n’est pas toujours fatalement composé de ses trois séries d’éléments : cellule géante, cellules épithélioïdes, cellules embryonnaires. On trouve quelquefois des cellules géantes libres dans une cavité alvéolaire et l’on trouve également assez souvent des amas de lymphocytes sans cellules géantes qui sont cependant des tubercules.
Évolution du follicule tuberculeux. — Quoi qu’il en soit, le follicule tuberculeux manifeste histologiquement sa double tendance évolutive, d’une part vers la caséification , d’autre part vers l 'état fibreux.
La caséification est précédée, comme l’a montré M. Grancher, d’un stade qu’il a désigné sous le nom de dégénérescence vitreuse ou colloïde (fig. 73). « Les cellules géantes et épithélioïdes deviennent vitreuses, homogènes, se fusionnent, puis leurs noyaux disparaissent; alors la partie atteinte se trouve transformée en une-masse transparente, avec des craquelures qui lui donnent l’aspect d’une petite
mosaïque irrégulière; cette masse se colore en jaune par le picro-carmin ; elle offre quelques points colorés en roiige tant que les noyaux ne sont pas complètement détruits.
Mais bientôt la masse transparente devient opaque; toute trace de structure disparaît; cellules et noyaux sont définitivement frappés de mort et remplacés par une substance amorphe ou grenue extrêmement
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ag cr
Fig. 73. — Dégénérescence vitreuse du tubereule : ag, cristaux d’acides gras; er, craquelures du tissu. (Milian.)
friable; à la dégénérescence vitreuse a succédé la dégénérescence caséeuse.
Il ne me paraît pas absolument certain que la dégénérescence vitreuse soit le stade de début de la dégénérescence caséeuse. Elle paraît bien souvent le résultat d’une virulence' spéciale du bacille, et exister à peu près seule ou en très grande prédominance chez certains sujets, tandis que la dégénérescence caséeuse est chez d’autres l'évolution caractéristique.
La dégénérescence vitreuse s’observe surtout dans les formes lentes, peu destructives. Elle paraît avoir été précédée d’une sclérose et être, par suite, une sorte de dégénérescence hyaline de ce tissu fibreux pathologique. Dans les coupes, on ne voit guère, en effet, de reliquat
de la masse caséifiée; k, grains ns sont très colorés par le réactif
G- 74. — Dégénérescence caséeuse : cr, craquelures au sei chromatiques très fins poudrant la surface et dont les nucléaire, et les autres à peine teintés (Milian).