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VARIÉTÉS DES CRACHATS

Le crachat pneumonique, contrairement à ce qu’on croyait, n’est pas un crachat fibrino-leucocytique, mais il est bien au contraire com-

LES CRACHATS

posé surtout de mucus hyalin, auquel il doit sa viscosité particulière et son adhérence aux muqueuses qui rendent son expectoration si difficile. La fibrine, si abondante sur les coupes, est rare dans le crachat.

A priori, on s’attendrait à trouver de très nombreux polynucléaires enserrés dans des réseaux fibrineux. Or on est frappé immédiatement de la pauvreté extraordinaire de ce crachat en éléments cellulaires. On n’y trouve pour ainsi dire pas de polynucléaires et il n’y a que quelques rares fibrilles de fibrine.

Les seuls éléments qu’on observe, sont de nombreux globules rouges, des cellules mononucléées qui représentent des cellules de l’endothélium pulmonaire, desquamées sous leur aspect normal, ou ayant subi la dégénérescence réticulée muqueuse.

Le fond de la préparation est formé de mucus hyalin, violet rouge, sur lequel se détachent des gouttelettes de sérosité albumineuse violet bleu, dont nous avons parlé plus haut et qu’on retrouve dans toutes les sérosités inflammatoires, telles que le liquide d’ascite, le liquide pleural, dans les liquides albumineux (eaux albumineuse, lactosérum, sérum). La présence de cette sérosité, qui a été signalée pour la première fois dans les crachats par Bezançon et Israël de Jong, est la véritable signature du début de la pneumonie, et a une valeur diagnostique considérable, de par son absence dans les crachats de bronchite, de bronchite chronique avec emphysème, de tuberculose banale, d’asthme. Dans les cas d’œdème pulmonaire, au contraire, elle fait tout le crachat. Le crachat pneumonique est constitué, à son début, par un mélange intime de mucus hyalin et d’ exsudât séro-albumineux semé de globules rouges et de quelques éléments de réaction endothéliale ■.

Mais cette modalité n’existe, dans sa pureté, qu’au début de la pneumonie. Les jours Suivants, quand le crachat devient moins abondant, moins visqueux, et tend à perdre ses caractères macroscopiques de crachat pneumonique, on voit les gouttelettes devenir de moins en moins nombreuses, les polynucléaires font leur apparition, et dès aspects de dégénérescence réticulée muqueuse se voient dans les préparations.

Ce sont ces réseaux qui, vus par les histologistes dans le crachat pneumonique, ont été confondus par eux avec les réticulums fibrineux. Que sont ces réseaux? Ces réseaux, peu étendus au début, renfermant parfois un pneumocoque, ayant encore l’étendue d’une grande cellule qui se serait vacuolisée, sont nettement d’origine endothéliale, comme les plaquettes réticulées que MM. Widal et Dopter ont étudiées sur les préparations de cyto-diagnostic pleural. Un peu plus tard on trouve

bronches et poumons

dans les crachats de grands réseaux formés de fibrilles déliées, anastomosées entre elles, renfermant des polynucléaires ou des cellules d’origine pulmonaire, grands réseaux formés par l’agglomération des dégénérescences réticulées muqueuses des cellules pulmonaires et des cellules bronchiques.

Quelques jours plus tard le crachat pneumonique est méconnaissable, il a les caractères d’un crachat banal de bronchite; la gouttelette a disparu, de grands réseaux mucineux mélangés à des polynucléaires subsistent, et il ne reste comme souvenir de l’alvéolite pneumonique que d’abondantes cellules endothéliales desquamées, à différents stades de dégénérescence.

Cette évolution de l’aspect histo-chimique et cytologique des crachats est, d’ailleurs, identique dans la congestion pulmonaire aiguë, type Woillez. Les crachats présentent les mêmes aspects au début, les mêmes modifications à la période terminale. Aussi l’examen des crachats apporte-t-il une preuve de plus de la parenté de la maladie de Woillez et de la pneumonie. Cette affection, toujours définie par la « congestion vasculaire » dans les traités classiques, n’est, en réalité, qu’une alvéolite pneumococcique à un degré moindre d’intensité.

Si cette description du crachat pneumonique est contraire aux des^ criptions classiques, elle cadre avec les données actuelles de la chimie pathologique des crachats, et de l’anatomie pathologique. Au point de vue chimique, la constatation d’une sérosité œdémateuse, si importante dans les crachats du début de la pneumonie, est à rapprocher de cette notion récemment acquise de l’importance de la rétention chlorurée locale dans la pneumonie. De même, au moment où les chlorures repassent dans les urines,, la gouttelette d’exsudat séro-albumineux. disparaît progressivement du crachat. C’est là une intéressante confirmation des travaux sur le métabolisme des chlorures (Bezançon).

D’autres auteurs ont dosé dans les crachats le mucus et l’albumine. Dans un excellent travail, Wanner (1) montre que le crachat pneumonique est riche en mucine et admet, ce qui est également l’opinion de Bezançon, que c’est à la teneur en mucus hyalin qu’est liée l’adhérence du crachat pneumonique. Il montre aussi, à la suite de Kossel, que les crachats de pneumonie au début sont les plus riches en albumine après ceux d’œdème pulmonaire, jusqu’à 3 0/0 de la masse totale. Bien plus, il a pu montrer, par des examens en série, que l’albumine, abondante dans les premiers jours, diminue avec la marche

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