‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 57 sur 289 · GENCIVES · texte numérisé non relu

GENCIVES

Gingivites. — L’étud'e des affections inflammatoires des gencives se confond avec celle des stomatites précédemment décrites. Les intoxications saturnines, argyrique, cuprique, arsenicale, mercurielle provoquent des accidents de même ordre; le voisinage des dents, leur évolution, les infections nombreuses qui s’y localisent déterminent une série de modifications anatomo-pathologiques dont la gingivite aiguë est l’aboutissant le plus fréquent. La muqueuse gingivale est sèche, luisante, formant un liseré rouge violacé autour du collet dentaire; le processus inflammatoire s’accompagne rapidement de la production d’une ulcération légère avec ébranlement et déchaussement dentaire. La pyorrhée alvêolo-dentaire en est l’habituelle conséquence lorsque l’infection dure suffisamment longtemps ; elle est suivie quelquefois de la production de masses fongueuses. Ces derniers cas aboutissent par suite d’infiltration leucocytaire et tuméfaction du dermé sousjacent à la production d’un abcès; la gingivite phlegmoneuse est produite. — Que celle-ci reste localisée ou se généralise plus ou moins, la gencive apparaît molle, dépressible, exulcérée, saignant facilement par suite de la production de bourgeons charnus exubérants. Les dents sont atteintes de périodontite expulsive et ébranlées. — Les infections microbiennes buccales expliquent que souvent des processus gangréneux viennent s’y ajouter; ils ne diffèrent pas de ceux que nous avons décrits dans la stomatite ulcéro-membraneuse, dans le noma.

Le passage à la chronicité de ces lésions inflammatoires s’accompagne soit de la production de végétations gingivales plus ou moins papillomateuses, soit d’un épaississement, d’une induration qui réalise la gingivite chronique hypertrophique.

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Les inflammations spécifiques tuberculeuses, syphilitiques, aetinomycosiques n’offrent pas en leurs localisations à ce niveau des caractères particuliers ; nous lés étudierons d’une façon générale dans le paragraphe consacré aux infections bucco-pharyngées de même nature.

Tumeurs. — De petits anévrysmes de V artère dentaire inférieure peuvent après destruction de la paroi osseuse venir faire saillie à la face externe du rebord alvéolaire ; ce sont de petites tumeurs molles, fongueuses, réductibles, du volume d’un pois environ. — Les angiomes de cette région sont soit consécutifs à la propagation d’un angiome lingual ou génien, soit primitifs siégeant au niveau du rebord des alvéoles ; ils prendraient naissance d’après Duplay aux dépens du tissu spongieux osseux, et pourraient se transformer en anévrysmes cirso'ides (Salter).

On peut observer sur le rebord alvéolo-dentaire de la mâchoire supérieure, rarement de l’inférieure, de petits kystes épidermiques analogues à ceux décrits par Guyon et Thierry au niveau de la voûte palatine : ils n’existent qu’à la fin de la vie intra-utérine, et seulement pendant les deux premiers mois après la naissance.

Les tumeurs épithéliales des gencives sont le plus souvent secondaires à la propagation à celles-ci de tumeurs épithéliales des lèvres, du plancher buccal; elles peuvent être aussi primitives, il s’agit alors d ’épithéliomas pavimenteux. D’autres tumeurs sont beaucoup plus fréquentes à ce niveau, ce sont celles qui se développent aux dépens de débris paradentaires, et celles que l’on désigne sous le nom d ’épulis. Leur étude histologique en a été faite au chapitre des tumeurs (vol. I).

L’hypertrophie congénitale des gencives décrite par Salter~ localisée à un segment, unè face, un rebord gingival, ou même aux deux, ne serait pas toujours congénitale d’après Heath. La gencive augmentée de volume prend un aspect mamelonné au milieu duquel les dents sont comme enfouies. — Les éléments papillaires sont le plus souvent considérablement développés.

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Malformations. — La langue présente toute une série de malformations évolutives ; elle peut se trouver réduite à un simple nodule situé au milieu du plancher de la bouche (Obs. de Jussieu, de Weber). Ahlfeld a rapporté des observations de langue bifide, cette bifidité s’étendant assez loin et s’accompagnant alors d’autres malformations congénitales des lèvres, du voile du palais : Parise, Barthing. Des adhérences congénitales ou acquises la fixent au plancher de la bouche; elles sont généralement latérales ou inférieures. L’adhérence totale

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inférieure est exceptionnelle ; l’adhérence partielle due à la brièveté du frein de la langue est assez fréquente. Clarke a signalé la longueur exagérée, congénitale de l’organe. Dans de nombreuses observations il est au contraire diminué dans son volume. Cette atrophie semble être toujours secondaire; seule une observation de Chapman concerne une atrophie de la langue primitive idiopathique : l’âge même du malade (57 ans) rend cette étiologie douteuse. Elle est le plus souvent la conséquence d’une altération nerveuse d’origine centrale ou périphérique; elle peut être totale ou au contraire partielle : dans une observation récente Laignel-Lavastine en a étudié les caractères histologiques; il note la disparition du myopjasme dès éléments musculaires, tandis que le sarcoplasme est augmenté, et tous les caractères habituels de la régression plasmodiale.

L’hypertrophie de l’organe, la macroglossie, est une affection très if rare. Elle est symptomatique, ou congénitale. C’est à cette dernière que l’on doit accorder le nom de macroglossie véritable. Elle débute généralement dans les mois qui suivent la naissance, fait peu à peu •une saillie telle qu’elle oblige le sujet à rester les lèvres et la bouche . entrouvertes. Elle franchit alors les limites de la cavité buccale, mais au contact de l’air elle se sèche, devient noirâtre, présentant un épaississement de ses papilles. Aplatie ou eylindroïde,. elle se fendille et présente au contact des dents des ulcérations soit supérieures, soit inférieures. Après un accroissement continu, souvent exagéré vers l’âge de 2 à 3 ans, le développement de la langue s’arrête -dans son évolution vers la puberté; d’autres fois Dévolution est progressive. Fréquemment des accidents de mortification ou de sphacèle viennent compliquer la maladie, de même que des poussées inflammatoires. -

Les lésions histologiques portent sur l’épithélium et son chorion, ainsi que sur le tissu conjonctif. — L’épithélium épaissi a subi une hyperkératinisation de sa surface, les papilles sont distendues par des amas de cellules lymphatiques. La sous-muqueuse est augmentée de volume; le tissu conjonctif qui la constitue présente un aspect lacunaire, il dissocie et infiltre les éléments musculaires. Ces lacunes ont un endothélium qui en caractérise la nature de vaisseaux ou de fentes lymphatiques; par place leur ectasie considérable amène la production dé véritables cavités kystiques [ lymphangiome kystique], les cavités pouvant être uniques (Samler-Mickulicz), ou multiples en grappes de raisin (Bryant). Les vaisseaux artériels quelquefois dilatés ont souvent une hypertrophie de leurs parois.

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U cmolymph angiome. — Primitivement cette affection fut considérée comme résultant de l’augmentation de volume du tissu musculaire (Rey-Sédillot). L’examen histologique de Weber semble confirmer cette pathogénie. Mais les examens histologiques de Virchow, confirmés par Billroth, Armstein, Maas, Variot, firent rejeter cette hypothèse et admettre qu’il s’agissait de dilatations lymphatiques, de lymphangiomes. Touaille de Larabrie pensa à l’existence d’angiome caverneux de la langue : la chose, bien que possible, est excessivement rare. Mais des observations récentes d’Eickenbuck, d’Helbing, de Mickulicz, de Lengemann paraissent donner raison aux premiers observateurs, et à côté de la macroglossie d’origine lymphatique, il semble qu’il taille admettre une autre variété, d’origine musculaire : celle-ci pouvant être associée avec d’autres hypertrophies musculaires portant sur des muscles du corps (Maas-Bruck). Parmi les modifications d’aspect de la langue, nous signalerons la fréquence des impressions dentaires sur les bords de l’organe acccompagnant les glossiteS ; des érosions , superficielles se traduisant par un aspect lisse, dépapillé, plus rouge foncé, sont fréqffèntes au cours des états dyspeptiques, ou à la suite d’inflammations superficielles telles que celles causées par les brûlures. — Les sillons exagérés simulent de véritables crevasses; souvent provoqués par une simple inflammation chronique superficielle, ils sont le plus souvent symptomatiques d’altérations diverses, traumatiques ou spécifiques, syphilitiques, tuberculeuses, cancéreuses même. — Wunderlich a décrit sous le nom de glossite disséquante, de véritables sillons inflammatoires.

Sous le nom de langue scrotale, de langue plissée, on a décrit une malformation linguale caractérisée par l’existence de sillons de profondeur variable entrecroisés dans tous les sens, mais souvent parallèles avec scissures plus petites perpendiculaires. Cet aspect, qui rappelle celui des circonvolutions cérébrales, serait dû à une hypertrophie de la surface de la muqueuse par rapport au volume de l'organe sousjacent.

La coloration même de l’organe se modifie dans différentes affections: nous citerons pour mémoire les modifications en rapport avec l’application de caustiques : coloration blanche avec les acides sulfurique, oxalique et phénique; jaune avec l'acide nitrique, l’acide chromique; rouge avec le nitrate acide de mercure; gris blanchâtre avec la potasse; blanc gris perle avec le nitrate d’argent et le sublimé. — Des teintures, des extraits médicamenteux quelquefois produisent une coloration superficielle et passagère. Mais il y en a de plus

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intéressantes : Wickham Legg a relaté l’observation de malades présentant sur les bords de la langue, deux plaques jaunâtres çoexistant avec du xanthélasma des paupières et de la conjonctive. L’examen histologique montrait à ce niveau l’existence de cellules conjonctives ayant subi la dégénérescence graisseuse. — Dans la maladie d’Addi-

Fig. 114. — Glossite aiguë. (Figure de M. Dévé.)

son, on a décrit siégeant sur les parties latérales et la pointe 'de l’organe des taches pigmentées analogues à celles rencontrées à la face interne des joues. Froriep a vu sur la face dorsale deux larges taches purpuriques au'cours d’une purpura-hémorragica.

Glossites aiguës. — L’inflammation aiguë de la langue, la glossite aiguë, est une affection rare : nous éliminerons de notre description la glossite mercurielle dont les lésions ont été décrites avec les stoma-

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tites de même nature. La glossite est totale ou partielle; l’hémiglossite, d’après Dupérier, serait assez commune. Le siège, au dire de cet auteur, dans ce dernier cas serait plus fréquent à gauche qu’à droite; la pointe ou la base de l’organe peuvent être uniquement atteintes. L’augmentation de volume est parfois considérable. Dévé, dans une observation récente, signale une différence de plus d’un centimètre entre la partie saine et la partie malade. A la coupe, l’organe

Fig. 115. — Glossite aiguë. Amincissement de l’épithélium, œdème du ehorion. Infiltration et atrophie des masses musculaires par de nombreux leucocytes. (Fig. de M. Dévé).

est pâle, lisse ; il n’y a pas au début de foyer de suppuration collecté ; les tissus sont durs, ne laissant écouler à la coupe que de la sérosité. Les lésions histologiques sont bien connues depuis la thèse de Gaulier, et les observations de Sabrâzès et Bousquet, de Dévé, de Galliard. L’épithélium présente un amincissement considérable de ses •couches constitutives; la muqueuse, qui ordinairement est ondulée, forme une ligne découpée, en carte de géographie, suivant l’expression de Sabrazès et Bousquet. Les papilles larges et étalées sont infiltrées -d’éléments lymphocytaires et de cellules conjonctives en réaction;

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l’épaississement de la sous-muqueuse refoule le tissu musculaire dans la profondeur. Les lymphatiques sont bourrés d’éléments leucocytaires, ils peuvent même être thrombosés (Dévé). — Les fibres musculaires étaient peu altérées dans l’observation de Sabrazès et Bousquet, bien que dissociées par l’infiltrat; quelques-unes présentaient cependant un début de dégénérescence graisseuse dont. les gouttelettes étaient accumulées autour des noyaux eux-mêmes plus volumineux et en voie de prolifération. La trame conjonctivo-élastique ne persiste que sous la forme de quelques faisceaux grêles.

Dévé signale par places l’existence de quelques petites zones nécrosées. Les leucocytes qui infiltrent la trame normale de l’organe sont associés avec quelques -éléments de la série conjonctive jeune et des mastzellen. Il n’existe pas d’éosinophiles. Les microbes, très abondants sous l’épithélium, ne se trouvent aussi nombreux dans la profondeur de l’organe qu’autour et dans les voies lymphatiques : ce sont le plus souvent des stréptocoques.

L’aspect macroscopique de l’organe est totalement modifié. La langue est projetée au dehors de la cavité buccale; la partie intra-buccale est rouge foncé, la portion extra-buccale livide, sèche. La consistance de l’organe, souvent ferme et élastique, peut conserver par places l’empreinte du doigt, ou permettre dé percevoir des nodosités profondes; elle atteint parfois la dureté du bois.

La guérison est possible; la terminaison aboutit à un abcès, à la gangrène., quelquefois l’affection passe à l’état chronique. .

Craigie, sous le nom d ’Esquinancie linguale, a décrit une inflammation aiguë de la base de la langue, par propagation d’une forme grave d’amygdalite. Ces faits sont à rapprocher des observations d'abcès chauds de la langue (Savariaud) développés au niveau des follicules clos de la base de l’organe ; ils peuvent même être situés tout à fait à la partie postérieure, juste en avant de l’épiglotte. Le plus souvent leur siège est unilatéral, parfois deux abcès coexistent, séparés par le septum médian; le pus qu’ils renferment, d’odeur fécaloïde, semble provenir d’une infection streptococcique.

Des piqûres d’insectes, des morsures venimeuses sont la cause de glossites septiques.

Demarquay a décrit un charbon de la langue, mais Butlin n’a pü retrouver d’exemple de cette localisation primitive.

Parmi ces inflammations aiguës de la langue, signalons encore celles qui relèvent comme facteur étiologique des traumatismes dentaires. Sou\ent réduite à une simple ulcération avec rougeur péri-

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phéfîque, celle-ci, lorsque la cause persiste, se creuse, devient irrégulière; l’œdème inflammatoire des bords en augmente la profondeur.

Le fond de l’ulcération devient alors grisâtre, sa masse totale présente une induration plus ou moins marquée, tandis qu’elle laisse écouler une sérosité quelquefois ichoreusê.

Sous la dénomination de Maladie de Riga on décrit une petite ulcération d’aspect diphtéroïde siégeant sur le frein de la langue : c’est pour cette raison que Fede l’avait dénommée « production sublingale ». Combv, Brun, Dutournier, Broca et Audard sont revenus sur ce sujet. L’affection se présente sous l’aspect d’une ulcération transversale, superficielle, pouvant acquérir les dimensions d’une lentille, ou d’une pièce de cinquante centimes : elle est recouverte d’un exsu¬

dât grisâtre, se reproduisant après arrachement. Exceptionnellement elle s’étend en profondeur et atteint un petit vaisseau et l’ulcère (Mouchet). — Dans certaines conditions d’irritation chronique et surtout dans certains pays, dans les provinces méridionales de l’Italie par exemple, ces ulcérations changent d’aspect, se montrent sous celui d’une excroissance végétante, saillante, papillomateuse. Ge caractère particulier ajouté à celui d’une endémicité remarquable avait amené les auteurs italiens Riga, Fede à considérer cette maladie comme une affection distincte de la première. Il semble qu’il n’y ait là qu’une différence de degré; on peut donc décrire à la maladie de Riga, deux formes : une ulcéreuse simple, et une papillomateuse. — L’étude histologique a été récemment mise au point par LetuUe. L’ulcération est à la fois muqueuse et sous-dermique. La muqueuse présente une hypertrophie papillaire manifeste; entre les

Fig. 116. -

Ulcère simple traumatique de la langue, ulcération dentaire chez un (Fig. de M. Letulle.)

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papilles s’enfoncent des boyaux épithéliaux, sur les bords de l’ulcération les épithéliums sont épaissis ; il y a hypertrophie dermo-épithéliale. Au centre, le derme mis à nu montre non seulement l’abrasion,

mais la disparition des papilles; les couches épithéliales détruites sont remplacées par un exsudatfibrino-leucocytaire. Le tissu sous-dermique est infiltré de leucocytes, les mailles conjonctives sont distendues par de la lymphe, les capillaires sont plus nombreux. La fausse mem-

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brane fibrineuse est recouverte à sa surface de leucocytes, de mucus au milieu desquels il est possible de colorer de nombreux microbes, les uns appartenant au type bacillaire, les autres arrondis, véritables microcoques, les uns et les autres sans spécificité particulière.

Glossites chroniques. — Intermédiaire entre les glossites chroniques par son évolution et les glossites aiguës par le mécanisme histologique de sa formation, se place la glossite exfoliatrice marginée de Rayer. Elle se manifeste par l’apparition sur les bords, la pointe, quelquefois le dos de la langue d’une petite tache blanche, légèrement surélevée, dont le centre ne tarde pas à se déprimer, devenant d’un rose ou d’un rouge plus ou moins vif. — La partie périphérique s’accroît tandis que la partie centrale tend à s’épidermiser de nouveau et à devenir moins rosée. Très fréquemment plusieurs éléments deviennent confluents, donnant à la lésion un aspect circiné caractéristique. On .trouve dans la thèse de Lemonnier le résultat d’un examen histologique pratiqué par Balzer. L’auteur indique que, au niveau de la partie extensive de la lésion, de nombreuses papilles filiformes présentent la transformation cavitaire de leurs cellules superficielles ; ces éléments ainsi atteints s’exfolient, tandis que, à la périphérie, au niveau du liseré, elles paraissent plutôt érigées. Il existe dans les papilles et la portion soiisjacente du derme, autour des vaisseaux, un grand nombre d’amas lymphoïdes. Il s’agit en somme d’une lésion inflammatoire superficielle de la langue, intéressant surtout l’épiderme. Vanlair, d’après Butlin la regarde comme une papillite subaiguë; d’après Guinon la surface, desquamée serait toujours revêtue d’une mince couche épithéliale, le derme serait peu atteint. La recherche des éléments parasitaires n’a montré l’existence d’aucun d’eux dont la spécificité fut certaine.

Sous la dénomination de langue noire , de nigrifie linguale, de langue noire pileuse, etc., on désigne une affection chronique de la langue, caractérisée par l’aspect tout spécial que revêt la muqueuse dans cette affection. Ne s’accompagnant d’aucun symptôme fonctionnel, cette glossite se traduit par l’existence en avant du V lingual, de une à plusieurs plaques, un peu saillantes, de coloration gris noirâtre, situées de chaque côté du sillon médian antéro-postérieur. A leur niveau les papilles sont hypertrophiées, surtout au niveau de leurs prolongements épithéliaux; ce sont elles qui donnent à la muqueuse cet aspect velouté. La coloration noirâtre prédomine aux ext lémil libres; elle est exceptionnellement verdâtre (Mourck).

L’examen histologique de ces prolongements montre qu’ils sont constitués par des cylindres brunâtres, formés de cellules épithéliales

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aplaties, dépourvues de noyaux, dont les contours ne sont pas perceptibles. La présence de grains d’éléidine dans les cellules les plus superficielles du corps muqueux prouve qu’il s’agit là d’une hyperkératinisation, bien mise en valeur par les recherches de Brosin.

L’étiologie de cette affection a donné lieu à de nombreuses recherches; rappelons pour mémoire la théorie d’Eulenberg adoptée par SalteretB. de Saint-Germain attribuant la coloration au dépôt de particules pigmentaires dans l’épithélium, celle de Gallois, de Gublér pensant qu’elle est de nature accidentelle ou alimentaire. Deux- théories sont maintenant seules en présence : la théorie parasitaire et la théorie histologique et trophique. Depuis Maurice Raynaud on a décrit dans la langue noire de nombreux parasites ; Dessois incriminait un glossophyton; Lueet, Roger et Weill, Ciaglinski, Heweleck, Schmiegelôw trouvèrent de nombreux champignons. Wallerand ne put, dans de nombreuses expériences, transmettre l’affection; seul Rostaotzeff a décrit un cas de transmission d’un> sujet à l’autre. — Vignal l’avait attribuée à des cocci.

La variabilité des formes trouvées prouve que les parasites incriminés n’ont aucune spécificité, et l’on tend à admettre qu’il s’agit là soit d’une hypertrophie essentielle de l’épithélium, soit plutôt d’une dystrophie locale qui serait en rapport avec une dilatation vasculaire excessive du chorion, provoquant une hyperactivité cellulaire avec hyperkératinisation consécutive(Gombault, Surmont, Bouchez, Charpy). Les recherches bactériologiques continuent cependant, et récemment Guéguen a décrit dans cette affection un oospora nouveau, associé au crvptococcus linguæ pilosæ; il n’a pu le cultiver qu’avec beaucoup de difficulté; Thaon enfin, dans une observation toute récente, a retrouvé l’association sur les papilles linguales d’un parasite en forme de levure (Lucet, Roger et Weill) associé à un oospora; il attribue l’affection à cette symbiose des deux organismes.

Sous le nom de Psoriasis lingual, de Leucoplasie linguale, de Leucokératose on désigne une glossite chronique caractérisée par la formation au niveau de cette muqueuse de plaques blanchâtres consécutives à une hyperkératinisation de son épithélium. Elles siègent le plus souvent à la partie antérieure ou moyenne de l’organe, mais d’autres localisations peuvent se montrer sur la muqueuse buccale; la face interne des joues, les commissures labiales, les, gencives, le voile du palais, le plancher de la bouche sont assez souvent atteints.

Au début la lésion hyperémique se traduit par une plaque érythémateuse lisse ou luisante, parsemée de granulations saillantes formées

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par les papilles fongiformes (Schwiennez); la coloration ne tarde pas à se modifier, devient blanc bleuâtre, opaline, nacrée, tandis que la plaque elle-même s’épaissit. Cette épaisseur est très variable ; à peine marquée, laissant voir par transparence la muqueuse sous-jacente, elle peut atteindre de 2 à 4, tandis ^ue le cborion muqueux présente un épaississement de 2 à 3 fois la normale; il s’agit d’une infiltration embryonnaire qui évoluera plus tard vers la sclérose, avec

Fig. lis. — Leucoplasie linguale : hyperkécatose cornée et foyer inflammatoire sotis-dermi.pie.

atrophie des vaisseaux et du muscle sous-jacent (Debove). L’exagération des saillies papillaires allant jusqu’à la production de papillonnes microscopiques, la présence signalée par Gaucher et Sergent de figures cellulaires rappelant les globes épidermiques, explique la dégénérescence fréquemment épithéliomateuse de cette lésion (Marfan, Perrin, Le Dentu, Cestan et Pèttit).

Cette transformation évolutive est en effet assez fréquente; elle serait à craindre surtout quand la plaque leucoplasique prend l’aspect rugueux, papillomateux (Vidal); mais la transformation néoplasique

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la forme végétante papillomateuse, ou enfin plus rarement le type d’une induration profonde, ligneuse, presque cartilagineuse. Considérée autrefois comme presque inévitable, cette complication n’est cependant

Fig. 119. — Leu sus d’hyperkératinisation est remarqi Évolution cancéreuse dans la partiè

notablen

droite,

pas aussi fréquente qu’on l’a cru; Bénard fait remarquer que la statistique de Barthélémy ne comporte que 7 faits positifs sur 55 cas; elle se montrerait surtout dans les leucoplasies où l’examen histologique montre des inclusions cellulaires du type globô-épidermique.

Par contre, Les lésions d’endo et de péri-artérite des vaisseaux sont très marquées, elles expliquent les rapports de plus en plus intimes que certains auteurs tendent à admettre aujourd’hui entre la leueoplasie et la syphilis (Landouzy, Gaucher et Sergent, Trapenard). Que

cette dernière affection soit le plus souvent en jeu, qu’il s’agisse de syphilis acquise, d’hérédo-syphilis, ou même de syphilis conceptionnelle, que l’on admette même que la leucokératose n’est qu’une affection parasyphilitique avec Fournier, il semble cependant qu’il y ait des cas'indiscutables où elle sôitidiopathique. Malheureusement l’anatomie

Fig. 120. — Leucoplasie linguale. Hyperkératinisation de l’épithélium.

Le chorion épaissi parsemé d’amas embryonnaires est envahi par des formations cellulaires à globes épidermiques. L’une d’elles porte à son extrémité supérieure de très nombreuses cellules géantes.

pathologique ne nous, donne pas. la clef de cette étiologie, car aucun caractère histologique ne permet de différencier l’une de l’autre, et l’épreuve même du traitement n’est pas toujours suffisante.

L’étude histologique de ces plaques, bien faite par Leloir, montre qu’il s’agit d’une hyperkératinisation considérable de la muqueuse normale : la couche cornée épithéliale est très épaissie, la couche

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correspondant au stratum granulosum^est beaucoup plus développée que dans l’épiderme corné non altéré. Le protoplasma de ces éléments cellulaires est gorgé de granulations d’éléidine qui s’étendent même dans leurs interstices. La base d’implantation du corps muqueux de Mal pighi est irrégulière-, par endroits il est impossible de retrouver une démarcation nette entre le chorion et l’épithélium, les deux portions semblent se pénétrer. Gaucher et Sergent insistent sur l’hypertrophie des prolongements interpapillaires.

Tumeurs de la langue. Tumeurs bénignes. — Parmi les tumeurs bénignes nous rangerons les observations de tumeurs kystiques d'origine parasitaire. Roser, Billroth, Shillitœ, Iiofmotel ont relaté des observations de cysticerque de la langue. — Moins rares sont celles de kyste hydatique; Brodie, Mollière, l’ont vu s’y développer, ils sont généralement uniques, intramusculaires, localisés à la base, et se présentent sous l’aspect d’une tumeur résistante dont la tension est telle qu’on ne peut y percevoir de fluctuation.

Toute une série d’autres variétés kystiques sont d’origine glandulaire; ce sont des kystes salivaires occupant par suite les régions où prédominent ces groupes glandulaires : bords, pointe, ou base de la langue au voisinage du sillon glosso-amygdalien, en avant du pilier antérieur. Superficiels, sous-muqueux, plus ou moins transparents, ils renferment un liquide visqueux, filant, hyalin. Leur paroi mince et conjonctive est tapissée à sa face interne d’un endothélium cubique plus ou moins aplati. Rosmak et Feldmann ont rapporté une observation, chez un enfant de cinq mois, de langue atteinte de pseudo-macroglossie, due au développement de petites tumeurs kystiques, une sur le bord droit et antérieur, deux latérales, et deux postérieures, semblant ainsi diviser l’organe en cinq lobes. Formée d’une paroi conjonctivomusculaire revêtue d’un épithélium épaissi, sur lequel il ne donne pas de détails, et de glandes muqueuses, la tumeur contenait un liquide muqueux.

Beaucoup plus rares sont les kystes séreux congénitaux ; ils occupent la base ou la face inférieure de la langue et coexistent soit avec des productions kystiques analogues au cou, ou avec un lymphangiome de la langue.

Blachez, Nicaise ont rapporté deux observations de kystes dermoïdes. L’un se prolongeait dans l’épaisseur de l’organe, tandis que l’autre occupait sa face inférieure; il partait de ce dernier un petit prolongement fibreux qui s’insérait entre les deux apophyses Géni au eorps du maxillaire inférieur.

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Au niveau de la base de la langue, d’autres formations kystiques dérivent de la persistance du tractus thyréo-glossé , du canal de Bochdaleck. Leur pathogénie longtemps discutée est bien mise au point par la thèse de Martin. Elles se présentent sous l’aspect d’une cavité kystique à paroi plus ou moins épaisse, dont la surface interne est soit lisse, soit irrégulière, présentant des crêtes saillantes et des enfoncements plus ou moins profonds. L’épithélium qui recouvre cette paroi est formé de cellules cylindriques présentant à leur partie tournée vers la cavité un plateau cilié. Le contenu du kyste peut suppurer; — il renferme des débris cellulaires, et la constatation histologique dans le liquide de ces éléments à plateau cilié permet le diagnostic.

Schmitt, Wolff ont signalé à la base de la langue l’existence de goitres aberrants. Ils ont été étudiés par de Boncourt, par Riethus, et siègent au niveau du foramen cæcum, en avant de l’épiglotte. La petite tumeur arrondie est intra-linguale; du volume d’une cerise environ, elle est recouverte par la muqueuse non adhérente et souvent sillonnée de grosses veinules. — La vascularisation est elle-même très marquée. — La coupe la montre constituée par des cavités renfermant de la matière colloïde. Il s’agit de tissu thyroïdien, soit jeune embryon* naire, ou adulte glandulaire.

Ces tumeurs, vestiges de l’ébauche thyroïdienne médiane, auraient pu par leur ablation dans des observations d’absence du C. Thyroïde normal, donner lieu à l’apparition de phénomènes myxœdémateux. — Riethus, Senzi et Berger.

Les angiomes de la langue se divisent en angiomes artériels et angiomes veineux. Ils coexistent le plus souvent avec des productions analogues soit de la face, des lèvres ou des gencives. Sous forme de tache de coloration variable, ou sous forme de tumeur souvent bosselée, plus ou moins réductible, sillonnée à sa bordure de vaisseaux. variqueux, ils ne présentent au point de vue anatomo-pathologique que l’intérêt particulier suivant. Arragon après Cornil a bien montré qu’ils se développent aux dépens des capillaires intra-papillaires ; ce développement peut s’accompagner d’une hypertrophie papillaire concomitante, ce qui donnera un aspect papillomateux à cette variété ; ou bien le développement est surtout vasculaire ; il amène l’adossement des vaisseaux, leur communication, la formation d’une tumeur caverneuse ; quelquefois l’enkystement aboutit à la production de kystes séro-sanguins. Une tunique conjonctive, un revêtement endothélial, constituent la tunique habituelle de ces angiomes, sauf

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dans un cas de Suzanne où le contenu sanguin se trouvait immédiatement en contact avec les fibrilles musculaires et un derme épaissi et fibreux.

Lennox Brown, Masson ont insisté sur la fréquence des varices de la langue; elles siègent le plus souvent à la base de l’organe; Guy a rapporté une observation à’ anévrysme artériel.

Les lipomes sont des tumeurs très rares ; du volume d’une petite noix au maximum, ils se présentent sous forme d’une petite tumeur lisse, lobulée quelquefois, molle, plus ou moins fluctuante, un peu jaunâtre par transparence. Ils siègent généralement à la pointe de la langue: et présentent histologiquement la structure du lipome habituel ou du fibro-lipome (Magnan, Deregnaucourt, Gérard-Marchant, Potherat).

L e fibrome est moins exceptionnel; généralement unique, il siège habituellement à la face dorsale. Le plus souvent circonscrit et encapsulé, il se pédiculise exceptionnellement, formant un véritable polype. Histologiquement il s’agit soit de fibrome pur, soit de fibro-lipome, de fibro-chondro-lipome et même de fibromyome (Blanc). Ziegler, Zahn ont constaté la dégénérescence hyaline.

Il existe des observations de papillomes de la langue : ce sont des tumeurs fréquentes; ils siègent le plus souvent dans la région papillaire au niveau de la face dorsale, mais quelquefois on les trouve à la face inférieure. Uniques ou multiples, ils résultent uniquement de l’hypertrophie papillaire.

Butlin signale deux observations, une de Sedgervick, une de Morrant Burker, concernant des chéloïdes de la langue .

Tumeurs malignes. — Parmi les tumeurs malignes, le sarcome est une affection des plus rares. Il siège habituellement à la base ou au niveau du dos de la langue. On doit avec Marion en distinguer deux variétés, l’une interstitielle, plus fréquente. Située au milieu des fibres musculaires, l’autre pédieulée, faisant hernie sur le dos ou sur les bords de la langue. Le volume en est variable, il peut atteindre la grosseur d’un œuf et plus. Dans la variété jpédiculée, la masse sarcomateuse peut rester encapuchonnée par la muqueuse ; le plus souvent elle fait hernie à l’extérieur; mais, pédieulée ou non, elle n’adhérerait généralement pas à la face profonde de la muqueuse. Sa consistance est soit férme, soit molle, pseudo-fluctuante. Elle se présente sous l’aspect d’une masse végétante, en chou-fleur grisâtre, saignant facilement. — L’examen histologique montre qu’il s’agit de sarcomes appartenant aux variétés fuso ou globo-cellulaires. Robert a relevé plusieurs

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faits de sarcomes à myéloplaxes, Kauffmann a signalé l’existence d’angio-sarcomes.

La tumeur maligne la plus habituelle au niveau de la langue est X épithélioma. Elle se développe aux dépens de la muqueuse linguale, mais il est possible que les glandes elles-mêmes puissent donner naissance à une variété d’épithélioma. Quoi qu’il en soit, le lieu même d’origine de la tumeur permet de distinguer un épithélioma superficiel et un épithélioma profond interstitiel se développant aux dépens des couches profondes des cellules des sillons interpapillaires. Le siège d’élection de la tumeur est soit la hase de la langue au niveau du sillon glosso-amygdalien, soit les bords de l’organe dans leur partie moyenne (Th. Anger). La tumeur est presque toujours unilatérale, exceptionnellement double et bilatérale : elle se montre non plus primitivement, mais secondairement sur les bords d’ulcérations anciennes chroniquement irritées, telles que des ulcérations dentaires; et vient même se greffer au niveau d’ulcérations inflam- •matoires chroniques telles que les ulcérations tuberculeuses ou même syphilitiques, et surtout plaques de leucoplasie linguale.

Le début de l’affection est souvent fort difficile à reconnaître; qu’il s’agisse d’une plaque leuèoplasique fissurée, ou d’une ulcération dentaire, le caractère d’induration que prend la muqueuse linguale se retrouve très fréquemment quand l’absence de tout traitement, de tout soin buccal permet aux infections secondaires d’envahir les tissus et détermine des infiltrations embryonnaires avec réactions inflammatoires. Il est évident que la cicatrisation rapide de la plaie après l’ablatiôn du corps vulnérant, tel que chicot, dent ébréchée, etc., enlèvera bien vite toute hésitation, mais il est de nombreux cas où seul l’examen histologique permettant un diagnostic ferme, l’intervention sera plus précoce et moins mutilante; Letulle a bien montré toute la valeur de la biopsie dans le diagnostic des affections de la langue.

L’épithélioma superficiel se montre souvent au début sous forme d’une induration en plaque plus ou moins étendue; elliptique ou lenticulaire, à peine surélevée de un à trois millimètres au-dessus d’une plaque de leucoplasie, la petite tumeur présente une base indurée tandis que sa surface est sèche, à peine exulcérée quelquefois (Reclus). Plus tard elle ne tarde pas à s’élargir, à se creuser, et surtout à se fissurer; l’ulcération devient caractéristique avec ses bords saillants, indurés, non décollés comme dans les ulcérations tuberculeuses, tandis que sur le fond se détachent des bourgeons grisâtres, très vasculaires, saignant au moindre contact, et laissant sourdre un ichor

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fétide et sanieux. Si l’on prend entre les doigts la langue au niveau du point envahi, on sent que la profondeur de l’organe est touchée ; elle donne une sensation de résistance toute spéciale. — Suivant l’évolution de l’ulcération néoplasique, on a pu distinguer dans cette variété une forme rapide, une forme très lente avec induration, rétraction même des parties atteintes : véritable forme squirrheuse de Morel- Lavallée, et de Cerni et Lagoutte. Mais les variétés habituelles sont caractérisées soit par la néoformation abondante des bourgeons vascülo-néoplasiques, forme végétante, rappelant le papillome lingual, forme papillomateuse, soit au contraire par l’ulcération rongeante, destructive, forme ulcéreuse.

La variété profonde de l’épithélioma, épithélioma interstitiel, est plus rare; elle se présente sous l’aspect d’une tumeur arrondie, dure, adhérant intimement à la face profonde dé la muqueuse qui peut rester assez longtemps avec ses caractères normaux : elle tend en un mot plus à végéter dans la profondeur, s’infiltrant entre les faisceaux musculaires, qu’à la superficie. Néanmoins elle finit par s’ulcérer ; son' tissu apparaît alors blanc grisâtre, présentant une série d’orifices jaunâtres d’où la pression fait sourdre des boyaux épithéliaux d’apparence vermicellés, les vermiothes de Virchow.

L’envahissement des parties voisines est fréquent dans l’une et l’autre forme; l’envahissement ganglionnaire est surtout précoce : ganglions sous-maxillaires, ganglions sous-mentaux, ganglions jugulaires internes. Poirier a étudié, ces propagations, et avec Kültner a montré comment la continuité des troncs lymphatiques permettait d’expliquer les faits d’adénopathies bilatérales.

Au point de vue histologique, la forme superficielle présente l’aspect typique de l’épithélioma pavimenteux lobulé, avec ces cellules atypiques déformées, réunies par places en globes épidermiques. La forme profonde, interstitielle offre surtout les caractères de l’épithélioma pavimenteux tubulé, où par places seulement quelques éléments revêtent l’aspect de globes. Une réaction leucocytaire intense avec infiltration diffuse caractérise les formes ulcérées; les vaisseaux veineux et lymphatiques peuvent présenter des thromboses néoplasiques expliquant les propagations à distance, surtout ganglionnaires, car généralement, à part cettp dernière propagation, l’envahissement ne se fait que par contiguïté; les faits de généralisation sont exceptionnels. Weill, Jeanne ont cependant rapporté des cas de propagation au myocarde, à la plèvre, au poumon. Siegel, Braunn, Kocher, Williams ont fait de même.

On a signalé surtout chez les enfants l’existence, au niveau des grosses papilles de la base de la langue, de productions épithéliales, rappelant souvent les globes épidermiques. Ces anomalies assez fréquentes peuvent peut-être devenir plus tard l’origine de tumeurs épithéliales. Zigler a vu ainsi de véritables perles épithéliales chez les nouveau-nés et chez les enfants ; Schaeffer, au niveau du fond des sillons des papilles fongiformes, a reconnu l’existence de bourgeons épithéliaux pénétrant dans la profondeur jusqu’à la base des papilles; Saller fit des constatations analogues.

L’actinomycose se localise rarement à la langue. Elle ne se présente pas sous la forme diffuse habituelle chez les Bovidés, mais sous celle d’un nodule plus ou moins fibreux, donnant au toucher une sensation de dureté élastique, et siégeant de .préférence au niveau de la moitié antérieure de l’organe, tout près de la pointe. Le volume atteint parfois celui d’une noisette, sans que jamais l’on puisse percevoir la sensation de fluctuation (Bonnet). Bérard a signalé au point de vue histologique l’infiltration fibreuse à distance du nodule actinomycosique, la disparition par dégénérescence vitrogranuleuse des fibres musculaires, l’oblitération vasculaire. Plus au centre, on trouve des amas de leucocytes, semés de granulations provenant de la destruction des cellules profondes. Ces dernières offrent l’aspect de grosses cellules épithélioïdes, ou sont atteintes de lésions dégénératives considérées par Unna comme caractéristiques de l’actinomycose; noyau à peine coloré, peu réfringent; protoplasma clair à la périphérie, mais plus trouble, plus granuleux dans la région périnucléaire. La partie centrale du nodule montre le parasite bien reconnaissable à sa bordure radiée typique; on ne trouverait pas de cellules géantes dans la bordure périphérique. C’est cette portion centrale qui dégénère et se présente sous l’aspect d’un pus granuleux mal lié.

La glossite lépreuse se. caractérise par l’existence de lépromes volumineux, tubéreux, séparés par de profonds sillons. Leloir en avait donné une description histologique et bactériologique qui fut complétée par Rikli, Bergengrüm et Gerieh, de la Sota, Glüeh. Jeanselme ( Presse médicale , 1900) a repris cette description. Au niveau des induit) On trouvera dans un chapitre d’ensemble la description de la tuberculose et de la syphilis de la bouche, de la langue et du pharynx.

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rations lépreuses et dans les sillons l’épithélium est aplati, mais persiste. Les papilles sont aplaties; le derme muqueux sclérosé présente une épaisseur considérable de 4 à 5 millimètres; cette sclérose envoie des prolongements qui dissocient la musculeuse sous-jacente, ainsi que . les acini glandulaires. Des cellules embryonnaires infiltrent la couche superficielle du derme. Dans toute la partie sclérosée abondent les bacilles, surtout au niveau de formations nodulaires que l’on peut y trouver; les glandes elles-mêmes sont atteintes, des amas bacillaires peuvent en obstruer le canal excréteur.

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