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TUMEURS BÉNIGNES

Le voile du palais, la voûte palatine sont très rarement le siège de tumeurs. On y voit surtout des tumeurs mixtes ou des tumeurs malignes. Mais des types plus simples ont été signalés, tels que les lipomes, les fibromes, les angiomes, les kystes, les anévrysmes .

D’après les recherches de Virchow, Denis, Billard, Bohn, Renbold, citées par Ziegler, on peut trouver, chez les nouveau-nés, dans la muqueuse de la voûte palatine, contre le raphe et sur la partie antérieure, de petits nodules gros comme un grain de mil qui restent indéfiniment sous le même état ou donnent naissance à de petites ulcérations. Ils se forment dans la deuxième moitié de la vie intrautérine aux dépens de dépôts épithéliaux qui se font dans les glandes muqueuses du palais dur. On peut les considérer comme du milium ou des comédons de la muqueuse.

Les papillomes ne sont pas absolument exceptionnels surtout sur la luette. D’Agnanno a publié un cas de fibrome pur pédiculé de ce dernier organe.

Les angiomes vélo-palatins se rencontrent très rarement. On connaît les cas de Anderson, de Wagett, de Bar. Ils ne présentent rien de spécial dans cette région.

T.. Gabourg a publié l’observation d’une malade de Poncet chez laquelle existait sur la face supérieure du voile du palais une tumeur

PHARYNX

de 8 à 9 centimètres de long, constituée par un stroma fibreux très dense avec, par places, du tissu graisseux. Le revêtement était constitué par deux ou trois assises de cellules kératinisées. Il n’y avait pas de papilles, mais sous l’épithélium on notait une infiltration de cellules rondes, agglomérées par endroits et rappelant le tissu adénoïde. Cette tumeur, un fibro-lipome, se différencie des véritables tumeurs mixtes du voile du palais.

La notion de celles-ci est relativement récente. Soupçonnées par Gosselin, Nélaton, elles commencent à être précisées dans leur nature histologique par Michon qui, à propos d’un cas, parle d’hypertrophie glandulaire, ce type rentrant dans les adénomes de Lebert. Puis viennent des faits de Parmentier, de Robert, de Bauchet et Dolbeau. On étudie alors les enchondromes et ainsi se trouve constitué le groupe des tumeurs mixtes du voile du palais (enehondrome et adénome). Richard émet des doutes sur la bénignité de ces tumeurs. Barrière en fait surtout des sarcomes, Formegr a des épithéliomas enkystés, Stéphen Paget les compare aux tumeurs mixtes de la parotide. Ge‘s premières recherches, que nous citons d’après le professeur Bergèr, montrent donc dès le début toute la complexité de la question, et même encore actuellement l’interprétation histologique de ces tumeurs prête à discussion. Pour l’école française, leur point de départ est dans les glandes : ce sont, dit de Laraberie, dans son travail sur les tumeurs mixtes des gland ules salivaires de la muqueuse buccale, des épithéliomes à trame variable; tout autre est l’opinion de l’École allemande qui leur attribue une origine purement conjonctive.

La tumeur, de la dimension d’un pois, d’une amande ou d’une orange, est encapsulée. Elle est unique, recouverte par la muqueuse dont la sépare un tissu cellulaire lâche, et située au-dessous du plan musculo-aponévrotique du voile. Arrondie, ovalaire, bosselée, elle a une consistance dure, d’ailleurs très inégale. Histologiquement, c’est une tumeur complexe. A la périphérie domine le tissu épithélial, au centre le tissu conjonctif. Les formations conjonctives appartiennent à- plusieurs espèces. C’est du tissu fibreux, myxomateux, cartilagineux ou même osseux. Généralement on trouve deux ou trois variétés, plus rarement une seule. Le tissu fibreux est à tous ses stades de développement : cellules embryonnaires, fibroblastes parfois très nombreux, donnant grossièrement l’image de sarcome füso-cellulaire, tissu fibreux adulte avec collagène abondant. Le cartilage, hyalin ou réticulé, se trouve quelquefois réduit à une ou deux cellules. La trame peut subir des dégénérescences diverses, muqueuse, hyaline, ou se transformer

TUBE DIGESTIF

en une masse amorphe avec lacunes et kystes. L’élément épithélial est lui-même extrêmement polymorphe. Tantôt il s’organise en formations très irrégulières, ayant en d’autres points l’aspectglandulaire avec des culs-de-sac ramifiés, tapissés de cellules cubiques, sans lumière centrale, ou des boyaux pleins dont les éléments sont cylindriques à la périphérie, polygonaux au centre. L’aspect est modifié par l’importance de la trame, qui dessine des alvéoles ou résout les productions épithéliales à de minces traînées de cellules ou à de petits amas en chapelet. Il est encore modifié par la dégénérescence muqueuse ou colloïde, la formation de globes plus ou moins nets, l’apparition de cavités d’aspect kystique. Plus rare est la disposition adénomateuse.

Tantôt l’élément épithélial est très abondant, tantôt il paraît avoir le dessous, le tissu conjonctif proliférant davantage.

Ces. tumeurs ont une marche lente; elles ne récidivent pas après ablation et possèdent tous les caractères de la bénignité. Il n’existe pas d’exemples, probants de leur transformation en néoplasie maligne.

Cette interprétation des tumeurs mixtes du voile du palais comme d’ailleurs des glandes salivaires, a reçu la confirmation d’un assez grand nombre de travaux français : observation de Defontaine avec examen de Pilliet, travaux de Collet, de Ponsot que l’on trouvera développés en d’autres parties de cet ouvrage, observations de Berger, d’Escat... Déjà en 1883', Malassez, dans une étude sur le cylindrome, a admis l’origine épithéliale de ces tumeurs. L’un des deux faits personnels qu’il étudie a trait à un cylindrome du voile du palais, celui-ci à évolution maligne. Malasséz leur donne le nom d’épithélioma alvéolaire à envahissement myxomateux.

Très différente est la conception allemande. Billroth donne à ces tumeurs une origine conjonctive; son opinion est partagée par Kolaczek, Ackermann, Klebs, Bergmann, Franke, Volkmann. Kauffmann, en 1881, admet que les apparences glandulaires sont du domaine des sarcomes alvéolaires ou plexiformes et qu’il s’agit ici, non pas d’adénochondromes, mais bien de chondro-sarcomes. Nasse range dans là même famille les myxo-sarcomes, les cylindromes, les endothéliomes. Hoffmann en revient à la théorie française, mais sa protestation reste sans écho.

Pitance, à propos d’une observation de Mauelaire et Durrieu, élabore une troisième hypothèse : il croit que les éléments épithéliaux se développent aux dépens d’amas cellulaires disséminés entre les acini,

PHARYNX

qui seraient contemporains des glandes, mais auraient perdu toute connexion avec les conduits excréteurs.

Le travail approfondi de Berger, basé sur les observations de Bezançon, développe la théorie glandulaire et confirme les recherches de de Laraberie.

Polypes dermoïdes . — Parmi les tumeurs bénignes du pharynx, signalons l’existence à ce niveau de productions spéciales polypoïdes: les polypes dermoïdes. Ce sont des tumeurs congénitales, pédiculées, recouvertes d’un revêtement cutané et désignées sous ce nom par Decloux dans sa thèse (1900). Des observations en avaient été rapportées par Meckel-Goschler, Lamhl, Arnold, Reinhardt, Barton, Abraham White, Schuchardt, Lannelongue et Achard, Otto, de Roalde. Depuis la thèse de. cet auteur, Thellung, Springer en ont publié de nouvelles observations. Elles sont donc assez rares. Elles siègent principalement au niveau des gouttières pharyngées et au voile du palais, leur point d’insertion se faisant aux lieux de projection des fentes branchiales à l’intérieur de la cavité buccale; cependant, elles peuventse montrer aussi sur la voûte palatine ((Hérault,- Mauché, Illira), au niveau de l’os maxillaire inférieur (Davis), à la face interne des joues (Lannelongue).

La tumeur, souvent difficile à voir quand son insertion inférieure est basse .et lorsqu’elle se cache sur les parties latérales du pharynx, se présente sous l’aspect d’une production grisâtre, parfois rosée, dont la surface extérieure est lisse ou chagrinée et recouverte d’un fin duvet. Le volume en est variable; généralement composée d’une extrémité piriforme et d’un pédicule plus ou moins long, elle peut soit pendre à l’intérieur du pharynx, soit être projetée momentanément ou d’une façon continue en avant; elle peut même faire saillie hors de la bouche, comme dans l’observation de Thellung où la tumeur atteignait le volume d’une petite pomme. Les troubles fonctionnels que sa présence détermine sont surtout en rapport avec sa situation et d’autant plus précoces que l’insertion du pédicule est plus basse (Decloux).

L’examen histologique d’une coupe transversale la montre* constituée par un revêtement dermique complet : épiderme cutané, derme avec papilles, poils et glandes sébacées et quelques glandes sudoripares. Au-dessous se trouve une couche de tissu cellulaire lâche, renfermant des capillaires veineux souvent très développés et des aréoles graisseuses; au milieu enfin un axe vasculaire central avec production lymphoïde périphérique entouré d’un tissu conjonctif plus ou moins

tube digestif

épais, tandis qu’on peut voir par plaees, dans certains cas, du tissu cartilagineux, osseux, ou des fibres musculaires striées.

Ces constatât! ons histologiques nous montrent l’identité de structure de ces tumeurs avec celle des fibro-chondromes branchiaux. Ces deux ordres de productions congénitales ont en effet une signification identique, elles proviennent l’une et l’autre de malformation évolutive des ares branchiaux (Decloux).

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