VARIATIONS MORPHOLOGIQUES DES DIFFÉRENTS SEGMENTS DE L’INTESTIN
En apparence, l’intestin comporte deux segments bien distincts: l 'intestin grêle et le gros intestin.
Le premier a des fonctions évidentes d’absorption. A l’examiner de, près, on peut en distinguer différentes portions. Le duodénum et le jéjunum sont spécialisés par leurs rapports avec le foie et le pancréas, et histologiquement par la présence dans les parois duodénales de glandes spéciales. D’autre part, à mesure que l’on se rapproche du cæcum , on voit se multiplier les formations adénoïdes. De telle sorte que, de par la physiologie et l’histologie, il est possible d’isoler dans l’intestin grêle : le segment duodéno-jéjunal, le jéjuno-iléon et le segment inférieur de l’iléon. A cette division répondent des localisations particulières des processus morbides.
Quant au gros intestin, il n’a pas, comme le fait remarquer Le Play, une structure partout uniforme.
Au cæcum, les cellules épithéliales sont élevées; leur noyau, entouré d’un halo clair, présente des figures chromatolytiques indiquant une activité spéciale de la sécrétion. Plus loin, l’épithélium s’abaisse : la cellule perd ses - caractères glandulaires. Le tissu lymphoïde est également très développé dans la région cæcale. C’est en ce point que s’accumule la presque totalité des liquides et que ceux-ci perdent pour beaucoup d’auteurs
TUBE DIGESTIF
leur toxicité. Le cæcum joue donc un rôle d’absorption et un rôle antitoxique des plus importants qui le différencie nettement du reste du gros intestin.
Sous l’influence de certaines conditions physiologiques ou pathologiques, la muqueuse intestinale subit d’importantes modifications. Séparée A du chyme par une mince couche de mucus, elle se laisse facilement pénétrer par l’eau et les cristalloïdes. On voit alors la surface hyaline du plateau strié des cellules cylindriques se gonfler et laisser mieux voir les bâtonnets. Lorsqu’on fait absorber à un animal des substances grasses, toute la villosité, à part les cellules, caliciformes et les fibres musculaires, se charge de granules graisseux : les cellules des glandes de Lieberkühn n’en contiennent jamais. La graisse ne se constate ni dans les plateaux striés, ni dans le ciment intercellulaire, mais elle se retrouve sous l’aspect de fines rangées de granulations dans la zone supra-nucléaire, puis autour du noyau, sous forme de gouttes huileuses qui émigrent sur les côtés de la cellule, jusqu’à sa base, où elles sont captées parles cellules lymphatiques, les cellules conjonctives, et conduites aux chylifères. Ce phénomène se produit en vertu d’un acte cellulaire qui, probablement au moyen des enclaves particulièrement abondantes à celle période, transforme les graisses modifiées du chyme et les rend assimilables.
Les irritations ai^xquelles est soumise la muqueuse se traduisent par des dégénérescences cellulaires et une forte diapédèse. En injectant du- sulfate de magnésie dans l’anse intestinale du chien, Heidenhain a constaté, parmi les cellules épithéliales desquamées, des corps particuliers, cellules à cheveux ( Hnarzellen ), qui paraissent être des formes. métatypiques de la cellule à plateau strié, tout à fait comparables aux cellules du coryza étudiées par 11 an vie r.
L’élément lymphatique réagit également. L’appareil lymphoïde intestinal paraît d’ailleurs d’une extrême sensibilité vis-à-vis des irritations locales, comme des infections ou intoxications générales. Comme nous l’avons vu, l’absorption intestinale provoque normalement une forte diapédèse. D’après L.-G. Simon, les éosinophiles du derme intestinal interviennent dans la sécrétion du suc entérique. Ces éléments se multiplient Iorsqu’expérimentalement on provoque une sécrétion abondante du liquide digestif.
Enfin, sous l’action de facteurs divers, et comme le reste de l’appareil hématopoiétique, la tunique adénoïde du tube digestif subit d’importantes modifications en exaltant ses fonctions lymphopoiétiques et en subissant même parfois la transformation myéloïde (Dominici, L.-G. Simon); elle est le siège d’une active diapédèse de mononucléaires et de polynucléaires neutrophiles, dont beaucoup en voie de destruction s’éliminent à travers l’épithélium (1).