‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 94 sur 289 · RÉPARATIONS DE L’ÉPITHÉLIUM INTESTINAL · texte numérisé non relu

RÉPARATIONS DE L’ÉPITHÉLIUM INTESTINAL

L épithélium intestinal est normalement en état de rénovation constante. Les cellules s exfolient une à une et se laissent enrober par le mucus de la

1) On trouvera dans les chapitres ultérieurs les indications de technique histolologique qui conviennent plus spécialement à l’étude de certaines lésions de l’intestin.

surface. Lorsqu’il se produit une irritation, on voit apparaître des formes métatypiques telles que celles décrites par Heidenhain, ou le détachement en lambeau de la muqueuse qui semble lié à un œdème aigu congestif (Renaut). Chez le vieillard, la villosité subit une atrophie la réduisant dans tous ses éléments (Natalis Guillot).

Superficiellement, les cellules épithéliales de l’intestin ne présentent jamais de division indirecte. Il n’en est pas de même des glandes de Lieberkühn qui dans leurs culs-de-sac sont le siège de nombreuses divisions cellulaires. Les cellules nouvellement formées s’insinuent « comme des coins dans la ligne épithéliale, refoulant par conséquent en haut les cellules épithéliales déjà existantes. Celles-ci subissent donc une sorte de glissement élévatoire le long de la paroi du crypte et arrivent ainsi chacune à leur tour sur la villosité... Cette observation explique comment, dans les entérites desquamatives en général, et en particulier dans celle qui accompagne le choléra, l’épithélium intestinal qui n’existe plus du tout à la surface des villosités, mais qui est régulièrement conservé dans le fond des cryptes de Lieberkiihn sous forme de cellules épithéliales toutes embryonnaires, peut être rapidement régénéré dans les cas où la guérison a lieu ». (Renaut).

La réparation de la muqueuse au eours des traumatismes a fait l’objet de recherches de la part de Forster qui a étudié la régénération des villosités intestinales, de Trollier et Jahr, de Vogt, Saccozzi. Collins Warren, Ritschl, Bizzozero, E. de Rouville, Sacerdotti, E. Quénu et Branca, au travail de qui nous empruntons ces citations.

L’épithélium cicatriciel (1), disposé sur une seule couche, reproduit le caractère fondamental de l’épithélium dont il. procède. Le mécanisme essentiel de la cicatrisation est le phénomène de glissement, phénomène précoce, constant et général-, complété par le processus de division, qui d’ailleurs ne joue qu’un rôle accessoire (Quénu et Branca). La plaie expérimentale de la muqueuse se comble plus ou moins par un caillot fibrino-leueocytaire, qui peu à peu se détache et laisse une perte de substance, dont le fond est "constitué, suivant les cas, par la musculaire muqueuse, le -chorion ou la musculaire, et les bords, non pas par le chorion rétracté, mais par la muqueuse elle-même qui n’adhère que lâchement aux tissus sous-jacents et forme deux lambeaux flottants retombant comme un tapis sur la surface de section du chorion. Les épithéliums de la muqueuse se propagent de chacune dés lèvres de la plaie et tendent à se fusionner. D’après Quénu et Branca, qui ont plus spécialement étudié la réparation de l’épithélium rectal, les épithéliums cicatriciels se continuent indifféremment avec les cellules de revêtement ou celles des cavités glandulaires. La bande cicatrisante comprend des éléments cylindriques près de l’épithélium resté intact et des éléments aplatis, en plasmode sur les surfaces de glissement. On trouve des figures de division directe ou indirecte, les plans de segmentation étant disposés de telle sorte que les cellules filles issues de la division soient juxtaposées à la surface de l’intestin.

L’épithélium régénéré croît en hauteur le huitième ou le neuvième jour chez le cobaye ; il n’a pas de plateau, caractère qui permet au début de distinguer l’épithélium cicatriciel. Çà et là se disposent des cellules mucipares, mais la bande épithéliale, au moins dans un délai assez long, n’édifie pas de glandes. Les culs-de-sâc glandulaires, séparés de leur conduit excréteur par le traumatisme, tendent à s’atrophier.

(1) Voir au chapitre de l’ulcère de l’intestin, la figuré représentant un ulcère du duodénum en voie de cicatrisation.

518 TUBE DIGESTIF

L’épithélium néoformé édifie des bourgeons épithéliaux minces, pédiculés, constitués uniquement par l’agglomération d’une dizaine de cellules épithéliales dont les noyaux sont souvent irréguliers, comme étranglés.

La restitution de la forme se fait très vite, la plaie s’obture rapidement par coagulation du sang épanché, et la réparation s’organise ensuite progressivement. C’est là un processus général noté par Corail et Carnot dans leurs études sur la régénération de quelques muqueuses, et qui rend inutiles les points de suture destinés à affronter chirurgicalement les bords d’une plaie (Quénu). Cette remarque s’applique intégralement au rectum qui, bien que milieu extrêmement septique, régénère facilement les plaies artificiellement déterminées sur la muqueuse.

En créant un anus contre nature, Quénu et Branca ont étudié comment se faisait le raccord entre deux épithéliums cicatriciels, l’un d’origine muqueuse et l’autre d’origine cutanée. Ces auteurs ont noté qu’en ce point, le derme cutané se prolongeait en quelque sorte dans le chorion de la muqueuse et dans la tunique musculaire, mais qu’on n’observait aucune transition entre l’épithélium cutané et l’épithélium intestinal. Cette constatation est conforme à la règle; au niveau d’une cicatrice, on n’observe de continuité qu’entre tissus de même nature.

ATRÉSIES ET RÉTRÉCISSEMENTS CONGÉNITAUX DE L’iNTESTIN

Les atrésies et rétrécissements congénitaux de l’intestin portent le plus souvent sur l’intestin grêle, mais on peut les constater au niveau du gros intestin, et à ces malformations, se joignent parfois des rétrécissements du rectum et Timperforation anale.

Il y a plusieurs degrés dans l’anomalie : à côté des cas où il n’existe qu’une diminution du calibre intestinal, il y en a d’autres où l’on constate des imperforations ou même des scissions complètes.

Depuis les observations de Pied (1802), Àubery (1803), Schæfer (1825), Baron (1826), Billard (1827), de nombreux faits ont été signalés; en 1895, Ducros réunit 82 cas; Kuliga en 1903, 185, et plus récemment Karpa, 193; Muller, 36, etc...

Ces rétrécissements siègent le plus volontiers sur la moitié inférieure de l’iléon, quelquefois aussi sur le duodénum. D’après les statistiques de Schlegel et Ducros, le duodénum est atteint dans la proportion de 34,4 p. 100 des cas, et pour Karpa, 25 p. 100 environ. D’ailleurs, plusieurs segments de. l’intestin peuvent être pris : il y avait cinq rétrécissements dans l’observation de Thévenin. Par contre, le gros intestin est quelquefois seul intéressé (Tischendorff, Mauclaire et Villemin).

La malformation n’est souvent qu’incomplète; c’est sur une étendue variable un cordon fibreux qui laisse passer un stylet ou une soie, mais elle peut être complète, les segments intestinaux se terminant en cul-desac ; lorsque le phénomène se passe au niveau du duodénum, il -y a parfois un dédoublement des voies biliaires.

En cas d’occlusion, l’intestin présente en amont une hypertrophie de ses parois, et souvent en aval, une diminution de leur épaisseur. L’examen histologique du point sténosé montre l’épaississement des tuniques, surtout de la muqueuse qui, à elle seule, forme presque la moitié de la paroi (Frœlinger). Le point sténosé peut se réduire à un diaphragme muqueux ou, dans -d autres cas, à une lame de tissu fibreux sans trace de muqueuse (Ciecha-

nowski et Glinski). Au voisinage, le péritoine est fréquemment parcouru par des brides, des adhérences. On y trouve d’ailleurs souvent d’importantes lésions inflammatoires, péritonite tuberculeuse ancienne (Mau claire et Alglave), amas seléro-gommeux (Mahot et Barthélemy), endarlérite oblitérante des vaisseaux aboutissant à la sténose (Durante et Siron). Ces faits plaident en faveur de l’origine inflammatoire des atrésies intestinales (Marchvald, Kuliga, Durante). On pourrait incriminer une entérite intra-utérine. Chiari et Braun invoquent une invagination intestinale du fœtus, Jaboulay, des anomalies vasculaires. D’autres auteurs pensent à des anomalies de développement, arrêt de développement épithélial, anomalie du canal vHeïlin (Ahlfeld et Sutton), anomalie dans la formation de l’intestin qui se fait par juxtaposition de plusieurs segments (Billard et Al bers)... Il n’est pas défendu de penser que, suivant les cas, les causes sont différentes.

Les malformations ano-rectales procèdent de plusieurs variétés : rétrécissements, imperforations, absenees, abouchements anormaux. L’absence totale du rectum doit être rare; généralement on trouve un tube épithélial filiforme plongé dans le mésoderme.

Page 1