EXAMEN MICROSCOPIQUE DES SELLES
L’étude des selles normales et pathologiques est extrêment importante. Elle est entrée dans la pratique ces temps derniers avec les recherches de Schmidt et Strassburger, Lazarus, Lynch, R. Gaultier, Roux et Riva (1), qui ont publié sur l’examen microscopique des fèces des travaux importants dont nous nous sommes inspirés pour l’exposé qui va suivre.
L’examen direct des selles permet de reconnaître, à première vue, l’un quelconque des nombreux corps étrangers qui peuvent être éliminés par les selles, noyaux, coquilles d’œuf, débris d’os, de cartilage, arêtes de poissons, tendons... On y voit parfois des cheveux. Les jeunes filles qui ont la mauvaise habitude de mordiller l’extrémité de leurs nattes .éliminent parfois de véritables boules ou tumeurs pileuses qui par leur volume ont pu provoquer des accidents d’occlusion intestinale. En d’autres circonstances l’examen
(1) Nous nous sommes particulièrement aidés dans la rédaction de cet article du livre de Strassburger, Verlag von August Hirschwald, Berlin, 1905, et de R. Gaultier.
décèle dans les matières l’existence de pierres, calculs biliaires, pancréatiques ou enter olithes. Leichtenstein décrit : des pierres dures, constituées par une série dé couches concentriques ayant souvent à leur centre un corps étranger; des pierres poreuses, légères, formées d’une masse feutrée de débris végétaux et incrustée de sels de chaux; enfin des concréments d’origine médicamenteuse (carbonate de chaux, salol, etc.).
Quelquefois, il s’agit plus simplement de sables ou de graviers dont l’expulsion provoque de véritables coliques intestinales (Dieulafoy). Chimiquement, leur structure comporte toujours des sels de chaux, souvent des phosphates ammoniaeo-magnésiensj ou encore des urates ou oxalates, de la cholestérine, des pigments biliaires. Dans quelques cas les graviers intestinaux seraient des cellules pierreuses de la poire (Ransom, Schmidt) ou des savons calciques (Unschuld).
La présence de parasites vermineux est facile souvent à mettre en évidence (tænias, ascaris lumbricoïdes, oxyures vermieulaires, tricocephalus dispar...); c’est, là un point sur lequel nous insisterons un peu plus tard.
Enfin l’analyse coprologiquê permet d’isoler des débris alimentaires ou des produits pathologiques des parois intestinales.
On peut reconnaître macroscopiquement certains d’entre eux, pourvu qu’ils soient d’un volume suffisant. Le mucus, le pus, le sang sont ordinairement, constatables à l’œil nu; dans certains cas, on trouve dans les selles un segment complet d’intestin invaginé, ou bien des lambeaux de muqueuse parfois considérables, mesurant jusqu’à 20 à LO cm. de longueur (Potain) ou plus. Des résidus de viande, des graisses en excès, des flocons de caséine, sont souvent aussi parfaitement reconnaissables. Mais l’emploi du microscope doit compléter cette recherche qu’il précise, d’autant que certaines particules de volume médiocre, des parasites et leurs œufs, les microbes ne sont constatables que microscopiquement.
Technique.
L’examen peut se faire par l’étalage direct des matières sur la lame porteobjet. Une selle trop épaisse sera diluée dans l’eau physiologique; une selle trop liquide sera sédimentée.
Pour en connaître les détails microscopiques, on peut, après dilution des matières, les triturer, puis les centrifuger ou les laisser simplement sédimenter, suivant la nature des produits à examiner. D’après Schmidt, après centrifugation, dans le liquide trouble surnageant, se trouvent des bactéries, de fins détritus et dans le cas des selles graisseuses, une grande partie des cristaux acieulés. En règle générale, on trouve surnageant, des fragments de membranes végétales ou muqueuses, des débris conjonctifs; dans les couches profondes du sédiment se déposent à côté des cristaux volumineux (trip.hosphates), des cellules pierreuses, des débris végétaux et des résidus musculaires. Au-dessus, on rencontre eneore des débris musculaires joints à des sels de chaux jaunes et à de petits fragments de cellulose. Enfin la eouche supérieure comprend des résidus végétaux (eellules de pomme de terre vides) ou de petits exemplaires des éléments précédents. 11 est bien évident que cette disposition variera avec l’importance et le poids des éléments inclus dans les fèces.
Quelques réactifs histochimiques sont nécessaires pour établir la nature de certaines substances. D’après Schmidt, les plus simples à employer sont l’acide acétique officinal et la solution iodo-iodurée de Lugol. Avec l’aide de
l’acide acétique, la préparation chauffée au préalable de manière à faire fondre toutes les graisses, montre après refroidissement de petits fragments d’acides gras essaimés sur le champ microscopique. La liqueur iodée met en évidence des cellules de la pomme de terre (légèrement colorées en violet), des grains de fécule, des levures ou des bâtonnets. D’autres colorants peuvent être utiles (éosine, fuchsine, bleu de méthylène, acide osmique en solution aqueuse, Sudan 01...) comme aussi certains acides, l’alcool, le chloroforme ou l’éther qui dissolvent certains éléments et en respectent d’autres. .
Nous examinerons successivement les résidus alimentaires, les produits pathologiques de la muqueuse intestinale, en réservant pour les chapitres ultérieurs l’étude des microbes et parasites de l’intestin.