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RÉSIDUS ALIMENTAIRES

Albumines.

1° Les fibres musculaires, colorées en jaune clair ou en brun jaune par la bile ou ses dérivés, sont facilement reconnaissables à leurs stries. Elles sont plus ou moins attaquées par les sucs digestifs et la disparition des stries est en rapport avec la puissance disgestive. On n’en trouve peu ou pas dans les selles normales. Mais on peut les y rencontrer, Lorsque la viande employée est mal préparée, en quantité trop forte ou lorsque les sucs digestifs sont insuffisants. Des résidus nombreux, durs, bien conservés indiquent une mauvaise qualité de la viande; des résidus sous forme de fibres longues, peu ou pas digérés, proviennent d’une mastication insuffisante. Des fragments petits, ronds, quadrangulaires, ovales, très nombreux, striés, sans stries ou à peine striés, sont en rapport avec une consommation excessive de viande (Lynch). On admet que la présence d’une. grande quantité de débris musculaires dans les selles est en rapport avec l’insuffisance de la sécrétion de l’intestin grêle.

Lorsque dans les selles apparaissent des noyaux cellulaires indigérés, ori pourrait affirmer l’insuffisance fonctionnelle du pancréas; de là la possibilité, au moyen d’un petit segment de viande inclus dans un petit sachet de gaze, ou d’un fragment de thymus (Einhûrn), de vérifier expérimentalement la qualité du suc pancréatique (épreuve des noyaux de Schmidt).

2° Les faisceaux de fibres conjonctives sont loin de se rencontrer chez tous les individus en bonne santé. D’après Schmidt, leur apparition est en rapport avec la qualité de la viande. La viande crue ou fumée donne des débris de tissu conjonctif. Ceux-ci sont quelquefois facilement reconnaissables, même à l’œil nu, d’autres fois, plus Ou moins mélangés avec lès autres résidus, ils peuvent être confondus avec les rétieules de fibrine ou de mueus. €e sont souvent de longs filaments à contours plus nets que ceux du mucus. Leurs réactions hîstoehimiques se superposent à celles du tissu musculaire. La réaction du biuret, de la xanthoprotéine est souvent posilive. L’aeide acétique gonfle les fibres et fait disparaître les détails de structure. Comme le tissu musculaire, elles sont colorées, avec moins d’intensité toutefois, par l’acide picrique, par l’éosine.

Schmidt admet que seul le suç gastrique est capable de digérer les fibres conjonctives à l’état cru, opinion jugée trop absolue par Lynch. Quoi qu’il en soit, la présence en abondance dans les selles de fibres conjonctives et

musculaires prouverait l’existence de troubles secrétoires gastriques et intestinaux.

Les fibres élastiques sont normalement difficilement digérables, bien que les sucs gastrique et pancréatique les dissolvent. Elles sont bien reconnaissables à leur forme classique et à leur résistance à l’acide acétique ou à la potasse. Elles sont généralement mélangées aux fibrilles conjonctives.

Les noyaux des cellules conjonctives sont invisibles.

3P Autres tissus. Les autres tissus organiques ne se retrouvent généralement pas, exception faite des celluLes hépatiques (Schmidt), de la substance cérébrale (Schilling), des débris épidermiques. Ces derniers seraient nombreux dans le méconium, souvent même dans les selles des nourrissons chez qui ces débris proviendraient du sein maternel, des ongles ou des lèvres de l’enfant. e

4° Protéines d’autres provenances. — Les coagula de caséine se rencontrent dans les selles d’individus nourris principalement ou exclusivement au lait. Ce sont des masses floconneuses, ou des petits grumeaux, gros comme une tête d’épingle ou un pois, colorés extérieurement en jaune par les pigments biliaires. Lorsqu’on les écrase, ils ressemblent à du fromage blanc mou ou à du beurre (Nothnagel); histologiquement, leur structure n’a rien de particulier. Comme les' substances albuminoïdes, ils se colorent en rouge par le réactif de Millon, et sont solubles dans l’acide chlorhydrique à 5 p. 100.

Ces coagula sè trouvent normalement dans les selles des nourrissons. Dans certaines conditions pathologiques, par leur abondance, ils indiquent un trouble de digestion difficile à préciser.

5° Grains jaunes. — Les grains jaunes ont été décrits par Nothnagel comme formés de mucus. Ce sont des corpuscules de la grosseur d’une graine de pavot, brunâtres ou jaunes, de consistance molle. Histologiquement, on n’ÿ voit pas d’éléments figurés; éerasés sur lames, ils se divisent en petits fragments qui donnent l’impression d’une série de blocs de glace (jaune) juxtaposés à côté les uns des autres. Leurs réactions ont été différemment décrites par les auteurs. D’après Schorlemmer : ils se dissolvent lentement dans la potasse, ne se précipitent pas par l’acide aeétique qui les gonfle jusqu’à les rendre invisibles. Le réactif de Millon à chaud les colore en rouge vif. ^

Ils sont de nature albumineuse. Il ne peut donc s’agir ici, comme le voulait Nothnagel, de grains de mucus; très vraisemblablement ce sont des particules de caséine, de blanc d’œuf, ou des résidus musculaires (Schorlemmer). Pour Schmidt, leur coloration jaune indique une insuffisance de réduction de la bile par l’intestin. Comme, d’autre part, on les trouve en général enrobés dans du mucus, et qu’ils manquent dans les selles normales, cet auteur admet qu’ils peuvent indiquer une affection inflammatoire mucogène de l’intestin grêle.

6° D’autres albumines peuvent encore se rencontrer dans les selles; nous y reviendrons au paragraphe des Résidus hydrocarbonés, en étudiant les produits végétaux.

Corps gras.

Ils se reconnaissent souvent à première vue dans les selles. Le microscope affirme leur présence et permet même d’en définir la nature. Les

TUBE DIGESTIF

graisses se retrouvent à l’état de graisses neutres, d’acides gras libres ou de savons.

1° Graisses neutres. — Elles ont l’aspect de plaques ou de gouttelettes.

Les plaques sont opaques, brillantes, blanches, de forme variable, à contours irréguliers, arrondis ou anguleux. Elles n’ont pas de couleur spéciale. On les trouve principalement dans le méconium et dans les selles des nourrissons.

Les gouttes apparaissent sous le microscope comme des corps arrondis. Leurs contours rappellent ceux des mers sur une carte géographique, l’aspect d’un jeu de patience. Brillantes, elles sont incolores, colorées par la bilirubine, ou gardent leur teinte propre. Dans les selles des nourrissons où on les rencontiœ le plus souvent, elles ont l’apparence microscopique du lait ou du beurre. *

Les graisses neutres se fondent à la chaleur et par confluence forment de grosses gouttes. Par refroidissement, elles deviennent des plaques, des mottes dures, irrégulières. Elles sont solubles dans l’alcool à chaud, l’éther ou le chloroforme, à peine solubles dans l’alcool froid, insolubles dans l’eau. La potasse n’a pas d’action sur elles.

L’acide osmique les colore en brun jaune ou en noir. L’intensité de la coloration dépend de la présence en plus ou moins grande quantité d’oléine et d’acide oléique; la palmitine et la stéarine ne réduisant l’acide osmique qu’en présence de l’alcool (Starke), d’autres substances présentent la même réaction. Le Sudan 111 colore les graisses neutres en rouge.

2° Acides gras. — Ils se présentent sous forme de plaques, qu’on ne peut différencier des aspects semblables des graisses neutres, ou de cristaux de différentes formes.

Parmi ceux-ci, les uns sont de longues aiguilles à bouts pointus, des aiguilles moins allongées, ou d’étroites lancettes. Certains d’entre eux ressemblent aux cristaux de savon.

Les acides gras se dissolvent facilement dans l’alcool à froid et dans la potasse, ce qui les distingue des graisses neutres. D’après Jacobson, Camus et Pagniez, les acides gras se colorent bien par le Ziehl et. ne se décolorent plus par les acides étendus, à l’encontre dès graisses neutres. Leur réaction vis-à-vis de l’osmium ou du Sudan III est la même que celle des graisses neutres.

3° Savons. — Les savons, qui ont l’aspect de plaques et de cristaux, sont moins brillants que les espèces de graisses mentionnées ; leurs contours sont plus réguliers, ils ont une consistance plus solide. Ils restent incolores, ou colorés en jaune ou en brun jaune, par l’hydrobilirubine ou plus rarement par la bilirubine. Nothnagel a décrit des sels jaunes de chaux, irréguliers, anguleux, ou arrondis, fissurés, ressemblant beaucoup aux grains jaunes et aux résidus musculaires. Les cristaux se présentent comme des aiguilles, plus trapues, en faisceaux plus touffus, en amas plus importants que les acides gras. Schmidt en décrit de très particuliers, arrondis, à centre déprimé, radiés à leur périphérie et ayant de grandes ressemblances avec ■des œufs de lænia.

Presque tous les savons sont des savons calciques. Si aux plaques jaunes de savons de chaux on ajoute une goutte d’acide sulfurique, et que l’on chauffe légèrement la préparation, le savon disparaît et fait place à des cristaux de gypse (Nothnagel). En ajoutant une goutte d’acide quelconque avant le chauffage, on voit entrer en fusion ces savons, bien distincts par conséquent des acides gras. Les alcalis n’ont pas d’action sur eux.

L’eau chaude, l’alcool, l’élher ne dissolvent pas les savons terreux. L’osmium, le Sudan 111 ne les colorent pas.

■ Chez l’adulte, la présence des graisses dans les selles est en première ligne, en rapport avec la quantité et la qualité des aliments ingérés. Les graisses peu fusibles laissent plus de résidus que les graisses facilement fusibles. Normalement on rencontre surtout des savons, et des savons sous forme de plaques. La majeure partie des graisses est utilisée, et presque toute la graisse excrétée est dédoublée.

Les selles grasses apparaissent toutes les fois que la résorption de la graisse alimentaire est troublée. On les constate lorsqu’il y a oblitération des voies biliaires. Dans les affections du pancréas, les selles présentent de très nombreuses gouttelettes de graisse neutre. Les entérites sont également capables de provoquer une élimination de graisse plus ou moins importante. L’examen microscopique révèle la selle graisseuse par la présence en grande quantité de gputtes de graisse neutre, d’aiguilles d’acides gras et de savons. Il est important pour le diagnostic de l’affection de préciser le degré et la nature de l’hypostéatolyse.

Résidus spéciaux.

1° Amidon. — Dans lés selles, l’amidon se montre sous forme de grains peu ou pas altérés (amidon cru) de colle, ou de restes amorphes, adhérents à des débris de cellulose, d’érythrodextrine.

Les grains d’amidon sont faciles à reconnaître en raison de leur stratification spéciale. Leur grosseur varie, comme leur forme, qui est arrondie (amidon du blé) ou ovale (amidon de pomme de terre).

Les colles sont homogènes, on y voit dans quelques cas des. contours de grains plus ou moins corrodés.

L’iode colore les grains d’amidon en bleu d’acier, puis en bleu noir ; les débris d’érythrodextrine prennent une teinte diffuse, rouge vineuse.

L’amidon cru, ou l’amidon à grains épais, résistants (banane, châtaignes), est moins facilement détruit et digéré que l’amidon à petits corpuscules des céréales. Normalement, l’amidon ingéré en quantité et en qualité rationnelle est en totalité résorbé par le sujet sain.

2° Autres débris végétaux. — Ils sont extrêmement nombreux et leurs aspects varient avec l’espèce consommée. Pour reconnaître ces résidus, il faut se rapporter à un traité d’histologie botanique.

Leur réaction microchimique est variée : la cellulose se colore en bleu par l’iode après l’action .de l’acide sulfurique ou de l’acide phosphorique, en violet sous l’influence du ehlorure de zinc iodé. La pectine, après élimination de la cellulose, se colore en bleu violet par le bleu de méthylène, la lignine en jaune par l’iode ou le chlorure de zinc iodé, eh rose par la fuchsine, en violet rouge par la phloroglucine et l’acide chlorhydrique ; la cutine en jaune par la lessive de potasse.

MÉCONIUM

A un fort grossissement, le méconium est constitué par des cellules épithéliales, pavimenteuses ou cylindriques, des tablettes de cholestérine et des cristaux d’hématoïdine, des plaques de graisse et des corpuscules

TUBE DIGESTIF

homogènes, ronds ou ovales, colorés en jaune vert pâle; la nature des corpuscules du méconium est peu connue, cependant, d’après leur réaction microchimique, et notamment, leur réaction vis-à-vis de la liqueur de Millon, il semble qu’il s’agisse là de particules albumineuses. Leur teinte spéciale est due à la biliverdine. La graisse se présente sous forme de plaques incolores de différentes grosseurs. C’est de la graisse neutre (Schmidt). „ - -

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