‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 22 sur 146 · CHAPITRE IV. — INTESTIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — INTESTIN

§ 1. — Histologie normale de l'intestin.

Intestin orèle. — L'intestin grêle est composé par plusieurs couches ou membranes qui sont, de dehors en dedans : la lamelle péritonéale formée de cellules plaies et de tissu conjonctil'; les doux couches de muscles lisses, la première à faisceaux longitudinaux, la seconde à faisceaux annulaires; et à la partie interne du canal, la muqueuse. C'est cette dernière que nous avons surtout en vue ici.

La muqueuac de Vintestin gréle^ continue avec celle de l'estomac au pylore, forme immédiatement, dans le duodénum et dans le jéjunum, des replis transversaux semi-lunaires ou valvules conniventes, et elle est hérissée sur toute sa surface par des villosités qui lui donnent une apparence veloutée , et qu'il est facile de voir à l'œil nu sous l'eau. Ces villosités, extrêmement nombreuses au duodénum et au jéjunum (50 à 90 sur une ligne carrée), diminuent un peu à liléon (/|0 à 70). Dans toute son étendue, la muqueuse présente des glandes en tube ou glandes 4e Lieberkiihn, qui ont quolcjue analogie avec celles de l'estoiiiac. On trouve, de plus, dans la première portion du duodénum, des glandes en grappe ou glandes de Rrunner, analogues aux glandes salivaires et, dans toute son étendue, des folUcules clos, isolés ou agminés ou glandes de Peyer. Nous allons passer successivement en revue ces diverses parties, en domiant, chemin faisant, la distribution des vaisseaux sanguins, des vaisseaux lympiiati(|ues et des nerfs.

Le tissu coiijonclif de la muqueuse est un (issu réticulé (His), qu'on le considère dans les papilles, entre h^s glandes, ou dans le tissu profiind. (^e tissu conjonctil' est limité à la surface de la mu<|iieuse, soit sur les papilles, soil dans les glandes en tube, par une couche de cellules plates endotlndiales (l)ebo\e) sur laquelle s'implantent les cellules de revèleinenl qui sont des cellules cylindriques. L'é'(»ithélium cylintlriipu' qui re\èl toutes les parties libres de la nni(|neiise est constitui- piii- île buigues cellules adhi-rentes les inu's aux autres, munies de noyaux ovoïdes et pn-sentant à leur bord libre \\n plateau assez épais et sirié. Km même temps que ces cellules, on rencoiilie constaminenl de ilislance en di^lanre, des cellules calicituiines, c'esl-)\dirc excavées, renqilies d'un mucus ilair ou \ ides, dont l'extré-

HISTOLOGIE NORMALE DE l' INTESTIN GRÊLE. 809

mité libre est ouverte, tandis que le corps de la cellule est creux, et le noyau de la cellule se trouve à son extrémité adhérente. Ces éléments, auxquels on a d'abord voulu faire jouer un rôle dans l'absorption des graisses, ne paraissent pas avoir d'autre fonction que la sécrétion et l'expulsion du mucus.

Les villosités intestiiudes tapissées par les cellules précédentes, sont plus ou moins renflées ou allongées, et mesurent en longueur de 0'"'",2 à i""". Les villosités sont traversées par un réseau vasculaire sanguin, formant à la surface des mailles de capillaires continues, d'une part, avec une, deux ou trois artérioles qui pénètrent dans la villosité, et d'autre part avec une veine. Le tissu réticuté de la villosité possède en outre des fibres musculaires lisses disposées suivant sa longueur, et qui ont pour effet de la faire contracter, en rapprochant son extrémité libre de son implantation. Tous les auteurs décrivent dans les villosités des vaisseaux chylifères, un seul vaisseau central pour les villosités allongées et minces, plusieurs de ces vaisseaux formant entre eux des anastomoses, pour ce qui est des villosités épaisses. M. Debove nie l'existence du chylifère central, et croit que l'épithélium plat, décrit comme appartenant au vaisseau lymphatique, n'est autre chose que le revêtement endothélial de la villosité décrit par lui. C'est dans les cellules épithéliales cylindriques d'abord, ))uis dans le tissu réticulé de la villosité, que cheminent les granulations graisseuses qui doivent être de là transportées à l'aide des vaisseaux cliylifères. Les villosités sont les agents les plus importants de l'absorption intestinale, en ce sens qu'elles multiplient la surface absorbante de l'intestin, et qu'elles se chargent de prendre, de retenir et de faire progresser les granulations graisseuses émulsionnées dans le liquide intestinal.

Les glandes de Brûnner, situées dans la première portion du duodénum, forment une couche serrée depuis le pylore jusqu'à l'embouchure du canal cholédoque, et sont plus rares dans le reste du duodénum. Ce sont des glandes en grappe, visibles à l'œil nu, et semblables, au point de vue histologique, aux glandes salivaires (voy. p. 750).

Les glandes en tube ou glandes de Lieberkûhn existent sur toute la surface de l'intestin grêle entre les villosités : elles manquent seulement dans le point oîi les follicules clos font une saillie à la surface de la muqueuse. Là, les glandes et les villosités s'arrêtent pour former autour de ce point une couronne telle (]ue la saillie du follicule clos se caractérise i»ar un point déprimé à la surface de la muqueuse.

Ces glandes en tube sont formées par un tube simple cylindrique, queltjuefois un peu renflé à son extrémité inférieure. Elles sont beaucoup plus courtes et moins larges que les glandes lubulaires de l'estomac. Leur longueur varie de 300 à 450. Elles ne paraissent pas avoir de membrane propre, mais seulement une couche endotliéliale limitant le tissu conjonctif qui les entoure. Elles sont revêtues par une couche de cellules cylindricjues analogues à celles de la villohité, moins longues toutefois, mais souvent caliciformes comme sur celte dernière. Leur fonction est de sécréter du mucns.

Les follicules clos de l'intestin sont des organes lymphoïdes, analogues à ceux de la base de la langue et des amygdales, constitués par du tissu réticulé emprisonnant des cellules lymphatiques. Ces follicules sont, soit isolés comme cela a lieu dans le jéjunum, l'iléon et le gros intestin, soit réunis les uns auprès des autre;:, dans des plaques situées à l'opposé de l'insertion niésentérique, diiigées dans le sens de la longueur de l'intestin, et qui ont reçu le nom de plaques de Peyer.

Les plaques de Peyer, qu'il est facile de reconnaître par l'épaississement de la muqueuse à leui' niveau, par l'opacité de l'intestin examiné par transparence, ont en général une forme ellipti(jue et nu'suretit plusieurs centimètres de longueur. Elles ap[>araissent dans l'iléon, et sont surtout développées à la partie inférieure de l'intestin grêle. Leur étendue est très-variable, suivant les divers sujets.

Les follicules clos isolés arrivent pai' un point à toucher la surface de l'intestin, et à ce niveau il n'y a ni glandes en tul)e ni villosilés; ces dernières ce|)endant peuvent exceptionnellement s'y rencontrer. A la surface des plaques de Peyer, les villosilés et les glandes fornuMit une couronne autour de chaque follicule. La l'orme des follicules isolés est sphéroidale, les follicules agminés dans les pla(|ues de Peyer sont aplatis les uns contre les autres pai' conqtression, de fa(,'on que leur plus grand diamètre soil perpendiculaire à la surface de la nmqueuse. Tdus ces oiganes, constilnés par un tissu l'éliculé lymphalitiuc trcs-iiclie en capillaires sanguins, sont séparés du tissu cunjnni tir lie la inu(|ueusc par un ép.iississcmcnl du tissu réticulé; mai;- il n'y a |ias de vi'ritaide membrane (|iii les ('nvel('pi)e. A la |tarlie mterienic, eiiacun <les l'ullicules e>t entoiné par un sinus hnqdialiqin-.

Les matières grasses, les liquides de la digestion contenus dans rinle»tin grêle, ponqu'-s par les villosilés intestinales, éla-

HISTOLOGIE NORMALE DE l'iNTESTIN GRÊLE. . 811

bores par le lissu réticulé de la muqueuse et des follicules clos, sont donc versés dans les sinus et vaisseaux lymphatiques. Ceux-ci, indépendamment des chylifères des villosités, forment un plexus superficiel à la suiface de la muqueuse qui entoure les glandes en tube et les follicules, qui communi(]ue avec les sinus de la base des follicules, et c'est de là que paitent les vaisseaux lymphatiques, munis de renflements qui perforent la paroi musculeuse de l'intestin, pour se rendre dans les lymphatiques sous-séreux. 11 existe en outre un plexus à mailles larges décrit par Auerbach, situé entre les deux couches musculaires. Les lymphatiques sous-séreux pénètrent ensuite entre les deux lames du mésentète, au niveau de son attache à l'intestin.

Les vaisseaux Fanguins forment dans la muqueuse des plexus capillaires très-riches, dans les villosités, autour des glandes en tube et dans les follicules clos. Les fibres musculaires sont parcourues par des mailles capillaires allongées.

Les nerfs, qui proviennent du pneumogastrique et du grand sympathique, forment deux plexus dans l'intestin : le premiei', découvert pai' l\emack et iMeissner, siège dans le tissu conjonctif sous-muqueux ; il est formé de ganglions et de fibres pâles qui se distribuent aux fibres musculaires lisses des villosités et de la muqueuse. Le second, découvert par Auerbach, est intermédiaire aux deux couches musculaires de l'intestin et s'y distribue. Il est aussi formé de fibres et de ganglions.

Le gros intestin diffère peu par son plan général de l'intestin grêle.

Sa muqueuse ne possède pas de villosités chez l'homme, ni de plaques de Peyer; les follicules clos y sont moins nombreux que sur l'intestin grêle, si toutefois on en excepte l'appendice iléo-cffical, très-riche en follicules.

Les glandes en tube ou glandes de Lieberkiihn, existent sur toute la surface du gros intestin. Elles ont absolument la même structure que celles précédemment décrites; elles sont seulement un peu plus longues, leur longueur variant de O"""",/» à

Au-dessous de la couche des glandes en tube, le tissu conjonctifde la mu(|Meuse ([ui se rap[)r()chc plus du tissu conjonctif ordinaire que du tissu r('ticulé, montre la couche de tibies niusculairesde la muqueuse. Cette couche, qui existe là connue dans l'intestin grêle, est intermédiaire entre la couche des glandes en tube et les follicules isolés.

Ces derniers, moins nombi'eux mais plus gros que ceux de l'intestin grêle, siègent dans une couche inférieure aux glandes en tube, l(!squelles manquent à leur niveau. Il en résulte qu'une dépression de la muqueuse correspond à la présence d'un de ces follicules.

Les vaisseaux lymphatiques du gros intestin existent chez les animaux dans la muqueuse : leur abondance est loin d'y être aussi grande que dans l'intestin grêle. Les vaisseaux sanguins présentent la même disposition générale. 11 en est de même des deux plexus nerveux.

' La muqueuse du gros intestin se continue directement à la partie inférieure du rectum, avec la muqueuse anale, qui est analogue à la peau par son revêtement d'épithélium pavinienteux cl par ses papilles, et qui possède de nombreuses glandes sébacées sans poils.

^3. — Histologie pathologique de l'intestin.

Lésions cadavériques. — De même que l'estomac, l'intestin est toujours modifié après la mort. Dans la majorité des cas, il est pâle, sa muqueuse est décolorée et elle est couverte d'une couche épaisse de mucus opa^jue et épais qu'on enlève par le raclage. Ce mucus est un produit de décoinposilion cadavérique et il est dû à ce que toutes les cellules épitliéliales ont été détachées et se sont mêlées au mucus existant normalement à la surface de l'intestin au moment de la mort. Aussi ce liq\iide est-il plus ai»oudant dans les parlies de la muqueuse uii les villosités multiplient la surface cinnerte de cellules, c'est-à-dire dans l'intestin grêle. Ce sont les cellules cylindri- (jues contenues dans ce li(|uide >|ui lui donnent son opacité, ainsi (ju'on j»eut s'en assurer par l'examen au microscope. Les glandes de l.ieberkiilin sont habituellement altc'iées par la (h'ccjnqtosilion, et leurs cellules font ordinairement défaut dans leur partie superlicielle, en sorte qu'elles paraissent moins longues qu'elles m- sont en réalité.

Le tissu cnnjoiiclif est ramolli lui-même cl ^otnciit il se fait une di^icslion Irès-avancc'e de ce lissu, smtoul prudant I été et r.lu'Z les ciiliinl^ (pii ont succombé avec de bi di.iiibee, de telle soileipie rinleslin se.ii»m|>talitrssouslem(>indrei'll(>rl ; ipielquejnis mênu' un nliserve des pc! btratiiuis pun'iiu'iil el simplement cadavériques dans les rundilions prcci-dcinnuMil énoncées, et sans(|u'nn puisse supposer une lésion de texture exislunl peu-

CONGESTION DE LA MUQUEUSE INTESTliNALE. 815

dant la vie, car ni la partie amincie et en partie détruite, ni les parties voisines, ne présentent de rougeur ou d'inliltration inflammatoire du tissu conjonctif.

Les vaisseaux, lorsqu'ils étaient remplis de sang au moment de la mort, s'accusent souvent par une couleur brunâtre ou ardoisées par suite des mêmes niodilications que nous a'^ons relatées à propos de l'estomac. Il en est de même des ecchymoses et delà congestion qui accompagnent les processus ulcéreux.

Congestion. — La congestion s'observe dans toutes les maladies inflammatoires et autres de l'intestin et dans les cas de stase du sang veineux de la veine porte. Elle est caractérisée par une sécrétion plus ou moins abondante de liquide intestinal modifié, dont nous donnerons la composition et les caractères à piopos du catarrhe intestinal, et par une rougeur de la muqueuse qui persiste après la mort. Cette coloration est quel- (luefois brune ou ardoisée, ce qui est dû aux modifications de la matière colorante sanguine amenées par l'action du suc intestinal, il est possible que cette coloration ardoisée soit constamment cadavéïique, cependant on ne pourrait l'affirmer. Lorsqu'on examine au microscope les points rougis par suite de congestion, on voit que les vaisseaux capillaires des villosités sont remplis de sang, ce qui n'a pas lieu dans les conditions normales, et que les capillaii-es superficiels de la muqueuse qui viennent décrire des mailles au pourtour de l'orifice de^^ glandes et autour des tubes en sont également remplis.

Dans les points où la couleur de la muqueuse est ardoisée, les villosités, dépouillées, comme cela a toujours lieu vingtquatre heures après la mort, de leur épithélium, présentent, dans leur tissu conjonctif, une grande quantité de granulations pigmentaires brunes et noires. Cette lésion est constante dans toutes les congestions de l'intestin grêle intenses et ayant duré un certain temps.

Lmxammation de la muqueuse; Catarrhe intestinal. — Le catarriie ou inflammation superficielle de la muqueuse liée à une sécrétion evagérée d'un liquide est chose très-commune à l'iiUestin. Lue série de nombreuses causes dill'éientes les imes des autres peuvent le i)roduire et la qualité aussi bien que la quantité du liquide varient dans les difierents cas. Ktudions le mode d'action de (luelques-unes de ces causes.

Les purgatifs agissent en général en déterminant une irritation locale de la muqueuse intestinale, qu'ils soient donnés par la bouche ou en lavements, ou qu'ils pénètrent par l'intermédiaire de la circulation sanguine. Lorsqu'on examine la muqueuse intestinale d'animaux sous l'influence des purgatifs, on la trouve congestionnée et couverte par un mucus plus abondant que normalement, lichc en cellules lymphatiques, et contenant aussi quelques cellules cylindriques à noyaux clairs et vésiculeux.

Il est possible que ceitaines diarrhées soient dues à l'exagération des mouvements péristaltiques de l'intestin. Thiry et Radziejexvsky ont expliqué de cette façon la diarrhée, en disant que la progression rapide des liquidés sécrétés empêche leur résorption dans l'intestin et fait qu'ils sont rejetés en (juantité dans les selles. Mais on ne peut généraliser cette théoiie, qui est combattue par les faits suivants.

M. A. Moreau, après avoir lié sur un chien une anse intestinale en deux points distant^ de "2.") centimètres, coupa les nei l's qui se rendent dans cette portion de l'intestin en accompagnant les artères mésentéiiques, et vit l'anse comprise entre les deuv ligatures se remplir de liquide en abondance. Ce liquide, (lue M. Moreau croyait d'aboid être du suc intestinal pliysiologiipie, diffère essentiellement de celui-ci, contient beaucoup moins de matières organiques, tandis qu'au contraire il renferme de grandes quantités de cellules lymphati(iues. Ce n'est pas le stuintestinal normal, mais c'est le liquide d'un catarrhe intestinal tiès-intense : il se rapproche beaucoup par sa densité, par la quantité de matières oiganiques et de sels qu'il renlernie, du liquide de la diarrhée du cludéra.

Ce catarrhe est-il dû uniqtienii'ut à la sectimi des nerfs, ou bien tient-il surtout aux divers Iraiimalismes (|n'ont subis le nu'senlère cl l'intestin? Ciette (jucstion ne nous parait |)as coniplétemenl ri'SDiuc.

Dans une autre expéiieiu'e, M. Moreau a injecté dans l'anse intestinale comprise! enlie les deu\ ligatures, nue solution de U gi'animos de snll'ale de maf^nt'sie dans 20 grammes d'eau. Les neris n'a\aieiil pas i-li' tmiclK-s et l'inlcsliii fui remis en pl.ii (■ cl II |diif de la paroi abdiuiiinalc cousue. Loi's<|u'on examine, (|uil(|uc> hciiies après, cette portion de l'inlestin, on la trouve di>ten(liii- par du liquide de diarrhé'e semblable à celui qu'on nlilicnl aprcs la sectiim des nerfs. 1) après < elle

Page 1