‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 23 sur 146 · INFLAMMATION DÉ LA MUQUEUSE INTESTINALE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DÉ LA MUQUEUSE INTESTINALE

expérience, on voit que la théorie de MM. Thiiy et Radziejewsky est en défaut, et, d'après rensenible des faits connus, M. Vulpian (cours de 1873 et 1874) conclut que l'action des purt,^^tifs consiste essentiellement en une irritation catarrhale et passagère de l'intestin.

Il est facile de déterminer la production de catarrhes plus intenses et franchement purulents chez les animaux par des injections de substances irritantes dans le rectum. Chez de jeunes chats auxquels nous avions injecté une solution faible de nitrate d'argent ou de la teinture d'iode, et chez qui le gros intestin était rempli de pus, au bout de vingt-quatre et trente-six heures, nous avons trouvé l'épithélium cylindrique en place, à la surface de la muqueuse et dans les glandes. La plus grande partie, la totalité même, dans bien des points, des celuUes cylindriques qui tapissent les villosités elles glandes, étaient creusées en cupule. On ne voyait pas parmi elles de formation endogène ni de division du noyau; d'où il est vraisemblable que toutes les cellules rondes du liquide puriforme sécrété s'étaient échappées des vaisseaux à travers la couche épithéliale, quelques-unes de ces dernières faisant défaut. Les cellules lymphatiques étaient en effet nombreuses dans le tissu conjonctif superficiel de la muqueuse.

Chez Vhomme, la mauvaise qualité des aliments, l'abus des fruits ou la non-appropriation des aliments à l'âge des individus, l'absence d'une bonne nourrice, par exemple, chez les enfants à la mamelle, l'influence du froid, les erreurs du régime, les indigestions, sont les causes les plus habituelles de la diarrhée catarrhale simple. Les organismes inféiieurs (bactéridies) développés avec la fermentation lactique ou butyrique, se trouvent souvent dans les fèces en quantité considérable, mais ces bactéridies existent fréquemment dans les selles à l'état physiologique. Dans ces diflerents cas, le liquide de la diarrhée rendu par le malade est aqueux, coloré en jaune ou en l)run parla bile, et il contient des matières fécales li(|uétiées. Ce li<iuide renferme en général très-peu de cellules cylindricjues de l'intestin.

Dans les pé'i'itonites su[)purées, et en particulit'r dans les cas de lièvre puerpérale, l'intestin grêle entouré de l'exsudat périloiiéal librino-purulent est blanc, il a une teinte louche, laiteuse. La mu(iueuse est décolorée, blanchâtre, opaque ; elle parait imbibée de pus, et elle est recouverte d'un licpiide puriforme

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étalé en une couche mince : il s'agit là d'un catarrhe puriformc par voisinage.

Dans une série de catarrhes chroniques de l'intestin et en particulier du gros intestin, il se forme vme certaine quantité de mucus transparent semi-liquide, au contact de matières dures qui irritent l'intestin, et qui sont rendues entourées de cette couche de mucus. D'autres fois la sécrétion intestinale revêt les caractères microscopiques du pus, et les matières sont rendues avec une couche de mucus puriforme. Le mucus plus ou moins concret, rendu sous forme de fausses membranes ou de longs filaments peut en imposer au premier abord pour des fragments de la muqueuse ou pour des parasites. Ce mucus transparent ou opa<iue contient toujours beaucoup de cellules cylindricjues de l'intestin et une (juautité variat)le de cellules lymphatiques. Dans ces formes de catarrhe chronique, l'abondance du liquide sécrété n'est pas en rapport avec l'irritation de la muqueuse.

Il est rare que le catarrhe simple de la muqueuse s'accompagne d'ulcérations, même superiicielles.

Danslescatarrheschroniquesde l'intestin, on observe une série d'autres altérations qui consistent dans des lésions des glandes en tube, qui tantôt s'atrophient par places, tantôt shypertrophient, et revêtent, comme sur l'estomac, l'apparence de kystes muqueux. Les glandes sont notamment hypeitro[)biées dans les parties de la mu(jueusc où, sous l'inlhience d'une irritation intense et productive du tissu cmijonclil', celui-ci s'est développé sous forme de prolongements vilhni.v entre les glandes. Dans le gros intestin par exemple, où h's villosités nexislent pas à l'état normal, on voit dans les catarrhes cliroiùqucs cliez les enfanls, des végétations du tissu conjouctif interglandulaire |)roéminer à la surface de la mu<|ueuse. Là, de nuMiie «iii'à la surface de l'estomac, l'accroissement en longueur des glandes suit le développement du tissu conjontil qui les enloui'e. Celuici Me tarde |)as à l'aire entre les glandes des saillies cnillées d't'l»ilhélium analogues à des villosités; toute la portion de la nni(|ueusc ainsi épaissie en un point forme un relief <|ni pourra plus lard se pé-diculiser, en eut rainant par glissenu'nt la muqueuse voisim> niirmale. (l'est ainsi (|ne se itrodiiisent an rectum cl dans d'autres régidiis de riiitestin, ces puKpes papillo-glandulaires si h'éqiu'nls elie/ les enfants, et qui deviennent quel- (|uefois le point de dt'part d'une inxaginalion. Le contenu rniiqiieiiv des glandes plus nu m<iin> dil.ilees et kvstiques, tait

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donner à ces petites tumeurs le nom de polypes niuqueux. Ils sont absolumeet semblables aux polypes muqueux de l'estomac dont la structure a été donnée plus haut (voy. p. 785 et suiv.).

L'inflammation catarrhale de l'intestin a reçu difïérents noms suivant le siège du mal : telles sont la duodénite, l'iléite ou inflammation de l'iléon, la typhlite ou inflammation du cœcum, la pérityphlite, la colite et la proctite ou inflammation du rectum,

LdL duodénite, simple ou catarrhale, a été rarement vue isolée. La tuméfaction de la muqueuse de la seconde portion du duodénum, et en particulier de l'ampoule de Vater, a pour conséquence l'oblitération du canal de Wirsuiig qui fait communiquer le canal cholédoque avec la surface interne de l'intestin, d'où la rétention de la bile et l'ictère qui en est la conséquence.

Dans l'iléite, ou inflammation de la dernière partie de l'intestin grêle, on observe presque constamment, en outre des signes anatomiques communs de tout catarrhe intestinal, une tuméfaction des follicules lymphatiques ou follicules clos, isolés ouagminés dans les plaques de Peyer. Cette tuméfaction a reçu le nom de psorentérie. On observe tout particulièrement cette lésion dans le choléra, dans la fièvre typhoïde et dans les maladies infectieuses, dans les exanthèmes fébriles, la fièvre puerpérale, etc.

Les follicules isolés qui ne font fias, à l'état normal, de relief sensible, sont alors au contraire développés et saillants comme de petits grains arrondis: ils sont deux ou trois fois plus considérables qu'à l'état normal : leur surface est rosée ou pâle; leur section montre un tissu semi-transparent gris ou rosé. Lorsqu'on examine à un très-faible grossissement une de ces petites tumeurs enlevée avec les ciseaux, on voit que sa surface saillante est recouverte par les villosités et par les glandes de la surface de la muqueuse qu'elle a poussées au devant d'elle en se développant. Par l'examen de sections minces de ces parties pratiquées après le durcissement de l'intestin, on peut s'assurer que l'hypertrophie du follicule est due à la distension des mailles du tissu réticulé qui le constitue par des cellules lymphatiques; par le raclage on voit souvent des cellules plates d'endothélium qui sont tuméflées, granuleuses, et qui présentent deux ou mènu> [)lusieurs noyaux.

(lelte tuméfaction des follicules isolés qui se montrt' dans la plu|)art des diarihécs, est plus visii)le à la fin de l'iléon que dans les autres portions de l'intestin, parce que les follifules

clos y sont généralement plus nombreux; mais on peut l'observer dans toute rétendue du canal intestinal aussi bien sur le gros intestin que sur l'intestin grêle.

Dans les cas où la psorentérie est très-développée, comme cela a lieu par exemple dans le choléra, les follicules hypertro|)hiés peuvent finir par s'ulcérer, ainsi que l'ont observé -MM. Douillaud et Cruveilhier. L'ulcération se fait parle même mécanisme que dans la fièvre typhoïde, où la lésion spéciale porte primitivement sur les follicules clos (voy. p. 837), c'està-dire par une mortitication de la portion du follicule saillante dans l'intestin. Aous étudierons ces iniiammations ulcéreuses des follicules ulcères folliculaires) à propos de la fièvre typho'ide, et leurs inflammations caséeuses à propos de la tuberculose intestinale.

Tijphlite et pèrityphJito. — La typhlite est l'inflammation de l'appendice vermiforme du côlon. Très-souvent, lorsqu'elle est intense, elle s'accompagne d'une inflammation du péritoine voisin, de telle sorte qu'on décrit toujours en même temps l'inflanmiation de l'appendice, et la péritonite localisée ou péritypiilite, qui en est la conséquence.

Aucune partie du canal intestinal n'est plus disposée que l'appendice vermiforme à ce que les matières fécales ou des corps étrangers y stagnent. Sa situation est telle en etlet que son extrémité fermée est inférieure, et que la pesanteur fendiait à y faire séjourner les matières qui y sont engagées; la coiitratlion des muscles- lisses de rap|)en(lice est la seule force qui les chasse. Ln outre de cette disposition particulière de l'appeiulice, le ca'ciim dans lequel il s'ouvre constitue, lui aussi, une sorte de renflement et de diverlicule du côlon à son origine, et les matières fécales ont aussi de la tendance à y s(''journer. Ces conditions e\[)liquen la fréquence des lésions inllainmatoires de l'appendice, que le catarrhe de la muqueuse de l'appenilice soit primitif ou qu'il soit consécutif à la présence de petits (•(irps irritants, tels (pie des pépins de raisins ou d'autres fruits, des nnyaiix de c(!rise, de piiiue, des grains de plunih, de petits calculs liiiiaircs, etc.

Loisqiie ces cnrps ('trangers restent un ceilaiii l('Mi|ts, ils se recouvriMit hahitucllemeiit (rnnecouche.h- plinspiiale triitasique et conslilueiit <h' petits calculs. On a vu aussi des calculs de ce genre a\(iir pour centre une grande (|uantité d'u-ufs d'ascarides (Li'icke).

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La muqueuse de l'appendice enflammée, soit spontanément, soit, ce qui est plus habituel, consécutivement à la présence de ces corps étrangers, sécrète un liquide puriforme ou muqueux; elle est épaissie, plus ou moins vascularisée, et souvent la couche épaisse de follicules clos qu'elle possède, présente des ulcérations. L'appendice tout entier est distendu, beaucoup plus volumineux qu'à l'état normal; l'intiltralion et l'épaississement de sa couche muqueuse rendent impossible la contraction de ses couches musculaires, et par suite empêchent absolument qu'il puisse se vider ni changer de position. Il reste par conséquent pendant un certain temps sans varier, dans la position qu'il affectait au début du mal.

Et comme l' inflammation se propage très-souvent alors à la surface péritonoale de l'appendice, le péritoine congestionné se recouvrant là d'une couclie mince de fibrine qui est pénétrée par des vaisseaux et du tissu conjonctif de formation nouvelle, il en résulte que l'appendice immobilisé contractera adhérence avec les parties qui sont en rapport avec lui.

Cette péritonite est, dès le début, adhésive et limitée, le plus ordinairement sans gravité. Elle ne se guérit qu'en laissant après elle une formation de tissu conjonctif organisé en un point quelconque de la surface de l'appendice, et par suite une adhérence filamenteuse ou complète et persistante de cet organe avec une partie voisine. Le plus souvent l'union de l'appendice se fait avec le cœcum auquel il est accolé par un tissu conjonctif nouveau dans toute son étendue, et il en résulte une atrophie de l'appendice par perte de fonction. D'autres fois il s'unit à l'utérus, à la vessie, à la paroi du ventre, et cela alors seulement par son extrémité libre. 11 s'ensuit, lorsque l'adhérence est devenue solide par l'organisation fibreuse du tissu nouveau, que l'appendice forme un pont, une espèce de bride au-dessous de laquelle l'intestin grêle pourra s'étrangler.

Une ulcération, ayant pris son point de départ à la surface de la nuiqueuse de l'appenclice, peut envahir sa paroi et se continuer dans le tissu inflammatoire qui unit celle-ci à des organes voisins. C'est ainsi que se forment (juelquefois des abcès de la fosse iliaque, qui auront de la tendance à s'ouvrir au dehors, au dessus du ligament de Poupart. C'est ainsi que se forment des fistules conununitiuant ou non avec le cœcum. Klebs a vu un canal constitué par une muqueuse et une enveloppe fibroséreuse, faisant communiquer l'appendice vermiforme avec le rectum.

L'inflammation du gros intestin s'ol)serve rarement dans toute sa longueur; elle a le plus souvent pour origine la partie iulcrieurc de l'S iliaque et le rectum. La proctite, ou inflammation rectale, est primitive dans les cas de dysenterie sporadique ou épidéniique, et elle s'accompagne alors d'ulcération. Elle succède souvent aux hémorrboïdes (flux catarrhal hémorrhoïdaire), aux coips étrangers arrêtés dans les dépressions de la muqueuse, aux aflections syphilitiques de l'anus et du rectum, rhagades, plaques muqueuses, ulcérations tertiaires syphilitiques. Dans les cas de cancer de l'utérus, même lorsque les parois du rectum ne sont pas envahies par la néol'ormation, il y a généialement une inflanmiation de voisinage qui détermine une inflammation catarrliale plus ou moins intense de la muqueuse rectale.

Dysenterie. — La dysenterie est l'inflammation ulcéreuse du gros intestin. Son siège de prédilection est le rectum, l'S iliaque et, lorsqu'elle est très-intense, les lésions lemontent dans tout le gros intestin. Les variétés de cette afl'eclion, c està-dire la dysenterie s[)oradique de nos climats, la dysenterie spoiadique et épidémiqiie de l'Algérie et des pays iiiterlropicaux, la diarrhée cluonique de ces derniers, présentent une analogie complète au point de vue des lésions anatomiques, et ne difl'èreni, en tant qu'espèces et variétés, que parleurs causes et leur intensité diflerentes. Les lésions ne sont pas non plus identiquement les mêmes au début du processus aigu et pendant sa période de chronicité; c'est pounjuoi nous décrirons d'abord la dysenterie aiguë, puis la dysenterie chroni<iue.

DvsENTEHiE AK.EE. — It.ius la lomic InnitjHc dc II ihseuterie aiguë, la suilace de la mu(|ueuse est tiès-rouge, Irès-congestioiinée, avec de petites ecchymoses; la lésion (|ui existe dans tout(î l'étendue du rectum et dans toutes les parties voisines de l'S i]ia(|ue, est 'surtout caratlérisée au ni\eau des plis saillants de la niur|ueiisi'. Ocllc-ti est épaissie et jiour ainsi dire btHM>;ctinnaiile au premier aburd. Les tollicnles hniphaliques btrmenl un reliel à sa suilace. Llle est ctUMcile d une e\sudulioii nm(|neuse peu uboiulanle, analogue à de l'albumine dc l'uMil', on pui'il'orme par place, habituellement mêlée de iilets sanguins ou cnlon-e imibirménienl en rose ou en rouge par ce liquide, (ie liquide, exsinlé en |)elile (|uantilé, est rendu l'réi|iiemmenl dans les selles <|iii. aci()mpa;.'nées (ré|>reinl('S et de

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