TUMEURS LEUCÉMIQUES DU FOIE
granulations et en dégénérescence granulo-gvaiseeusc. Les vaisseaux y sont oblitérés ; autour de la partie jaune caséeuse existent des lacunes de tissu conjonctif assimilables à des espaces lymphatiques et, contenant des granulations plus grosses; dans la zone fibreuse périphérique existent des trousseaux de fibres de tissu conjonctiffrès-sorré et dense parcouru par des vaisseaux sclérosés et contenant, entre les fibres, soit des cellules rondes, soit des cellules aplaties.
Les gommes plus récentes du foie dont nous avons donné une description (p. 190) sont constituées par de petits nodules microscopiques (a, lig. 318) dont le centre subit déjà une atrophie et une dégénérescence granuleuse portant sur les cellules, tandis que les cellules rondes de la périphérie se confondent avec le tissu embryonnaire voisin. Une grosse gomme est composée d'un grand nombre de ces nodules. Nous avons pu les étudier sur des individus morts accidentellement du choléra pendant l'épidémie de 1866.
Tumeurs leucémiqiiefi. — Sous l'influence de la leucocythémie on peut trouver dans le foie plusieurs sortes de lésions liées à une tuméfaction considérable de l'organe qui peut peser jusqu'à /i et 5 kilogrammes. Ce sont d'abord de petits épanchements de globules blancs dans le tissu hépatique à la suite de l'obstruction des capillaires en un point par des globules blancs qui les distendent. De plus, dans l'adénie ganglionnaire ou splénique, on observe souvent des néoformations de tissu réticulé lymphatique, de véritables tumeurs dans le sens histologique, qui coïncident avec une congestion considérable de l'organe. Dans le cas de foie amyloïde, rapporté plus haut (p. 933), il y avait de ces lymphômes de nouvelle formation en assez grande quantité. Ces néoformations de tissu réticulé se montrent entre les lobules, autour des vaisseaux pcrilobulaires, et tout particulièrement suivant le trajet des branches de la veine porte.
Sarcôims. — Les sarcomes sont rares dans le foie, surtout parce que les tumeurs de cette nature sont très-peu communes dans les organes qui fournissent les radicules de la veine porte. Les sarcomes du foie ne sont jamais que des tumeurs secondaires succédant à des sarcomes généralisés, surtout à des sarcomes mélaniques.
Jusqu'à présent, les tumeurs du foie que nous avons passées en revue, les tubercules, les gommes, les tumeurs leucémiques.
le sarcome, sont toutes secondaires, et les angiomes caverneuv font seuls exception.
('arcAnomi . — Il en esta peu de chose près de même pour ce (jui concerne les tumeurs carcinomateuses et épithéliales qui sont liès-rarement primitives dans le foie et qui succèdent haliitucllement rux tumeurs de l'estomac, de l'intestin, du rectum, du pi-ritoine, des ganj;;lions lymphatiques, de l'utérus, des testicules, du sein, etc., ou de la vûsicule hiliaire. La vésicule hiliaire et les voies hiliaires peuvent, en effet, être le siège de lésions primitives qui se généralisent ensuite à tout le foie. Dans ce cas, en face du développement considérahle des tumeurs cancéreuses du foie, pendant que la lésion de la vésicule est peu étendue ou n'est pas même soupçonnée ni cherchée, un observateur peu expert pourrait croire qu'il s'agit d'une afi'ection primitive du foie tandis que c'est le contraire qui est la vérité.
Les caicinômes secondaires du foie ont uu effet ceci de particulier qu'ils offrent un développement considérable, que le foie est infiltré par exemple de masses morljides pesant 2 ou 3 kiloL'rammes et plus, tandis que la tumeur primitive siégeant à l'estomac, par exemple, consistera en un encéphaloïde ulcéré, à peine large comme le creux de la main. Kt cependant il n'est pas douteux, en raison de la souffrance antérieure de l'estomac et des signes dûment constatés du cancer stomacal datant d'un ou de deux ans, tandis que l'hypeitrophie du foie s'est faite seulement pendant le dernier mois de la maladie et sous les yeux du médecin, il n'est pas douteux que le carcinome stomacal ne soit primitif.
Le foie est de tous les organes de l'i-couoniie celui (hins lequel les productions carcinomateuses secondaires sont les |)lus commuiu's. Kt comme c'est une loi absolue <pie les productions secondaires possèdent la nu*;me structure (jue la tumeur prinntive, il l'M résulte (pTon Irouveia dans le foie toutes les varit'lés connues du carcinônu;, s(|uirrhe, eiu't'phaloïde, carcinome lu'mat(»(le ou l(''Ianu'iectode, carcinome coiloïdi'. lairinômc m('l;iiii<|ue.
Le carcinome piimilif prc-sente une niiisse cousid(''raiile hoxwiv^i'AU', sans vestig(! du tissu hépatiqiu' au centre de la tumeur, et qui t'st formel; par un tissu carcinomalcux plus ou moins ancien. La partie centrale (Ui est unilormt'mcnt dégénérée, jaunâtre rt opaque. Au poin'tour de la tumeiu' on constate des no\au\ caicinonialrux d'infection secoud.iire d(''\elop|)és par \oisinage dans le loie. <ies tumeurs donnent du suc laiteux à la I oope et pri'-srrileiil au niirroscope la sliui tore l\piqiu' du car-
CARCINOME DU FOIR. 9^3
cinôme, c'est-à-dire des cloisons de lissii conjonctif formant un riHiciilnm et limitant des espaces qui communiquent les uns avec les autres. Les lacunes de ce tissu sont remplies de grosses cellules polyédriques, de torme très-variée, en laquette, allongées ou ovoïdes ou sphériqiies, contenant un ou plusieursnoyaux énormes munis eux-mêmes de gros nucléoles réCringents. Les cloisons sont parcourues par des vaisseaux capillaires et elles ont la forme du l'éseau cellulo-vasculaire du foie.
Dans le carcinome secondaire, au lieu de trouver une masse considérable infiltrée en nappe dans une grande étendue du foie, ainsi que cela a lieu dans l'exemple précédent, on observe une grande quantité d'Ilots qui sont tous à peu de chose près du même âge et répandus presque uniformément dans tout l'organe. Ces nodules secondaires de forme sphérique ont un volume qui varie entre un grain de mil et une noisette ou une noix. On comprend que si le carcinome primitif est très-voisin du foie, comme par exemple s'il siège à l'estomac ou à la vésicule biliaire, c'est la partie de cet organe adjacente à la tumeur primitive qui sera le plus altérée.
Les nodosités développées à la surface font une saillie hémisphérique, la moitié de la tumeur débordant sous la capsule de Glisson, pendant que l'autre moitié siège dans le foie. 11 en résulte une série de reliefs dont le centre est généralement affaissé en cupule en raison de la dégénérescence graisseuse et de l'atrophie des éléments cellulaires.
Le foie atteint de carcinome secondaire ou de carcinome primitif est généralement très-volumineux, surtout lorsqu'il s'agit du carcinome encéphaloïde. 11 dépasse de beaucoup le bord inférieur de la paroi costale, et l'on peut par la palpation et par la dépression de la paroi abdominale sentir les inégalités de sa surface antérieure et de son bord inférieur qui débordent les fausses côtes.
Le liquide épanché dans le péritoine consécutivement à la pression de ces tumeurs sur les branches ou sur le tronc de la veine porte n'cnnpèche habituellement pas la constatation de ces tumeurs du bord libre du foie, à moins que la paroi du ventre ne soit considéral)leiiieut distendue. Lorsque en ell'et la paroi est modérément tt'iulue par l'épanchement, on la déprime avec le bout des doigts enfoncés peipendiculairement à sa surface, et l'on sent parfaitement ainsi les nodositc's caucél'euses lors(|u'elles existent.
ISous ne pouvons décrire ici, dans tous leurs détails, les caiac-
9Ull MALADIES DES ORGANES.
tères liistologiques des variétés diverses de carcinome liépalique, car ce serait faire l'histoire complète du carcinome, mais nous devons étudier quelques-unes des particularités propres à son siège dans le l'oie ot à son mode de développement.
Une lésion très-remarquable du cancer hépatique est celle qui tient à l'envahissement et à la réplétion par la tumeur des branches afférentes, du tronc, et des divisions de la veine porte. Nous avons eu l'occasion de voir plusieurs fois, à la suite d'un cancer hématode ou télangiectode de l'estomac, une formation de tissu cancéreux de même nature dans la veine porte.
Dans cette variété du carcinome, les réseaux de capillaires ectasiés et même les dilatations anévrysmales sphériques isolées sont très-faciles à reconnaître à l'œil nu comme des lignes sinueuses ou des points rouges isolés. Dans les cas que nous avons vus, la tumeur stomacale ulcérée, siégeant près du pylore, présentait à sa surface péritonéale des lignes ou des cordons sinueux ayant la grosseur de plumes de corbeau et de plumes d'oie, cordons pleins qui n'étaient autres que des branches afférentes de la veine porte et qu'il était facile de suivre juscju'au tronc de cette veine. Incisées, ces veines se montraient remplies d'un tissu carcinomateux mou, comme la tumeur primitive, et dans le liquide blanchâtre on voyait des capillaires dilatés et ectasiés semblables à ceux de la tumeur stomacale. Ces vaisseaux bourgeonnaient de la surface interne de la cavité de ces veines et ils étaient souvent très-longs, étendus dans le sens du courant sanguhi. La paroi de la veine, encore rcconnaissable du côté de la surface péritonéale de l'estomac, bien qu'infiUrée par les éléments nouveaux, se confondait du côté de l'ulcération stomacale avec le tissu carcinomateux, et cette paroi était lotaleiiUMit transformi'e en alvéoles remplis de cellules. L'altération ne se bornait pas là : le tnmc de la veine porte, et toutes ses Ixanciies etVérentes se dislrii)uanl dans le foie, étaient remplis par les mêmes éh''menfs, vaisseaux dilatés et tissu cancéreux nés de la paroi all(''r(''e des veines ou venus d'un point inférieur et végétant dans la cavité des vaisseaux silui's au-dessus comme le l'ont certaines racines dans les conduits de drainage. Il résultait de celle disfxisilion (|ue, sur une section du l'oie, on voyait, autour des ibils li(''pali(jues, la sediou des veines portes interlnliulaires renqdies de suc cancéreux <|u on en faisait sortir par la pression.
Dans une aulre série de cas, il csl assez fi('(pient d'observer (les carcinAmes des ganglions lyi)i|ilialiqui's, sciit priMiitifs. soit
CAKCINÙME Dl* KitlK. 9Ù5
secondaires, ou des tumeurs des autres organes voisins de ia veine porte qui se propagent à la paroi de cette veine et qui déterminent des houigeons cancéreux naissant de cetti' paroi et faisant saillie dans la lumière du vaisseau. Nous avons ou plusieurs Ibis l'occasion d'être témoins de ces faits : un ganglion lymphatique cancéreux et très-hypertrophié confine, en un point, à la paroi veineuse; une adhérence intime s'y eflectuo par une surface assez large; la paroi de la veine s'épaissit en ce point et le tissu conjonctif de la tunique externe se transforme en tissu carcinomateux ; la tunique moyenne, puis l'interne, s'altèrent de la même façon, de telle sorte qu'une tuméfaction limitée due à cette néoplasio fait saillie dans la lumière de la veine. L'endothélium vasculaire prolifère à ce niveau. Plus tard, le tissu du bourgeon cancéreux, devenant de plus en plus proéminent, se ramollit et se désagrège sous l'influence du sang qui entraîne du côté du foie des fragments devenus de véritables embolies cancéreuses.
Celles-ci, arrêtées dans un rameau interlobulaire, peuvent devenir le point de départ de tumeurs secondaires. A un moment donné le néoplasme né sur la veine porte peut avoir été complètement ulcéré, et il on résulte une perte de substance de la, veine, si bien que le tissu carcinomateux voisin en constitue la paroi. Le mécanisme de la production de ces carcinomes de la paroi de la veine porte est facile à comprendre ; on les désigne quelquefois par un mot qui n'est pas absolument exact : on dit que le carcinome voisin de la veine porte a perforé sa paroi et s'est ouvert dans la veine. On doit dire au contraire que la paroi est devenue, par la propagation de la tumeur voisine, le point de départ d'un bourgeon carcinomateux qui s'ulcère dans certains cas; seulement la perte de substance qui en résulte n'est pas la conséquence du ramollissement de la tumeur voisine de la veine, mais bien du bourgeon né dans sa paroi.
Plusieurs observations de carcinome pigmenté du foie rapixirtées par des auteurs allemands montrent que les capillaires del'ilot hépatique son! alors remplis par des éléments cellulaires de la tumeur. La direction radiée de ces capillaires et la pigmentation des cellules ont fait donner à cette variété le nom de cancer radié, pigmenté (Rindfleisch).
Nous avons observé dernièrement un cas de carcinome mélanique secondaire du foie, provenant de la clinique de M. le professeur Gosselin, dans lequel la néoformation paraissait au premier abord irrégulièrement infiltrée dans tout l'organe. Sur
los sections minces evaniinéos au microscope, on voyait que la [ilupait des vaisseaux appartenant à la veine porte avaient un (lianièlre beaucoup plus considérable qu'à l'état normal et une l'orme cylindri(jue : leur paroi était le siège d une infiltration par de grosses cellules, leur meml)rane interne présentait un l)ourgeonnenient d'un tissu conjonctif iiililtré lui-même de cellules volumineuses. Ce bourgeoinieuient régulier remplissait tout le calibre du vaisseau, ou bien illaissait une lumière centrale contenant des cellules libres et du sang. Les éléments cellulaires étaient plus ou moins pigmentés en brun. Presque tous les vaisseaux étaient altérés de la même façon. Les artélioles hépatiques n'étaient pas le siège d'une endartérite carcinomaleuse aussiintense, mais elles montraient sur leur paroi interne des couches de cellules endothèliaies dont quelquesunes étaient pigmentées. Certains îlots hépatiques étaient complètement transformés en un îlot carcinomateux : ainsi la forme circulaire de la section de l'îlot était conservée ; ses branches portes interlobulaires étaient reconnaissabies bien qu'atteintes de l'endopblèbite précédemment décrite. La veine centrale et les capillaires radiés de l'îlot étaient en place et à peu près sains; mais les réseaux, des cellules hépatiques étaient lemplacéspar des nids de cellules à gros noyaux et à gros nucléoles, et le protoplasma de la plupart de ces cellules était pigmenté. Le tissu conjonctif épaissi qui accompagnait les vaisseaux formait le stroma des alvéoles carcinomateux. Un reconnaissait aussi très-bien, à leur direction et à leur siège, les canalicules biliaires interlobulaires; mais leurs petites cellules cubiques étaient remplacées par de grosses cellules à noyaux \oluniineux et à nucléoles réfringents, et leur calibre était augmenté. Il était difticilc de voir un plus bel exemple de la l»arlicipatioii de toutes les parties du foie au développement d'une tumeur.
il ne faudrait pas croire, du reste, (|ue ce soit là, par le remplissage des branches veineuses el capillaires du foie, le miidc <le production iiabitucl du carcinrnne. Dans le plus grand nombre des cas, en ell'et, les nodules miliaires el lècents siègent dans le tissu conjonctif pi-riloitulaire, aiituin' des petites di\isi(>ns di; la veineporte, et ils iccdimaissenl pnur cause une nèoformali(Ui de cellules cnhc les faisceaux de libres du tissu conjonctif. Les veines |)rès('ntent .ilors quelquclnis une inllamiM.ilioii ( .iraclèi'isée par la rormalion de nuiiibreuses cellules riidMliièliai(!s à leur surface interne. Celle dernière lésion pour-