LÉSIONS DE LA BAÏE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE
la rate n'est plus seulement congestionnée, elle est aussi indurée et atteinte d'une sorte de cirrho^^e avec pigmentation. Nous décrirons bientôt cet état.
La fièvre tijphoïde est une des maladies fébriles infectieuses qui atteignent le plus constaminent la raie. Cet organe est presque toujours hypeitiO[)hié de t'aç^'on à être au moins deux fois plus considérable que noinialement. Toutefois cette liypertrophie congestive est variable, car la rate peut être quadruplée ou sextuplée. Chez b-s adultes, cette augmentation de volume e.^t moindre que cbez les enfants, pai'ce que la capsule splénique est plus dense, plus épaisse et par suite moins extensible. La capsule est tendue et amincie. Une section de l'organe montre qu'il est infiltré de sang, de couleur brune, ou, plus fréquemment, de couleur rosée. Les corpuscules de Malpigbi sont quelquefois très-apparents et volumineux; d'autres fois ils sont invisibles, ce (jui paraît surtout dû au ramollissement cadavérique, la consistance de la rate est généralement moindre qu'à l'état normal. Lorsqu'on examine au microscope, à l'état frais, les éléments cellulaires de la pulpe splénique dans le picrocarmin , on trouve , au milieu des globules rouges , du dixième au quinzième jour de la maladie, des cellules lymphatiques tuméfiées, dont le proto|)lasma est granuleux et mou, et qui présentent souvent plusieurs noyaux. Une grande quantité de ces cellules lymphaiiques contiennent un ou plusieurs globules rouges dans leur |)rolof.lasma. On peut comptei- deux, trois, quatre et jusqu'à huit et dix globules rouges dans une seule cellule lymphatique. Lé noyau ou les noyaux de ces grosses cellules sont parfaitement visibles et se colorent en rouge. Les globules rouges englobés dans le protoplasma sont tantôt de volume normal et bien reconnaissables à leur contour, à leur couleur, à l'aspect homogène de leur masse; tantôt ils sont petits, ne mesurant que 3 ou h millièmes de millimèties; tantôt ils sont granuleux et ne se laissent reconnaître qu'à la couleur de la petite masse granuleuse qui les constitue. Les grandes cellules endothéliales des veines nous ont paru toujours normales; cependant IJillroth a constaté une prolifération de leurs noyaux dans la fièvre typhoïde.
Le nombre des cellules lyni|)hatiques dont le proloplasnia engloitc des globules rouges est considérable dans la fièvre hphoïde, si bien (juc dans une goutte de la juilpe oblenue pai" Je raclage on pourrait en compter une centaine.
980 MALAPIES DKS OKGANF.S.
Sur des prépaiations obtenues après le durcissement dans le liquide de .Millier, la gomme et l'akool, on peut s'assi rer facilement que cfS glandes cellules conlenanl des globules rouges siègent dans l'intérieur des veines de la pulpe.
Lorsque la fièvie touche à sa terminaison par la guérison, la rate diminue de volume; sa surface de section est de couleur brune et moins riche en sang. L'examen microscopique ne montre plus de cellules en prolifération; mais les cellules lymphati(]ues contiennent des granulations graisseuses (Ta-ister) et (lu pigment nnige inclus dans leui' protoplasnia ou libre.
La lésion de la rate dans la lièvre t\|)lioïde n'est |)as, ainsi qu'on le voit par ce qui précède, une cungestion simple ; on pouirait en faire une inflammation parenchymateuse, puisque les cellules lytnpliatiques y sont proliférées. Miis ce n'est pas non plus une intlammation simple, puisqu'il y a surtout, conmie phénomène essentiel, une destruction des globules rouges qui sont mangé> par les cellules lymphatiques.
Dans les congestions très intenses diu's à la tîèvre intermittente et à la dothiénenterie, on peut trouver aus->i de véritables épanchements sanguins, des foyers contenant du sang et, dans un assez grand nombre d'observations, on a noté des ruptures de la rate. Dans la fièvre typhoïde il y a quelquefois des infarctus spléniques.
L'tie congestion chronique s'observe toujours dans les maladies du foie, accoin[)agriées de 1 1 gène de la circulation dans la veine porte, et dans les mabidies du cnnii' avec obstacle à la rirculalion du sang veineux. La pression du sang sur la \eine siilr-nique augmente dans ees deux séries de rrraladies, el il en résirlle une stase sarrguine avec hyperliophie congestive de la l'aie. Lependant les rrraladies du cu'ur- coristitiieirl urre cause irroins iirlense d'lry|)ei lr-o|iliie tie la raie qireles rrraladies rlironiipies du foie el en pai'liculier' que la cirrhose. Il est rare que ces congestions clrrdrri(|ru's ne s'aecouipa^nent pas d'un certain degré de splénile irriersiilielle avec iirdiriMlion el épaississemeiil (le la capsirle, avec oir sans pigrnentalioir des éh'Mnerits du tissu s|>l('>iri(|U('.
La rate de> iiialnles .illeiiils de iii'tlulir ilirniii^/uc ilii nvur ollrc pr'esijiie tou|oiirs eir ellel une capsirle dure et épaisse, sur laqirelle evisleirl de pétries vt'^i'tiilions libr illaires à e\lrvmilé Irbrc. ou des pla(|iies tiliieiises d'appaii'iice carlila;.;irrifor nu*. Le \olirriie de la r.ile esl rroirnal oir accru : cliex les \ieilliir(is
r<l'I.K.\rfE INTKliSTlTIEr.Li:. 9S1
son volume est moindteque chez les adultes. Le tissu splénique, CYrtminé sur une section, est rouge, coiili-ur du s nig veineux, et pâlit à l'air en s'oxygénant. La sui l'ace de la coupe est plane et ne s'afiaisse pas; elle donne peu de boue splénique par le raclage, et elle a une ceitaine fermeté. Cependant on peul l'enfoncer avec l'ongle. Lorsiju'on regarde de près la surface de section, on peut voir sur le fond ronge les travées fibreuses et les vaisseaux beaucoup plus apparents qu'à l'état normal. Ces travées sont en efl'et épaissies et monlrent une plus grande quantité de libres de lissu conjonctif (]u'à l'état normal. Les ai'lérioles de la rate sont dur^s et leurs parois sont épaisses. Leur membrane interne est fi'équeminent le siège d'une endar-térite, surtout loi-squ'il existe des lésions crtliéromateuses de Taorle, et leur membr-ane externe est également épaissie. Le lissu réticulé de la pulpe et des corpuscules ne présente généralement pas d'épaississement notable de ses fibrilles. Le système capillaire et veineux de la rate est rempli de sang.
Dans les maladies qui amènent une gène dans la circulation du sang de la veine porte, et en particulier dans la cirrhose hépatique, la rate très-liypertr-ophiée, ayant au moins le double de son volume normal, possède, comme dans le cas précédent, une capsule épaissie : les végétations dues à des formations nouvelles de tissu conjonctif aux dépens du péritoine qui la recouvre sont habituellement très-nombr-euses, ce qui est en rappor't avec l'ascite et avec la péritonite subaiguë qui accompagne si souvent la cirrhose. La couleur d'urre svn'l'ace de section est rouge de sang; les cloisons libreuses sont habituellemer rt épaissies.
L'examen microscopi(iue de la bouillie spléni(|ue raclée sur la rate fr'aiche montr-e souvent des cellules lymphatiques contenant du pigment brain on du pigment noir- autour du noyau. Il en est de même des cellules endotliéliales des veines de la pulpe, (jui présenteirt souvent des gr'anulations pigmentées au milieu de leur- proloplasma. Les veines de la pulpe examinées sur- des sections après durcissenrent complet de la rate sont habiluellemeirt plus élargies (pi'à l'état nor-nial. Les tr-abécules de la CJtpsule et du tissu réticulé de la pulpe sont normaux, à moins qu'ils ne soient un peu épaissis. L hypei-tr'ophie de la rate est (lorrc sur-|out due en pai-eil cas à la distension des veines et un peu à l'épaississement des tr-avées libr'euses. Les cellules lyrrr- |)hati(|ues rresont |)as en plus grand nombre (|u'à l'étal luurrral,
Splénite interstitielle. — Los congestions chroniques aboutissent, comme on le voit par les exemples précédents, à une formation nouvelle de tissu conjonctif qu'on peut regarder comme la marque d'une inflammation ou irritation lente analogue à la cirrhose du foie et à la pneumonie interstitielle. Aucune maladie ne présente cette lésion à un degré aussi avancé et aussi intense que la cachexie palustre. La rate des personnes mortes avec la cachexie palustre est très- variée comme aspect. Tantôt elle est rouge ou rosée sur une surface de section, tantôt elle présente une couleur brune ardoisée, et les cloisons ainsi que la boue splénique peuvent être de couleur brun noirâtre. Ces différences de couleur proviennent du plus ou moins de pigment contenu dans le tissu conjonctif et dans le sang splénique. Une lésion à peu près constante, dans tous les cas de fièvre intermittente ayant duré un certain temps, c'est l'épaississement fibreux et l'induration de la capsule (lui est en même, temps couverte à sa surface de production inflammatoires. Celles-ci consistent dans des granulations saillantes ou en dos d'âne, très-denses et souvent d'aspect cartilagineux, et dans les végétaux filirillaires ou les fausses membranes fibreuses et flottantes dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. Ces fausses membranes sont vasculaiisées tandis que les granulations aplaties qui constituent de petits fibromes à lames parallèles (voy. pagelS.'ï) ne possèdent pas ou possèdent très-peu devaisseaux. Le volume de la rate est pres(|ue toujours accru dans tous les cas. La rate pignuMilée peut ac(iuéiir un volume considc-rable, et il n'est pas rare que son grand diamètre mesure de 20 à 2") centimètres de longueur. Toutefois elle i)eut être Irt's-forlement pigmentée tout en ne dt'passant pas 1.") centimètres, (les rates sont indurées et elles lésislenl à l'écrasement; cependant elles ne sont jamais aussi indurées et résistantes que le foie cirrhose. Si l'on examine les l'ates dont la surface est rouge ou rosée, en raclant la pulpe splt''ni(|ue et en is(dant les éléments qui s'y trouvent, on rencontre un petit iKwiibre de cellules lymphatiques contenant des granulations |»igmenlaires; dans les rates plus on moins indmées et pignuMilées on trouve une tiès-grandt' <|nantité de cellules l\Mq>liali<|ues infiltrées de ces granulatiniis. Les graiiulatiiuis pigmentaires sont tantôt hruiM's et brillantes l(irs(|u'elle> sont fines et qu'on les examine avec un foil ^grossissement, laulnl elles sont plus volumineuses, noirâtres on tout à tiit noires. Llles sont inclu>^e< dans les cellules lymphatiques, mni^ clIo8 pont aussi quelquefois libres d«n«
SPLÉXITE INTERSTITIELU:. 9S3
le liquide sanguin. Les cellules lymphatiques ne montient habituelleuient qu'un seul noyau. Les grandes cellules endotliéliales de la paroi interne des veines contiennent aussi assez souvent du pigment brun ou noirâtre, mais sous forme de fines granulations et non sous forme de gros grains.
Lorsque la rate a été placée dans le liquide de Miiller et dans l'alcool, les préparations faites au rasoir et suffisamment minces montrent les trabécules fibreuses qui, de la capsule, se dirigent au centre de la rate, épaissies à un degré variable. Il y a une formation nouvelle de fibres de tissu conjonctif dans ces Iractus. Les corpuscules de la rate sont généralement bien visibles. Le tissu l'éticulé des corpuscules et le tissu de la pulpe subissent des modifications analogues qui consistent essentiellement dans la pigmentation des cellules lymphatiques contenues •dans les mailles du réticulum. Cependant les cellules incluses dans le réticulum des corpuscules sont moins pigmentées que celles des tractus de tissu réticulé intermédiaire aux veines de la pulpe. Dans celte dernière portion de la i-ate, les veines spléniques présentent;! leur surface interne les cellules endothéliales, légèrement pigmentées ou normales, et, dansleur cavité, des cellules lymphatiques fortement pigmentées et en très-grand nombre au milieu des globules rouges du sang. Ces veines sont tantôt dilatées, si le processus est récent, et si la rate est peu indurée, tantôt leur diamètre est normal ou même rétréci, si la lésion est ancienne et si la rate est indurée. Les tractus de tissu réticulé qui séparent les veines de la pulpe sont très-fortement pigmentés, de telle sorte que, sur une section un peu large, le tissu qui sépare les veines est la partie la plus noire de la préparation. En examinant ces tractus avec un fort grossissement, on reconnaît (jue les parties qui leur donnent cette couleur ne sont autres que les cellules lymphatiques incluses dans le réticulum. Ces cellules sont presque complètement noires dans certains cas. Lois(|u'on a débarrassé le tissu réticulé de ces éléments, on voit que le plus souvent les filaments qui composent le réticulum ne sont pas épaissis d'une façon notable. Ils conservent à leur surface de très-fines granulations pigmcntaires. Dans les rates très-indurées, ces filaments sont deux ou trois fois plus épais et plus rigides (ju'à l'état normal. Mais ils sont toujours constitués par une fibre cl ne présentent pas de noyaux inclus dans leurs intersections, lors(|ue la préparation très-mince a été bien netloyée |)ai' le pinceau.
Les arlérioles, les artères et les veines plus volumineuses de la
rate ont leurs parois épaisses, indurées et infiltrées de pigment, surtout dans leur znne périphérique. Le tissu conjnnctif des grandes cloisons fibreuses montre aussi une grande quantité de pigment noir dans le protoplasma des cellules et autour d'elles.
Telle est la lésion de la rate dans les lièvres intermittentes; on voit qu'elle consiste essentiellement dans une destruction des globules rouges et dans la foi'mation de pigment noir à leui-s dépens, et par suite dans une inlillration pigmentaire des globules blancs. Cette allôration n'est pas absolument spéciale à la fièvre paludéenne, (ini'^que nous avons vu une absorption des globules rouges par les globules blancs s'effectuer dans d'auties maladies fébriles infectieuses, par exemple dans la fièvre typhoïde, et, d'un autre côté, les congestions chroniques de la rate, dans la cirrhose notamnuMif, aboutissent à une induration de la rate et à la pigmentation de ses cellules. Mais on doit reconnaître que cette pigmentation exagérée est surtout nianiuée el constante dans la cachexie palustre. Ce qui fait que la mélanémie ou pigmentation noire des globules blancs est le phénomène ()ropre de l'infection miasmatique. On comprend par ce qui précède tout le processus et les conséquences de la mélanémie dont nous avons déjà plusieurs fois signalé les lésions, en particulier à propos du cerveau et du foie (voy. p. 612 et91()i.
Dans toutes les congestions répétées de la rate, dans toute splénite interstitielle à plus forte raison, nous avons vu <]u'il y avait un épaississemenl de la capsule de Malpighi et une production nouvelle de tissti conjonclif à sa surface pt'iilonéiile. Les re|)lis du péritoine qui foi'meut l'épiploctn gastro-spléni(|ue -et les ligaments phréno-et pancréatico-spléniqui's sont eutlammés plus ou moins en niènie temps, d'oîi il résulte <|ue la rate est unie intimement à tous les organes voisins par des fausses membranes qui s'organisent en tissu Cfuijonctif. Les adhéimces peu\ent être absfdumeni intimes et consliluer une sondtn-e telle que la rate est immi>l)ili<(''c. Celte jwn'splrnitr filnrusr est le plus souvent la consiMinence d'allérati(»ns primitives de la late, mais elle peut être aussi la manifestation d'une péritonili' gén(''ralisi'c ou locale, quelle que soit sa cause. Dans les lièvres intt'rmilfenles, où elle a ('té particulièrement bien iMudit'e par M. Léon Cidlin, elle est ((uistaiite à un de^ii" plu'^ on moins intense.
Si'i.ÉMTi; -^1 l'i'i luTiv I . - (hi liouve Ires-i'arenifiii des alirè?> \o!inniii(Mi\ dans la raie; ils peiiveiit rire occasiouut's par les
SPLKNITE STIPPIIRATIVK. 985
contusions de la région, par les fractures de côtes, etc. Dans un petit nombre de laits, on ne sut à quelle cause attribuer des abcès sple'iiiques obser\és à l'autopsie, et qui avaient donné lieu pendant la vie à des accidents lébriles d'une grande intensité. Dans d'autres observations également très-rares (Frerichs, Lancereaux), on a vu des abcès de la rate chez des individus affaiblis ayant eu des lièvres, ou ayant vécu dans un pays à fièvres intermittentes. Les observations anciennes relatives aux abcès de la rate sont souvent sujettes à la critique, car on ne distinguait pas alnrs sutfisamment les abcès d'avec les infarctus dus à une embolie ou à une thronibose artérielles.
La splénite suppurative se présente sous trois formes.
1" Comme une iiililtration dilVuse, de telle sorte qu'une partie considérable ou la totalité du parenchyme spléniiiue est ramollie, blanc grisâtre ou rosée, réduite en une bouillie, où le pus, le sang et le détritus du tissu propre de l'organe sont mêlés. Ce sont des cas de ce genre (}u'on a décrits sous le nom de gangrène splenique.
2° Un au plusieurs abcès plus ou moins volumineux se collectent dans le tissu splenique. Ces abcès, venus par suite de traumatisme, de phlébite de la veine splenique, ou comme des abcès métastatiques, ou à bi suite des fièvres graves (la lièvre ty|)boi'de en particulier), peuvent se réunir, et f irn^er alors des loges purulentes qui sont sé|)arées du tissu normal de la rate par une memliraiie pyogénicpie. On cite des abcès de ce genre qui aviiient atteint un vidunu' considérable, et l'un entre autres dont le contenu pesait :sO livres (L'ilermile, Arnd. des sciences. \1 ')?)). Ces .Hi)cès s'enkystent hal)ituellement, et leur membrane pyogénifjue devient (ibreuse. La capsule splenique s'épaissit à leur niveau lorsqu'ils siègent superticiellement. Dans d'autres cas, au contraire, la capsule fibreuse étant envahie elle-même par la suppuration, et des adhéiences fibrineuses ou fibreuses s'établiss.int avec les organes voisins, un abcès de la rate se fera jour soit dans l'estomac, soit dans la plèvre et dans le poumon , à travers le diaphragme (Vidal, Société anat., 1853), ou à travers la paroi abdominale ou la paroi costale. Dans d'antres faits, l'abcès communiquait avec la veine s[(léni<|uc (Carswel, Frerichs), et enfin il peut fuser dans le tissu celuliiire sous-péritonéal jus(jue dans le petit bassin pour s'ouviir dans le v;igin,ainsi qu'il en existe deux observations citées p.ir M. Hesuier (article U.vTiidii Dittioniidirc enci/clopcdk/iie di'S ficii'iiri'n inrdicidi'S).
986 MALADIES DES OKGANES.
3° Les abcès métastati(|ues, plus rares dans la rate que dans la plupart des auties organes, s'y rencontrent cependant dans des conditions analogues, dans la pyohéniie, la puerpéralité, dans l'endocardite aiguë, dans la phlébite. Ils siègent surtout à la périphérie de la rate, leur base étant tournée du côté de la capsule. Leur nombre est généralement trés-icstreint ; leur volume est plus ou moins considérable, de[)uis la grosseur d'un gi'ain de chènevis jusqu'à celle d'une noisette ou tnème davantage. Ils commencent par un petit ilôt de couleur rouge foncé et dense, comme s'il s'agissait d'un noyau apoplectique du poumon, et bientôt du pus se montre au centre de la masse (]ui se ramollit peu à peu, devient ii(]ui(le et constitue un petit abcès.
Les conditions palhogéniques de la formation de ces abcès métastatiques déterminent souvent en même temps de la périsplénite suppurative on même de la péritonite généralisée.
I.NKAUCTLS DE LA lïATi;. — La ratc est l'organe où les infarctus sont les plus communs. Cela s'explique par la situation de l'artère spl(''ni(|ue naissant de l'aorte, non loin de la crosse a()rli(]ue, et par l'ab-ence d'anastomoses entre les branches de l'artère spléniijue. il en l'ésulte (]ue lors(jue l'aorte sera atliéromaiense, et que des (Vagnienls de fibrine auront pénétré dans un point des brandies de l'arlL're, la |Kirtie de la rate recevant son sang de l'artère oblitérée sera le siège d'un infarctus. Il est imjiossible en elTiil i]uo la circulation s'y rétablisse [)ar des voies cidlatérales. Les infarctus doivent èlre soigneusement dislingnés des abcès mél,i>latii|ues, avec lesquels ils n'ont rien de comniiiii .111 punit de vue analomo-patliologitpie, pas plus qu'an [joint (le \iie éliologique. Les infaiclus spléni<|nes s'observent avec les altéralions aihéromalenses de l'aorle, des valvules aorti(]ues. de laiière splénique, avec l'endocardite, etc. Iahm' voliiuic cl II- iiiiinbre des noyaux infaiclm'ux est Irès-variaide. On peut Iriuncr, par exemple, une rate (|ui sera presque conq»létenieiil eii\aliie, nii bien un ou dt iix ou trois infarctus piMils ayant le Volume d'une iioiselle ou d'une noix. Leur forme est caractéristique, et représente tfMijoms un côtM',donl la base siège à la surface de l'organe, tandis (|in' son sommet est dirigé ver.> le lille. Ii';irlère spli'iiiqne elle-nuMue on plusiems de ses blanches sotil (d)lil('-rèes ciMnpb'tetnent par un caillol adhiMeni. lonii(|he la niasse de la raie envahie e-l cousidi-rable. L'arlcriide qui se rend à un petit infarctus est tonjoins aussi (d»li(érèe, A leur dé-
lM-AKCTi;S DE LA KATE. 987
but, la couleur de leur surface de section est d'un rouge foncé, presque noirâtre, pai'cc que le sang coagulé dans toutes les petites veines et dans les artères communique à l'ensemble de la partie la couleur du sang veineux, t^lus tard, lorsque la fibrine est devenue granuleuse, lorsque les globules et la fibrine sont transformés en une substance granulo-graisseuse, la couleur de la section devient grisâtre ou jaunâtre et opaque : la consistance de l'infarctus est d'abord beaucoup plus grande que celle de la rate normale; plus tard, la partie atteinte se ramollit, présente un état pâteux, semi-liquide et jaune. Le ramollissement peut même être tel que des parties de l'infarctus tout à fait liquides baignent une portion encore solide de l'infarctus, et détachée en partie, comme cela s'observe dans quelques cavernes tuberculeuses en voie de formation, par le ramollissement d'un îlot considéralile de pneumonie caséeuse. La pa:tie saine de la rate, qui limite celle où la circulation est arrêtée, est congestionnée et enflammée, mais sans qu'il y ail jamais de suppuration.
D'après ce qui précède, étant donnés l'oblitération complète des artères, la coagulation sanguine dans tous les vaisseaux de l'ilot splénique altéré, et son ramollissement nécrosique consécutif, on pourrait comparer ce processus à celui de la gangi ène. 11 est de fait qu'il y a mortiticafiou par suite de l'arrêt du sang. Mais là, de même que dans le foie et dans le rein, la mortification ayant lieu sans qu'il y ait communication du foyer avec l'air ami)iant, il n'y a pas de putréfaction, ni d'odeur gangreneuse. 11 peut y avoir des lésions anatomiques de la rate comliaral)les à la gangrène putride, mais seulement dans les faits où une partie de la rate mortifiée baigne dans le pus d'une [iéris[)lénite, ainsi que M. Colin en a rapporté des exemples.
L'examen microscopique, fait sur des coupes piati(]uées sur les infarctus récents, montre tout simplement les vaisseaux distendus par du sang coagulé, et contenant un réticulum de fibrine. Bienlôt les cellules lymphati(]ues contenues dans le réticulum deviennent granulo -graisseuses. La graisse se sépare, et produit des boules d'acide gras cristallisées, qu'on pourrait prendre au premier abord pour des corps granuleux. Ces l)oules d'acide gras apparaissent comme des corps opaques de distance en distance, lorsqu'on examine la préparation à un faillie grossissement. Les cellules hmpliatiques contenues dans le tissu réticnli' de bi rate subissent la dégénérescence caséeuse.
988 MALAOIES DES UKOAN'ES.
pendant que les éléments du sang contenus dans les vaisseaux passent pai- la série des modifications exposées déjà.
Les travées du l'éticulum subissent à la longue une destruction moléculaire, comme un certain nombre de cellules lympliatiijia-s, et il en résulte un ramollissement partiel ou étendu de rinrarctus,qui donne alois une bouillie liquide où l'on trouve des cellules granuleuses et des granulations protéiques et graisseuses. Le noyau infarctueux, d'abord tuméfié, s'atlaisse, et il en résulte une dépression à la surface de la rate.
La capsule splénique est pres(|iie constiinmient altérée à toutes les périodes de l'infarctus; elle est d'abord congestionnée, puis elle présente des villosités et végétations, et elle s'épaissit en devenant plus dense, connne cela a lieu dans toutes les lésions siégeant à la surface de la rate. Elle peut même subir une sorte de crétitication.
A mesure que l'infarctus se ramollit, les parties liquides sont reprises el absorbées par les portions saines du tissu splénique périphérique. La perte de substance est comblée, d'une part, par le tissu conjonctif de nouvelle formatKm de la capsule qui s'enfonce à ce niveau, et d'autre part par un épalsslssenienl fibreux analof^ue du tissu splénique voisin. Une cicatrice fibreuse renqdace finalement tout riuiai'ctus.
Dans ces cicatrices de la rate «pii s'accusent à la surface par une dépression a\ec ép.ilssissemeiit de la cajjsule, celle-ci est généralement calciliée. L'exanu'ii du tissu calcifié ne monire pas de véritables osféoplasfes avec leurs prolongements canailculés. Sur les pièces décalcifiées par l'acide cbronilque ou par l'acide picrKjue, on voit de pefiles loges qui représentent simplement la cavité sulidlliée autour dune cellule ilu tissu conjonctif préexistant.
Dans les infarctus en particulier, mais aussi dans la plupart des rates indurées, soit dans la clrihose, soit dans les maladies du cd'ur, les artères splénl(|ues piésenleni une indmation. un épalssissement considérable de leurs parois dû à l'endaitc-rile, et à la péri-aili'iile avec ou sans incrustation calcaire.
Hn-Ti lus i.i i.\ iiAïK. — Des ru|itiires de la raie, traumafiipu's ou spontam'es, se; pi'o luisent ijuebpu'l'ois. Lorsque cet accident a lieu, il s'a^,'il presque toujours de raies fiinu'fié'es sons l'in- Ihieitce des li'sions congeslives ou inflaumialoires que nous venons lie (tasser en revue, dans les fievi'es inlermittenles, dans le Ivpliu», le ebidt'ra, la syphilis, etc. Les faits comius de ces
liftdKNKBESCENCE AMYLuÏDE 1»K I,A RATE. 989
ruptures ont été réunis et analysés dans l'article Rate de M. Besnier, etl'onpeut s'assurer par ce relevé qu'elles ne sont pas absolument rares. Elles peuvent se faire soit sous forme de sim[)les fissures, ou de crevasses superficielles ou profondes, variajjles, comme dimension et comme aspect, et elles siègent sur tous les points de la surface, notamment à la face externe et dans la grande scissui'e longitudinale. Un caillot sanguin eviste au niveau de la solution «'e continuité. Ce caillot se continue quelquefois avec une masse crnorique plus ou moins considérable qui entoure tout l'organe comme un vasie caillot unique. Un épancbement sanguin plus ou moins abondant se fait quelquefois alors dans la grande cavité péritonéale, en déterminant la mort plus ou moins rapide si la quantité de sang est considérable, ou des symptômes de |)éritonite si l'épanciiemeut sanguin se fait peu à peu en l'esiJace de plusieurs jours.
DÉGÉisËREscENCE AMYLoÏDE. — La dégénérescence amyloïde de la raie se montre sous deux formes : dans l'une, elle se limite aux corpuscules de Malpighi; dans l'autre, l'infiltration amyloïde est dilluse. Dans ces deux formes, la rate est hypertrophiée à un degré plus ou moins considéral)le, globuleuse, de consistance oàteuse ; sa capsule est tendue, souvent épaissie par des néoformalions de tissu conjouctif à ^a surface ; ses bords sont épais cl mousses.
Dans la premii're forme, on voit, sur une section de l'organe, les corpuscules de Malpighi augmentés de volume, ayant jusqu'à 1 el 2 millimètres de diamètre et même davantage ; ces corpuscules sont semi-transparents, formés d'une substance hyaline, qui se colore en brun acajou lorsqu'on y verse une solution d'iode ioduré. L'apparence de ces corpuscules volumineux et semi-transparents, très-iapprochés les uns des antres, les a fait comparer au sagou cuit, d'où le nom de rate-simou. {satjomilz) qui a été donné à la lésion par les anatomistes allemands.
Lorsque la rate ainsi altérée est examinée sm- des coupes faites soit à l'état frais, soit apiès durcissement dans l'alcool, et qu'elle a élé trailée par la solution d'iode ioduré, on voit les corpuscules de transparents devenir d'un brun acajou. Avec un faiide gross's-emenl, il est facile de conslaler- (|ue les parties malades son! appendues auxarlères on disposées autour de ces vaisseaux (|u"i'lles accompagnent '-ouvenl comme un manchon. L'addilidii d'acide sulfuritpie, après la coluralion iodi(pie, donne souvcnl un changement de coulcnr des parties malades (|ui
deviennent vertes, bleues, violettes, puis rouge brun. Ces colorations, dues à l'iode et à l'acide sulfurique, pâlissent vite, puis s'effacent, et ces réactifs altèrent assez les lis?us pour qu'on ne puisse p.is les examiner suffisamment. Pour étudier complètement ces dégénérescences, nous nous sommes st rvi du violet de méthylaniline, qui, en présence de l'altération amyloïde, se dissocie en deux couleurs ; l'une violet rouge, qui se fixe sur les parties aniyloïdes ; l'autre bleu violet, qui colore les parties normales. Ces préparation-^, faites après le durcissement de la pièce dans l'alcool, se conservent très-bien dans la glvci'iûne. La paroi des artères qui passent auprès ou au milieu des corpuscules malades est infiltrée elle-même on inlacle. A"ous avons constaté dernièrement dans deux faits que la paroi arléiielle pouvait être indemne, tandis que les parois des capillanes, et la plupart des éléments des corpuscules spléniques, les cellules lympliatiques et le tissu réticulé, étaient infiltrés par la matière amylo'ide. On appiécie bien la dégénérescence des cellules lympliatiques en dissociant avec les aiguilles, à l'état frais, les éléments des corpuscules pris sur une section mince; on voit alors que ces celluleslym|ibatiqiiesont prisun aspect vitreux; qu'elles sont glol)uleuses ou transformées en petits blocs irréguliers, ou agglutinées les unes avec les auti'cs, et (ju'elles ont perdu leurs noyaux ; elles se colorent alors en violet rouge jiar le violet de méHiybmdine. Lors(|u"on examine avec un fort gros^issenu nt les sections Irès-miiu'es et colorées, on voit dans la partie malade du cor|)uscnle la plupart des libi-ilk-s du réticiilum infiltrées ûc la substance amyloide, et il en est de même dos parois des capillaires, (iomme toiile-^ ces parties, cellules lympliatiques, r(''ticulinu et parois des capillaires, tendent à se confondre, et ()u'elles <inl, après la coloration, la mènu" couleur, elles forment des niasses liomogènes,(iui sont seulement sillonnées par des fentes étroites formant un réseau : r'esl le réseau des capillaires qui s'acciise seulement |)ar leur lumière plus ou moins conservée, dans hiqnelle les cellules eudolbéliales et les corpuscules du >ang sont conservés intacts, et sont cilorecs en bleu violet, l.'endolbélium des capillaires l'iail toujours normal dans les observations lécenles que nous aviuis laites avec le violet (le nii-lbylaniline.
I,('s corpusculrs de Malpigbi altt'-ii". Mint con^Ni(l( i ablement gi'ossis, cl les grains Irauspiireuts i|iii l'u rcsulteni sont, en certains points, presqin- au contact les uns des antres. Ils siuit sépiirés pal des bandes du tissu de la pulpe >-pli'Miiqiie iinriiiale