CHAPITRE V. — OVAIRE
§ 1. — Histologie normale.
On distingue dans l'ovaire la substance corticale et la substance médullaire.
La substance corticale présente à considérer le revêtement cndothélial et périlonéal de l'ovaire qui est tapissé à sa surface d'une couche de cellules c\lindii(|ues et d'une couche conjonctive appartenant au péritoine. Cette deinièi-e couche, loutolbis, ne peut pas êti'e séparée de la tunique albuginée, membrane fibreuse, dense, qui enveloppe partout l'organe, et qui accompagne les vaisseaux qui pénèlrent dans le bile. Au dessous de la tunique albuginée, se trouve une couche grisâtre qui ne fait défaut qu'au niveau du liile et qui contient les capsules ovariques ou ovisacs. Ces derniers, en nombre si considérable ciiez les enfants et les jeunes tilles ou fennnes que M. Sappey l'eslime à enviion un million, se composent d'une membrane propre tapissée pai' un é|>ithélium,.et au centre de la vésicule (jui a une l'oitne sphéri(|iie, ontiouve une cellule [dus considérable que les autres et qui n'est autre ipi'un ovule. Les |)lus petites de ces capsuler ovari>iues sont re|)résenlées unii|uement par l'ovule enluuré ain^i d'une conromie de cellules (|ui sont immédiatement en cuntact avec loi. Mais, en se rapprochant de la substance médullaire, les capsules dvariques grandissent ; dans leur évolution elles se remplissent d'un liquide et fornuml des ca|»sules plus considérables, visibles à l'œil nu, (|u'(in appelle l'nllicules de (iraaL
Les l'nllicules de (iraaf, lelscpril en existe toujours une assez grande quantité ciiez les jeunes enfants aussi bien que chez les tilles pnberes et chez les l'enunes, snnl conslilues par une tunique interne et par un revêlenu-nt épilhelial. V.u un point de ce revêtement ('•pithiMial, les cellules qui le constituent lormenl un amas plus runsiih'iable, et c'est la (|ue se Irnuve logé l'ovule •)i)i a acquis son dé\i:Ioppemenl conq)Iel.
HISTOLOGIE NORMALE DE l'oVAIRE. 1117
La paroi du follicule se compose de deux couches de tissu conjonctif lâche, la première {membrane fibreuse) qui contient les ramifications des gros vaisseaux, la seconde qui esl plus interne (membrane interne) et qui sert de support aux capillaires sanguins. Ces deux couches, composées de tissu cellulaire réticulé, possèdent aussi une assez grande quantité de cellules de tissu conjonctif, la plus interne surtout. En dedans de cette dernière, on observe une membrane propre qui est composée par une couche simple de grandes cellules d'endothélium Slavjanski). Cette membrane est tapissée par une couche de cellules d'épithélium pavimenteux (membrane granuleuse). Ces cellules pavimenteuses sont petites; clios ne mesurent que 6 à 12 fz de diamètre et elles sont pourvues de noyaux. Dans le point où la couche de ces cellules acquiert sa plus grande épaisseur, c'est-à-dire au niveau du disque proligère, on trouve un ovule qui est complètement développé. Cet ovule est situé dans la partie du follicule la plus éloignée de la surface ovarienne. Le reste de la cavité du follicule est rempli d'un liquide tenant quelques cellules en suspension.
L'ovule, lorsqu'il est examiné après son isolement des cellules du disque proligère, est une très-grosse cellule sphériquej il mesure jusqu'à O"",! et 0™"',2, et par suite, peut être distingué à lœil nu. 11 est composé par une capsule ou membrane vitellinc. Celle-ci est très-épaisse, homogène chez la femme, mais traversée par des canaux poreux chez certains animaux. La masse de la cellule appelée vitellus est une masse visqueuse contenant des granulations protéiques et gi-aisseuses. Le noyau de la cellule ou vésicule germinative (vésicule de Purkinje), est aussi parfailemenl spiiérique, de 20 p à /iH ^ de diamètre, et il lenferme encore plusieurs nucléoles, appelés taches germinatives.
hidépendamment de ce noyau, il en existe constamnuMit un second, découvert par Ai. Balbiani, et nonuué par lui vésicule embryogène, parce qu'il est, avant la fécondation de l'ovule, le centre des modifications nutritives qui se passent dans le vitellus et parce qu'il persiste après la fécondation. M. Balbiani a vu de plus que les taches geiminatives changent de forme et peuvent être regardées comme des vésicules couliacliles.
Le follicule de Graaf, lors(|u'il est très développé, lorsfju'il atteint par exemple 1 centimètre de diamètre, proémine, en vertu même de son accroissement, du côté de la surface de
m 8 MALADIES PES ORGANES.
l'ovaire où il s'ouvre el verse son contenu dans la trompe à la faveur de la congestion tubo-ovarienno qui accompagne la menstruation. Ce serait du reste une erreur de croire que tout follicule de Graaf s'ouvrira ainsi à la surface de l'ovaire, car nombre de follicules subissent une involution et s'atrophient avant l'évolution des menstrues et après leur cessation, tandis qu'au contraire il paraît démontré que l'ovulation et la sortie d'un ovule peuvent avoir lieu sans qu'il y ait menstruation, sous l'influence d une congestion ovarienne déterminée par une fièvre grave (fièvre typhoïde, variole, etc.). Il est constant, d'un autre côté, que la fécondation et la grossesse ont eu lieu dans certains cas après la ménopause et sans qu'il y ait eu de retour de la menstruation. Malgré les faits qui précèdent et qui restent à l'état d'exception, il n'en est pas moins constant comme règle générale, que la menstruation correspond avec la chute d'un ovule par la trompe dans l'utérus.
Les ovisacs, ou capsules primitives contenant l'ovule à tout âge, proviennent de cordons glandulaires spéciaux qui existent dans l'ovaire de l'embryon. Ils sont constitués, d'après Pfliiger, par une enveloppe tapissée par une couche de petites cellules épitliéliales qui représentent la membrane granuleuse des follicules de (iraaf, et ils renferment à leur centre des séries d'ovules rudimentaires. Par suite du développement des cellules qui y sont contenues et du tissu conjonctif qui les entoure, ces cordons sont cloisonnés par le tissu conjonctif et divisés en des segments isolés très-petits. Chaque segment contient un ovule entouré de sa zone de cellules épithéliales cl constitue alors un ovisac.
I,orsque le follicule d(! Craaf a vidé dans l'oviducte son contenu, il subit une série de niodilications nouvelles en vertu desquelles il se foiine ce (|u'on appelle un corps jauiu'. Ces productions sont variables suivant qu'il s'agit du follicule c(u-res- [tondanl à un u-uf fécondé ou à une nuMislrualion simple. Les [tremiers (»u corps jaunes de la grossesse évoluent en elVet trèslentfiiieiit et leur volmne est <onsi(iérai)le. Ils apparaissent ;\ la suifacc de l'ovaire en un point saillant où l'on peut voir la cicatrice de la (b'-chinne produite |)ar la rupture du follicule. Ine section faite à ce niveau montre uiu' cavité circulaire ou obinngue, qui a acquis son plus giaïul volume deux ou trois mois après la f(''C(»n(lntiou cl qui est remplie de snng coagulé ou d'un li(|ui<l(' muqiieux sanguinolent. Celte cavité est linùtée par uni! zone jaunâtre ou lil.incliAlre pliss('e, très-vascularisée
HISTOLOGIE NORMALE DE l'oVAIRE. 1119
et épaisse; plus en dehors, à la limite du corps jaune avec le slronia de l'ovaire, il existe une membrane fibreuse blanchâtre et très mince. La couche corticale jaunâtre et plissée provient d'un épaississement considérable de la couche interne de la membrane fibreuse du follicule de Graaf. Cet épaississement, auquel l'épithélium ne parait pas participer est dû aune infinité de cellules plus ou moins grosses résultant de la prolifération des cellules du tissu conjonctif. Parmi ces cellules, il en est un grand nomdre qui deviennent très-grossses, présentent un noyau volumineux et une grande quantité de granulations graisseuses. Ce sont ces dernières qui donnent à la membrane phssée la couleur jaune et l'opacité qu'elle présente. La membrane fibreuse mince du corps jaune représente la membrane fibreuse des follicules. Cette formation nouvelle de tissu embryonnaire se continue pendant toute la grossesse, en même temps que le sang est résorbé ainsi que les granulations graisseuses de la membrane plissée. Le corps jaune diminué de volume est devenu plus dense. Il mesure encore 9 millimètres en moyenne au moment de l'accouchement. Plus tard, il s'atrophie de plus en plus et forme une cicatrice blanche et fibreuse ou jaunâtre ou pigmentée de noir, mais il ne disparaît pas entièrement. Les couleurs variées qu'il présente sont dues à la transformation de l'hématine contenue dans son centre et qui infiltre sa paroi.
Lorsque le corps jaune coïncide avec une menstruation simple, il est généralement petit dès le début, les phénomènes qui se passent dans le follicule sont les mêmes que précédemment, mais ils évoluent très-iapidement, de telle sorte que ces corps jaunes disparaissent complètement dans l'espace d'un mois et demi à deux mois.
La substance médullaire de l'ovaire consiste dans un tissu fibreux dense qui se continue au hile de l'ovaire avec le ligament ovarien et qui envoie des prolongements jusqu'à la capsule fibreuse de l'organe. C'est là que se trouvent les vaisseaux sanguins et lymphatiques les plus volumineux qui pénètrent par le hile. Les artères, qui sont repliées en hélice, cheminent dans le tissu conjonctif central, puis ellesse rendent juscju'à la surface de l'ovaire en suivant les faisceaux fibreux; les veines font corps avec le tissu conjonctif ainsi que les troncs lyrn|tlialiques. La meinbiane fibreuse externe des follicules de (iraaf présente un réseau très-riche de vaisseaux lymphatiques.
Le tissu conjonctif de la substance médullaire contient des faisceaux de fibres musculaires lisses.
Les nerfs viennent du ple\us ovarien qui pénètre dans l'organe en suivant le trajet des artères. Leur terminaison est inconnue.
Le ligament large est parcouru au-dessous de l'ovaire par des lubes ramifiés et ondulés. Ces conduils possèdent une membrane propre et un revêtement épilliélial. On les considère comme un reste du corps de WolfT aux dépens duquel l'ovaire se développe. L'ensemble des conduits ondulés qui persistent a reçu le nom d'organe de RosenmuUer.
§ 3. — IIistolOjs;ie palliologiquc «le 1 ovaire.
HvpÉRKMiE ; iiÉMORiuiAGiE. — La cougesliou ot l'hémorrliagie de l'ovaire sont des faits mensuels pliysiologiques ; chaque menslruation, ainsi que nous l'avons vu, et la déliiscence d'un follii'ule detiiaaf nécessitent une congcslion très-intense suivie d'une liémorrhagie. La congestion ovarique existe aussi conslaniment dans les péi'iodos aiguës des lièvres graves ^(iubler).
La congestion des ovaires est liée à toutes les causes de congeslion des organes génitaux de la femme, atix excès de coït, à la grossesse, à l'accouchement et à ses suites, aux métriles, etc. On observe des traces de congestion chronique causée par la stase du sang veineux dans les maladies du cœur, et dans ces mêmes cas il peut exister aussi une induration de l'ovaire duc à la formation nouvelle de tissu conjonctif induré.
Sous l'inllucnce d'une congestion très-intense de l'ovaire, pendant la menstination ou entre les é|H)([U{'s menstruelles, il peut se faire des riKtiii'licmeiits siniuaiits dans un ou plusieurs l'ollicnles de (iraaf à la fois. L'ovaire i-este alors viilnniinen\ et, l'u le sectionnant, on voit, an niilieii deson parench) me induré, pln>ienr> folliinlcs (|ui sont ienq)lis de sang coagulé. Ces foliuiilcs ont nn volume varialdc entre un [lelil pois et une cerise; le sang coagulé <|ni les distend est de couleur bi'un fonci'>, noirâtre, (.'l il subit là ses moditications hal)itnelles. Il (•^l facile de distinguer ces iinxiiutions palhologi(|nes des corps jaunes : il n'y a jamais à l'i-lat normal <|u'nn s(miI follicule ijui puisse pr(''seiiler du sang, c'est celui de la dernière menstruation, et alors on constate facilemeiil la cicatrice qni Ini corres-
OVARITE. 1121
pond à la surface de l'ovaire. L'hémoiThagie pathologique se fait au contraire dans deux ou trois follicules du même ovaire ou des deux ova'res, aussi bien dans les follicules profonds qu'à la surface. Les hémorrliagies folliculaires coïncident parfois avec des adhérences de l'ovaire, avec de la péritonite adhésive chronique périovarique, avec des adhérences pathologiques de la trompe qui empêcheut la déhiscence normale des follicules. En pareil cas, il y a en même temps un épaiss^9ement calleux de l'ovaire et des régressions anomales des follicules de Graaf, qui tantôt sont comblés par un tissu muqueux (Slavjansky), tantôt sont devenus hvdropiques. Lorsque l'ovaire est libre d'adhérences et qu'une hémorrhagie se fait dans un follicule superficiel, il peut en résulter une rupture de sa paroi et une hémorrhagie plus ou moins abondante dans le péritoine (hématocèle).
Inflammation de l'ovaire; ovakite (oopiioritis). — Pendant la grossesse, les phénomènes qui se passent du côté de l'ovaire confinent à l'inflammation et constituent, pour mieux dire, une inflammation physiologique. Le parenchyme est tuméfié et la circulation y est plus active : c'est pour ceja que le corps jaune de la grossesse évolue en ofl'rant un volume insolite; le tissu conjonctif montre ses cellules volumineuses etturgides; il y a aussi une plus grande quantité de cellules lymphati' ques migratrices; les fibres de tissu musculaire lisse sont auss". plus turgides et plus longues, et comparables aux mêmes élé' ments de la paroi utérine pendant la grossesse.
L'organe est, par ces modifications nutritives, disposé à une inflanmiation pathologique plus ou moins intense après l'accouchement ou apiès un avorlement. Aussi est-ce chez les nouvelles accouchées qu'on rencontre presque exclusivement les inflammations aiguës, où elles viennent concurremment avec la métrile et la péritonite péri-ovarienne. Les lésions sont plus ou moins intenses. Ainsi dans une forme peu intense, l'ovaire sera imbibé de suc et mou, avec une assez grande (juantité de cellules lymphatiques infiltrées dans son tissu. Les follicules de (haaf développés montreront dans leur intérieur un contenu trouble, teinte parfois par du sang, et constitué par unegiande, (pianlité de cellules épithéliales ou de cellules lymphatiques; on a afi'aire à un véritable catarrhe de la capsule du follicule. A un degré plus intense de l'infianimation, dans la pelvi-|)énloiiite, suite de l'accouchement, on trouveia, en même temps
qu'une congestion très-infense et des néomembranes fibrineuses de la surface ovarienne, une formation plus abondante des cellules lymphatiques collectées en traînées blanchâtres ou en petits abcès dans le stroma de l'ovaire. En môme temps, le contenu des follicules de Graaf contient souvent un liquide séro-purulent. Entin, dans les métro-péritonites puerpérales plus violentes, l'ovaire est situé au milieu du pus et des fausses membianes, son tissu est très-congestionné et ses loUicules sont habituellement remplis de pus.
Lorsque l'ovarite est accompagnée seulement d'une péritonite circonscrite au petit bassin par des adhérences fibrineuses et conjonctives, l'ovaire peut se trouver au milieu d'un abcès circonscrit qui se résorbera ou s'ouvrira par le rectum, la vessie, etc. ; plus tard, l'ovaire aura contracté des adhérences solides intimes ou filamenteuses par l'inlerniédiaire du tissu fibreux avec les organes voisins, avec la trompe, avec l'utérus, etc. , et sa fonction sera perdue.
On peut considérer comme une ovarite interstitielle chronique la formation du tissu fibreux dur et donse qui succède aux congestions ovariques répétées et à révolution rétrograde des follicules de Graaf. Ceux-ci, en efl'et, se transforment, ainsi que nous l'avons vu, en un tissu cicatriciel, même après la ménopause. Chez les femmes âgées, l'ovaire est presque toujours dur et calleux; sa surface est bosselée, d'apparence carlilaginiforme ; sa capsule fibreuse est épaissie et indurée comme la ca|)sule fibreuse de la rate; sa couche corticale est absente et les follicules de Graaf ou les corps jaunes de grossesse antéricuie ne se montrent plus que comme des kystes à parois fibreuses dures et rétractées. Ces ovaires sontde volume normal ou atro[diiés.
Tumeurs. — V ençhomb'ûmc de l'ovaire a été obscivé deux fois par Kiwisch ; dans un de ces faits, l'ovaire drt»lt avait ac- (|nis h' volume du poing et élail transformé en une masse cartilagineuse iiyaline et dure. Si an/.oni a vu un cas d'enchon- (hôme au milieu d'une lunicnr libreu^e.
Les (iiliiiriilrs de l'ovaire sont très-iares; ils \iennenl (|iu'l- (juefois avec la tuberculose des organes génito-urinaires, surtout chez les enfants. Le pf'iilojiic (|ui revêt l'ovaire en est souvent le siège, les granulations tuberculeuses développées dans le parencliyine sont loin d'iivoir la même fréquence, lisse
CARCINOME DE l'oyAIRE. 1123
présentent avec leurs caractères habituels, à l'état de granulations semi-transparentes ou avec un centre caséeux.
Les gommes syphilitiques sont également très-rares; M. Lancereaux en cite deux exemples, sans détails histologiques, il est vrai, et regarde comme syphilitique un état fibreux dense de l'ovaire qu'il a observé plusieurs fois sur des femmes encore réglées.
Des tumeurs secondaires, constituées par des lymphadénômes, ont été observées une fois par l'un de nous.
Les fibro-myàmes de l'ovaire, comparables à ceux de l'ulérus, sont cependant beaucoup moins fréquents. Ils se présentent tantôt comme de petites tumeurs sphériques siégeant soit à la surface, soit dans la profondeur de l'ovaire, tantôt comme de grosses tumeurs dures ayant le volume du poing ou davantage dans lesquelles l'ovaire est complètement transformé en une masse homogène. Un myôme kystique très-volumineux, provenant du service de M. Siredey et présenté à la Société anatomique par M. Rendu, a été déterminé par l'un de nous.
Sarcome. — Plusieurs exemples de sarcomes ovariens ont été présentés pendant ces dernières années à la Société anatomique : le volume de la tumeur est très variable; tantôt l'ovaire reste peu développé, tantôt il acquiert un volume énorme. Dans une observation de M. Villard [Soc. anut., 1870, p. 195) la tumeur, constituée par un sarcome embryonnaire avec kystes sanguinolents, pesait 7 kilogrammes. Dans d'autres faits, des kystes séreux se sont développés dans la tumeur sarcomateuse.
Carcinome. — Le carcinome de l'ovaire est primitif ou secondaire; il peut en effet se montrer consécutivement à un carcinome du col et du corps de l'utérus ou du rectum, ou d'un organe situé plus loin : la néoformalion est généralement alors petite et nodulaire. Cependant nous avons vu plusieurs fois une infiltration diffuse et complète de tout l'organe par un cancer secondaire émané de l'utérus et propagé par des lésions de voisinage.
Le carcinome ovarien primitif atteint de très-grandes dimensions; dans certains cas, la tumeur est, par exemple, de la grosseur d'une tète d'adulte ou davantage; le plus souvent, il
il 24 MALADIES DES ORGAN'ES.
appartient à reneéphaloïdo. Un ovaire seul est le siège de la tumeur volumineuse, mais l'autre ovaire peut aussi être atteint a un degré moindre. Le carcinome médullaire ovarien est une tumeur plus ou moins molle, ayant généralement une consistance plus ferme que dans dautres organes, en raison de la structure tibreuse préexistante de l'ovaire ; elle donne au raclage une quantité assez grande de suc laiteux opaque et sa surface de section est blanche ou blanc grisâtre et opacjue. La capsule libieuse ovarienne est le plus souvent envahie (juand le carcinome n"est pas absolument récent et on trouve sur la capsule des végétations et des bourgeons constitués par un tissu earcinomateux. Aussi le péritoine participe-t-il toujourstrèsvite, dans une partie limitée on dans tonte sa cavité, à la dégénérescence de l'ovaire : on observe alors un circinôme étalé on surface au péiifoine pelvien, au péritoine pariétal, au grand épiploon et aux villosités épiploïques de l'intestin. Nous avons \ u plusieurs Ibis de ces tumeurs énormes avec péritonite cancéreuse cluv de jeunes sujets. La structure de lencéphaloide ovarien ne dillère pas de celle de l'encéplialoide typii|ue; les cloisons qui limitent les alvéïdes présentent cependant quelquefois avec les libres du tissu conjonctif, des libres musculaires lisses bien reconnaissables : des cellules épithélioïdes sont disposées sans ordre dans les caAilésdu stronia. ou bien elles sont implantées perpendiculairement à la surface des cavités. Les vaisseaux, dans l'encéphaloïde, acquièrent quel- (juefois un dé^eloppement considérable, de telle sorte qu'on a afl'aire à un cancer hématode. De plus, dans cette forme de carcinome, de même que dans les autres formes de tumeurs ovari(iues, on peut trouver des kystes, que les kystes se soient fornu'S en même temps que le début du carcinome ou qu'ils l'aient précédé. Des bourgeons formés par le tissu de la tumeur font aloi-s en général saillie dans la cavité des kystes.
Le carcin»'>mc primitif peut se présenter sous foiine de tumeur collitïde, ce ijui est |dus rare, ou de squiirhe.
Les tumeurs seci>iulaires de Ton, lire otfrent la n>ème structure que les lumeui-s piimilives; on aura, par exemple, des vjiithéhninrs à nllKha cylimliiiiiiis où à cvllnlrs pmiuicntruites dans l'ovaire, cnn^éculivemenl à des tumeurs de nii^ine nature développées dan< l'tilérus.
Les épilliéliômes à cellules cylindriques peuvent, d'après l'observation de Mindlleiscli et «le Klebs, se développer primi-
KYSTE? DE l'ovaire. 1125
tivement dans l'ovaire. Dans un cas cité par ce dernier, une récidive dans la plaie cutanée suivit l'extirpation de la tumeur, et il y avait des tubes d'apparence glandulaire dans la tumeur cutanée.
Kystes de l'ovaire, — Les kystes sont de toutes les néoformations et maladies de l'ovaire les plus communes et les plus importantes par leur développement et par leurs conséquences; l'ovaire est avec le rein l'organe où ces pioductions ont le plus de tendance à se développer. Nous avons déjà vu des kystes dans les tumeurs de l'ovaire précédemment décrites; il nous reste à donnTr la description des kystes proprement dits qui sunt très-variés au point de vue de leur développement et de leur nature.
1" Hydropisie des follicules de Graaf. — Rokitansky a mis hors de doute ce fait que les follicules de Graaf peuvent se laisser distendre par un liquide séreux et limpide^ de manière à former de petites cavités kystiques de la grosseur d'un haricot ou d'une noisette. Dans une tumeur ovarique composée de kystes de ce volume, Rokitansky a mis en évidence que chacun d'eux contenait encore un ovule. Les kystes par distension des follicules sont généralement petits, et la tumeur de l'ovaire n'acquiert pas un volume considérable; elle dépasse rarement celui du poing.
2° Kystes uniloculaircs. — On rencontre quelquefois un kyste ovarien unique, ayant acquis un volume considérable et composé simplement d'une paroi formée par le revêtement péritonéal, une couche de tissu conjonctif lamellaire et un revêtement épithélial. On seiaif tenté de considérer de pareilles tumeurs comme lésultant d'une hydropisie et d'une dilatation considéral)le d'un follicule de Graaf. Mais rien ne le prouve, et, au contraire, tout poi1e à penser que ces kystes résultent de la réunion en un seul de plusieurs kystes préexistants, et qu'il s'agit d'un mode particulier de la dégénérescence kystique de l'ovaire dont nous avons déjà donné, à la page 309, une description que nous complétons dans le paragraphe suivant. Toutefois, il s'agit très-probablement de kystes simples dans les laits de guérison par une simple ponction, rapportés récerinnen par M. Panas, mais on n'en a pas la preuve analomique.
1126 MALADIES DES ORGiNES.
Toutes les variétés de kystes peuvent suppurer, c'est-à-dire présenter dans leur intérieur un liquide séro-purulent ou purulent, soit sous l'influence des ponctions ou des traumatismes, soit à la suite de maladies générales septiques ou d'inflammations utérines, surtout après raccouchement.
3° Kystes proligéres; kystes g élatini formes ou multiloculaires ; épithêlïùme myxoide. — Ces kystes sont multiloculaires et contiennent généralement un liquide muqueux. Nous devons rappeler en quelques mots leur structure en profilant des travaux impoi'tants qui ont été faits depuis peu sur les pièces enlevées pai" les chirurgiens dans l'opération d'ovariotomie. •
Ces tumeurs, très-volumineuses, sont formées de plusieurs kystes contenus dans une enveloppe commune, ou réunis par un tissu conjoiictif plus ou moins dense et abondant. Les parois des kystes sont formées également de tissu conjonctif dans lequel passent des artères hélicines et de très-giosses veines. La couche de tissu conjonctif la plus voisine de la surface est formée de lamelles semblables au tissu cornéen et séparées par des couches de cellules plates. La membrane interne, qui presque constamment est le siège de végétations papillaires ou verruqueuses, est tapissée par un épithélium. Cet épithélium s'implante sur une membrane formée par une couche endothéliale d'après M. Malassez, aux travaux duquel nous empruntons la plupart des détails hislologi(jues concernant ces tumeurs. Que la i)aroi interne des kystes présente ou non des végétations, elle est tapissée par une coucIïc simple d'épithéliuin cWiiidrique. (les celhiles subissent très-souvent, en totalité ou en partie, une dégénérescence nmqueuse. Les unes deviennent caliciformes ; elles sont réduites à une cupule à paroi mince, présentant un noyau en leur point d'implantation et leur cavité contient et sécrète coustiimnuMit un li(|ui(le nmqueux. D'autres deviennent splK'roïdales ou sphériiiues et se creusent de cavités contenant aussi du mucus. Kn tombant dans la cavité du kyste, elles se détruisent en augmentant la <|uantité du li<|ui(ie muqueux qui y est contenu. On a rencontre- aussi (juebjnefois des cellules à cils vibratiles.
l'ar l'iniprt'gnalion d'ar^jeiit, un voit li'ès-bien sur une surface les li>iure>i présentées par l'extréniilé ouverte des cellules caliiil'ormes, et, apré< .noir chassé ces cellules niécaniquemenl, on peut impit'^nei' de nn^Mue les grandes cellules d'endolhéliuiii qui «-iiiit |il,i(ées an dessous. l'ar ce procc-ib', i>m nu't aussi
KYSTES DE l'oVAIRE. 1127
en évidence l'épitliélium des capillaires de la paroi kystique et on apprécie la situation superficielle de ces vaisseaux.
Le contenu des kystes consiste en un liquide muqueux ou gélatiniforme qui se coagule par l'alcool, se gonfle ensuite et reprend sa transparence dans l'eau. 11 présente des stries parallèles à la surface des cavités. Les cellules qui s'y trouvent sont disposées sans ordre au milieu de la masse colloïde ou bien elles sont disposées en rangées parallèles aux stries précédentes. Ce sont des cellules calici formes disposées en séries comme si elles venaient d'être desquamées, ou Lien des cellules sphénques, ou des cellules rameuses à prolongements multiples, ressemblant à celles du tissu muqueux, bien qu'il n'y ait pas de formation de tissu muqueux à l'intérieur des kystes. Un observe en même temps des amas de cellules en dégénérescence graisseuse.
L'analyse chimique du liquide, d'après M. Méhu, donne de grandes quantités d'albumine, de la métalbumiue et de la paralbumine; c'est cette dernière qui donne aux liquides leur consistance gélatiniforme. M. Eichwald y a trouvé encore de la peptone albumineuse, de la mucine et de la pcptone muqueuse. Ces différentes substances sont le produit de la liltration de rall)umine du sang et de l'élaboration spéciale des cellules caliciformes.
Le contenu des kystes qui sont tapissés par des villosités très-vascularisées est souvent mélangé avec du sang qui lui dor.iie une couleur brune ou chocolat; il peut y avoir aussi rne grande abondance de cellules lymphatiques et une véritable suppuration surtout à la suite de trauniatismes.
Les kystes peuvent conmiuniquer entre eux, et cela a lieu par une ouverture sphérique qui se fait dans le point opposé à l'arrivée des principaux vaisseaux, c'est-à-dire là où la paroi était primitivement le plus mince et le moins vascularisée. Bien ne prouve qu'un kyste unique d'abord [)uisse se diviser; tout au contraire, l'aspect des kystes qui connnuuiquent montre que deux kystes voisins se sont ouverts l'un dans l'autre par suite de l'amincissement et de la rupture de la cloison de séparation.
Le tissu conjonctif (|ui sépare plusieurs kystes ainsi constitués, présente habituellement lui-même de petits kystes, situés dans son épaisseur, qui sont en voie d'accroissement et olfrent à considérer les mêmes détails de structure que les précédents; ces kystes font saillie dans la cavité des premiers lorsqu'ils augmentent de volume.
Dans aucun des kystes les plus petits en voie de développement on n'a pu rencontrer d'ovules ni de disque proligère, ce qui permet de mettre de côté l'hypothèse d'une formation de ces kystes par la distension des folMculos de Graaf préc.vistants. Il est vrai, d'un aulre côté, qu'on ne trouve aucun vestige des ovisacs et des follicules de Graaf, l'ovaire étant tout entier transformé en kystes analogues à ceux que nous venons de décrire. Celte absence complète des follicules ovariques sert d'argument aux auteurs qui, à l'exemple de Virchow, de Waldeyer, etc., expliquent la genèse des kystes nuillilocuiaires par des moiiificafions lies tubes ovariques décrits dans la vie fœtale par l'flûger. 11 y a en effet des points de structure comparables, et le rapprochement en est ingénieux; mais rien ne prouve que les grands kystes ni les plus récents proviennent des tubes ovariques de la vie fœtale.
Nous avons décrit, à la page 310, la structure des végétations de la paroi des kystes; nous n'y reviendrons pas : nous avons admis la possibilité du développement des kystes secondaires suivant le mode indiqué pai- Wilson Fox (|). 312), c'est-à-dire par la soudure des villosités qui, en s'unissant, formeraient des cavités closes, l.es observations plus récentes (le M. M.ilassez infirment ce mode de formation, et il a pu voir naître, dans les villosités, des kysles secondaires, qui apparaissent d'aboid comme un ilôt de cellules, dont les plus centrales devietment nAïqueuses et se détruisent eu formant wno cavité autour de bupudle les cellules pariélales devienuenl des cellules (l'épilliélium. Ce dernier mode de fnrmation esl coniparablo à celui i|ui a été indi^pié [tar Kœrster.
Kn deinièie analyse, M. Malassez ci'oit (pi'il s'agit dans ces tumcuis dune formalion nouvelle, d'une véritable hélérolopic épitlndiale, d'un épithéliome |>arti('ulier, et il le caractérise comme vaiiéli' par la j)roprii''lé que possède cet épilhélium de donner une sécrétion nmtpiense. il en fail parconséquent, comme pour la maladie kysli(|ue du leslicnle, nu riiilhclinDui iin/.voidr. La [dnpart des pièces ipii lui ont scivide mah'riel d'études proviMiaienl de liimem's enlcvi'es par M.l'éan; l'une d'elles provenait du seivice de M. 'l'n'dal.
Lorsque fe>i kysles sont ancietis, ou nH*'me pendant leur période d'acciiiissemeul, ils peu\enl. par suile de |»i''ri|nniles productives, se sduder iiilimerMeiil au\ parties voisines, au ^-raiid épipltmii. aux iuleslins. à l'ulénis. etc.. ce qui r«'nd plus difllcile l'opéralinn de lOv.u inlnniie.
OVIDUCTE ET L'TÉRUS. 1129
Habituellement , un seul ovaire est envahi et constitue la tumeur volumineuse; mais il peut se faire que l'autre ovaire présente déjà quelques kystes petits et en voie de développement, de telle sorte que, l'ovaire le plus volumineux étant enlevé, le second ovaire devienne à son tour le siège d'une tumeur kystique volumineuse. Les tumeurs très-anciennes monti'ent un épaississement fibreux carlilaginiformc de leurs parois,* qui sont assez souvent incrustées de sels calcaires, soit dans le tissu conjonctif qui les constitue, soit à la surface interne du kyste, où l'on trouve une bouillie blanchâtre formée de cellules en dégénérescence graisseuse, de granulations calcaires et de cristaux de cholestérine.
Les tumeurs de ce genre 'ne se générali^^ent pas : en adoptant la dénomination d'épithéliôme myxoïde, proposé par -M. Malassez, il faudrait faire cette réserve qu'à l'inverse des autres variétés d'épithéliôme, celle-ci n'a jamais donné lieu à des productions secondaires dans les ganglions ni ailleurs.
Kystes deujio'i'des. — Les ovaires sont un des sièges de prédilection des kystes dermo'ides de la troisième variété admise par Lebert; ils sont quel(]uefois très-volumineux, gros comme une tète d'adulte, et montrent dans leur intérieur des cheveux, des dents, etc. iNous n'avons rien à ajouter à la description qui en est donnée aux pages 30i et 305.