GLOBULES BLANCS
On peut donc distinguer maintenant, dans le sang de l'homme sain, les types suivants de leucocytes :
lame rodée; fixation parla chaleur sèche ù 115 ou 1:20 degrés pemlaiil une demi-lieure à deux heures (Ehrlich), à l'étuve ou sur une plaque chauffante en cuivre;
"2" Fixation de la prépaKition dessécliée par l'alcool absolu ou le mélange à parties égales d'alcool absolu et d'éther pendant dix à vingt minutes. Après ces trois moyens de fixation, toutes les colorations sont possibl«»s. On utilisera avec avantage la thionine, le mélange triacided'Elirlich, l'éosine et bleu de méthylène. Après la coloration par la thionine, les globules rouges sont verts, les noyaux des globules blancs violets, le protoplasnia des leucocytes à noyau polymorphe incolore, le protoplasma des lymphocytes violet pâle, les granulations éosinophiles incolores ou vert très clair, les granulations des mastzellen violet rouge. Après la coloration par le triacide (orange-fuchsine acidevert de méthyle), les cellules hémoglobiques sont jaune orange, les noyaux verdàtres ou incolores, les granulations éosinophiles rouge vif, les granulations neutrophiles des polynucléaires sont violettes. .Avec l'éusine-bleu île méthylène, les noyaux sont bleus, le protoplasma des lymphocytes bleu pâle, les granulations o; neutrophiles » rouges, les granulations éosinophiles -rouge vif; il faut faire agir l'éosine d'abord, le bleu ensuite ;
?)" Fixation de la préparation desséchée par immersion instantanée dans une solution d'acide chromique à 1 pour lUU (.Malassez). Par ce moyen, l'hémoglobine est très bien fixée, le noyau des globules blancs est beaucoup mieux tixé dans sa forme que par les fixateurs précédents. On peut faire agir après l'acide chromique l'éosine et le bleu de méthylène, l'éosine et l'hématéine. .Avec l'éosine-iiématéine, les granulations éosinophiles se; voient bien, mais les graimiations a neutrophiles >> sont invisibles; elles se voient rouges avec réosine-bleu, mais moins distinclcmont fiu'a]U'ès les premiers fi.xateurs indiqués ;
4° Fixation de la préparation desséchée par les vapeurs dégagées d'une solution d'acide osmique à 1 pour 100 (quarante à soixante secondes), coloration à l'hématéine et à l'éosine.
Ces méthodes suffisent dans la plupart des cas; cependant, il est des renseignements qu'elles ne peuvent donner, en particulier sur la véritable structure du noyau des globules blancs. Déjà par l'action des vapeurs d'acide osmique après dessiccation, cette structure est à peu près fixée dans certiflnes cellules; les résultats seront meilleurs si l'on fait agir les vapeurs d'acide osmique sur la goutte de sang étalée et non desséchée. Mais on apercevra plus distinctement et mieux fixé le réseau chromatique du noyau des globules blancs si, comme nous l'avons recommandé dans un précédent travail, on fait agir le liquide de Flemming fort dix à quinze minutes sur la goutte de sang étalée et non desséchée. Un lavage bien fait à l'eau courante et l'emploi des mordants jiermettent d'utiliser diverses colorations; en particulier, l'éosine-hématéine, l'hématéine-éosine-orange, la safranine après mordanrage par la teinture d'iode étendue Peinture d'iode, 1, alcool à 95 degrés, 100), l'hématoxyline au fer d'Heidenhain. Après la safranine, on peut employer avec avantage le bleu de méthyle (bleu acide), le violet acide, ou mieux encore le vert acide (lichtgrijn) qui colore en vert l'hémoglobine et les granulations acidophiies.
On pourra également employer le mélange triacide d'Ehrlich et la thionine, avec ou sans mordançage, et obtenir la coloration des différentes granulations des leucocytes.
Cette méthode permet de montrer que la chromatine n'est nullement à l'état diffus dans le noyau des grandes cellules mononucléaires : ce noyau possède au contraire un réseau chromatique très net, mais d'une grande finesse, et par conséquent très facilement altérable. Ainsi, ces noyaux ne sont pas des noyaux dégénérés, comme on l'a quelquefois pensé, en particulier dans la leucémie.
Ces altérations sont artificielles et tiennent à une fixation imparfaite dont les effets les plus apparents se font surtout sentir, naturellement, sur les noyaux les moins riches en chromatine. Il en est de même, du reste, pour les noyaux d'autres cellules sanguines, et les figures que nous donnons ici nous dispensent d'insister sur l'intérêt de la méthode en question.
1° Lymphocytes (1). — Cellules petites, à noyau arrondi, quelquefois incisé et en forme de bissac, à réseau chromatique serré, riche en chromatine et, par conséquent, très colorable, occupant presque toute la cellule. Certains se rapprochent du diamètre des globules
rouges, et le protoplasma ne forme qu'une mince collerette autour du noyau (petits lymphocytes); d'autres ont un protoplasma plus abondant (grands lymphocytes, moyens mononucléaires). Le protoplasma des lymphocytes prend les couleurs basiques; il peut même, avec certaines colorations, être plus coloré que le noyau qu'il laisse en clair (2).
2» Grands mononucléaires (3).
— Cellules plus grandes, à protoplasnia clair, assez abondant, très légèrement basophile. Le noyau est volumineux, arrondi ou plus souvent ovalaire ouréniforme, pauvre en chromatine. Certains d'entre eux sont un peu contournés, ce sont ceux qu'on a décrits sous le nom de formes intermédiaires.
3" Polynucléaires (4). En réalité ces cellules ne possèdent pas plusieurs noyaux, mais un seul noyau plus ou moins découpé ou contourné sur luimême, et formé de différentes parties réunies par des filaments chromatiques (Uanvier). Aussi
FiG. 96. — Sang de l'homme. — Lympliooytes Fixation par le mélange fort de Flemmint sans dessiccation. Coloration à l'écsinehcmatéine. — Grossissement de 1000 diamètres.
07. — Sang' de l'Iiomnie. Même pn'paratiun — Grands niononncli'aires.
(1) Synonymie : petits mononucléaires, première variété de Max Sclmltze; première variété de Hayem; leucocytes jeunes de Ouskoff et des auteurs russes; petits globules hyalins de Sherrington et des auteurs anglais.
(2) C'est ce protoplasaia très finement granuleux ou réticulé, basophile, qui correspond à ce qu'Ehrlich avait autrefois désigné sous le nom de granulation ô. Ces lynijihocytes correspondent aux « mononucléaires opaques » de Hayem.
(3) Synonymie : mononucléaires, polyeidocytes, leucocytes mûrs des auteurs russes, grands leucocytes hyalins des auteurs anglais.
(4) Synonymie : leucocytes à noyau polymorphe, à noyau bourgeonnant, à noyau lobé, polynucléaires nentrophiles; troisième variété de Max Schultze; deuxième variété de Hayem ; leucocytes à fines granulations oxyphiles des auteurs anglais; leucocytes vieux de OnskolT et des auteurs russes.
GLOBULKS BLANCS
serail-il plus juste de les appeler leucocytes à noyau polymorphe, mais l'usage a prévalu. Le protoplasma de ces leucocytes contient de fines granulations qui prennent les colorants « neutres » d'Ehrlich, et l'éosine dans certaines conditions (1) (granulations neutrophiles z d'Ehrlich.) '
4° Éosi}wi)liilcs (-2). Le protoplasma (le ces cellules contient de grosses granulations réfringentes ayant une affinité particulière pour les colorants acides (éosine, orange, fuchsine acide). Leur noyau est quelquefois semblable à celui des polynucléaires, mais il est le plus souvent formé de deux masses nucléaires distinctes, réunies ou non par un mince filament chromatique.
Enfin on peut voir encore dans le sang normal, mais en très petit nombre,
des leucocytes dont le protoplasma contient des granulations ayant
une affinité particulière pour les colorants basiques et prenant
avec les violets de méthyle, la thionine, etc., une teinte rougeâtre
« métachromatique. Ces leucocytes
correspondent aux mastzellen
d'Ehrlich.
On sait aujourd'hui ([u'à l'état normal, les follicules des ganglions lymphatiques ne contiennent que des lymphocytes et que la lymphe du canal thoracique ne livre guère au sang veineux que celte variété de cellule; au contraire, on trouve en abondance des leucocytes granuleux dans la moelle osseuse rouge. A l'état pathologique, on trouve
FiG. os. — Sang- de riiomiiic. — Leucocytes à noyau polymorphe.
Fixation par le mélange de Flemming' sans dessiccation. Eosine lii'maléini'. — 1000 dianièircs.
'Wa
FiG. O'J.
Sani;
riioinnie. Même
techniiiue. Leucocytes éosinopliiles.
1000 diamètres.
(1) liOiir aflinité pour l'ûosiiio se voit bien |)ar la coioratioii à réosiiie-bleii de iiKHliyli'iK!, surtout lor.s(|ue la li.xatiou est incomplète et n'a pa.s réussi, par exemple, à fixer toute riiémoglobiiie des globules rouges.
Lorsqu'après (ix.ition p;ir l'acide chromique ou l'alcool-éther, p;ir exemple, après dessiccation, on colore iortement par la tliioninc et qu'on monte la ])réparation, sans déshydrater, à l'alcool, et sans éclaircir par une essence, il est l'acilc d'obtenir les granulations neutrophiles colorées en vert-bleu, et les granulations éosinopliiles colorées en bleu. Les granulations neutrophiles sont faiblement acidophiles.
(2) Synonymie: quatrième variété de Max Schultze; troisième variété de Hayem ; leucocytes à granulations a d'Ehrlich; leucocytes ù grosses granulations oxyphiles ou acidophiles.
HISTOLOGIE l'ATHOLOGlUUE DU SANG
iS
FiG. 100. — Sang- de l'homme. Cellules irElirlich (Mastzellen). Dessiccation. Alcool-éther. Thioniiie. — 1000 diamètres.
également des leucocytes granuleux dans la rate (Dominici). Mais le fait qui indique tout l'intérêt de la distinction des variétés des globules blancs, c'est que ces différentes formes cellulaires sont entre elles dans un rapport assez constant pour le sang normal, et que ce
rapport varie, et de' différentes manières, dans les états pathologiques (1).
Chez l'homme adulte, à l'état sain, on trouve environ pour 100 leucocytes, 25 à 28 lymphocytes grands et petits, 4 à 8 grands mononucléaires, 65 polynucléaires, 1 à 2 éosinophiles. Quant aux mastzellen, elles sont très rares et ne dépassent guère 0,2 pour 100. D'un jour à l'autre, chez le même sujet, celte proportion varie assez peu, mais d'un sujet à l'autre les variations peuvent être plus considérables (de 50 à 75 pour 100 polynucléaires, chiffres extrêmes et exceptionnels).
Chez les nouveau-nés et les toutjeunes enfants, la proportion des polynucléaires est sensiblement moins forte que chez l'adulte (40 pour 100 environ) (2); les enfants plus âgés ont des chiffres intermé-
FlG. lui. — Sang de riiomme. Dessiccalio'i. Fixation par la chaleur. Eosine et bleu de iuéthylène. Lyiupliocytes. I.oniocytes à noyau polymorphe. Leucocyte à granulations éosinoiihiles. — 1000 diamètres,
(1) La inimératioii des dilîércnts types de globules blancs doit être laite sur des préparations fixées et colorées. L'opération consisic à jiasser en revue un nombre suflisaiit de cellules contiguës, au moyen d'une platine mobile, et à t'tablircusuileke pourcentage des diflërentes formes. Le cakul a montré qu'il fallait pas?er en levue au moins trois cents ou quatre cents globules blancs pour obtenir une a|>pio.\imaliciii suffisante. Les erreurs sont d'autant plus grandes ])our une catégorie de cellules que celle-ci est moins nombreuse. On utilisera avec avantage pour ces numérations les diaphragmes oculaires de Malassez, qui donnent au champ du microscope une forme rectangulaire facilitant beaucoup l'examen méthodique de la in'éi)aration.
1^:2) Cette proportion élevée des lymphocytes n'existerait, d'après certaines observations, qu'à partir du qualrièiiic ou du cinquième jour de la naissance ; pendant les premiers jours, on trouverait, au contraire, une proportion élevée de polynucléaires, coïncidant avec l'augmentation du nombre absolu des leucocytes qu'on observe à ce moment'.
LEUCOCYTOSE 519
diaires au nouveau-né et à l'adulte. Chez le vieillard, certaines observations permettent de penser que la proportion des polynucléaires est un peu plus forte que chez l'adulte, mais le fait n'est pas encore suffisamment établi (l).
La LEUCOCYTOSE. — La leucocytose est l'augmentation du nombre des globules blancs qui survient dans le cours de certains états pathologiques. Cette augmentation est le plus souvent aiguë et passagère,
FiG. 102. — Sang de l'Iioiiime. Dessiccation. Fixation par la clialciir. Coloration par le molange triaride. Lencocyles à noyau polymorphe portant des granolations nentrophiles d'Ehrlich. Leucocytes à granulations éosinophiles. Globules rouges. — Dans cette figure, les leucocytes ont été rapproches. — 1000 diamètres.
mais la leucocytose peut évoluer aussi à l'état chronique et persister ainsi jusqu'à la mort, comme au cours des tumeurs malignes. Le nombre des leucocytes varie de dix mille à cinquante mille et plus; et fait tout aussi important, le rapport des différentes formes de leucocytes entre elles varie notablement. Suivant que l'augmentation des leucocytes porte sur les polynucléaires, les éosinophiles ou les lymphocytes, on a distingué plusieurs types de leucocytose.
fl) Nous n'avons pas à aborder ici la niorpiiolotjie comparée du sang, mais nous devons donner seulement quelques renseignements sur le sang des animaux utilisés pour l'étude e.xpérimeulale de la leucocytose. La granulation neulrophile d'Ehrlich n'a été jusqu'ici trouvée ((ue chez l'homme et chez le singe. Chez le lapin et le cobaye, les polynucléaires sont tieaiicoup moins nombreux que chez l'homme; ils contiennent une granulation acidophile dont raffinité pour les couleurs acides est intermédiaire à celle de la granulation s et de la granulation a d'Ehrlich. C'est la granulation p, ou auiphophilo d'Ehrlich. Ces cellules ont été encore appelées pseudo-éosinophiles. Les polynucléaires sont, chez le chien, un peu plus nombreux que chez l'homme. Chez le cheval, les granulations éosinophiles ont un volume considérable. Enfin, les mastzellen, toujours rares dans le sang des mammifères, sont assez nombreuses dans le sang des vertébrés inférieurs, en particulier chez les lacertiens.
1) Leucoajtose polynucléaire. — C'est de beaucoup la plus importante des leucocytoses. Elle peut exister déjà, très peu accentuée il est vrai, comme réaction physiologique pendant la grossesse parexemple, ou pendant la période digestive (alimenlation azotée); mais elle constitue le plus souvent une réaction pathologique. On la rencontre :
a) Dans la plupart des maladies infectieuses, en particulier dans les suppurations aiguës, les septicémies, la pneumonie, etc.
b) Dans certaines intoxications aiguës.
FlG. Kl.".. — Sang de Thomme. Leucocytose. Dessiccation. Acide cliromiqiie. Kosino. Héniatriiio.
350 iliamètrcs.
c) Dans certaines maladies chroniques où elle semble jusqu'à un certain point indépendante de la cachexie et de l'anémie : cancer, cirrhose hypertrophique de Hanot.
Dans ces différents cas, la proportion des leucocytes à noyau polymorphe augmente notablement et atteint 80, 90 pour 100 et plus. La seule connaissance de cette augmentation de la proportion des leucocytes à noyau polymorphe peut révéler l'existence d'une leucocytose. Cependant, il faut savoir que dans certaines circonstances, le chiffre absolu des leucocytes à noyau polymorphe ne s'élève pas; seul augmente leur nombre relatif, comme si l'organisme était impuissant à faire les frais de la leucocytose. C'est là, pounait-oii dire, une sorte (h' leucocytose atténuée.
LEUCOCYTOSE 521
Dans les maladies aiguës qui ont une évolution cyclique, la leucocytose a une marche définie. C'est ce qu'on peut voir, par exemple, dans la pneumonie. La leucocytose apparaît avec l'invasion de la maladie et persiste jusqu'à la défervescence. Elle tombe avec la fièvre dans les cas de résolution rapide normale; dans les cas de résolution lente, au contraire, la chute de la leucocytose se fait irrégulièrement, comme la chute de la température. Pendant tout ce temps, le chiffre des polynucléaires reste élevé. A la défervescence, les lymphocytes et les éosinophiles reviennent à leur proportion normale. Ils peuvent même, pendant la convalescence, être plus nombreux qu'ils ne le seront plus tard.
Dans une maladie cyclique d'un autre genre, la fièvre récurrente, la leucocytose polynucléaire a une marche différente et pourtant comparable : le nombre des globules blancs augmente chez la plupart des malades pendant l'accès et tombe brusquement en dehors des accès (Ouskoff).
Dans les maladies qui n'ont pas une marche définie, la leucocytose, lorsqu'elle existe, n'a pas d'évolution particulière et cyclique; elle est, d'une manière générale seulement, en rapport avec la courbe de température. Dans les suppurations aiguës, où elle est toujours très nette, elle tombe le plus souvent avec la fièvre, lorsque le pus s'est fait jour hors du foyer (Malassez).
Elle peut reparaître ensuite, mais d'une manière moins constante, avec le passage de la suppuration à l'état chronique.
Dans d'autres maladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde, la tuberculose aiguë, la rougeole, la leucocytose manque le plus souvent. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, on sait maintenant qu'en général, il n'existe pas de leucocytose, et qu'au contraire, souvent même, il existe une diminution du nombre des leucocytes, qui, avec des irrégularités, se montre pendant toute la maladie. Pendant la période d'état, la proportion des polynucléaires est augmentée, mais elle peut être aussi inférieure à la normale. A la défervescence, ou même plus tôt, elle s'abaisse presque constamment. Le nombre le plus souvent bas des leucocytes, la diminution de la proportion des polynucléaires à la fin de la maladie, ont permis souvent de constater, d'une façon très évidente, l'apparition d'une leucocytose polynucléaire révélant l'existence d'une complication (escaire, abcès, furoncle).
La leucocytose polynucléaire a été observée à la suite des hémorragies, mais pas d'une manière constante. Les causes qui ont provoqué ces hémorragies viennent influencer les résultats et expliquer
leur contradiction. Il est difficile, en effet, chez l'homme, de dire si la leucocytose est due à l'hémorragie elle-même, ou à la cause qui l'a produite. A la suite des hémorragies expérimentales, elle a été constatée, mais pas par tous les auteurs. Elle dépend probablement beaucoup de l'intensité de l'hémorragie. Nulle, ou à peu près, à la suite des petites pertes sanguines, où elle dépendrait surtout de l'existence d'une plaie et d'une infection surajoutée (Malassez), elle a été vue surtout dans les grandes hémorragies.
La leucocytose peut exister dans les anémies. Cependant, dans les anémies qui ne sont pas provoquées par une hémorragie ou par un état inflammatoire, ou auxquelles ne vient pas se surajouter une complication, on ne l'observe ordinairement pas; souvent même le nombre des leucocytes est diminué, comme le nombre des globules rouges et comme le chiffre de l'hémoglobine, sans qu'il y ait une relation absolument régulière entre les deux phénomènes.
On s'est demandé si la leucocytose qui, en tant que réaction de l'organisme, est souvent utile au diagnostic, au cours des tumeurs malignes et des suppurations aiguës, par exemple, pouvait donner des renseignements au point de vue du pronostic.
Dans la pneumonie, la continuation de la leucocytose polynucléaire pendant la convalescence est en rapport avec la chute incomplète et irrégulière de la défervescence ; elle montre que la maladie n'est pas terminée ; à cette période, l'élévation de la leucocytose avec augmentation considérable de la proportion des polynucléaires, est en rapport avec le passage de la pneumonie à la suppuration, et, par conséquent, est d'un pronostic extrêmement grave. Inversement, dans cette maladie, la réapparition des lymphocytes et des éosinophiles, précédant le retour à l'état normal, indique la fin de la réaction et l'approche de la guérison.
Dans ces cas, la leucocytose nous apparaît donc comme une réaction qui nous donne la mesure de rintensilé de la maladie. 11 n'en est peut-être pas toujours ainsi. Dans beaucoup d'infections expérimentales, lorsqu'on opère avec des cultures très virulentes et avec des doses considérables, capables de luer rapidement, la leucocytose ne se produit pas, et même le chiffre des leucocytes tend plutôt à s'abaisser d'une façon durable. Peut-il en être de même chez l'homme? C'est ce qui semblerait, d'après les observations de plusieurs auteurs, qui, dans la pneumonie mênie, ont constaté l'absence de leucocytose dans des cas graves rapidement mortels. La contradiction qui semble exister entre ces deux ordres de faits n'est peut-être qu'apparente :
LEUCOCYTObE ô23
les premiers se rapportent à Textension d'une lésion anatomique, les seconds à des intoxications ou à des infections graves dès le début, sidérant l'organisme et l'empêchant de réagir. Mais, en clinique, l'absence de leucocytose au cours d'une maladie infectieuse, où cette réaction existe le plus souvent, ne suffit pas à faire porter un pronostic fatal. La leucocytose ne parait pas absolument nécessaire pour laguérison du malade. Les observations de J. Nicolas, P. Courmont et R. Prat semblent montrer, qu'au point de vue expérimental, pour
!• 10 11(4. — Sang de rhuiiiiiic. I.ûpre. Eosinopliilic. D^'Ssiccation. Aciilr cliroiiiiiinc. Ensine. Héiiiatùinc. — 800 diamètres. — Dans celte Oi;iire, les leucocytes ont été lappioiliés les nus îles autres; ils étaient plus éloiiçnés dans la |)répar.itioii
l'immunisation d'un animal (avec la toxine diphtérique), la production d'une leucocytose n'est pas indispensable.
"2) Leucocytose à li/iiiphocyles (lynipliocylose). — A côté de la leucocv'tose que nous venons d'étudier, dans la(|uelle 1(3S ('déments lymphati(|ues nouveaux trouvés dans le sang sont des cellules à noyau polymorphe, il existe un petit nombre de faits, dans lesquels les éléments nouveaux du sang sont des lymphocytes. La lymphocytose a été constatée surtout chez les enfants, en particulier dans la coqueluche (FriJhlich, Meunier), oîi elle est particulièrement nette et constante; elle a été vue également flans la syphilis congénitale (Engel). L'apparition des lymphocytes en i;rand nombre dans le sang se voit
r.2i HISTOLOGIE l'ATHOLor.lQUK DU SANG
constamment dans une forme spéciale de leucémie que nous étudierons tout à rtieure.
L'augmentation de la proportion des formes mononucléaires (sans augmentation du nombre absolu des leucocytes) se voit souvent dans les anémies (Ehrlich), mais ce fait n'est nullement constant, et dans la chlorose en particulier, où l'on s'y était attaché, il manque souvent. Dans la syphilis, en rapport avec l'anémie de la période primaire et secondaire, il a été aussi rencontré, lié à un nombre de globules blancs normal, ou à une légère leucocytose qui apparaîtrait avant l'anémie (Zelèneff).
3) Eosinopliilie. — 11 existe un troisième ordre de faits, dans lesquels les éléments nouveaux du sang sont surtout des cellules éosinophiles. A vrai dire, dans le plus grand nombre des cas, il s'agit moins d'une leucocytose à cellules éosinophiles que d'une augmentation dans la proportion de ces éléments qui, à l'état normal, forment 1 à :2 pour 100 du nombre des leucocytes. Or, dans certains cas, leur nombre relatif atteint 25 pour 100 et plus. Ce fait a été constaté surtout dans un certain nombre de maladies cutanées : la dermatite herpétiforme (le Duhring (Leredde et Perrin), la lèpre (Gaucher et Bensaude, Darier, Jolly), maladies dans lesquelles il semble assez constant; le pemphigus (Neusser), le psoriasis, certains prurigos (Canon), certains urticaires aigus (Lazarus), la scarlatine (Zappert, Briihn-Fahreus), certaines tumeurs de la rate, des intoxications, etc. ; on Ta constaté aussi, d'une manière assez constante, dans le sang des asthmatiques (Gollasch, H. -F. Mûller), dans le sang de malades infectés par des trichines ou des helminthes (Millier et Rieder).
L'éosinophilie a été encore observée quelquefois au cours de tumeurs malignes, à la suite de la splénectomie; enfin nous avons vu, plus haut, que pendant la convalescence des maladies fébriles qui s'accompagnent de leucocytose, lors de la disparition de celle-ci, les éosinophiles pouvaient momentanément être plus nombreux qu'à l'état normal.
Les circonstances nombreuses et différentes dans lesquelles l'éosinophilie a été rencontrée ne permettent pas encore d'y voir une réaction appartenant à une catégorie particulière d'états morbides.
L'augmentation du nombre des maslzellen dans le sang à l'état pathologique est un fait encore peu cuniiu. Cependant Levaditi aurait observé une leucocytose à mastzellen chez des lapins intoxiqués par la toxine staphylococcique.
Rieder avait déjà indiqué, au cours de leucocytoses polynucléaires
LEUCOCYTOSE 5-2o
aiguës, l'apparition, dans le sang, de cellules de grande taille, à noyau arrondi, à protoplasnia finement granuleux (myélocytes neutrophiles), ou à grosses granulations (myélocytes éosinophiles) et semblables aux cellules de la moelle osseuse. Ces myélocytes, que nous décrirons à propos de la leucémie, ont été vus également dans la convalescence de la pneumonie (Tûrk), au cours de la diphtérie (Engel), dans l'anémie post-hémorragique (Lazarus). Dans ces cas, l'apparition de ces cellules est un fait surajouté et jusqu'à un certain point exceptionnel; cependant certaines observations récentes tendent à nous montrer que l'apparition de ces cellules pourrait constituer une forme de leucocytose, comme cela a été vu par Weil pour la leucocytose variolique, et par Engel dans des diphléries graves (leucocytose myélogène d'Engel).
Enfin Ehrlich a observé, dans un cas de variole hémorragique, de petits leucocytes, fort rares, présentant un noyau arrondi entouré d'une mince couche de protoplasma contenant des granulations neutrophiles (petits neutrophiles pseudo-lymphocytes). Il les considère comme provenant de la fragmentation des polynucléaires neutrophiles (l).
On a cherché k éclairer le mécanisme de la leucocytose par l'expérimentation, et l'on a produit ce phénomène chez les animaux au moyen d'un grand nombre de substances, en particulier par l'injection souscutanée ou intra-veineuse de cultures et de toxines microbiennes.
Dans ces expériences, et le fait existe surtout lorsque l'inoculation est intra-veineuse, la leucocytose est précédée d'une phase d'abaisse-
(1) On a décrit encore, dans le sanj; pathologique de l'homine, des formes de leucocytes exceptionnelles, dont la valeur n'est pas encore élucidée : des cellules à noyau arrondi, à protoplasnia opaque hasophile (cellidcs de Tiirk), des cellules analogues aux cellules plasmatiques de Unna.
, La composition chimique des granulations des leucocytes n'est pas encore connue ; elles semblent formées par des substances albuminoïdes complexes; certains auteurs auraient trouvé du fer dans les granulations éosinophiles. On a considéré que ces granulations représentaient les aléxines (théorie des aléxocytes), mais c'est là une pure hypothèse. L'existence de ferments dans les leucocytes, la comparaison de ces grains avec ceux contenus dans le protoplasma de certaines cellules glandulaires, portent à voir dans certaines de ces granulations de véritables diastases. D'autres paraissent èlrc des substances alimentaires de réserve, comme les granulations vitellines. Knlin, ime dernière hypothèse considère ces granulations comme étant de nature proto[)lasmique et comme représentant simplement un état physique spécial du plasma ccllul.iirc.
Pour Ehrlich, les gr.Tnulations qu'il a décrites sont spécifiques ; elles ciuaitérisent une variété de cellules; on ne trouve donc qu'une seule espèce de granulations dans la même cellule. Cependant on a observé, dans le sang, mais surtout dans les or^çanes hémntopoïétiques, des leucocytes portant les unes à côté des autres des granulations à affinités différentes; il s'agirait là simplement des stades divers do mat\iration d'une seule et même granulation.
5i»6 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DU SANG
ment du chiffre des leucocytes, qui se produit dans les quelques minutes qui suivent l'inoculation, et dure peu de temps. Cette hypoleucocytose initiale et passagère qui, jusqu'ici, n'a pas été observée d'une manière certaine en clinique, a été attribuée d'abord à la répulsion des leucocytes par chimiotaxie négative dans les capillaires viscéraux. Mais on peut en donner une interprétation plus simple : d'une part la destruction directe d'un certain nombre de leucocytes, d'autre part l'accumulation des globules blancs qui se produit dans tous les territoires vasculaires où la circulation est ralentie, et qui prive par conséquent, d'une façon momentanée, la circulation générale d'une partie de ses leucocytes.
Quant à la leucocytose, on l'a attribuée à une inégale répartition des leucocytes; mais cette interprétation est aujourd'hui abandonnée; les globules blancs sont, pendant la leucocytose, réellement augmentés de nombre dans le sang. On n'a pas encore démontré que, pendant ce phénomène, il se produit une division directe ou indirecte des leucocytes dans le sang même; au contraire, un certain nombre de faits nous permettent de penser qu'au moment de la leucocytose, il arrive au sang de nouveaux leucocytes, venus de leurs foyers de formation, constituant des réserves renouvelables (1). Ces faits sont les suivants : l'apparition de globules rouges nucléés pendant la leucocytose (Dominici), la transformation de la moelle osseuse jaune en moelle rouge au cours des maladies infectieuses, et, en particulier, à la suite des infections expérimentales capables de produire la leucocytose (Roger et Josué), les éosinophilies et lymphocytoses qu'on a constatées à la suite de la splénectomie (Vaquez), enfin l'apparition au cours et au déclin de quelques leucocytoses de cellules médullaires ou myélocytes. , Les faits précédents tendent à nous montrer de plus le rôle par-
(!) La raison de l'afflux de ces leucocytes au sang a été placée dans rattraction chimio-tactique. On peut supposer qu'à l'état normal, c'est l'oxygène du sang qui attire les leucocytes (Ranvier) ; à l'état pathologique, ce seraient les produits toxiques. Suivant la présence de telle ou telle toxine, telle nu telle variété de leucocyte serait attirée, et on comprend ainsi qu'il puisse y avoir des leucocytoses difierentes. C'est évidemment l'hypotlièse qui, à l'heure actuelle, rend le mieux coinjite des faits, mais elle n est pas encore absolument prouvée.
Gomme les lymphocytes ne présentent in vilro que des mouvemeuls pseudopodiques très minimes, on peut supposer que leur faculté de diapédèser est également très faible. Ehrlich a pensé que dans la lymphocytose et la lymphocylémie. lafllux des lymphocytes dans le sang était conditionné par des troubles mécaniques augmentant la circulation de la lymphe dans les organes lymphoïdes; aussi, réunit-il ces deux états pathologiques sons l'épithète de « leucocytose passive », leucocytose dans laquelle les nouveaux leucocytes ne sont pas arrivés dans le sang par diapédèse et par attraction chimio-tactique, contrairement à ce qui se passe dans la « leucocytose active », à laquelle il rapporte la leucocytose polynucléaire, l'éosinophilie, et même la myélocytémie.
LEUCÉMIE 527
ticulier de la moelle osseuse dans Téosinophilie et dans la léucocytose polynucléaire (Ehrlich).
La nouvelle conception de l'inflammation, envisagée par Metchnikoff comme un phénomène défensif, a porté à voir dans la léucocytose un acte de défense. Mais la phagocytose des microbes du sang ne suffit pas à donner la signification de l'afflux des leucocytes dans le sang, puisque les microbes du sang sont relativement rares. On a pensé alors que si les leucocytes arrivaient dans le sang, c'était pour aller ailleurs exercer leur action phagocytaire au niveau des points enflammés. Mais dans les cas où ces foyers inflammatoires, infiltrés de leucocytes et de microbes, n'existent pas, cette interprétation n'est plus possible: ainsi en est-il dans les intoxications. Metchnikoff" admet que les leucocytes viennent dans le sang, suivant les cas, absorber la toxine et la détruire, ou fabriquer l'antitoxine, mais cette manière de voir n'est pas encore suffisamment démontrée. Enfin, depuis quelques années, un certain nombre de faits permettent de supposer que les leucocytes peuvent, à l'état normal, jouer un rôle dans les phénomènes intimes de la nutrition (1). C'est là une donnée dont il faut tenir compte également lorsqu'on cherche à interpréter la léucocytose.
LA LEUCÉMIE
La leucémie n'est pas, à proprement parler, une maladie, et nous n'en connaissons que les lésions anatomiques qui portent avant tout sur le sang et les organes hématopoiétiques.
On range sous cette dénomination, des états morbides dans lesquels on observe des hypertrophies ganglionnaires et spléniques accompagnés d'une anémie progressive et de modifications spéciales quantitatives et qualitatives des globules blancs.
La lésion du sang dans la leucémie constitue une réaction particulière de ce tissu.
(l) L"hypotli<;se du rôle actif des globules blancs d;ins la iiutiitiou a été émise pour la première fois en 187Ô, par Ilanvier, qui comparait les leucocytes à des cellules glandulaires. Les faits nui sont venus depuis à l'appui de cette hypothèse sont les suivants : la découverte des mastzcUen et leur mode spécial de répartition dans le tissu conjonctif sain et pathologique, la découverte de la clasmatosc des cellules migratrices, l'accumulation des leucocytes et les phénomènes de destruction qu'ils présentent au niveau des plaies en voie de réparation, le rôle des globules blancs dans la formation ou l'apparition delà fibrine et le rôle des filaments de fibrine dans la cicatrisation des plaies; l'existence de glycoi;ène au sein des leucocytes des foyers inllaoïmatoires et le transport de cette substance ilans le sang par les leucocytes; l'existence de ferments dans les leucocytes; la présence dans le protoplasma des globules blancs de ces granulations variées où, par comparaison avec d'autres cellules de l'organisme, nous avons tendance à voir des matériaux île réserve ou des ferments.
Ni la durée du phénomène, ni le chiffre absolu des leucocytes ne permettent, comme on l'avait cru autrefois, de délimiter la leucémie et la leucocytose. Ce qui, au point de vue de la réaction sanguine, différencie la leucémie, c'est la morphologie des leucocytes.
Bien qu'à ce point de vue même, il existe, comme nous le verrons plus loin, des faits qui permettent de rapprocher les leucémies des leucocytoses, nous pensons qu'il est préférable de ne pas confondre la description de ces deux réactions morbides.
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FiG. 105 — Sang de riionime. Lymphocytémic. Dessiccation. Acide cliromiquc Eosine, hématéine — Grossissement de 800 diamètres.
Déjà Virchow avait entrevu les modifications morphologiques des
eucocytes dans la leucémie et il avait distingué avec raison deux types
de leucémie. Si la distinction qu'il avait faite a été longtemps délaissée,
c'est qu'il avait voulu superposer des types cliniques particuliers à ces
deux sortes d'altérations sanguines, ce qui n'est pas toujours possible.
Au point de vue de l'état du sang, nous pouvons déjà distinguer deux formes de leucémie : dans Tune, ce sont des cellules semblables aux lymphocytes qui dominent dans le sang: dans l'autre, ce sont des myélocytes (cellules médullaires), aussi a-t-on appelé ces deux formes lymphocytémic (1) et myélocytémie (2).
(1) Synonymie: leucémie lymphatique ; leucémie ganglionnaire de Virchow.
(2) Synonymie : leucémie myélogène, leucémie myéloide, médullaire; leucémie splénique de Virchow.
LEUCÉMIE
a) Lymphocytémie. — Le nombre absolu des globules blancs n'est souvent augmenté que d'une façon modérée; il peut même quelquefois être normal; il est plus rare qu'il atteigne les chiffres énormes qu'on observe dans la myélocytémie. Ce qui est constant, c'est que la proportion des lymphocytes est accrue dans des proportions considérables (50, 60 pour 100, 90 pour 100 même) aux dépens des autres formes (des cellules à noyau polymorphe en particulier, dont le chiffre tombe à 25, 20, 10 pour 400). La leucémie lympha-
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FiG. 106. — Sang de rhomme. Lymphocytémie à gros lymphocytes. Dessiccation. Acide ciiroraiqiio. Eosine, hcmatéine. — Grossissement de 500 diamètres.
tique peut évoluer à l'état chronique ou à l'état aigu, et c'est à ce type de leucémie que se rapportent la plupart des cas publiés de leucémie aiguë (1).
b) Myélocytémie. — Le nombre des globules blancs est ordi-
(1) Au point, de vue pur de la réaction sanguine, il est bien difficile de faire une distinction catégorique entie la lyniphocytose et la lymphocytémie. Cependant, la réaction est plus marquée dans la lymphocytémie. Mais la distinction est surtout justifiée si l'on tient compte de l'évolution de la maladie et des lésions des organes et des tissus. La lympliocylémie est, si l'on veut, une lyniphocytose chronique et progressive liée à l'existence d'hypertrophies ganglionnaires et spléniques chroniques, progressives, et à la formation anormale de tissu lymphoïde dans des points qui n'en contiennent pas normalement.
CORNIL ET RANVIER. — II.
HISTOLOGIt: PATHOLOGIQUE DU SANG
nairement très augmenté, et atteint trois, quatre, cinq cent mille et plus; le rapport normal de g^> 7^5 est alors remplacé par les rapports de J^i ^? l^ \ même. La morphologie du sang est caractéristique. On y trouve déjà les leucocytes habituels du sang : lymphocytes, mononucléaires, polynucléaires, éosinophiles, avec les caractères qu'ils présentent dans le sang normal. Mais, de plus, on trouve dans le sang
et en très grand nombre, des cellules toutes particulières qui onttous les caractères de certaines cellules qu'on rencontre dans la moelle osseuse. Ce sont : 1" des cellules volumi- ^.^^ , g^ , ^^^r neuses à grand
incurvé, pauvre en chromatine, riche en suc cellulaire (1) et dont le protoplasma est finement granuleux : ce sont les myélocyles, ou myélocytes neutrophiles d'Ehrlich(2);2'' des cellules mononucléaires dont le protoplasma
FiG. 107. — Sang de l'homme. Myélocytémie. Dessiccation. Acide chromique. Eosine, hématéine. Leucocytes à noyau polymorphe ; leucocyte éosinophile, et à côté de lui, un globule rouge nucléé. Myélocite éosinophile en haut de la figure ; en bas, lymphocyte ; à droite et en bas, myélocyte neutrophile. — Grossissement de 800 diamètres.
(1) Nous avons rappelé plus haut que la coloration diffuse de ce noyau était une altération artificielle qui avait fait alors considérer ces éléments comme morts et dégénérés, et qu'en réalité ces noyaux-possédaient un réseau chromatique délicat, difficile seulement à mettre en l'-vidence.
Dans un graml nombre de ces cellules, et surtout dans celles qui possèdent un noyau arrondi et très volumineux, le réseau chromatique est iiarticulièremenl délicat, et il existe un ou plusieurs gros nucléoles. Ce ne sont pas des points nodaux du réticmIuim chromatique, mais des nucléoles vrais, qui, avec des colorations combinées, peuvent être colorés d'une manière diflërente de la cliromatine. Dans les myélocyles oii le réseau chromatique est plus riche, à travées plus épaisses, les nucléoles vrais ont ordinairement disparu, comme dans le noyau polymorphe. Le réseau délicat qu'on observe dans les plus gros noyaux en dehors des nucléoles ne semble pas formé entièrement de chromatine; il apparaît formé d'une substance achromatique (linine) dont les filaments sont imprégnés de chromatine aux points nodaux du réseau.
\t) Mononucléaires neutrophiles, grand*? mononucléaires neutrophiles. Ehrlich considère leur granulation protoplasmique comme identique à celle des polynucléaires du sang normal. 11 semble bien que ces cellules soient capables de se transformer, dans la moelle osseuse, en polynucléaires.
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ne contient pas de granulations neutropliiles (l); le volume de ces éléments est variable; les lbrm*es les plus volumineuses ne se distinguent des myélocytes que par l'absence de granulations protoplasniiques; 3" des cellules de grande taille, dont le noyau est volumineux, arrondi, ovalaire ou incurvé et dont le protoplasma est rempli de granulations réfringentes acidophiles. Ce sont les myélocytes éosinophiles (H.-F. Mùller). Elles sont très distinctes des autres cellules éosinopbiles, dont les dimensions sont moindres et surtout dont le noyau est polymorphe ou double ; 4" des maslzellen (:2); 5" de grandes cellules, semblables aux myélocytes, dont le noyau présente des phénomènes de karyokinèse.
On peut observer en karyokinèse des myélocytes sans granulations, des myélocytes à granulations neutropliiles et des myélocytes éosinophiles (3).
Enfin, on trouve, dans le sang leucémique, des cellules qui ne diffèrent de celles du sang normal que par leur volume moindre : ce sont des éosinophiles et des leucocytes polynucléaires de petite taille. Ces polynucléaires nains (Spilling) se rencontrent aussi en dehors de la leucémie, dans diflerentes anémies.
Ces différentes formes de globules blancs sont dans des rapports
Fifi. 108. — Sang du rhomnie. Myélocyléiuie. Dessiccation. Acide chroniique, éosine, béniatéine. Leucocyte à noyau polymorphe; gros myélocytes neutropliiles; myélocytc éosinophilc, globule rouge nucléé; myélocyte eu kanokinèse. Les deux gros myélocytes qui se trouvent en haut et à gauche ont été rapprochés. — • Grossissement de SOO diamètres.
(1) Ce sont les myéloblastes de Naegeli, les myélocytes sans granulations d'Elirlicli.
{i) Les niastzellen, dans la leucémie niyélogène, ont un noyau arrondi ou polymorphe; dans le sang nurnial de l'homme elles ont un noyau polymorphe.
i'ô) Sur les [irépjirations par dessiccation, le noyau en mitose est coloré peu vivement et peut échapper à l'observation. Sur les préparations de snuy; H.xé à l'état frais par le Fleinming, les mitoses tranchent vivement par leur coloration lje:iucoup pins intense. Ces cellules en division apparaissent ainsi quelquefois moins rares que ne permettaient de le penser les premières observations faites à ce sujet. Elles sont particulières à la myélocyte luie.
très variables. Ce qui domine, le plus souvent, ce sont les myélocytes granuleux; ce sont, avec les éléments en karyokinèse, les cellules les plus caractéristiques du sang de la leucémie myélogène (1).
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Fio. 109. — Sang de l'homme. Myélocytémie. Fixation par le mélange de Flemmiug sans dessiccation safranine. Leucocytes à noyau polymorphe ; leucocyte éosinophile ; petits myélocytes ; gros myélocytes avec leurs nucléoles, leur membrane et leur réseau de linine. Dans les deux do gauche, on voit la formation du réseau chromatique. Avec cette technique, les éléments n'étant pas aplatis, leur diamètre apparent est sensiblement moindre que sur les préparations faites par dessiccation. — Grossissement de 1500 diamètres.
Flii. 110. — Sang de l'honiine. Myélocytémie. Flemming sans dessiccation. Mélange triacide. Leucocytes à noyau polymorphe portant des granulations neutrophiles {colorées ici en rouge par la fuchsine acide); myélocytes neutrophiles, petits et grands. Myélocyte à granulations éosinophiles. — Grossissement de 1000 diamètres.
A ces éléments viennent s'ajouter des globules rouges nucléés ; le plus grand nombre répondent au type normoblaste, mais il existe aussi
(1) Coniil, à l'examen post mortem des viscères d'une femme atteinte de leucémie myélogène, a observé dans les capillaires du foie des cellules géantes, mais la constatation de ces éléments n'a jamais été faite dans le sang de la circulation générale recueilli par piqûre sur le vivant.
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Fir,.
Kig. 111.