IN
Fir.. 178. — Grandes cellules radioiilaires de la moelle lombo-sacrée chez l'homme, avec snrcliarp:c pi^meiitaire, soit physiologique, soit pathologique. (Méthode de Nissl, bleu polychrome d'Unna.) — Grossissement de 700 diamètres. Los deux cellules A et B, placées à la partie supérieure de la figure, appartiennent à une moelle {\c \ieiUdrd [surcharge pigmenlaire physiologique; restant de l'élément sensiblement normal). — Les deux autres cellules, C et /), placées à la partie inférieure, sont atteintes d'atrophie dite pigmentaire.
D. — Pigment.
A l'état normal, on rencontre dans les cellules nerveuses deux variétés de pigment: pigment noir et pigment jaune. Le pigment noir
occupe à peu près exclusivement certaines régions des centres nerveux, comme le locus niger; son apparition précoce et sa présence constante constituent la caractéristique morphologique la plus importante des cellules de ces régions. Sa fonction est tout à fait inconnue.
Le pigment jaune diffère peut-être du précédent par sa nature, mais on ne sait rien de précis à cet égard. Il se montre sous la forme de grains assez volumineux, arrondis ou légèrement anguleux, habituellement d'un jaune brillant; toutefois, certaines cellules, en particulier celles des ganglions rachidiens, possèdent, mélangés au pigment jaune et se comportant comme lui, des amas de granulations franchement noires, de telle sorte que la couleur ne saurait suffire à différencier les deux pigments.
Le pigment jaune se développe dans toutes les variétés de cellules nerveuses somatochromes à partir d'un certain âge; augmentant de quantité avec les années, il est généralement très abondant chez le vieillard (fig. 178, a et b). Ainsi, ce pigment est toujours l'un des constituants de la cellule nonnale chez l'adulte, si bien qu'une grosse surcharge pigmentairc, seule, est l'indice d'une lésion. En pratique, il y a là une question d'appréciation parfois délicate, et, pour la résoudre, ou devra rechercher les modificalions, constantes, des autres parties de la cellule, et s'aider également de l'état des cellules voisines.
E. — Noyau.
Le noyau est essentiellement constitué par une masse protoplasmique entourée d'une membrane mince. Les couleurs basiques d'aniline colorent très bien la membrane en lui donnant une grande netteté, mais elles teintent à peine le protoplasma nucléaire. En conséquence, ce dernier doit rester, après emploi de la méthode de Nissl, toujours très clair, comme vésiculeux, parcouru seulement par un réseau à grandes mailles de substance très faiblement colorée (fig. 158- 159; 163-164). Cette substance incolore serait acidophile, mais cette propriété n'a guère été utilisée en anatomie pathologique, car les modifications les plus connues l'ont été à l'aide des couleurs basiques.
Parmi ces lésions élémentaires du noyau, les principales portent sur la forme, le volume, la situation, la coloration (fig. 479).
1° Déformations. Atrophies. — Au lieu d'être arrondi ou légèrement ovalaire, le noyau s'allonge, devient réniforme ou bilobé. D'autres fois, son contour apparaît irrégulier, sinueux, bosselé. La membrane d'enveloppe, encore bien colorée, peut suivre ces défor-
CELLULES NERVEUSES. — LÉStONS ÉLÉMENTAIRES 767
mations et se plisser: souvent, elle ne fixe plus la couleur et devient invisible. Fréquemment, ces modifications morphologiques s'accompagnent d'une atrophie globale, plus ou moins considérable (flg. 179, A et B). 2» Déplacements. — Les changements de position consistent dans des déplacements plus ou moins considérables. Le noyau, quittant Je
Fu;. 17!'. — Priniip.Tlos lésions élémentaires <lu noyau et riii nncléulc. (Méthode de Nissl; bien iiolychrorae d'Unna. — Grossissement de 700 diamètres.) Deux cellules, A et B, avec un noyau périphérique ou excentrique (atrophie ijlobale pins ou moins marquée et déformation de la masse nucléaire; plissement de la membrane nucléaire).
En C et D, cellules pyramidales de l'écorce rolandiquc chez l 'homme, dans la paralysie générale. — En C, noyau atteint de caryorhexis avec désinléijratiou et fonte granuleuse du nucléole. — En D, noyau homogénéise, avec désagrégation du nucléole.
centre de la cellule, se rapproche de l'un des bonis : il devient excentrique (fig. 179, A). La couche de protoplasma qui le recouvre varie d'épaisseur; elle peut être d'une minceur extrême, si bien que le noyau est alors tout à fait superficiel. A un degré plus avancé, il fait saillie à la surface. Certains auteurs (Van Gehuchten, Ladame) admettent qu'il peut être complètement expulsé et devenir libre; la cellule,
ainsi privée de son noyau, serait vouée à une destruction certaine. Quant au noyau, son sort ultérieur n'est pas connu.
La cause de ces déplacements reste ignorée. Toutefois, il est peu probable que le noyau y joue un rôle actif, en cheminant comme le ferait une cellule migratrice; si cela était, le noyau présenterait des changements de forme de nature amœboïde. Plus vraisemblablement. il s'agit d'un phénomène passif, lié sans doute à l'inégalité de consistance des diverses iparties du protoplasma cellulaire; le noyau serait entraîné ou repoussé des régions les plus denses vers celles qui le sont moins. Il est possible aussi que, dans certains cas (par exemple, atrophie de la cellule, fig. 179, B),\e déplacement ne soit qu'une apparence due à l'inégale destruction de l'élément.
3° GoLoiiABiLiTK ANORMALE. — Les changements de couleur consistent dans un excès ou dans un défaut de coloration en présence des colorants basiques.
La mrcoloralion partirIJe occupe généralement le pourtour du nucléole. Quand elle devient totale, l'aspect vaguement réticulé disparaît, de telle sorte qu'aux degrés extrêmes le noyau, uniformément surcoloré au point de masquer le nucléole, apparaît complètement homogène (homogénéisation de Sarbô, fig. 179, D). Dans d'autres cas, les portions surcolorées forment des placards ou des boules sombres sur un fond plus ou moins teinté (fig. 179, D); placards et boules sont susceptibles de se fragmenter, jusqu'à donner l'impression d'une dislocation de la substance nucléaire (caryorhexis).
S'il y a décoloration, le noyau est très pâle, vaguement granuleux; ses bords déchiquetés s'estompent, l'élément devient difficile à distinguer (caryolyse). Enfin, le noyau peut devenir vésiculeux. Remarquons bien que la constatation de tous ces changements de coloration est rendue difficile par ce fait que le noyau est souvent recouvert d'une couche de protoplasma cellulaire coloré; pour éviter celte cause d'erreur, il faut une mise au point très précise. D'autre part, l'interprétation exacte de la surcoloration est elle-même malaisée, car, si elle peut être causée par un changement réel dans la colorabilité du protoplasma nucléaire, elle peut aussi tenir à la diffusion de la substance colorable de la cellule elle-même, et surtout à la diffusion de celle du nucléole qui est assez abondante.
F. — Nucléole.
Cette petite masse, arrondie ou ovalaire, occupant le centre du noyau, se colore fortement par les couleurs basiques, mais aussi par
le carmin et par l'hématoxyline. Traitée par le bleu basique, elle laisse distinguer à son centre une petite tache claire non colorée, mais susceptible de se teinter par les couleurs acides {portion acidophile). Les modifications, rencontrées dans le nucléole au cours des divers états pathologiques de la cellule nerveuse, sont (fig. 179) :
Le déplacement : le nucléole devient excentrique au point d'arriver au contact de la membrane nucléaire;
L'atrophie, conduisant à la disparition. La niasse nucléolaire peut devenir invisible lorsqu'elle est masquée par la surcoloration intense du noyau ;
Uhypertrophie qui est très fréquente, mais sans avoir une signification encore bien précise;
L'état vacuolaire. Il se développe une grosse vacuole centrale. D'autres fois, la masse est envahie par de fines gouttelettes arrondies et transparentes, faisant souvent hernie à la surface; celles-ci sont rattachées par Ewing à des modifications de la partie acidophile du nucléole.
Enfin, il est fréquent de rencontrer dans le noyau, à côté du nucléole, des masses arrondies, variables comme volume et comme nombre, fortement colorées par le bleu basique. Elles ont été considérées comme des nucléoles secondaires (Held), mais cette opinion ne paraît pas acceptable, puisque ces masses sont dépourvues de portion acidophile. Mieux vaut avouer qu'on ignore leur provenance et leur signification véritables.
IL — Principales formes anatomiques.
Avant d'aborder l'étude des principales Formes anatomiques rencontrées dans la pathologie des cellules nerveuses, nous devons nous demander si ces éléments sont susceptibles de présenter des modifications hyper plastiques, analogues à celles qui ont été décrites pour les cellules des autres tissus ou organes.
En dehors des cas de tératologie et des tumeurs, la cellule nerveuse ne prolifère pas d'habitude. Sans doute, les recherches déjà anciennes de Fleisch et de Robinson sur les cellules du sympathique (1873), de même que celles de Ceccherelli dans l'encéphalite expérimentale, men-