CELLULES NERVEUSES. — ALTÉRATIONS CADAVÉRIQUES
Au stade nUime, qu'il y ait ou non formation de vacuoles, les granulations s'espacent, se raréfient, cessent d'être colorables. L'élément s'estompe graduellement de la périphérie vers le centre, pour disparaître en totalité ou pour n'être plus représenté que par le noyau altéré et entouré de granulations éparses.
Par la méthode de Golgi, Barbacci et Campacci ont constaté l'irrégularité précoce des dendrites. Colucci mentionne dans le corps cellulaire la présence de boules se colorant en noir par le liquide osmiochromique de Marchi.
Pris dans son ensemble, l'état cadavérique ne saurait évidemment pas être confondu avec la plupart des états pathologiques précédemment décrits. Les deux caractères différentiels les plus importants sont : l'absence de déformation et de gonflement de la cellule, et l'absence de déplacement du noyau. Les lésions de l'état cadavérique ne peuvent donc pas être confondues avec les diverses variétés de gonflements] ici, le protoplasma cellulaire est en outre homogène, vitreux, parfois Itulvérulent, mais moins franchement granuleux. De même, quand l'effritement cadavérique existe, il peut être rapporté à sa véritable cause dans tous les cas où la putréfaction est rendue évidente par la présence des bactéries.
Toutefois, si nos connaissances actuelles sont suffisantes en pratique et susceptibles de lever toute hésitation dans un bon nombre de circonstances, beaucoup de questions restent encore à élucider. En premier lieu, les changements de colorabilité subis par le noyau du fait de la cadavérisation paraissent identiques à ceux qui ont été rencontrés dans bien des cas où il s'agissait nettement d'une lésion. En conséquence, à ce point de vue spécial, la distinction n'est pas encore faite entre les modifications cadavériques et les modifications pathologiques du noyau.
En second lieu, la topographie de la chromatolyse cadavérique serait répartie avec une uniformité parfaite, tandis que dans les états pathologiques, même quand la lésion est avancée, des chromatophiles assez bien conservés subsistent toujours à la périphérie de la cellule, au voisinage du noyau ou irrégulièrement dans toute la masse protoplasmique. Mais à cette règle les exceptions ne manquent pas, et elles ont frappé plusieurs observateurs. D'un côté, Barbacci et Campacci admettent que la chromatolyse cadavérique peut prédominer à la périphérie de la cellule au point d'être confondue avec la chromatolyse périphérique d'ordre pathologique. D'autre part, Neppi dans
CORNIL ET RANVIER. — II. 50
les cellules de la corne antérieure chez le chien, Ewing dans les cellules cérébrales, mentionnent, au début et à la phase moyenne des altérations cadavériques, la formation d'une zone claire autour du noyau or, c'est bien évidemment là quelque chose d'analogue à la chromatolyse périnucléaire ou centrale. Même, cette zone claire, périnucléaire. s'observe assez fréquemment dans les autopsies pour qu'on doive se demander si elle n'est pas toujours cadavérique, si réellement elle peut reconnaître une autre cause.
Enfin, les auteurs sont loin d'être d'accord sur l'époque à laquelle apparaissent les premières modifications cadavériques. L'écart est considérable. Ainsi, Ewing signale dans les vingt-quatre heures la désintégration granuleuse de la substance chromatique au niveau des cellules corticales du type arkyochrome (cellules pyramidales); ce même auteur considère volontiers comme étant de nature cadavérique toute désintégration granuleuse simple des corps chromatiques avec état chromophile du noyau, même quand la pièce a été fixée quatre à six heures, ou deux heures après la mort dans les cas septiques. Par contre, Maurice Faure et Laignel-Lavastine ne trouvent les petites cellules corticales altérées qu'à partir du cinquième ou du sixième jour.
Ces désaccords s'expliquent en grande partie, si l'on veut tenir compte des conditions, souvent très différentes, dans lesquelles se sont placés les observateurs. Tout d'abord, on peut admettre avec Ewing que les phénomènes cadavériques surviennent d'autant plus rapidement que la température est plus élevée et l'atmosphère plus humide. Mais d'autres conditions agissent, l'une des plus importantes étant la nature de la maladie terminale; ainsi, certaines infections provoquent très vite la putréfaction des centres nerveux et celle des autres organes, de telle sorte que, dans ces maladies, les changements cadavériques des cellules nerveuses seront très précoces et souvent considérables. Puis, d'une façon générale, les cellules de l'encéphale s'altèrent avant celles des ganglions rachidiens, et surtout plus vite que les cellules motrices de la moelle. Parmi les cellules de Técorce cérébrale, les grandes pyramidales résistent plus longtemps que les petites.
On peut encore se demander si les pièces, laissées dans le cadavre jusqu'au moment de la fixation, s'altèrent plus que les pièces enlevées rapidement après la mort, puis abandonnées à l'air sans qu'on prenne d'autre précaution que celle d'empêcher la dessiccation. A ce sujet, nous savons seulement que les pièces, enlevées rapidement et conservées dans la glace, ne s'altèrent qu'avec une extrême lenteur.