‹ Manuel d'histologie pathologiqueChapitre 34 sur 205 · NÉCROSE. — GANGRÈNE · texte numérisé non relu

NÉCROSE. — GANGRÈNE

en déterminer la signification. D'autres ont décrit la dégénérescence graisseuse des fibres, leur striation irrégulière et leur atrophie. Mais c'est Volkmann qui en a donné la description la plus complète en étudiant les modifications de la fibre musculaire dans toutes ses phases.

Sur les coupes pratiquées au-dessus du sillon de démarcation, les muscles présentent, à l'œil nu, des portions de couleur normale et d'autres qui sont, les unes rose pâle, les autres d'un jaune très clair brillant et qui se perdent en haut au milieu des faisceaux sains, tandis qu'en bas elles disparaissaient dans le tissu de cicatrice en prenant une couleur rouge violacé. Ces zones de colorations différentes, parfois bien tranchées, se fondent généralement les unes dans les autres sans délimitation très nette.

Les points jaune pâle sont les plus dégéuérps. Histologiquement, on y retrouve quelques fibres entières, mais la plupart sont fragmentées en disques ou irrégulièrement. Ces fragments conservent une striation très nette et ne présentent ni la réfringence spéciale, ni les bords nets de la dégénérescence cireuse; les noyaux paraissent diminués de nombre. On ne trouve pas de fibres atrophiées, ni vacuolaires, ni en voie de dissociation libiillaire, et le tissu conjonctif ne présente pas de phénomènes inflammatoires.

Ces fibres, ainsi fixées par le froid comme par un réactif énergique, montrent en certains points un état granuleux qui apparaît tout à coup, sans intermédiaire, en pleine substance striée, dont il intéresse une portion variable en longueur ou en largeur, la portion striée et la portion granuleuse demeurant adhérentes l'une à l'autre. Au niveau des portions granuleuses seulement, les noyaux se multiplient, s'entourent d'un protoplasma transparent et forment ainsi des cellules musculaires rondes ou ovalaires, mais nombreuses; ils ne se disposent pas en amas comme dans la dégénérescence cireuse.

Les points rose pâle représentent des faisceaux en voie de réparation. Ces faisceaux, qui ont été plus profondément détruits que les précédents en suite de la congélation, siègent surtout dans le voisinage des vaisseaux. Cette localisation des lésions, plus avancées à ce niveau, serait expliquée pour Volkmann par l'œdème périvasculaire que doit occasionner l'arrêt de la circulation déterminé plus bas par le gel. Dans ces faisceaux, les libres sont plus complètement détruites, la substance striée est presque complètement résorbée et il existe un beaucoup plus grand nombre de jeunes cellules musculaires. Ces faisceaux se confondent peu à peu avec les faisceaux jaunes où la régénération n'a pas encore commencé.

En étudiant la limite séparant les points sains des points dégénérés, on peut surprendre les différentes phases de la régénération, qui peut se faire ici, d'après Volkmann, de plusieurs façons.

Les fibres musculaires, soit absolument saines, avec une striation bien conservée, soit en état granuleux, s'interrompent brusquement, tandis que leur gaine sarcolemmique se prolonge plus bas dans la zone dégénérée.

A l'extrémité de ces fibres, les noyaux se multiplient, s'entourent de protoplasma, donnent naissance à des cellules musculaires, qui s'accroissent et forment, par division intra-cellulaire du noyau, de longs amas protoplasmiques, qui acquièrent bientôt une striation longitudinale. Ces corpuscules musculaires peuvent chacun donner lieu à une nouvelle fibre musculaire (voir Dégénérescence cireuse, Muscles dans les maladies aiguës, Régénération musculaire). Mais, d'après Volkmann, les nouvelles fibres ne seraient généralement constituées qu'après division longitudinale ou fusionnement de plusieurs de ces éléments. La division longitudinale s'opère par l'agrandissement de fentes qui apparaissent entre les fibrilles en des points quelconques de l'élément' musculaire sans affecter de rapports spéciaux avec les noyaux. Le fusionnement, au contraire, débuterait toujours par l'extrémité des jeunes fibrilles et s'étendrait, ainsi que l'a observé Nau- Averck, peu à peu sur toute leur longueur.

Les jeunes fibres ainsi formées acquièrent bientôt leur striation longitudinale et transversale et se perdent en bas dans le tissu de cicatrice où elles disparaissent. En haut, elles viennent parfois s'appliquer sur l'extrémité arrondie de la portion conservée de l'ancienne fibre qu'elles coiffent comme un capuchon, mais dont elles restent généralement longtemps séparées par une limite bien nette.

Il ne s'agit pas ici d'un vrai bourgeonnement de l'ancienne fibre, mais d'une néoformation aux dépens de jeunes éléments cellulaires. Les réactions colorantes marquent nettement la différence entre la jeune et la vieille fibre, la première ayant une striation longitudinale, beaucoup plus accusée que la transversale, se colorant en bleu pâle par l'hématoxyline et en rose pâle par l'éosine, tandis que la seconde, dont la striation transversale-est très marquée, se colore en rouge foncé par l'éosine et ne se colore pas par l'hématoxyline.

Dans certains cas, on peut ici observer un vrai bourgeonnement de l'ancienne fibre, décrit par Neumann d'abord, puis par Volkmann. Ce n'est pas la substance striée qui s'accroît en elle-même; les noyaux musculaires et le sarcoplasma en sont toujours l'élément actif, mais

Page 1