RUPTURES MUSCULAIRES
site des sujets sur lesquels ces études étaient pratiquées (liomme, chien, chat, lapin, cobaye, grenouille).
Immédiatement après la rupture, les libres musculaires se rétractent dans leur gaine de sarcolemme, qui se plisse, et présentent une extrémité irrégulière où la striation, conservée quelque temps, ne tarde pas à disparaître. Cette extrémité de la libre, nécrosée par le traumatisme sur une certaine étendue, devient soit granuleuse, opaque, soit homogène, cireuse et reste d'abord en continuité parfaite avec le reste de la fibre demeuré sain.
Dès la sixième heure, dans les portions voisines de leur segment nécrosé, les noyaux musculaires prolifèrent et se multiplient par (liiision directe, se disposant en rangées parallèles à la direction de la libre. A ce moment se produit la délimitation entre la portion demeurée saine et le segment granuleux ou en dégénérescence cireuse.
Au bout de vingt-quatre heures, les portions cireuses se fragmentent en blocs irréguliers; les portions granuleuses présentent des taches pâles qui confluent (Barfurth); il semble y avoir dissolution du ciment interfibrillaire (désintégration granuleuse) et le contenu se résout en une masse demi-liquide où nagent les fibrilles dissociées, rompues et dégénérées (sarkolytes de Mayer), qui disparaissent plus tard à leur tour.
Pendant ce temps, du côté de la plaie on observe un dépôt de fibrine, une issue de leucocytes, une hypérémie et un œdème, qui atteignent leur maximum du deuxième au troisième jour et déterminent une dégénérescence des fibres musculaires un peu au delà du point primitivement nécrosé par le traumatisme.
Au point où la fibre musculaire ne subira plus d'altérations, s'accumulent de petites cellules musculaires formant un amas serré qui remplit complètement la gaine du sarcolemme et sépare exactement la portion demeurée vivante de la portion nécrosée. Parfois, cependant, ces cellules musculaires entament sur une petite étendue la fibre saine et dissocient, à son extrémité, quelques fragments de substance striée. (Suivant Galeotti et Levi, cette dissociation s'étendrait sur toute la longueur de la fibre sectionnée.) Au niveau de l'extrémité rompue, les cellules conjonctives prolifèrent et quelques leucocytes pénètrent par l'ouverture du sarcolemme, mais sans y remonter très haut. Le sarcolemme persiste et ne se rompt que lorsque la plaie est occupée par un mur de granulations capable de protéger les jeunes fibres musculaires (Volkmann).
Du deuxième au cinquième jour les cellules musculaires proli-
fèrent, non seulement dans l'exlrémité vivante, mais aussi au-dessous, et réalisent des boyaux cellulaires de Waldeyer, qui sont très apparents vers le troisième ou cinquième jour et dont quelques-uns persistent même plusieurs semaines. Ces cellules s'accroissent alors en volume, leurs noyaux se multiplient par karyokinèse et donnent naissance soit à des cellules allongées fiisiformes , soit à de véritables cellules musculaires géantes signalées par Kirby. Ces éléments, dont le protoplasma transparent, légèrement granuleux, contient dix, vingt et même jusqu'à cent noyaux dont quelques-uns peuvent montrer des figures de karyokinèse (Nauwerk et Kirby), coiffent parfois l'extrémité vivante de la fibre, ou sont disséminés irrégulièrement dans la gaine sarcolemmique. Quelques-unes de ces cellules géantes proviendraient non pas de l'accroissement d'une seule cellule primitive, mais du fusionnement de deux ou de plusieurs cellules. Ce sont elles qui englobent souvent et font disparaître par digestion intra-cellulaire les débris de la portion nécrosée de la fibre.
Pendant ce temps dans le tissu interstitiel le caillot se résorbe, les vaisseaux distendus reviennent sur eux-mêmes, le tissu de granulation tend à s'organiser.
Au niveau de la plaie, les cellules musculaires se mêlent intimement avec le tissu cicatriciel. Parmi celles-ci, un petit nombre seulement contribuent à la régénération des libres musculaires. Le plus grand nombre de ces cellules tombant dans le tissu de granulation voisin sont destinées à disparaître, soit par dégénérescence, soit par suite de métamorphoses leur faisant perdre tous leurs caractères distinclifs (voir Régénération).
Tels sont les principaux phénomènes qui tendent à la réparation des ruptures musculaires traumatiques.
Le RÉSULTAT varie un peu suivant l'étendue de la lésion. Dans les ruptures fibrillaires, principalement dans les ruptures pathologiques, lorsque seule la substance striée est interrompue avec conservation de l'intégrité du sarcolemme, la nouvelle fibre remplace exactement l'ancienne et au ])out de quatre à cinq semaines la réjxi ration est parfaite. Rien ne signale plus, même histologiquement, l'existence de l'ancienne lésion.
Lorsque le sarcolemme est rompu ainsi que quelques vaisseaux et qu'il s'est produit une hémorrhagie, si le nombre de fibres atteintes est minime et s'il n'y a pas eu d'écartement appréciable des lèvres de la plaie, la cicatrice est pénétrée de chaque côté par les nouveaux éléments musculaires et la continuité du muscle se rétablit, au moins en
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apparence. Mais, dans ces conditions, il est rare, à moins de plaie extrêmement réduite, que la restitutio ad integrum soit complète. Le plus souvent l'examen histologique montre à ce niveau un tissu conjonctif plus abondant qu'ailleurs et traversé par des fibres musculaires plus étroites, plus grêles et surtout incurvées, contournées en différents sens au lieu d'être rectilignes comme dans les points sus- et sous-jacents. La niuscularisatloii de la cicatrice s'est bien opérée, mais les gaines de sarcolemme ayant été rompues, les jeunes fibres n'ont pu se frayer que difficilement un chemin à travers les éléments du tissu cicatriciel en évolution.
Pour peu que la plaie ait eu une certaine importance et qu'il se soit produit un écartement de ses lèvres, il persiste une cicatrice fibreuse, blanche, résistante, d'une épaisseur proportionnelle à celle de la plaie et transformant le muscle en muscle digastrique lorsque la rupture a été complète.