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XVI. - TUBERCULOSE MUSCULAIRE

La tuberculose peut intéresser le tissu musculaire de deux façons différentes :

1" Par ses toxines et par les phénomènes de dénutrition qu'elle entraîne chez le malade, elle détermine des altérations générales auxquelles participe le tissu musculaire au même titre que tous les autres tissus de l'organisme. Ces altérations n'ont rien de caractéristique, aussi renvoyons-nous, pour ce qui concerne l'étude du muscle des tuberculeux, à ce que nous avons dit plus haut sur les muscles dans les maladies aiguës (pour la granulie) et dans les cachexies.

2" Par leur 'présence dans les muscles, les bacilles donnent naissance à des phénomènes réactionnels locaux, nodulaires ou diffus,

qui caractérisent la tuberculose musculaire proprement dite dont nous nous occuperons exclusivement dans ce chapitre.

La tuberculose musculaire est le plus souvent secondaire, par propagation directe, par extension d'une lésion tuberculeuse de voisinage. Parmi les points de départ les plus fréquents il faut citer les os et les articulations d'où procèdent, soit des abcès froids fusant dans les muscles (abcès par congestion du psoas par exemple), soit

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une infiltration tuberculeuse nodulaire ou diffuse évoluant sous forme de gommes ou de sclérose. La tuberculose des muqueuses se propage souvent aux muscles sous-jacents, aussi la tuberculose nodulaire profonde de la langue et du pharynx relève-t-elle en général plutôt d'une inoculation directe superficielle que d'un transport du bacille par voie sanguine, ha peau, le tissu conjonctif, la plèvre, les différents viscères peuvent également, quoique plus rarement, après adhérences, être l'origine d'une tuberculose des muscles voisins.

Mais, en dehors de cette tuberculose par propagation, il existe une tuberculose primitive des muscles. 11 ne faudrait pas prendre ici le

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lerme primitif dcins un sens trop absolu. Sauf en cas d'inoculation profonde traumatique, ce qui ne s'est présenté jusqu'ici, croyonsnous, qu'expérimentalement chez l'animal, le muscle n'est probablement jamais le premier point où se fixe le bacille. Il existe donc toujours, ou presque toujours, un point de départ plus ou moins important sous forme de tubercules ramollis ou en voie de calcification, mais ce point de départ est éloigné et sans rapport direct avec le muscle atteint. Ce qui distingue ce que l'on est convenu d'appeler tuberculose musculaire primitire de la tuberculose secondaire, c'est donc l'apparition d'une lésion tuberculeuse et son développement à distance de tout autre foyer, dans un muscle infecté par voie saïu/uine, d'où la dénomination de tuberculose musculaire hématogène employée par les Allemands.

Autant la tuberculose par propagation est commune, autant est peu fréquente la tuberculose musculaire primitive. Virchow, Zenker ont même nié son existence ; Ziegler la considère comme exceptionnelle.

Cette rareté était attribuée à la présence de l'acide lactique rendant bactéricide le suc musculaire, et aux mouvements des contractions activant la circulation et rendant difficile la fixation des bacilles.

Les premières observations paraissent être celles de Latour et de Demvilliers, puis celles de Ilabermaas, en 1885, et de Mùller. en 188G, (jui signalent des faits isolés de granulations tuberculeuses et de tubercules suppures indiscutables au centre de muscles, sans lésions de voisinage permettant de les expliquer par propagation. En 1890, Moulé rapporte un fait identique chez le porc. Les cas de Genzmer, Marchand, Rapp et Bidder sont moins probants et pourraient être interprétés comme des cas de tuberculose par propagation, vu la faij)le distance qui séparait les foyers musculaires des foyers primitifs (muqueuse ou articulation).

Mais en 1891, au Congrès de chirurgie, J. Reverdin et Delorme apportent de nouveaux faits et montrent la grande diversité morphologique que peut affecter la tuberculose primitive. Dans un travail plus récent, 0. Lanz et F. de Quervain ont encore repris cette question à propos de treize cas nouveaux, dont huit, au moins, sont indiscutables.

La tuberculose musculaire primitive, sans être commune, n'est donc pas exceptionnelle. Si elle est, aujourd'hui encore, peu connue, il faut l'attribuer à sa latence fréquente et à son pléomorphisme. Lorsqu'il ne s'agit que d'un tubercule de petit volume, non ramolli, la

symptomatologie peut être nulle, il n'y aura pas de gonflement, aucun phénomène de tumeur, et les douleurs, si elles existent, seront mises sur le compte de la mêlai rjie des tuberculeux; l'attention n'étant pas attirée de ce côté, on n'examinera pas systématiquement les muscles à l'autopsie et la lésion passera inaperçue. La variabilité d'aspect qu'aff'ecte cette tuberculose concourt également à la faire souvent méconnaître. On y pensera à la vue d'un nodule infectieux, d'un abcès, d'une gomme caséeuse ou crétacée, d'un foyer fongueux, mais on ne songe généralement pas à la tuberculose en présence d'un muscle atrophié, dur, fibreux, semblant atteint de myosite interstitielle chronique; cette myosite scléreuse est cependant parfois tuberculeuse ainsi que l'établissent les observations de Reverdin, Delorme, Lanz et de Quervain.

La tuberculose primitive peut être hmitée à un seul muscle ou se développer simultanément ou successivement dans une série de muscles distants les uns des autres. Ceux des membres semblent les plus fréquemment intéressés, et, parmi ceux-ci, particulièrement le triceps fémoral, les fléchisseurs de l'avant-bras, le triceps lirachial, le deltoïde, le grand pectoral, le grand fessier.

Toutes les variétés anatomiques de la tuberculose peuvent se rencontrer dans les muscles striés, depuis le tubercule classique jusqu'à la cirrliose diffuse. Nous allons les passer successivement en revue.

1° Tuberculose nodulaire.

La granulation tuberculeuse typique est la forme la plus fréquente, ou tout au moins la mieux connue de la tuberculose musculaire par propagation ou primitive.

Elle se développe au niveau de l'aponévrose, entre l'aponévrose et le muscle, ou en plein parenchyme musculaire. Macroscopiquement, elle affecte d'abord la forme d'un petit tubercule miliaire gris transparent, bien limité, unique ou multiple; les tubercules primitifs de Lanz et Quervain et de Habermaas affectaient cette apparence. Plus avancée, la lésion se montre sous l'aspect d'un nodule à centre caséeuXy opaque, plus ou moins volumineux (Reverdin, Delorme, Marchand, Lanz et Quervain). Enfin, il peut se ramollir et donner naissance à un abcès froid, dont la paroi épaisse, souvent fongueuse sur sa face interne ou, au contraire, fibreuse, se confond progressi-

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