XVII. — SYPHILIS DES MUSCLES
La syphilis peut intéresser indirectement les muscles soit par compression (gomme d'un organe voisin, périostite, ostéite), soit en agissant sur le système nerveux central ou périphérique. Les atrophies (jui en résultent ne présentent histologiquement rien de particulier et ont été étudiées à propos des atrophies musculaires (voir p. 125 et p. 413).
Les déterminations musculaires de la syphilis, les myopathies syphilitiques proprement dites, allectent des formes variables selon la période de la maladie à laquelle elles apparaissent.
Pendant la période secondaire, les myopathies syphilitiques /jrt'coces sont caractérisées par de l'affaiblissement musculaire, du tremblement, des myalgies, de l'atrophie, du pseudo-rhumatisme syphilitique ou des contractures.
Ces accidents se rattachent peut-être, en partie, à une « lésion hypérémique ou subinflammatoire du muscle, analogue aux processus de même nature qui se manifestent si communément dans toutes les pîTrties de l'organisme pendant la première période de la
maladie » (Mauriac), mais, étant passagers et disparaissant sous l'influence du traitement, leur substratum anatomique est encore presque inconnu; aussi ne nous occuperont-ils pas plus longtemps.
Les myopathies tardives, plus rares que les précédentes, mais mieux connues histologiquement et plus importantes au point de vue auquel nous nous plaçons, apparaissent au plus tôt quatre ou cinq ans après le début de l'affection (Jullien). Neumann, il est vrai, a signalé une observation de gomme musculaire développée au cours de la période secondaire, mais les faits de cet ordre demeurant exceptionnels, on peut dire que ces déterminations syphilitiques sont presque toujours des accidents de la période tertiaire. Elles s'observent aussi, quoique plus rarement encore, dsiusldi syphilis héréditaire congénitale (Clarke, Taylor, Batut, G. Durante).
Les recherches histologiques sur la syphilis musculaire sont peu nombreu'ses relativement à celles qui concernent les autres chapitres de la pathologie musculaire.
Ricord, en 1842, signale V infiltration fibreuse avec atrophie consécutive et insiste sur les rétractions qui peuvent en être la conséquence. Bouisson (de Montpellier), en 1858, attribue à la myosite spécifique la plupart des rétractions anales observées chez les syphilitiques ; il étudie plus spécialement les gommes musculaires dans son Mémoire sur les tumeurs syphilitiques des muscles, et montre que, si les muscles des membres sont le plus souvent touchés, les autres, et particulièrement les muscles moteurs du globe oculaire, ne sont pas à l'abri de cette altération.
A la suite de ces deux mémoires fondamentaux, qui établissent dans leurs grandes lignes les lésions spécifiques des muscles, viennent ceux de Virchow, de Notta, de Fœrster, de Haldane (d'Edimbourg) qui donne quelques détails histologiques sur les gommes; de Neumann, en 1888, sur la myosite syphilitique diffuse des sphincters; en Italie : de Brada, de Gampana, sur la transformation fibreuse des lésions spécifiques ; enfin, les articles et les leçons de Mauriac, Fournier, Lancereaux, Straus. etc., etc. Plus près de nous, signalons le travail important de Lewin, en 1891, sur la myosite syphihtique interstitielle diffuse ; celui d'Ostermayer (189^), sur la forme mixte scléro-gommeuse ; ceux de Kœhler (1892), de Derville et Yallin (1894), sur la myosite gommeuse, et, enfin, celui de Batut (1895), sur la sternomyosite syphilitique. On trouvera dans la bibliographie concernant ce chapitre la liste des principaux articles et mémoires, qui ne sauraient rentrer dans ce rapide historique.