II. — DÉGÉlNÉRESCEiNCE GRAISSEUSE
La présence de graisse dans les muscles ne suffit pas pour caractériser la dégénérescence graisseuse. Il existe toujours, dans les muscles, une certaine quantité de matière grasse à l'état de combinaison soluble, c'est-à-dire à l'état de savon. Celle-ci ne saurait être visible au microscope. La graisse n'apparaît histologiquement que lorsqu'elle s'isole sous forme de produit insoluble. L'analyse microscopique ne donne donc pas la notion de quantité de matière grasse contenue dans le muscle, mais indique seulement celle qui y est à l'état de graisse neutre ou non dissoute. Il résulte de là qu'à l'analyse chimique, un muscle en transformation graisseuse moyenne peut ne pas fournir sensiblement |)lus de graisse qu'un muscle physiologique (Rindfleisch).
Chez l'enfant et chez l'adulte, on rencontre toujours quelques faisceaux musculaires qui contiennent des granulations graisseuses extrêmement fines, évidentes après l'action de l'acide osinique. Ces granulations normales sont peu nombreuses et, pour les reconnaître, il faut une grande attention. Dans l'état sénile, le nombre des faisceaux granulo-graisseux est plus considérable; en outre, ces faisceaux contiennent des granulations graisseuses plus volumineuses, qu'on distingue déjà d'une façon très nette même ava:it d'avoir fait intervenir aucun réactif.
La présence d'un grand nombre de granulations graisseuses dans un faisceau primitif indique toujours un trouble nutritif important, car la graisse, sous cet état, ne peut être utilisée par le travail musculaire comme la graisse en combinaison chimique, et entrave même le jeu de ces organes.
Une dégénérescence graisseuse légère ne modifie pas l'aspect macroscopique d'un muscle, mais, accentuée et intéressant un grand nombre de fibres, elle donne aux faisceaux malades une couleur jaune plus ou moins marquée, coïncidant avec une plus grande friabilité.
46 ANATOMIli PATHOLOGIQUE DE LA FIBKE MUSCULAIRE STIUÉE
Le début de la dégénérescence graisseuse est marqué par l'apparition de fines granulations réfringentes autour du noyau et dans la substance unissante, entre les fibrilles, sans modification de la striation. Ces granulations graisseuses, très inégales entre elles comme volume, présentent, en augmentant de nombre, une certaine régularité dans leur arrangement et se disposent en séries entre les fibrilles striées des faisceaux primitifs. Elles accusent même ainsi, par leur présence, au moins au début, la striation longitudinale des fibres, tandis que la striation transversale devient peu à peu moins nette et peut finir par être complètement masquée. Ces détails se voient lorsqu'on examine un faisceau musculaire strié avec un grossissement supérieur à 250 diamètres ; avec un grossissement plus faible, on ne distingue qu'un état granuleux d'abord, puis une opacité de plus en plus accusée.
Ces granulations sont colorées en noir par l'acide osmique et disparaissent sous l'action de l'éther et du chloroforme. L'acide acétique ne les modifie pas. Ces caractères permettent de les distinguer des granulations protéiques dont nous parlions plus haut et qui les accompagnent souvent.
Le sarcolemme demeure transparent, ainsi qu'on le constate facilement lorsque la substance musculaire, déchirée sur un point, s'est rétractée. Les noyaux musculaires sont également conservés, mais le protoplasma qui les entoure est granulo-graisseux ; c'est au voisinage des noyaux que débute, en général, la dégénérescence. Cette dégénérescence, en effet, n'est pas une altération de la substance contractile du myoplasma, mais surtout un trouble de la nutrition du sarcoplasma.
Une dégénérescence graisseuse légère n'implique pas une destruction certaine de la fibre, qui peut revenir encore à son état physiologique lorsque l'altération n'est pas trop intense. C'est ainsi que, chez la grenouille, un grand nombre de faisceaux sont graisseux pendant l'hiver, qui, dans l'été, reviennent à leur état normal.
Il peut en être de même chez l'homme, mais le plus souvent les faisceaux atteints, devenus opaques et ayant perdu leur striation, s'atrophient progressivement par résorption de leur portion dégénérée, les noyaux eux-mêmes s'atrophient, dégénèrent également, et l'élément tout entier finit par disparaître complètement et définitivement, à moins que quelques noyaux musculaires épargnés n'aient survécu dans la gaine du sarcolemme et ne puissent à un certain moment régénérer la fibre détruite.
La gaine sarcolemmique finit par être ainsi remplie d'un magma