ÉVOLUTION DE LA TRICHINE
ment Tenibryon ; la substance striée paraît être son aliment de prédilection; c'est à l'intérieur du sarcolemme, après destruction partielle du contenu de cette gaine, qu'il se développe et s'enkyste. Cependant la trichine peut évoluer en dehors du muscle, puisqu'on l'a retrouvée dans le tissu adipeux et dans les tendons. Cet habitat, moins fréquent, suffit à prouver que, si la seconde théorie est vraie dans la grande majorité des cas, la première est, cependant, applicable à quelques cas particuliers.
La pénétration de l'embryon dans la fibre musculaire, les altérations successives de celle-ci et du tissu conjonctif voisin, l'enkystement du parasite ont été bien étudiés par Virchow et Zenker d'abord, puis, plus récemment, par Langerhans, Askanazy, Ehrhardt, Lewin, Nonne et Hœpner, Volkmann, Soudakewitch, etc.
Les embryons de trichine sortent par voie active (Ehrhardt) des capillaires dont ils rompent la paroi, tombent dans le tissu conjonctif et, perçant le sarcolemme, pénètrent dans la fibre contractile entre les fibrilles striées qu'ils écartent, et se disposent dans le sens de la longueur de la fibre musculaire.
Formation du kyste dans la fibre musculaire. — Les premiers phénomènes que présente la fibre qui héberge le parasite sont un état granuleux, puis une disparition des striations longitudinale et transversale, qui se manifestent autour du parasite, tandis que le reste de l'élément demeure normal. La fibre ainsi altérée se gonfle et donne naissance à des réactions chimiques anormales. Au lieu de prendre aisément l'éosine et de ne pas se colorer par l'hématoxyline, elle se teinte, au contraire, fortement par cette dernière, et tranche, dans les coupes traitées par ces deux réactifs, par des teintes violettes sur les fibres voisines colorées en rouge.
Les noyaux se multiplient et donnent naissance à de petits noyaux polygonaux bien sériés ou disposés par groupes. Il s'agirait ici d'une division directe^ car ni Lewin, ni Volkmann, ni Ehrhardt n'ont pu voir de figures de mitose. Ces noyiux ou ces groupes de noyaux s'entourent d'une couche de sarcoplasma ayant les réactions du protoplasma vivant, mais tous ne sont pas destinés à une longue survie. Une partie des noyaux, en effet, se gonflent, deviennent vésiculeux, œdémateux, perdent leur chromatine et dégénèrent. D'autres, au contraire, réunis dans des amas protoplasmiques. forment des cellules volumineuses polynucléaires, véritables cellules géantes musculaires, qui entourent la trichine et sont bien visibles sur les coupes transversales. Parmi ces cellules, la plupart sont destinées à dégénérer et à disparaître;
;JS8 ANATOiMlE l'ATIlOLOGIQUE DU MUSCLE
mais quelques-unes, parmi les plus périphériques, tombent dans le tissu conjonctif voisin et pourront, ultérieurement, être le point de départ des jeunes fibres destinées à remplacer les fibres détruites par le parasite.
Au-dessus et au-dessous de la trichine, sur une petite étendue, la fibre musculaire (saine dans le reste de son parcours) se gonfle et présente d'abord un état plus ou moins trouble (tuméfaclion trouble); puis, à ce niveau, devient homogène, subit la dégénérescence cireuse et se fragmente en blocs irréguliers (Soudakewitch), ou bien devient œdémateuse, se crible de vacuoles qui, en s'unissant ou s'allongeant en fentes longitudinales, la dissocient en fibrilles. Les fibrilles ainsi isolées pourront dans la suite, soit subir individuellement la dégénérescence cireuse, soit se fragmenter, se transformer en débris granuleux (désintégration granuleuse), soit enfin, s'enrouler, s'incurver dans le sarcolemme et y persister un temps assez long, dispersées entre les noyaux musculaires. C'est ainsi que Lewin a retrouvé quelquesunes de ces fibrilles encore reconnaissables au trente-septième jour dans l'intérieur des muscles.
La dégénérescence cireuse et la transformation fibrillaire sont plus marquées chez l'homme que chez le lapin (Ehrhardt).
Si l'on veut bien se reporter à ce que nous avons dit plus haut, à propos de la pathologie de la fibre striée, on reconnaît aisément dans ces diverses altérations de la substance contractile, d'une part des phénomènes actifs de défense caractérisés par une hyperplasie du sarcoplasma, une multiplication des noyaux, une individualisation cellulaire visant à une régénération ou à la destruction phagocytaire du parasite, d'autre part des phénomènes de dégénérescence (dégénérescence cireuse et désintégration granuleuse) limités à une petite étendue, et que l'on peut attribuer à l'action locale des toxines sécrétées par le parasite.
Cependant, la fibre musculaire n'est pas seule à réagir. Il y a hypérémie et réaction inflammaloire dans son voisinage immédiat. Les vaisseaux voisins se dilatent et deviennent cirsoïdes; les cellules conjonctives du périmysium interne se multipliant, il se produit tout autour une infiltration légère de cellules migratrices et de leucocytes dont quelques-uns pénètrent peut-être dans la fibre par l'orifice du sarcolemme ayant servi de porte d'entrée au parasite. Il se forme ainsi, autour de ce dernier, une véritable enveloppe inflammatoire, qui exjilifiue la difficulté que présente la dissociation des muscles ladres.
ÉLOLUTiON DE LA TRICHINE
Le céiwfré' àe ce nodule est occupé par la trichine et les débris de la fibre contenus encore dans la gaine de sarcolemme. On y distingue encore des noyaux se colorant mal, ayant perdu en partie leur cliromaline et entourés d'un protoplasma qui, par des prolongements minces ou épais et irréguliers, se fusionne avec le proloplasma des noyaux voisins, formant ainsi une espèce de réseau entre les mailles duquel existent des amas de substance striée dégénérée et ne prenant plus les colorations. Par suite des mouvements de la trichine, ce myoplasma dégénéré est intimement mêlé au sarcoplasma proliféré.
Chez l'homme, on ne trouve pas de groupes cellulaires intacts comme chez le chat, et la réaction inflammatoire est plus marquée que chez le lapin.
Le sarcoplasma, cependant, dégénère à son tour, et la fibre contractile finit par être localement détruite dans toutes ses parties. Il faudrait, toutefois, excepter de cette destruction certaines cellules musculaires polynucléaires qui, dis[)Osées àla périphérie lors de l'individualisation du sarcoplasma, au lieu de remplir un rôle phagocylaire, s'allongent, puis se séparent de la fibre, tombent dans le tissu conjonctif et présentent, dès le seizième jour, une légère striation (Colbert). L'existence de ces éléments destinés à donner naissance à de jeunes fibres de remplacement n'est peut-être pas constante dans toutes les espèces animales, car Volkmann n'a pas pu les retrouver au cours de ses expériences.
Cependant, la trichine a grandi. Vers le quatorzième jour, elle a l'apparence d'un cylindre raide et rectiligne de 0""",i, et son tube digestif apparaît, puis, continuant à s'accroître, elle s'enroule en spirale du quinzième au dix-huitième jour après sou arrivée dans le muscle. V enroulement se fait toujours sur la face dorsale. C'est à partir de ce moment que la larve est assez développée pour pouvoir atteindre l'élat adulte si elle parvient à passer dans l'intestin d'un nouvel hôte. Avant le douzième ou quatorzième jour après leur immigration dans les muscles, avant le dix-huitième ou vingt et unième jour après l'infection intestinale, les embryons ne présentent pas un développement suffisant pour pouvoir achever leur croissance et se
FlG. 8:2. — Tricliine parvenue à son développement complet (Cornil).
c, extrémité cépliali([ue terminée parla bonclio et l'œsophage; b, extrémité caudale terminée par l'anus ; e, oryanos génitaux.
reproduire dans le tul)e digestif; aussi, jusqu'à cette époque, la viande ladre n'oflre-t-clle pas les dangers de contamination qu'elle présentera plus tard.
Sous l'influence de la pression du ver enroulé, le sarcoîemme se distend en une poche fusiforme, puis s'épaissit considérablement et devient homogène, contenant dans sa cavité le parasite et les débris de la fibre altérée représentés par une substance granuleuse et des noyaux, dont quelques-uns sont encore entourés des restes du protoplasma.
Cet élargissement de la fibre, de largeur et de longueur variables, a à peu près la forme du futur kyste, mais n'est pas oblitéré à ses
1^ J 'LuilHIilllMIUIIII lll lljllillilll!!-^
FiG. 83„ — Trichiiip piirouléc nt nikystée (Coinil).
extrémités, au niveau desquelles son contenu se confond progressivement avec le reste de la fibre, dégénérée sur une petite étendue, puis saine un peu plus loin.
La capsule se ferme au cours du deuxième mois et constitue alors une cavité close, dans laquelle on retrouve la trichine enroulée, des débris de substance granuleuse, des noyaux (provenant de cellules musculaires dégénérées et peut-être de leucocytes immigrés) et des restes de fibrilles striées qui disparaîtront bientôt.
Kyste. — Les kystes, dont la paroi s'épaissit rapidement, sont définitivement constitués vers la fin du cinquième mois. Il faut une grande habitude pour les reconnaître à l'œil nu, sous forme de petits grains d'un blanc grisâtre, disséminés dans l'épaisseur du corps charnu musculaire.
Le kyste est généralement de forme ovoïde ; son grand axe est dirigé parallèlement à celui de la fibre musculaire à laquelle il s'est partielle-