DÉGÉNÉRESCEACE VITMEUSE OU CIREUSE
C'est Virchow qui, le premier, en 1852, signala la dégénérescence vitreuse dans les muscles au cours de la fièvre typhoïde, mais sans en donner une description complète. Billroth la retrouva dans les faisceaux avoisinant les tumeurs, et Bowman l'ayant rencontrée dans le tétanos la regarda comme la lésion spécifique de cette affection. Ultérieurement, Vogel, Botlicher l'observèrent dans le typhus, et Friedler, Colberg, dans la trichinose. Mais c'est Zenker qui, sous le nom de dégénérescence cireuse, en donna, en ISôi, la première description magistrale, dans son étude sur les altérations des muscles dans la fièvre typhoïde, étude résumant des recherches poursuivies depuis 1859. Les travaux de Hayem, de Cornil, de Waldeyer, de Hoffmann, de Martini, de Recklinghausen, de Popoff, de Kraske, de Kirby, de Nesti, etc., sont venus, soit ajouter quelques détails, soit discuter la pathogénie de cette affection, mais sans modifier, dans ses grandes lignes, le tableau qu'en avait donné Zenker.
Il ne faut pas, ainsi que l'a fait remarquer M. Cornil, confondre cette dégénérescence avec les modifications de la fibre musculaire produites artificiellement par un mode défectueux de préparation. — Cette confusion dans laquelle Erb, Beneke, Weihl, Yanno et d'autres encore sont tombés, leur a fait considérer comme dégénérescence cireuse de simples modifications artificielles de la fibre, qui ne sau-
CORNILET RANVIER.— II. *
50 ANATOMlt PATHOLOGIQIJE DE LA FIBRE MUSCULAIRE STRIÉE
raient en aucune manière être assimilées à la dégénérescence de Zenker. Lorsque l'on étend la langue d'une grenouille vivante avec des épingles, comme on le fait d'habitude pour étudier la circulation du sang, il arrive le plus souvent que, sous l'influence de la traction, des flbres musculaires ont été rompues et forment des masses réfringentes; il en est de même, à plus forte raison, si, comme Weihl et Vanno, on pratique des pincements sur cet organe. Ces altérations ne ressemblent que de loin à la dégénérescence cireuse. Lorsque l'on prélève un fragment de muscle sur un animal vivant que l'on vient de sacrifier, les faisceaux reviennent sur eux-mêmes et forment encore des masses réfringentes dans lesquelles la striation, devenue très fine, ne peut être reconnue qu'avec un fort objectif et en ombrant le champ du microscope. Si, en outre, comme le font Erb et Beneke, on place ces fibres vivantes dans une solution saline, leur striation disparaîtra complètement, elles se gonfleront, deviendront homogènes, se fragmenteront même. Mais ces fragments ne se colorent que faiblement par l'éosine, leurs bords sont mal limités. Il s'agit d'une simple modification artificielle due à une imbibition de la fibre par osmose, et nullement d'une altération assimilable à la dégénérescence vitreuse.
La dégénérescence vitreuse s'observe au voisinage des tumeurs, des abcès, de toutes les inflammations musculaires. Ce n'est qu'accidentellement qu'elle a été signalée dans les atrophies myélopathiques par Charcot, Joffroy, Hayem, etc., dans les atrophies après section nerveuse par Ughetti, dans les amyotrophies myopathiques par Friedreich, Eulenburg, Benedikt, Erb, Singer, Schultze, etc. Dans ces différents cas elle relève de complications infectieuses ou cachectiques surajoutées. Elle est, par contre, presque de règle dans les maladies infectieuses, et, parmi celles-ci, en premier lieu dans la fièvre typhoïde où sa présence est à peu près constante.
La dégénérescence vitreuse peut être localisée à quelques fibres au voisinage d'une tumeur (Bennett), d'un abcès, ou intéresser un grand nombre de muscles lorsqu'elle dépend d'une infection grave, mais elle est toujours limitée. Jamais on ne la rencontre dans toutes les fibres d'un faisceau musculaire, et toujours, lorsque l'on examine un groupe de fibres à un faible grossissement, on distingue, à côté d'éléments devenus homogènes et réfringents, d'autres demeurés intacts ou atteints simplement d'autres dégénérescences.
Dans les maladies générales, tous les muscles peuvent être touchés ; cependant, surtout dans la fièvre typhoïde, cette dégénérescenée est, d'habitude, plus mtense et plus abondante dans les muscles internes de