LES VAUDEVILLISTES
La bande joyeuse des vaudevillistes forme une caste bien distincte, bien séparée, dans le monde dramatique : les vaudevillistes sont les cbevaliers errants de la littérature moderne. Les ris, les tendres sentiments, les gaudrioles, les couplets larmoyants, les refrains de la folie: ils emploient tous les moyens, se métamorphosent comme le Protée de la fable pour faire pleurer et rire, pour réjouir et attendrir le bon public qui assiste à la représentation de leurs pièces. Comme les auteurs de tragédies et de mélodrames, leurs frères aînés, les vaudevillistes abusent le plus souvent des plaisirs que leur procure la position excentrique qu’ils occupent dans le monde. À eux les folles joies, les nuits sans sommeil, les repas aux flambeaux, les aventures extraordinaires.
La vie des vaudevillistes, généralement parlant (car on en cite quelques-uns dont la mélancolie et la morosité sont devenues proverbiales), pourrait être comparée à une mer continuellement agitée, mais dont les vagues ne sont pas assez puissantes pour soulever des tempêtes dangereuses. Après avoir passé la nuit dans les coulisses des théâtres ou à table , on les voit assis le jour, lorsqu’ils ne dorment pas, dans un café, l’oreille toujours tendue , à la recherche d’un mot, d’un ealembourg. Pour eux l’hygiène dentaire est hors de propos; le caprice est leur seul règle de conduite : aussi les.voiton souvent atteints d’affections dangereuses. Les odontalgies sont très fréquentes chez eux, et j’en ai soigné plusieurs qui ont eu à se repentir cruellement de s’être trop écartés de la voie commune. Les aphtes , les fluxions, toutes les affections inflammatoires sont le partage des vaudevillistes ; une vie réglée , un régime moins excitant, l’usage de bons dentifrices leur éviteront de cruelles douleurs et empêcheront la chute prématurée des dents.