‹ Manuel d'hygiène dentaire à l'usage de toutes les classes et de toutes les professionsChapitre 82 sur 118 · SUE LES MALADIES DES ARTISANS · texte numérisé non relu

SUE LES MALADIES DES ARTISANS

Il y a dans la société des hommes assez mal intentionnés pour accuser la nature, cette mère bienfaisante de tous les êtres, de n’avoir pas veillé sur l’espèce humaine avec assez de prudence et de circonspection ; et de n’avoir pas prévu tous les dangers auxquels l’homme est exposé par les circonstances de sa vie.

Ce reproche se trouve dans les livres , et est souvent répété dans la conversation. Cependant

la plus injuste querelle qu’on lui suscite à cet égard, et qui lui fait donner, si mal à propos le litre de marâtre, c’est d’avoir forcé l’homme à pourvoir chaque jour à l’entretien et à la conservation de sa vie, qui, sans ce secours, serait bientôt détruite. En effet, le genre humain délivré de cette nécessité, ne connaîtrait aucune loi, et ce monde que nous habitons, changerait bientôt de face.

Ne serait-il donc pas permis d’assurer que cette nécessité, qui donne aux animaux, même les moins raisonnables, un instinct presque ingénieux, a fait naître tous les.aris, soit libéraux, soit mécaniques, qui malheureusement sont altérés par quelques maux, comme tous les biens dont l’homme jouit? En effet, ne sommes-nous pas forcés de convenir que plusieurs arts sont une source de maux pour ceux qui les exercent, et que les malheureux artisans trouvant les maladies les plus graves là où ils espéraient puiser le soutien de leur vie et-de celle de leur famille, meurent en détestant leur ingrate profession.

Ayant eu dans ma pratique de fréquentes occasions d’observer ce malheur, je me suis appliqué , autant qu’il a été en moi, à écrire sur I es maladies des artisans.

Cet ouvrage, tout imparfait qu’il est, servira,

je l’espère, d’aiguillon aux autres médecins, et leur secours contribuera à faire un traité complet sur cette matière, qui méritera une place dans les fastes de la médecine. La condition malheureuse de ces artisans respectables, dont les travaux, quoique vils et méprisables en apparence, sont si nécessaires pour le bien public, n’exige-t-elle pas ce service? et n’est-ce pas une dette qu’a contractée envers eux cet art, le premier de tous, qui, comme l’a dit Hippocrate dans ses préceptes, donne ses secours sans intérêt , et s’occupe aussi bien des pauvres que des riches ?

Pour peu qu’on réfléchisse aux avantages que les arts mécaniques ont apporté à la société, on voit d’un coup-d’œil, l’énorme distance qu’il y a, à cet égard, entre les nations européennes et les sauvages de l’Amérique et autres pays reculés. C’est sans doute, d’après une pareille réflexion que ceux qui ont bâti des villes et posé les fondements des royaumes, ont eu le plus grand soin des ouvriers qui les habitaient, comme nous l’apprenons dans les fastes de l’histoire.

Ces grands hommes ont établi des collèges ou communautés d’artisans. Ainsi, Numa Pompilius, au rapport de Plutarque, s’acquit la gloire

la plus solide pour avoir séparé les artisans suivant leur métier et pour avoir réuni dans des corps différents les architectes, les joueurs de flûte* les doreurs, les teinturiers, les tailleurs, les corroyeurs, les ouvriers en cuivre et les potiers de terre.

Tite-Live nous apprend qu’Appius Claudius et Publius Servilius instituèrent un collège de mercuriaux ou communautés de marchands, appelés mercuriaux, parce que chez eux Mercure était le dieu du commerce, comme Yulcain et Minerve occupés au travail des mains, étaient, suivant Platon, les dieux des ouvriers. Sigonius et Guidus Pancirolus font mention des droits et des privilèges accordés à ces communautés d’artisans ; ils étaient admis à donner leurs suffrages dans les grandes assemblées, et promus aux dignités.

Dans les Pandectes et dans les Codes, il est fait mention des matelots et des artisans ; Jules César, après avoir donné la liste des collèges des ouvriers, de leurs drois et de leurs privilèges, dit qu’il leur était permis, comme à une espèce de république, de négocier par eux-mêmes , de se choisir des députés et de se faire des lois, pourvu toutefois qu’elles ne fussent pas contraires aux lois publiques.

L’empereur Vespasien, si l’on en croit Suétone , entretint et protégea les arts tant libéraux que mécaniques, prit soin de faire travailler assiduement et d’augmenter ainsi le gain des ouvriers les plus infimes. Un jour , un architecte lui ayant exposé qu’il pourrait faire conduire au Capitole une masse énorme à très peu de frais, il lui répondit :

— « Laissez-moi nourrir mon peuple. — Puisque dans les villes bien établies on a toujours fait des lois pour le bien-être des artisans, il est bien juste que l’art médical concoure aussi au soulagement de ces hommes , et qu’animé par le zèle qui lui est particulier, il veille à leur santé.

Je crois faire plaisir à mes lecteurs, en même temps que je rends un témoignage de gratitude, en publiant le nom des hommes éminents qui ont fait des observations éparses sur les maladies des artisans, ou qui ont fait des traités généraux sur toutes les maladies des artisans.

AUTEURS QUI ONT DONNÉ DES OBSERVA¬ TIONS ÉPARSES SUR LES MALADIES DES ARTISANS.

Il est peu d’auteurs, de praticiens, qui ne puissent'être rangés dans cette classe : je me bornerai aux principaux.

Hippocrate décrit une maladie particulière aux foulons.

Aëtius a peint une partie des'maux auxquels les lutteurs son sujets,

Baillou a vu une ophthalmie causée par les vapeurs des boues de Paris, à un malheureux ouvrier qui les ramassait.

Fernel raconte qu’une sage-femme, pour avoir accouché une femme attaquée d’une grave maladie, fut prise d’une ulcère â la main qui la fit tomber en pourriture.

Poterius a décrit la maladie d’un potier de terre dans le sixième chapitre de sa seconde centurie.

Muller a donné le détail de celle d’un potier d’étain, qui contracta un asthme convulsif dans l’exercice de son métier.

Vedelius, dans sa pathologie dogmatique, a parlé avec assez d’étendue des maladies des ouvriers en petits objets.

Diemerbroeck, en disséquant, dans un hôpital, le domestique d’un lapidaire, mort asthmatique, lui trouva les véhicules pulmonaires remplies de poudre de diamant.

Galien démontre les dangers que courent les lutteurs, en nous apprenant qu’il se luxa la clavicule à cet exercice.

Le même médecin, qui voyagea beaucoup pour s’instruire, comme il nous l’apprend luimême, manqua d’être suffoqué en visitant un souterrain en Chypre d’où l’on relirait une eau verdâtre qui fournissait le vitriol de cuivre. Il observa que les ouvriers occupés à porter cette eau hors du souterrain, pour en retirer le vitriol par l’évaporation, le faisaient avec une très grande vitesse, de peur de périr au milieu de leurs travaux.

Plusieurs chimistes, en faisant des expériences, ont manqué périr victimes de leur zèle.

Paracelse et Vauhelmont essuyèrent plusieurs maladies, en préparant leurs médicaments chimiques.

Takenius se vit à deux doigts^de sa perte, pour avoir respiré de l’arsenic qu’il sublimait.

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