‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 10 sur 47 · DU CHRISTIANISME. — LES DOGMES · texte numérisé non relu

DU CHRISTIANISME. — LES DOGMES

0. — A quelle époque peut-on regarder la foi chrétienne primitive comme formée?

R. — Vers le IIP siècle.

Q. — Quelles sont au Iir siècle, les idées attribuées à Jésus?

R. — On admettait alors que Jésus avait annoncé la fin du monde, la résurrection des corps, le jugement du Fils de l'homme entouré de ses anges et la punition des méchants. Le symbole de la repentance du néophyte et de son admission dans la religion nouvelle, le baptême,- est continué d'après la parole : a Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (2),

(1) Renan ne paraît admettre roriginalité de Matthieu et de Marc qu'en les rapprochant de Luc. Il dit que les dernières pages des Actes sont les seules qui soient complètement historiques et il les suppose écrites vers Pan 80.

(2) Aujourd'hui on baptise d'abord, croit ensuite qui peut. Regardez dans les bronz.^s du Louvre (445-446) Attis, le bel

adolescent, couvert delà chlamyde, tenant en sa main le pedum recourbé des pasteurs; il rend aussi la purification nécessaire à ceux qui veulent être initiés à son culte. Démosthène, dans le Discours sur la couronne, nous fait le

et on considère la Cène comme le symbole de la fraternité et de la communauté religieuses.

Q. — Jésus est-il regardé comme (ils réel de Dieu ?

R. — Oui, depuis que les apôtres ont établi sa dignité messianique sur le fait de sa résurrection (1).

Q. — Existe-t-il alors un canon orthodoxe du Non-. veau-Testament?

R. — Non, il n'existe encore aucun canon orthodoxe du Nouveau-Testament (2).

Q. — La foi est-elle une chez tous?

R. — Non. Les Pères discutent sur le fond et la forme de la religion, et les Ecoles introduisent des théories nouvelles. Cependant deux règles de foi sont alors formulées, Tune par Tertullien, l'autre par Origène.

Q. — Quel fut le résultat produit par les premières formules de la foi chrétienne ?

R. — De donner les premières formules delà valeur canonique du Nouveau-Testament.

Q. — Quel autre résultat eurent-elles encore?

tableau d'un thiase de Sabazios dans l'Attique : « Tu les faisais se relever, après la purification, en leur disant de s'écrier : j*ai fui le mal, j'ai trouvé le mieux. »

(Ij Le caveau dans lequel on déposa Jésus après l'avoir descendu de la croix était situé dans un jardin rapproché du lieu de Texécution. Le propriétaire du jardin prit le corps et l'emporta ailleurs. Les femmes qui avaient accompagné Jésus et l'avaient enseveli, et les disciples, ne retrouvant plus le corps de leur maître crièrent qu'il était ressuscité. Un des dogmes fondamentaux du christianisme était trouvé.

Il est utile de se rappeler que, dans saint Matthieu, les soldats qui gardaient le corps du Christ avouent eux-mêmes que le corps a été dérobé pendant leur sommeil.

(2) Le canon de TÉcriture Sainte n'est définitivement fixé que par le Concile de Trente.

R. — D^établir la valeur dogmatique des faits contenus dans les livres saints.

0. — Les premiers dogmes ne furent-ils pas mis en discussion ?

R. — Si, tous les dogmes ont été discutés, mais les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne, admis d'assez bonne heure, sont considérés comme n'ayant jamais fait l'objet d'un doute.

Q. — Quel nom donne-t-on généralement à ces dogmes?

R. — Le nom de mystères.

Q. — Pourquoi?

R. — Parce que, si le dogme est ce qu'on est obligé de croire sans que la vérité ait besoin d'en être établie, le nom de Nft/strre ou chose impénétrable lui convient à la perfection (1).

Comment se formèrent les dogmes?

R. — Autrefois ainsi qu'aujourd'hui chacun interprétait la religion à sa façon, mais il existait officiellement de grandes Écoles qui, nées sous une l'influence locale, en Judée, en Syrie, à Alexandrie (2), en Asie-

(1) Les théologiens de nos jours regardent les mystères comme une vérité incompréhensible fondée sur une révélation divine, mais saint Paul les regardait comme des vérités cachées jusque-là, qu'une révélation dévoilait. La révélation est la source unique de la connaissance de Dieu, s'accordent à dire saint Clément d'Alexandrie, Origène, saint Augustin et saint Hilaire de Poitiers.

(2) L'école d'Alexandrie est la plus célèbre de toutes. Philon et Potamus y préparèrent la voie à Plotin, Jamblique, Porphyre et Proclus. Quand l'édit de Justinien ferma les portes de l'école, elle fut s'établir à Athènes. Voici ce que Pierre Leroux en a écrit : « A la fois religieuse et philosophique, placée entre le monde païen et le monde chrétien, elle se rattache à Tun et à l'autre; eUe procède de Platon et de Pythagore, tient

Mineure, en Phrygie, reconnaissaient Jésus, telles pour un Dieu, telles pour un prophète, telles simplement pour un homme de bien, et interprétaient diversement sa loi. Il en était autrement à Rome, où TÉglise revêtait un caractère pratique et organisateur sous Tinfluence de l'administration romaine; là, elle s'éloignait des doctrines juives et orientales et prétendait acquérir la suprématie. L'Église primitive, bien loin d'être un modèle d'ordre et de vertu, était plus troublée, plus divisée que l'Eglise protestante ne l'est de nos jours, et il ne pouvait en être autrement puisque la spéculation pouvait s'exercer en pleine liberté sur toute la matière dogmatique. Ce fut le Concile de Nicée qui commença à arrêter le développement dû à la libre-réflexion, et, comme l'esprit humain ne renonça pas facilement à ses droits d'examen pour aller s'enterrer dans la nuit du Moyen âge, il se produisit des luttes souvent sanglantes. Des hérésies nombreuses éclatèrent. Ce fut en lès combattant que le christianisme se forma et que la religion romaine devint ce composé de maximes décrétées par les Conciles, les Synodes et les Papes et nommées décrétales ou bulles (1) qui contiennent ces préceptes déclarés absolument de foi et nécessaires au salut qui sont des dogynes (2).

aux gnostiques et aux chrétiens, essaye de résumer et de restaurer Tantiquité. et inonde en même temps, de son idéalisme et de ses opinions les plus mystiques, le Moyen âge chrétien tout entier. » Au fond, Técole essayait d'accomplir la fusion de toutes les religions et de toutes les philosophies.

(1) Bulles, décrets du pape destinés à faire loi. On les désigne par les premières lettres qu'on y lit, ainsi qu on fait pour les encycliques: bulle Unigenitus, encyclique Quanto confia ciamur; les décrétales sont les lettres portant décret, les consultations sur telle ou telle décision.

(2) L'Église est si bien Tœuvre du temps et des hommes que

Q. — Quels sont les dogmes les plus importants?

R. — Les dogmes les plus importants sont ceux de la Trinité, de la Création, du Péché originel, de V Incarnation, de la Présence réelle et de V Immortalité de Pâme.

Q. — Qu'est-ce que le dogme de la Trinité? R. — La croyance en trois personnes n'en formant qu'une seule.

Q. — Gomment s'est formée celte croyance?

R. — 11 fut tout d'abord établi que Jésus, ainsi qu'il l'avait dit lui-même sur la fin de sa carrière messianique, était le fils de Dieu. Mais en raisonnant sur ce genre de divinité, on en arriva à se demander comment on pouvait être fils de Dieu. Dieu n'avait pu engendrer son fils que de sa substance, or, cette substance étant éternelle, Jésus était donc éternel, il était né en même temps que son Père, ils existaient tous deux en un de toute éternité. Une hérésie célèbre l'arianisme (1), s'éleva contre cette théorie et soutint,

tous les jours elle ajoute quelque chose à son édifice, comme par exemple, rimmaculée conception et riiifaillibilitô du pape'

(1) Ananisme; c'est rhérésie la plus importante que le christianisme ait eu à combattre. Elle tire son nom d'Arius qui s'é leva contre ce que l'Église catholique oblige à croire ; qu'il y a en Dieu unité de substance et trinité de personne.

Arius, dans Thalie, soutient que Dieu n'a pas toujours été père, que le fils a été tiré du néant pour être incarné. Dans le sens absolu, Arius niait donc la divinité du Christ • et il n'y avait que le Père d'éternel, invariable, inengendré, le Père qui n'était plus un être composé, divisible, muable.

L'arianisme iate de Fan 318, après la victoire de Constantin sur Licinius. Arius, presbytre d'une des églises d'Alexandrie convertit beaucoup de monde à sa doctrine, si bien que Con' stanlin, voyant menacée l'unité religieuse qu'il rêvait et qui lavait fait se convertir, crut devoir intervenir. Voltaire dit de et empereur, dans ce cas : < C'était un scélérat, je l'avoue, un

avec quelque semblant de raison, que le Fils n'est pas de la môme substance que le Père, qu'il a été créé de rien, et qu'une substance engendrée ne saurait devenir inengendrée. L'Église fit triompher le Symbole de Nicée. Elle établit le dogme de la consubstaniiation, par lequel Jésus est regardé comme étant de la même essence et de la môme éternité que son Père. Quant à la troisième personne, au Saint-Esprit, on mit du temps à fixer ses qualités. Les apôtres ne l'avaient considéré que comme un souffle, une effluve, une inspiration, laissée par Jésus dans leur propre esprit (1). Jean expose que le Fils de Dieu, en retournant près de son Père, laisse, pour continuer son œuvre, son Esprit, ou Paraclet, qu'il représente tantôt comme une personne distincte, tantôt comme une simple force, mais toujours subordonnée au Père et au Fils, et il attribue au Saint- Esprit l'inspiration des évangiles. Le Concile de Nicée s'en occupa peu. Mais le deuxième œcuménique déclara que le Saint-Esprit procédait du Père, et que, sans lui donner le nom de Dieu qui lui fut attribué pour la première fois dans le symbole d'Athanase, il était digne de

parricide qui avait étouffé sa femme dans un bain, égorgé son fils, assassiné son beau-père, son beau frère et son neveu, je ne le nie pas. Mais il avait du l)on sens. » Les prières de Constantin ayant été inelficaces, on réunit le premier concile œcuménique (universel) à Nicée, en 325. Trois cent dix-huit évéques condamnèrent Farianisme. Constantin ordonna de détruire tous les livres d'Arius et de tuer ceux qui en conserveraient. L'arianisme ne fut pas détruit pour cela. Il resta dans FÉglise d'Orient, tandis que la doctrine nicéenne s'établissait dans l'Église a'Occidcnt.

(1) Le Saint-E-prit n'avait guère donné le don des langues aux apôtre?, ainsi ([u'on le peut voir aux chapitres des apôtres e^i de la formation du nouveau-testament; il ne les inspira pas plus qu'il ne les lit parler.

la même adoration que le Père et le Fils. Ce fut d'après Jean qu'on forma le dogme de la Sainte-Trinité, lorsque les gnosliques prétendirent posséder la gnose ou dernière raison des choses (1). Enfin, en 589, le Synode de Tolède sanctionna le symbole d'Athanase qui fait procéder les unes des autres les trois personnes de la Sainte-Trinité et les fait Dieu toutes trois. Cette doctrine fut définitivement admise h Rome, par Nicolas V\ en 860.

Q. — Quel est le deuxième dogme?

R. — Celui de la Ci^éalion,, selon la donnée des six jours pendant lesquels Dieu créa le Ciel, la Terre, les éléments, les animaux et l'homme.

Q. — Quel est le troisième dogme?

R. — Le troisième dogme est celui de la chute de l'homme ou du péché ongùid. L'homme ayant désobéi à Dieu, dans le Paradis terrestre, en goûtant à l'arbre de la science du Bien et du Mal, en est chassé et est condamné à gagner sa nourriture à la sueur de son front.

Q. — Quel est le quatrième dogme ?

(1) Les gnostiques étaient ceux qui possédaient la gnose^ vérité, philosophie du christianisme, connue par un fort petit nombre d'élus. Les gnostiques prirent naissance dans les écoles philosophiques; ils avaient fait de la liberté de penser le fond de leurs doctrines, et le ^nostique ayant la liberté de penser ce qu'il voulait, devait nécessairement succomber devant le nombre des chrétiens soumis à la pensée commune.

D'après la gnose, Dieu est surnaturel et invisible, il se manifeste par des émanations; ces émanations sont des génies; un de ces génies ou éons, a créé la Terre et l'Homme. Les génies du mal se sont introduits dans la création. Simon le Mage et ses sectateurs disaient que Dieu s'était fait représenter auprès des gentils par l'esprit ou le génie intellectuel, et auprès des juifs par Jésus. Les sectes des gnostiques furent très nombreuses.

R. — Le quatrième dogme est celui de X Incarnation d'après lequel le Fils de Dieu s'est fait homme dans le sein d'une Vierge (1).

Marie et ses enfants,

• Q. — Quel est le cinquième dogme?

R. — Le dogme de la Rédemption d'après lequel Jésus-Christ est mort pour racheter tous les hommes de Tétat de malédiction où les avait plongés le péché originel (2).

(1) Il est censé n'avoir jamais fait doute que Jésus fut né d'une vierge, et comme il était patent que Marie avait eu plusieurs enfants, ceux qui consentaient à ne pas le nier disaient que Jésus était le premier-né.

(2) Nous ne donnons pas l'historique de tous ceâ dogmes, qui, le premier étant admis, découlent logiquement les uns des autres. 11 faut lire, pour se rendre compte des débats qu'ils ont soulevés, le Recueil des Conciles, de Mansi, en entier. En cô qui concerne la rédemption, rappelons, en passant, que Bacchus aussi était le dieu rédempteur et libérateur. Orphée lui dit : Tu délivreras les hommes de leurs durs labeurs et de leuF immense misère.

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Q. — Quel est le sixième dogme?

R. — Le dogme de la Présence réelle ou transsubstanlialion du sang et du corps de Jésus dans TEucharistie.

Q. — Comment ce dogme s'est-il formé?

R. — De très bonne heure les chrétiens avaient considéré la Cène comme un sacrifice d'actions de grâces (1) et ils prenaient le pain et le vin en souvenir du Christ. A la suite de controverses sur la nature de la personne du Christ, la doctrine d'un sacrifice d'expiation ofl*ert par le prêtre, à Tinstar des juifs, se précisa, et, en 787, le septième concile œcuménique tenu à Nicée, proclama que le pain et le vin, après la consécration, ne sont plus des figures, mais véritablement le corps et le sang du Christ (2). C'est ainsi que le pain et le vin se trouvèrent transsubstantiés, c'est-à-dire changés en la substance véritable du corps et du sang du Christ. '

Q. — Quel est le dernier des dogmes que vous avez signalés comme étant les plus importants?

R. — Le dogme qui concerne la vie future, celui de V immortalité de rame.

Q. — N*a-t-on pas toujours cru à une âme immortelle ?

R. — Non. Jésus ne s'intéressa pas à l'immortalité de l'âme, non plus que les premiers chrétiens, ni trop à Tâme elle-même. Jean et Paul enseignent bien la prédestination de l'âme, mais en la liant au corps, c'est-à-dire que l'âme doit ressusciter en même temps que la chair; ils disent que ceux qui doivent participer

(1) Eucharistie, action de grAce. Rompre le pain et Tofirir est l'habitude du chef de la maison chez les juifs.

(2) Ne pas confondre, comme cela arrive fréquemment, le dogme de la consubatantiation avec celui de la trànsàubstanliation.

à la vie éternelle sont choisis de toute éternité par le Père. C'est la théorie de l élection de Paul, et il y ajoute celle de la vocation par laquelle les élus sont infailliblement conduits au salut. Saint Augustin partage entièrement cette manière de voir.

Q, — De sorte que l'homme n'a pas à s'occuper de son salut, qu'il est toujours sauvé s'il doit l'être?

R. — C'est la conséquence de la théorie chrétienne pure, aussi l'a-t-on changée.

Q. — Comment cela?

R. — Quand furent arrivées les époques de discussion, quand la Réforme eut enlevé à l'Église romaine une partie de la chrétienté, on comprit tout ce qu'avait de dangereux pour le chrétien cette théorie qui conduisait directement les hommes à ne plus s'occuper de leur salut, puisqu'ils ne pouvaient éviter d'être sauvés s'ils devaient l'être, et que, eussent-ils mené la vie la plus exemplaire, ils ne pouvaient être élus, s'ils n'étaient, de toute éternité, marqués du sceau de Dieu. Les jésuites se chargèrent d'accommoder les doctrines de l'Église à la logique des hommes, et ils émirent de nouvelles théories sur la gj^âce, qui suscitèrent de mémorables querelles (1). Us finirent cependant par triompher, et il fut établi qu'il y avait deux sortes de grâce : la grâce efficace, ou vocation, qui mène droit celui qui en jouit jusqu'au ciel, sans que rien de volontaire ou d'involontaire puisse le détourner de sa voie, et la gr(}ce suffisante, que tout le monde est censé posséder et qui permet de faire son salut si l'on vit selon les préceptes de l'Église. Cette fois-là, les jésuites, en rendant à chacun un peu de son libre-arbitre, se trou-

(1) Il est- indispensable d'avoir lu et relu les Provinciales de Pascal.

Tarent d'accord avec la raison humaine. Ils sauvèrent, par ce moyen, TEglise pour un temps, mais le christianisme, le christianisme de Jésus, des apôtres et des pères, s'il n'était pas mort déjà, disparut alors tout à faiL

Q. — N'y a-t-il point d'autres dogmes très importants?

R. — Si, deux dogmes qui ont été promulgués récemment.

Q. — Quels sont ces deux dogmes?

R. — Celui de Y Immaculée- Conception et celui de V Infaillibilité du pape.

Q. — De qui ces dogmes sont-ils l'œuvre?

R. — Des jésuites (1) qui depuis un siècle se sont

(1) La compagnie de Jésus doit sa fondation à Ignace de Loyola. Ignace était soldat; ayant eu la jambe cassée au siège de Pampelune, il s'enthousiasma, pendant sa maladie, de la lecture de la vie des saints, et il guérit visionnaire et dévot. Il lui vint alors à la pensée de former « Tarmée du Christ. » Il partit pour Paris où il se lia avec Pierre Lefèvre, Antoine Rodriguez, François-Xavier, Alphonse Salmeron, Nicolas Babadilla, Jacques Lainez, qui, tous, se réunirent le 15 août 1534, dans une chapelle souterraine de l'église de Montmartre et firent vœu de pauvreté et de charité. En 1536, Ignace présenta au pape Paul III les statuts de Tordre qu'il voulait fonder, et la bulle Regimini militantis ecclesiœ consacra pour ainsi dire légalement l'existence de la Compagnie de Jésus ^ d'où ceux qui en firent partie tirèrent leur nom de jésuites. Le but proposé était d'obéir au pape et de fournir une milice au souverain pontife.

Les jésuites sont divisés en cinq classes : V les coadjuteurs temporels (frères savants, laïques affiliés, ceux que l'on nomme dans le public «jésuites de robe courte », quoique quelques-uns de ces derniers appartiennent à Tordre par des vœux, notamment par le vœu d'obéissance); 2° les novices, qui sont recrutés avec soin dans la jeunesse intelligente; 3" les scholastiques, qui font des vœux secrets et aident la compagnie dans son œuvre; 4» les coadjuteurs spirituels, qui font des vœux publics et aident

complètement rendus maîtres du christianisme catholique.

Q. — Qu'est-ce que le dogme de V Immaculée -Conception ?

R, — La croyance que Anne, mère de Marie, conçut

les profès; 5" les profès, qui sont les vrais jésuites, T'élite de la compagnie. Ces derniers ont passé par un long noviciat; ils sont choisis avec soin. Outre le vœu de pauvreté, de charité et d'obéissance, ils ont fait vœu d'obéir au pape et d'accepter aveuglément toutes les missions.

La compagnie place à sa tête un général qui demeure à Rome et est élu à vie. Dans ses mains, chaque membre est, selon la règle de Loyola, « comme s'il était un cadavre ou un bâton dans la main d'un vieillard ».

D'après les privilèges accordés par Jules III, les jésuites ne relèvent absolument que du pape. Ils possèdent donc la toutepuissance s'ils possèdent le pape. Ils tendent continuellement à s'immiscer dans la politique des États. Leurs doctrines sont telles qu'un arrêt de 1761 les déclara abominables, meurtrières, et ordonna que les livres des jésuites fussent brûlés et leurs écoles fermées. En 1762, le Parlement de France ordonna la destruction de la société; et, en 1764, il ajouta que les jésuites qui voudraient rester en France abjureraient leur institution, et, la même année, un arrêt déclara que la fameuse société était 'dissoute.

Les jésuites, qui n'ont d'existence légale nulle part, ont été chassés de presque tous les États. De Hollande (1598), de Bohême (1618), de Moravie (1619), de Malte (1643), de Russie (1723), de Portugal (1759), d'Espagne (1767), de Sicile et de Naplos (1769), de Parme (1786).

A l'instance des puissances, le pape Clément XIV publia, le 21 juillet 1773, une bulle qui prononça la suppression complète de la compagnie de Jésus qui comptait alors 22,589 membres.

Pie VII annula, en 1814, la bulle de Clément XIV; il rétablit la société sous le nom de Congrégation du Sacré-Cœur, par la bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum. Depuis ce temps, la compagnie s'est fort étendue, et on peut dire aujourd'hui qu'il n'y a pas un prêtre qui en soit indépendant et que, depuis le pape jusqu'au dernier séminariste, toute l'Église est dans leurs

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MANUEL d'iNSTRUCTIUN LAÏQUE

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sa fille sans péché (1). Par le dogme de Tlmmaculée- Conception de la Vierge, il est entendu que la mère du Christ a été conçue sans tache originelle. Ce dogme a été proclamé, ynalgré ropinion très conhmire des pères les plus illustres de l'Eglise, par le pape Pie IX, en 1854, dans une réunion d'évêques tenue à Rome (2).

Q. — Qu'est-ce que le dogme de Y Infaillibilité?

R. — Le dogme de Y Infaillibilité établit que ce que le pape proclame ex-cathedrà, du haut de la chaire, c'est-à-dire tout ce qui a la valeur d'une parole officielle, d'un document émané du pape, est une vérité absolue, à laquelle on doit attacher l'importance d'un article de foi et qu'ondoit croire et obéir sous peine de damnation.

Q. — Quelle est l'importance de ce dogme?

R. — Ce dogme, proclamé en 1870 dans le concile œcuménique tenu h Rome, a une portée très considé-

mains. Les jésuites n'ont pas d'existence légale en France; leurs maisons ont été définitivement fermées en 1880, mais ils subsistent avec une force égale sur le territoire français et leur action par le clergé séculier et les congrégations se fait de plus en plus sentir.

(1) Ainsi le privilège accordé à Jésus seul s'est étendu à sa mère. On a été tenté aussi de proclamer Tlmmaculée-Conception de la mère de Marie, sainte Anne. Dans cette voie, l'Église eût eu beau jeu à remonter jusqu'à Eve et à soutenir quand même le péché originel.

L'ïmmaculée-Conception! qu'il nous souvienne d'Isis, sœur d'Astarté et de Cybèle, coiffée du pschent, la main gauche tenant une corne d'abondance, la droite appuyée sur un gouvernail. Isis marine et Isis terrestre, promenée en grande pompe par les Égyptiens, s'arrétant aux reposoirs, mythe du polythéisme sémitique, et aujourd'hui... Immaculée-Conception.

(2) Le canon de ce dogme non plus que le canon du dogme de rinfaillibilité ne sont encore fixés, les événements de la guerre franco-prussienne ayant écourté le concile du Vatican, qui devait s'en occuper.

r.able, surtout dans le domaine de la politique. C'est, certainement, après les dogmes de la Trinité et de la

L'infaillibililé a mis le pouvoir du pape au-dessus de ses dieux, de son clergé, des rois et des empereurs.

imnssubstantialton, le plus important de la religion chrétienne-catholique. Il met la parole du pape, et, en conséquence, le pape lui-même au-dessus de tout, il supprime les Conciles (1), et ferme la bouche à toute

(1) Et les conciles où tous les évéques avaient un siège consti-

tentative de révolte. Par le dogme de Tlnfaillibilité le pape a constitué légalement le pouvoir qu'il a voulu exercer en fait sur TÉglise universelle, les royautés et les républiques pendant tout le Moyen-Age. C'est un pouvoir absolu établi dans le domaine de la conscience, établi en matière de foi, et comme la foi guide l'action, c'est le pouvoir le plus exorbitant qui ait jamais été institué au monde et, il est, par cela même, impossible de le subir.

Q. — Jusqu'où vont les conséquences de ce dogme?

R. — Les conséquences du dogme de Y Infaillibilité sont de faire entrer dans le domaine dogmatique toutes les paroles orales ou écrites, prononcées officiellement par les papes; de cette façon, des doctrines comme celles du Syllabus, des croyances comme celles du Sacré Cœur de Jésus ou de Marie, entrent dans le domaine de la foi (1).

tuaient (jusqu'à ce que la discipline de Rome ait fait des êvêgues de purs instruments) par la discussion, par la pression que pouvaient exercer sur ces décisions les pouvoirs laïques, une certaine garantie pour Tordre social religieux, garantie qui n'existe plus.

(1) L'Église réclame l'obéissance, on doit obéir surtout et pardessus tout au pape infaillible. C'est aux papes que Jésus a remis le3 clefs du royaume des cieux, et comme récrit Bossuet : « Tout est soumis à ces clefs, tout, rois et peuples, pasteurs et troupeaux. >► Le pouvoir du pape? « Il est de fait, et de droit sur les fidèles. » En se mettant en rébellion contre le pape, on échouerait aussi ridiculement que Bossuet et tous les gallicans qui ont suivi la déclaration de 1682, et le temps donnerait touiours gain de cause (comme aux universités de Douai et de Lou- "vain, qui contre les déclarations du clergé de France s'étaient prononcées pour l'Infaillibilité) à Tlnfaillibilité. De raison, il n'y en a pas. La raison ne regarde que le diable dont elle est rinvention abominable. Dieu dit : Je suis parce que je suis. Le pape est infaillible parce qu'il est infaillible.

- Q. — La religion chrétienne ne se trouve-t-elle pas entraînée, par ces excès, à sa perdition?

R. — Oui. La religion chrétienne s'est formée peu à peu, elle qui est représentée comme la toute divine, par les disputes des hommes. Elle devait dominer le monde, et la société hébraïque la méprisa, elle ne fit aucun progrès en Asie, et Mahomet lui enleva une partie de TEurope, de l'Afrique, le pays même où elle avait pris naissance. Cette religion si fière, si autoritaire, si universelle, s'est elle-même divisée en trois branches : la Grecque, née, à la fin du IX* siècle, de rivalités naturelles entre les deux pouvoirs de Rome et de Constantinople; la Protestante, née au XVP siècle des abus de la cour de Rome, et appuyée sur des principes de liberté et de tolérance; enfin la Catholique qui a pu maintenir une autorité au moins nominale sur différents pays de l'ancien et du nouveau continent, mais qui en arrive au point où elle trouva ellemême le polythéisme romain. Comme le paganisme en arrivait à substituer divinités à di\inités, de même le catholicisme fait apparaître à tout moment un culte nouveau destiné à remplacer celui qui s'en va, l'Immaculée-Conccption succède à la Croix, le Sacré-Cœur à rimmaculée-Conception (1). Le christianisme catholique n'est plus qu'un vaste polythéisme anthropomorphiste, où les saints succèdent aux saints, les dieux aux dieux, les croyances aux croyances. Le culte se multiplie et se disperse de tous côtés, ébranlé, affolé, colère, avant que de s'anéantir tout à fait.

(1) Nous ne parlons point des miracles, du surnaturel, dernières ressources des religions agonisantes et dont on usa autant à Rome dans le temps, qu'en France au XIX* siècle. Sous ce rapport, Jupiter pourrait presque rendre des points à Jéhovah, et Cybèle à la Vierge.

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