DU CHRISTIANISME. — LK SACERDOCE
Q. — De quelle façon vécurent les apôtres?
R. — Les apôtres eussent pu vivre largement de ce
qu'on leur donnait et ils pouvaient demander au nom
de rÉvangile, mais ils n'usaient pas de cette faculté
«de peur » dit saint Paul « que ce ne fut n quelqu'un
occasion de scandale si on 7'echerchait une récompense temporelle. » Les apôtres se faisaient humbles au mi-^ lieu des fidèles, ils travaillaient afin de nètre à charge à personne et pour donner l'exemple d'éviter Tavarice, l'oisiveté et l'inquiétude. A l'exemple des grands rabbins (1) qui tous avaient quelque métier, comme charbonnier, potier, etc., saint Paul faisait des tentes à l'usage des gens de guerre et il donnait comme règle que quiconque ne sait pas travailler ne doit pas manger.
Q. — Les apôtres avaientils des femmes ?
11 fut un temps où les évêques travaillaient pour se uourrir, eux et leur famille.
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(1) C'est rabbi que nous devrions écrire. Les prescriptions dtjs livres rabbiniques (le Thalmud) étaient que tous les juifs, les heni'Israël, eussent un métier.
R. — Oui, les apôtres avaient pris des femmes, excepté saint Paul qui vivait en l'état de chasteté pour être plus entier à sa mission. « Je pourrais » disait-il « mener avec moi une femme d'entre nos sœurs, comme le font les autres apôtres, et les parents du Christ, et Pierre lui-même » (1), mais il n'en prenait point.
0, — Y avait-il un supérieur parmi les apôtres?
R. — Non, ils étaient tous égaux. Origène s'élève contre les évêques qui refusent de reconnaître pour leurs égaux môme les meilleurs disciples du Christ. Si l'Église a assigné une suprématie à Pierre, c'est plus tard et uniquement pour les besoins de la cause papale (2). S'il y avait eu un supérieur parmi les apôtres, ce n'eut pu être que saint Paul qui était de beaucoup le plus intelligent. Saint Pierre était si peu le supérieur de Paul que celui-ci lui reprocha vertement d'avoir quitté les gentils.
Q. — Quels furent les successeurs des apôtres?
R. — Les disciples qu'ils avaient pris avec eux, qu'ils avaient catéchisés, et les diacres.
Q. — Quelle fut la cause de l'institution des diacres?
R. — La communauté des biens dans laquelle vivaient les premiers chrétiens.
Q. — Comment institua-t-on les diacres?
R. — Comme on était venu se plaindre aux apôtres que les veuves étaient méprisées et frustrées dans la distribution des vivres aux tables, ceux-ci assemblèrent les fidèles et leur dirent de choisir sept
(1) Pierre et Philippe avaient des fils et des filles.
(2) Pour cela aussi, contrairement à la vérité, on fait venir saint Pierre à Rome.
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hommes de bonne volonté et de bonne réputation ; ces élus eurent soin des pauvres, remirent ce qui était nécessaire à chacun d'eux, et bientôt le nombre des diacres devint considérable.
Q. — Les diacres étaient donc choisis à Téleclion?
R. — Oui, et le vote universel fut longtemps pratiqué par les fidèles, dans Texercice du culte comme dans les conciles (i).
Q. — Les prêtres sont-ils les successeurs des diacres ?
R. — Oui, les prêtres (2) sont les successeurs des diacres.
Q. — Les diacres avaient-ils la parole de Dieu, c'està-dire pouvaient-ils s'arroger le droit de parler au nom de Dieu ou au nom de l'Église ?
R. — Non, en principe. Les diacres servaient à la table sacrée et rien de plus. On leur permit seulement de prêcher la Bible à l'occasion et quand ils en étaient instruits, mais les apôtres et leurs successeurs, c'est-àdire les évêques, avaient seuls la parole de Dieu et le droit de faire la fraction du pain.
Q. — Comment donc les prêtres en vinrent-ils à avoir la parole de Dieu et la communion?
(1) Selon la primitive Église, il n'y a de vrais prêtres que ceux qui sont élus, comme il n'y a de vrais conciles que ceux oii les fidèles ont voix délibérative. Au nom de la religion mémo, la société civile peut rejeter tout ce qui ne se présente point dans ces conditions. Dans le mouvement dit des Vieux-Catholiques on a remis ces principes en honneur.
(2) Un évéque est un prêtre, mais pour la commodité de Targumentation, nous désignons ici, par ce mot, le bas clergé, les curés, les vicaires, ceux qui étaient auparavant les presbytres, chefs laïques de la communauté laïque.
R. — Lorsque le nombre des fidèles s'accrut, il fallut instituer la prêtrise et donner aux prêtres le pouvoir de prêcher et de faire la Cène, soit, plus tard, de dire la messe.
Q. — Les diacres et les premiers prêtres se mariaient-ils?
R. — Parfaitement. Ce n'est que dans le Xir siècle que, par raison de discipline, les prêtres finirent par ne plus se marier (1).
Q. — Quel loi saint Paul fait-il aux évêques et, par suite, aux prêtres?
R. — Saint Paul dit : « 11 faut que Tévêque soit sans reproche, mari d'une seule femme, sobre, prudent, grave, hospitalier, point querelleur, point ivrogne, ni avare, ni prompt à frapper, mais modeste, réglé et propre à enseigner. »
Q. — Que recommande-t-il aux fidèles par rapport aux prêtres?
R. — Il leur dit : « Vous 7*eprend?'ez les mauvais docteurs qui s'écartent de la foi, de la pureté de conscience, qui s'occupent de vaines disputes, de combats de paroles, des mots nouveaux, de contes de vieille, qui assurent ce qu'ils n'entendent point, qui sont ignorants, superbes et intéressés, et qui regardent la reli- (jion comme un moyen de s'enrichir. » Et il ajoute : « Prenez garde aux chiens, aux mauvais ouvriers... Il y
(1) C'est à Grégoire VII que revient Tinitiative de ce grand mouvement qui, en vouant les prêtres au céUbat, les attacha uniquement à la chose commune de la religion ; et c'est à partir de ce jour que Ton peut appliquer à TÉglise ces paroles de Voltaire : * L'Église romaine l'a emporté en débauches obscènes, parce que, pour mieux gouverner les hommes, elle s'est interdit le mariage. »
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MANUEL D INSTRUCTION LAÏQUK
en a plusieurs comme je vous l'ai dit et vous le dis encore qui sont les ennemis de la Croix de Jésus- Christ, dont la fin est la perdition, dont le Dieu est leur ventre, qui font gloire de leur confession, qui n ont que des pensées terrestres... Méfiez-vous des docteurs qui, par leurs discours trompeurs, trafiquent des âmes pour contenter leur avarice, qui mettent leur bonheur dans la volupté passagrre, dans les festins et les délices, et qui sont pleins de désirs immondes. «
nu CIlRISTfANISME. — LE GOUVERNEMENT DE L EGLISE
Q, — Quel est le Gouvernement de TÉglise?
R. — (( Le Gouvernement de TÉglise » dit le théologien Boyer (1) « est une monarchie mêlée d'aristocratie. La monarchie dans toute sa plénitude, on la trouve dans le Souverain Pontife, vicaire de Jésus- Christ sur la Terre. Cette monarchie est tempérée par Taristocratie. L'élément aristocratique qui s y mêle, on le trouve : V Dans chaque Évêque en particulier; 2° dans les assemblées d'Evêques appelées conciles. Les Evêques, selon Tordre et l'institution divine sont associés avec le Souverain Pontife au Gouvernement de TEglise; ils sont membres de la Souveraineté et investis de droits réguliers dans leur territoire, appelé diocèse. Toutefois, ils y administrent non comme des égaux, mais comme des sujets du Pape, leur monarque, soumis à ses lois et exécuteurs de ses décrets. J'en crois
(1) Boyer, théologien français, né en 1766, œort en 1842, réorganisateur de Saint-Sulpice et successeur de Tabbé Frayssinous dans sa chaire de théologie dogmatic^ue.
voir une image très ressemblante dans l'empire d'Aile* magne, où l'Empereur commandait à des Souverains, ayant chacun leur Etat et leur territoire. Les prêtres et les curés, sans participer au Gouvernement général de l'Église, comme membres de la monarchie, font partie de sa Constitution; comme administrateurs, ils sont dans l'Église ce que l'administration est dans la société politique; car dans toute Société, ces deux choses sont distinguées et séparées par une barrière Insurmontable, le gouvernement et Tadministration. Les préfets, les magistrats, les juges, ne sont ni législateurs, ni souverains, ni membres de la souveraineté. Et voilà le rang élevé où sont placés les prêtres ; par la constitution divine de l'Église, ils sont magistrats, juges, administrateurs. »
Q. — L'Église n'est donc pas autre chose qu'un gouvernement monarchique?
R. — Oui, Bossuet l'atlirme, et le cardinal Bellarmin (1) est d'accord avec le théologien Boyer (2).
Q. — L'Église est donc contraire à tout autre état laïque que la royauté dite de droit divin qui est une sorte de délégation à son image et dont le principe même lui donne, à elle Église, l'autorité suprême?
Il, — Oui, l'organisation de l'Église la lie à la royauté
(1) Bellarmin, cardinal italien, né en 1542, mort en 1621 ; jésuite. Il fut ordonné prêtre par CorneiUe Jansénius, évêque de Gand, en 1570. Deux fois il fut question de l'élire pape, mais il échoua, la première fois contre Alexandre de Médicis, et la seconde contre Camille Borghèse.
(2) L'Église a constitué le Ciel à son image, et il est tout aussi . aristocratique que la Terre, avec ses séraphins, ses chérubins,
ses trônes, ses principautés, ses dominations, archanges et anges chargés de commandements et de la garde des rois, des princes, des grands de ce monde, tandis que les petits anges sont pour le menu peuple.
MANUEL d'instruction LAÏOUE
et l'a fait rennemie de toute liberté et de toute Réoublique (1).
^ (1) La politique de l'Église est la tyrannie. « L'Église de Jésus-Christ, dit Bossuet, voyageant comme une étrangère parmi tous les peuples du monde, elle n'a point de lois particulières touchant la société civile. » Les indiTidus qui n'ont soif que de la fin du monde ne paraissent pas faiU pour entrer en affaire avec les États. Cependant l'Église ne tolère aucune liberté. Elle s'associe aux princes et les protège. Les catéchismes disent : « Les peuples doivent aux rois et aux souverains honneur, fidélité, amour, sujétion, tributs et subsides, respect et prières. » L'Eglise partage donc avec les rois leur histoire, et, comme Ta dit le conventionnel abbé Grégoire : * L'histoire des rois est le martyrologe des Nations. » La doctrine du roi est celle de l'Église, que l'historien Salluste définit ainsi : *c Être roi, c'est faire ce qui plaît. » Obéir aux princes, aux maîtres, aux riches, aux princes dont Machiavel dit a que la mauvaise foi, la ruse, la perfidie sont des qualités indispensables, » voilà ce qae commande l'Église, à moins que les princes ne lui soient contraires, auquel cas elle arme le bras des assassins, exemples : Henri III et Henri IV. « Crains Dieu et honore les rois », dit saint Pierre. Courbe-toi sous le joug, chrétien, car l'Église a retourné contre toi, son féal, l'édit porté contre elle par Galerius, en 296, qui lui reprochait comme le plus grand des crimes de vouloir renverser ce que les ancêtres avaient établi. L'Église doit, par principe comme par tempérament, tendre à la perte de toute démocratie et au réUblissement de l'ancien régime, du régime thôo^ cratique. ^