‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 26 sur 47 · PAR RAPPORT A LA TOLERANCE · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT A LA TOLERANCE

Q. — La doctrine du salut professée par l'Église n'entraîne-t-elle pas l'intolérance?

R. — Si, car l'Eglise se croyant seule dans la vérité et étant persuadée que tous les autres sont dans l'erreur doit employer tous les moyens pour les amener à elle, et s'ils persistent dans leur erreur, ce sont des êtres méprisables et maudits de Dieu que l'Église doit avoir en horreur, qu'elle doit retrancher par tous les moyens du nombre des humains, d'autant plus que la façon dont il leur est possible, soit par les supplices, soit par les tourments moraux, soit même par la mort, de servir à l'édification de l'Eglise, peut leur faire ouvrir les yeux à la lumière et leur faire pardonner par Dieu leur aveuglement. C'est pour cela que la religion a toujours pu condamner ce qui n'émanait pas d'elle el s'armer du glaive pour sa défense ou pour la conversion des infidèles (1). L'intolérance est pour TÉglise une vertu. Tolérer est criminel. C'est pour cela que J.-J. Rousseau a pu dire du chrétien : « J'appelle intolérant par principe tout' homme qui s'imagine qu'on

(1) C'est une application du fameux : ^ Forcez-les d'entrer > « Pour la plus grande gloire de Dieu. » ajouterait un père jésuite en assassinant son père hérétique.

ne peut être homme de bien sans croire tout ce qu'il croit, et damne impitoyablement ceux qui ne pensent pas comme lui. En clfet, les fidèles sont raniment d'humeur à lais- .

ser les réprouvés en paix dans ce monde, et un saint qui croit vivre avec des damnés anticipe aisément sur le métier du diable ». Et saint Thomas conclut : « L'hérétique ne doit pas seulement être retranché de l'Église par Texcommunica tion, il doit être retranché du monde par la mort. »

L'Eglise br>ilt; roni qui no pensent pas comme elle.

PAU IIAPPOUT A l'obéissance

0. — Si l'Église n'admet pas qu'on puisse faire son salut en dehors d'elle et professe l'intolérance, n'est-il pas évident qu'elle doit réclamer Tobéissance passive à ses lois?

R. — Certainement. L'Église est la voie, la vérité, la vie, et tout ce qu'elle décrète doit être obéi. N'est-ce pas pour avoir usé de sa volonté propre, pour avoir

MANUEL D INSTJIUCTION LAÏQUE

désobéi, qu'Adam a été damné et avec lui tous les hommes. L'obéissance est la mère gardienne de toutes les vertus. Par obéissance, on doit, comme le dit saint Thomas d'Aquin (1): « Sans injustice, pour obéir à Dieu, ôter la vie à un homme qu'il soit coupable ou innocent. Ce que nous disons de Thomicide^ il faut l'entendre aussi de l'adultère. »

PAR RAPPORT A L'eSPRIT DE RÉVOLTE

Q. — L'obéissance que l'Église exige est-elle pour elle seule ou l'étend-elle à la Société civile?

R. — Elle rétend à la Société civile.

Q. — Dans quel but?

R. — Parce que l'Église étant un pouvoir absolu regarde le pouvoir gouvernemental comme une délégation d'elle-même et craindrait que le sentiment de révolte qu'elle sanctionnerait vis-à-vis du pouvoir laïque ne put paraître juste aussi quelque jour vis-à-vis de l'ecclésiastique.

Q. — L Kglise condamne donc formellement l'esprit de révolte, où qu'il se trouve?

R. — Formellement. Pie IX, dans une lettre en-

(1) Saint Thomas d'Aquiii, le docteur angélique, fort bien nommé, comme on le voit, né en 1225 à Rocca-Secca, mort en 1274. Le recueil des bollandistes nous apprend quels merveilleux combats il dut soutenir pour résister aux larmes de sa mère qui ne voulait point qu'il embrassât la vie reUgieuse. Son principal ouvrage est sa Somme de théologie. Il voulut substituer aux mauvais traités de théologie un résumé substantiel méthodique et lumineux qui comprit le christianisme tout entier, depuis l'existence de Dieu jusqu'au plus humble précepte évangélique, et il mena cette œuvre à bien. Il enseigna la théologie à Bologne, à Paris, à Rome et à Naples.

liD

cyclique (1) en date du 30 juillet 1864, adressée aux autorités et aux évoques de Pologne blâme sévèrement Tinsurrection parce que « tout le monde sait avec quel soin TEglise catholique a toujours prêché et enseigné que toute âme est soumise aux puissances supérieures. » L'Église se consolide, dit Grégoire VII (2)

(1) La lettre encyclique ou circulaire émane du pape et s'adresse au monde catholique, à tous les évéques comme aussi aux fidèles sans exception.

(2) Grégoire VII (Hildebrand), né à Soana (Toscane) en 1013. Sous Léon X, Victor II, Nicolas II, Alexandre II, il prit la plus grande part à la réforme ecclésiastique en rétablissant la dis cipline et en réprimant la simonie. Il fut élu pape en 1073. En 1076, commença entre lui et Tempereur d'Allemagne Henri IV, la grande querelle des investitures. Henri ne voulant pas se laisser enlever par la cour romaine le droit de vendre les dignités ecclésiastiques et d'y nommer ses protégés, il s'ensuivit un échange d'invectives. Grégoire suscita des révoltes contre sou ennemi et délia ses sujets du serment de fidélité. Henri IV, excommunié, dut venir à Canossa s'humilier, pieds nus, devant Grégoire.

Le but principal de Grégoire fut Tindépendance absolue du clergé, depuis le pape jusqu'au dernier prêtre. « Une vaste aristocratie ayant le pape pour chef, dit H. Milman, devait gouverner le monde. Pour réaliser ce système dont le clergé devait être l'agent, il fallait faire du clergé une caste plus distincte, plus inviolable dans sa personne et dans ses biens qu'il ne Tavait été. » Cest pour cela que Grégoire exigea le célibat des prêtres. Il se figurait le pape comme un arbitre entre Dieu et le genre humain. Il voulut enlever la papauté au joug des empereurs qui s'arrogeaient le droit de nommer les évéques, la soustraire aux caprices du peuple qui avait pris part jusque-là à l'élection des papes, concentrer cette élection dans le conclave des cardinaux, et enrégimenter le clergé sous les clefs de saint Pierre.

Hildebrand contribua à la ruine du christianisme, mais il établit l'Église catholique, politique et sociale dont la religion est le moyen, dont la domination absolue est le but.

dans sa lutte contre l'empereur d'Allemagne Henri 17(1) « d'autant plus que l'harmonie et l'union sont plus intimes entre le Sacerdoce et l'Empire. » Il faut considérer l'Église de la môme fagon que Guizot lorsqu'il écrit : « L'Église s'est toujours présentée comme l'interprète, le défenseur de deux systèmes, du système théocralique et du système impérial romain, c'est àdire du despotisme tantôt sous la forme religieuse, tantôt sous la forme civile. Prenez toutes ses institutions, toute sa législation, prenez ses canons, sa procédure : Vous retrouverez toujours et quand même comme principe dominant la théocratie ou l'empire. »

rn

L'Église, qui a fait l'Inquisition, dciiiamle à appliquer dès ce moade-ci les tortures qu'elle destine dans l'autre à ses fidèles.

Et pour assurer sa domination, celle des puissances, pour abaisser les peuples, pour anéantir l'esprit de révolte, ou d'examen seulement, l'Église a fait la guerre,

(1) Henri IV, empereur d* Allemagne, né en 1050, élu en 1056.

au mépris des droits de l'humanité, à tous les peuples du monde; ne considérant point comme obligatoire la foi donnée à l'infidèle, spoliant, brûlant, saccageant, violant, assassinant, et dans les croisades, et dans les guerres civiles, et dans les guerres entre nations. II faut que celui qui ne se soumet pas à l'Église soit traité comme un païen ou un publicain, car « celui qui ne croira pas sera condamné. »

Q. N'y a-t-il point des cas où l'Église trouve la

révolte légitime?

R. — Pas en principe, mais quelquefois en réalité, dans les cas où c'est elle qui la suscite et dans les cas où ses fins servent sa politique et sa domination. L'Église approuve, pour elle-même, l'homicide, le régicide et la révolte, « mettre en doute la légitimité de l'assassinat dans le cas où l'assassinat peut favoriser les intérêts de l'Église, ce serait mettre en doute l'autorité des plus célèbres jésuites, de Bellarmin et de Suarez (1), de Molina (2) et de Mariana (3). Ce serait, bien davantage, s'insurger contre la chaire de Saint- Pierre. Un pape ne marcha-t-il pas en procession à la tête de ses cardinaux, ne proclama-t-il pas un jubilé,

(1) Suarez, né à Grenade en 1548, mort en 1617, théologien jésuite; c'est celui qui essaya le plus d'expliquer l'assimilation de Dieu à l'homme dans tous les actes de la vie. Il est nécessaire de le lire pour se former une idée exacte de la politique de la Société de Jésus.

(2) Molina, né à Cuença, dans la Nouvelle-Castille, en 1535^ mort en 1601, théologien jésuite, qui chercha à concilier le libre-arbitre avec la prédestination.

(3) Mariana, célèbre jésuite, né à Talavera, dans la province de Tolède, en 1537, mort en 1624. C'est à lui qu'on doit un véritable code du régicide auquel on est redevable de l'assassinat d'Henri IV, car ce code déclare louable de tuer un prince qui nuit à la religion de son pays.

ne fit-il pas tirer le canon du château Saint-Ange en l'honneur de l'insigne massacre du protestant Coligny ! Un autre pape, dans une allocution solennelle, ne glorifia-f-il pas l'assassinat du roi de France Henri III, dans un langage lyrique emprunte aux prophètes, et n'éleva-t-il pas le meurtrier bien au-dessus de Judith (1)! »

PAR RAPPORT A L KLECTTON

Page 1